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Full text of "Annales du Midi"

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Toronto 

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ANNALES DU MIDI 



ANNALES 

DU MIDI 

REVUE 

ARCHÉOLOGIQUE, HISTORIQUE Eï PHILOLOGIQUE 

DE LA FRANGE MÉRIDIONALE^' 

Fondée sous les auspices de l'Université de Toulouse, 
PAR 

ANTOINE THOMAS 

rUBLIÉE AVEC LE CONCOURS d'uN COMITÉ DE RÉDACTION 



A. JEANROY 

Professeur à l'Université de Paris. 



P. DOGNON 

Professeur à 1 Université de Toulouse. 



« Ab l'alen tir ves mel'aire 
M Qu'eu sent venir de Proeiiza. » 
Peire Vidal. 



VI NGT-TROISIÈME ANNÉE 

1911 






TOULOUSE 
IMPRIMERIE ET LIBRAIRIE EDOUARD PRIVAT 

14, RUE DES ARTS (SQUARE DU MUSÉE) 

Paris. — Alphonse PICARD et fils, rue Bonaparte 82. 



607 






ECLA1HCI8SEMENTS 

SUR LA VIE ET L'ŒUVRE D'ARNAUT DANIEL 



1 1 . Biographie d'A. Daniel tirée des chansonniers provençaux. 

Èditio)}s antérieures : Rayn., Choix, V, 31 (texte d'après E jusqu'à 
stibei'na et R pour la suite); Rochegude, P. 0., 253 (d'après RIBE, 
surtout R) ; Mahn, TT'er/if, II, G'J (reproduit Rayn.), Gedichte, n<" V282 
(texte de A); Biographies, 2"^ éd., n" xxxvii (texte de B), n" xxxviii 
(d'après EIR [en réalité El] jusqu'à subertia et R pour la suite); 
Galvani, Osservazioni et /^tuisia (reproduit Raynouard) ; deux éditions 
critiques d'après les 8 niss. : Ganello, p. 5, note (avec toutes les 
variantes) et Cliabaneau, BiograpJiies, p. 13 (texte seul, reproduit dans 
Crescini ', p. 387). Traductions : Doni, JV/rtr»!i (d'après E) ; Galvani, 
Xovellino provenzale (version en italien archaïque) ; Ganello, Introd., 
p. 4. 

Biographie proprement dite : 

i Arnautz Daniels si fo d'aquella encontrada don fo n' 
Arnaulz de Marueill, de Vevescat de Peiregorc, d'vn chastel^ 



« Aniaut Daniel donc fut de cette même contrée d'où fut Arnaut 
de jMnreuil, de Tévêché de Périgord, d'un château qui a nom 



Notes critiques. 

Biographie proprement dite; 8 niss. : ÂBalK [jusqu'à suberna] 
EN' [une ligne en plus] R [deux lignes en plus]. A diviser, selon Canello, 
en 3 groupes : 1, ABa donnent une rédaction « plus courte, plus ancienne 
et authentique »; 2, IKEN' une rédaction « un peu amplifiée « (toute- 
fois, à propos du passage Et amparet... trobar, ligne 3, (Jan. se demande 
si cette rédaction n'est pas la meilleure, et si ABa n'en sont pas un 
extrait); 3, 7?, plus voisin de la 2« rédaction, mais indépendant. — Cha- 
baneau suit de préférence le groupe IKEIS' -f R, qui est en effet en 
général le meilleur. Je reproduis le texte de Ghabaneau. Je donne un 
choix de variantes d'après l'apparat critique de Ganello. 

1 Arnautz] Narnaixtz iV ; daquella] del R; n'Arnaut(z)] IKEN'R; 
Arnautz ABa Canello; 2 Marueill] niarruelh iî; niaruoill .1/? t'awe^^o; 
lueruoill IKEJS*; meroilli a. 

2 Peiregorc] peiregore E ; peiregors IKX*; peircgos ABR Canello; 
peiragors a. 

Note explicative. 
1. Ge château-fort, situé sur une hauteur dominant la l'ive gaucho de 
la Dronnc, fut bâti, en 9'20 ou ii^lo, par Alcher le Sourd, parent des Tal- 
leyrand, comtes de Périgord. Siège d'une vicomte, érigée en comté en IfjUr», 
il a été démoli partiellen)ont en 17!t3, et entièrement depuis, sauf la 
chapelle. Ribérac est aujourd'hui ciief-lieu d'arrondissement (l)ordogne). 



6 R. I.AVAUD. 

.". (lUC a nom liibnlvac ; e fo gentils hom. EL mnparel hen lelras 
e felz se joglars^ c dcleilet se en trohav en caras rimas ; per 

5 rj\ie las sons cJinnssos non son leus ad entendre ni ad 
nprcndve. Et amel una auta dompna de Guascoigna^, 

7 nioiller d'en Guillem de Bouvila*; mas non fo cvezut que 
anc la dompna H fezes plazer en dreich d'avwr : per que el 

'J ditz : 

Eu sui Arnuutz qu'amas l'aura 
E catz la lebre ub lo bou 
|o E nadi contra suberna ^. 



Ribémc ; el il fut gentilhomme. Et il apprit bien les lettres et il 
se lit jongleur et il se délecta à trouver en rimes précieuses; c'est 
pourquoi ses chansons ne sont faciles ni à comprendi'o ni à 
apprendre. Et il aima une haute dame de Gascogne, femme de sire 
Guilliem de Bouvile ; mais on ne crut pas que jamais la dame lui 
lit plaisir selon le droit d'amour, (^est pourquoi il dit : 

Je suis Arnaut qui amasse le vent 
Et je chasse le lièvre à l'aide du bœuf 
Et je nage contre le flux. 

Notes critiques. 

4 e fetz se joglarsj omis ■par ABa Canello; Et a. ben 1. e d. se en 
robar 1 <(et) en caras rimas ABa {a supprime et) 2 <^et abandonet 
las letras e fetz se joglar (joglars N*] e près una matiiera de trobar 
en caras rimas IKEN* avec des additions fautives en italique; Et 
après letras e fes se joglars e près manyeyra de trobar eu cars rinis R. 

T) las] manque IKEN^ ; leus ad e.] leu d'e. R. 

7 Bouvila] A ; buouil(l)a IKN* ; buouuila RB; bueouilla a. 

8 anc] mangue IKEN*\ mas... plazer] R résume ainsi : mas anc non 
ac p.; dreich] les mss. sauf droit a; dreg Gliab. ; ditz] A ajoute : eu 
una cansson. 

10 l'aura] Laura«A''. 

12 suberna IKN'. 

Notes explicatives. 

2. Fut-ce par pauvreté? « Tu es intininient plus malheureux, — dit le 
chevalier-poète Kuirnou de Diirfort à son auii Bernart de L'ornil, le Quer- 
cinois, — que n'est Arnaut l'écolier : les dés et l'échiquier le ruinent, et 
il va comme un pénitent, pauvre de vêtements et de deniers. » Aussi ce 
« confrère » plus fortuné propose à Arnaut un « large salaire » s'il veut 
bien porter au plus vite à destination la poésie qu'il vient d'achever 
(C'est le 2'" sirvenlés dont il a^été parlé, I, note 1 : v. les vv. 87-42 et 45-48 
ap. (Janello, p. 194). 

o. Sur l'addition {d'Ayremon) contenue ici dans le ms. perdu de Michel 
de la Tour (origine de la dern. partie de notre ms. b), v. note XI, 50. 

4. Peut-être Beauville, [ch.-l. de cant.], arrond. [et à 20 kil. N.-E.] 
d'Ageu (Lol-et-Garonue). Mais cette localité n'est pas dans la partie gas- 
conne du départeuieut. [Elle est dans l'Agenais, c'est-à-dire dans la 
Guyenne] (d'ap. Chabaneau). En 1244, Raymond Vil de Toulouse arma 
200 chevaliers au cours d'une fête, et parmi eux un Guillem de Bouvila 
V. llist. de Lany., t. III, p. 4iy et 471 [Diez, Leben*, p. 279, note 2]. 

5. Ces vers forment l'envoi de la pièce X (vv. 43-45). 



ÉCLAIRCISSEMENTS SUR LA VU'] ET l'cKUVRE D'a. DANIEE. 7 

Lonc temps eslcl en aquela amor e 'n fclz violfs bonas 
li chansos ; et el era mot avinens Jiom e cortes. 

Anecdote : Amant et le jongleur à la cour de Richard Cœur-de-Lion. 

1 E fon aventura qic'el fon en la cort 2 del rey Richart 

d'Englaterra, et estant en la cort, us autres joglars escomes 
la coni el trohava en pus caras rimas que el. Arnautz tenc 
so ad esquern, e feron messios cascunls] de so)i palafre, 

5 que sera en poder del rey^. E-l rey'îs] enclaus cascu en 
una cambra. E'n Arnautz de fasti que riac non ac poder 



Longtemps il s'arrêta à cet amour et il en fit beaucoup de 
bonnes chansons; et il était homme fort avenant et courtois. 

Et il arriva par hasard qu'il fut en la cour du roi Richard d'An- 
gleterre, et alors qu'il était en cette cour, un autre jongleur le 
défia, prétendant qu'il « trouvait » sur des rimes plus « précieuses » 
que lui. Arnaut tint cela pour une plaisanterie , et ils firent enjeu 
chacun de son palefroi qui sera à la disposition du roi. Et le roi 
enferma chacun d'eux en une chambre. Et sire Arnaut, de l'ennui 



Notes critiques. 

13-14 Lonc temps... cortes] texte de R. Au lieu de cela, après suberna 
on lit : aqui son de las soas chansos si com nos auziretz E; E fetz niantas 
bonas chansos tais con nos anszirez N*. 

Anecdote : 1 seul ms. : R. Editions antérieures : Canello (diploma- 
tique), p. 9, note; Chabaneau, Biocirui^hies, p. 13. Traduction : Ganello, 
pp. 8-9 (ne serre pas de près le texte). 

E'n A. Le gronpe En (conjonction -f particule de politesse) suivi 
d'une voyelle est imprimé tel quel dans tout ce texte par Chabaneau. 11 se 
résout en e'n selon Appel, p. 118, 61 et Ba-Koschvv., col. 87, 15, en e n' 
selon Crescini *, p. 218, 61 (se conformant à la règle générale de n' devant 
un nom propre masculin à voyelle initiale, indiquée par Chab. ; cf. Cres- 
cini, Introd., p. 168, 1. 9 et ici 1. 1 et 1. 23). Un cas semblable se présente 
1. 19 [A'n). •! soj s'o Chabafi. ; de même 21. — 5 que sera en poder d. r.] 
proposé, au lieu de que non fera, etc. R Chaban. (que l'on peut essayer 
d'interpréter ainsi : que l'autre ne fera point [mieux], à la décision du 
roi '') 

Notes explicatives. 

2. A Poitiers, en son château comtal et ducal de Tour-Maubergeon 
(auj. Palais de Justice), soit de 1189 à 1191 (avant la croisade), soit 
de 1191 (retour de captivité) à 1199. Pendant son règne, Richard ne lit 
que deux courts séjours en Angleterre, le premier de six mois environ, 
après la mort de Henri II (1189), le second de six semaines, en 1194. 

3. que sera eji poder d. r. = qui sera à la disposition du roi (le palefroi). 



8 II. lavaud. 

que lasses un mol ub autre. Lo joglar[^s] fes son canlar leu 
e tost ; et els non avian mas .x. jorns d'espazi, e clevia-s 
jutgar per lo rey a cap de .y. jorns ^. Lo joylar[s] de)nandet 

lu a'n Arnaut si avia fag, e'n Arnaulz fespos que oc, passai 
a .111. jorns; e no'n avia pessal. E-l joglar[!i\ cantava lola 
nueg sa canso, per so que be la saubes. E'n Ar. pesset co'l 
Iragsses isquern ; lan que venc icna nueg e-l joglars la 
cantava, e'n Ar. la va Iota arretene}'' e'I so. E can foro 

15 denan lo rey, w' Arnaulz dis que volia retraire sa chanso, 
e coniensel mol be la chanso que-l joglars avia fâcha. 
E'I joglars, can l'auzic, gardel lo en la cara, e dis qu'el 
l'avia fâcha. E-l reys dis co's podia far; e'I joglars pireguet 
al rey qu'el ne saubes lo ver, el reys demandel a'n Arn. 

20 com era estai. E'n Arnaulz comlet li lot com era eslat; e-l 
reys ac ne gran gaug e lenc so lot a gran esquern, e foro 



qu'il en eut, n'eut pas le pouvoir de lier un mot avec un antre. 
Le jongleur fit sa chanson aisément et vite ; et ils n'avaient que 
dix jours de délai, et (voici déjà que le) jugement devait se faire 
par le roi au bout de cinq jours. Le jongleur demanda à sire 
Arnaut s'il avait fini, et sire Arnaut répondit que oui, il y avait 
trois jours passés, et il n'avait pas pensé à la chose. Et le jongleur 
chantait toute la nuit sa chanson, afin de bien la savoir. Et sire 
Arnaut pensa comment il lui jouerait un tour, jusqu'à ce que vint 
une nuit : et le jongleur chantait la chanson, et sire Arnaut se 
trouve la retenir toute ainsi que l'air. Et quand ils furent devant 
le roi, sire Arnaut dit qu'il voulait réciter sa chanson, et il com- 
men<;a fort bien la chanson que le jongleur avait faite. Et le jon- 
gleur, quand il l'entendit, le regarda au visage, et dit que c'était 
lui qui l'avait faite. Et le roi demanda comment il se pouvait faire. 
Et le jongleur pria le roi qu'il en sût la vérité, et le roi demanda à 
sire Arnaut comment cela avait été. Et sire Arnaut lui raconta tout 
comme cela avait été; et le roi en eut grande joie et tint tout cela 



Note explicative. 

i. Entendez : on était dt'jà ru cinquième jour, à la moitié du temps 
accordé. 



EGLAIRGISSEMIiNÏS SUR LA VIE El' L (KUVRE D A. DANIEL. "•> 

aquiliat li yatge, et a cascu fes donar hels dos ; e fo donatz 
lo canlars a 'n Aniaut Daniel, que dilz : 

t Ane yen non l'ac, mas ela 7n'a *. 



à grande risée, et les gages furent libérés, et à chacun il fit donner 
de beaux présents ; et à Arnaut Daniel fut donné le chant, qui dit : 

Jamais je ne l'eus, mais lui (L'Amour) il m'a. 

Note critique. 
22 aquitiat] cor>\ de Levy, I, 76, qui )-envoie à Lit. Blat., 9, 272; 
aquistiat R attesté par Chah, et Levy, loc. cit., mais selon la copie 
faite pour Canello par M. Gilliéron, R donne aquitiast. 

Note explicative. 

1. C'est le premier vers de la pièce VII, où tout, du reste, porte la 
marque d'A. Daniel. S'il y a quelque chose de vrai (?) dans l'anecdote, 
elle ne permet en tout cas de suspecter aucune des 18 poésies éditées ici. 

I 2. Dates probables de l'activité poétique d' Arnaut Daniel : 

1180-1200. 

(les deux dates (approximatives) sont indiquées par Diez {Lehen) 
et acceptées par Canello (Introd., p. 4) etChabaneau {Biographies). 
Voici comment elles sont obtenues. 

lo Les relations amicales et poétiques entre Arnaut et Bertran 
de Born (v. pièce XVIII, note 39 1) permettent de supposer que la 
période de production du second (1175-1196) coïncide à peu près 
avec celle du premier. 

•2o La chanson XII, la seule qui se laisse dater avec quelque 
précision, doit être de 1181 (A. D. rappelle, dans l'envoi, qu'il a 
assisté récemment au couronnement de Philippe- Auguste, le 
21 mai 1180 ; cf. les indications des vv. 44-45 et 51-54). 

3° L'anecdote sur Arnaut et le jongleur se rapporte au régne de 
Richard Cœur-de-Lion, compris entre 1189 et llb)9 (duquel il faut 
retrancher la période de la croisade et de la captivité : 1191-119'i, 
V. p. 7, n. 2). 

4" Dans le sirventés satirique de Peire d'Auvergne sur les trou- 
badours contemporains, qui se place entre 1170 et 1180 (Diez), 
Arnaut n'est pas mentionné ; il n'avait pas débuté ou il était 
encore peu connu. Dans celui du moine de Montaudon, sur le 
môme sujet, composé entre 1190 et 1200 selon Diez, en 1199 selon 



10 H. r.AVAlID. 

Pliilippson , Arnaiit Dmiifl figure, ot il est fait alliisioii à ses 
chansons IX et X. 

r>o Un peu après 12()i), Arnaut Daniel trouve déjà des imitateurs : 
Peirc Raimon de Toulouse (Gricndv., 355, 4) et Guiraut de 
Calanson (Gr., 243, 9, et 284, 13; cf. Can., p. 41). 

^ 3 Répartition des chansons d'Arnaut Daniel entre 
diverses dames. 

Selon Canello, A. D. a clianté au moins deux dames. En effet, 
ont été écrites : 

1" Les pièces IX, X , XVI : pour une Aragonaise, aimée la pre- 
mière, nommée probablement Laure. Le biographe proven(;al a 
cru que X était adressée à la dame de Bouvile ; mais, dit Canello, 
Diez {Leb.^, p. 290, 11. 5-8) a soupçonné « justement et finement » 
que la dame nommée dans XVI — et aussi dans X — était Ara- 
gonaise. Dans ces trois pièces il y a des jeux de mots qui, selon 
(*.an., visent la dame ou son pays {l'aura IX, 1 ; X, 40 et 4;^; aicra 
X, 12; laurs XVI, 14; lebre X, 44; Ebres XVI, 28 et 45, 
cf. XIV, 4). On pourrait même esquisser l'histoire de cet amour. 
D'abord sévère (l'aura amara IX, 1), l'Aragonaise se serait 
radoucie (X; — Canello ne relève pas freicV aura au v. 12) et 
enfin donnée {baisan Icnen XVI, 33). Peut-être aussi faut-il 
rapporter à cette dame la pièce VI (sur une rupture). [Diez a cru à 
tort que cette Aragonaise s'appelait Audierna de Monclar, par 
suite d'une fausse application du v. X, 42. Cf. Leb.~, p. 288 lin, 
et Can., p. 10, note 5 fin]. 

2° Les pièces XIV, VII, XVII, XVIIl : pour une Gasconne, sur- 
nommée par Arnaut Mieux-que-Bien. Canello ne dit pas exjtres- 
sémenl s'il entend par là la dame de Bouvile. Il fait les remarques 
suivantes : la pièce XIV semble la lie de celte série (v. le tableau 
ci-après) ; la destination de VII et de XVII est certaine, celle 
de XVIII probable. Très sévère d'abord (elle se laisse voir seule- 
ment, VII) la dame fut ensuite plus complaisante. 

Nous ne pouvons savoir à ipii sont ailressées les chansons III, 
V, Vill (qui chantent l'amour satisfait), IV (où A. se montre las 
de l'Amour en général), XII (amour fortuné pour une grande 
dame ; peut-être un amour de jeunesse), 

Enliu Cnuello no dit riou des cinq antres pièces (I, II, XI, 
XIll, XV). 



ÉCLAIRCISSEMENTS SUR LA VIE ET l'œUVRE d'a. DANIEL. 11 



Je n'adopte pas la classification précédente. Avant de conclure 
moi-même, je crois utile de donner ici un tableau d'ensemble de 
toutes les poésies où sont relevés les passages qui peuvent per- 
mettre de préciser leur destination. 

I. Ce sirventés est une réponse à Rabnon (de Durforl) et à. 
Truc Malec (v. 1). Mais l'envoi est fait à dame Ena (46, envoi : 
Dompna ; cf. 2 : na Ena). 

II. Bona dompna (v. 29) ; Pel joi que-ns fini — Lai ons partUn 
(40-41); Bella (55, envoi). 

III. Allusion au seigneur de Pontremoli (Italie) {cel de Pon- 
Iremble, 38). Il envoie sans doute sa chanson [Vai t'en, chansos, 
— Denan lieis II prezonla , 57-58) à sa dame gasconne, plus belle 
que toutes celles « en deçà de la Savoie « {de sai Savoia — Plus 
bella no- s noiris, 43-44j. 

IV. Sur l'Amour faux {Fais' Amoi's, v. 11); pièce d'idées géné- 
rales; sauf à la fin (45-52), où il est question d'A. lui-même; 
envoi à Bertran (49; sans doute B. de Born, cf. note XVIIl, 39 1). 

V. Chant joyeux: pas d'indication particulière; envoi : Vai-l-en, 
chansos, a la bêla de cors (v. 43). 

VI. Réponse à une accusation : chanlan leis que mencolp' a 
tort (v. G) ; envoi collectif et prière à la dame : E diguas lug, pos 
ieu non Vaus nomnar : — Bêla... (33-34). 

VII. Pour « Mieux-que-Bien » : Mieills-de-ben ren, — Sitpren, 
—. Chanssos, grazida (67-69). 

VIII. Envoi à lui-même, sur sa discrétion (Arnaulz ama e no 
di nems..., v. 55) à l'égard de la Belle qui l'a retenu auprès d'elle 
{la bella c'ab si m-relenc, 47). 

IX. Pour une dame de l'Aragon ? (v. str. VI- VII) (Elle s'appelait 
Laure, selon Canello ; v. ci-dessus 1°; cf. v. 1 : L'aura amara ; 
mais v. ma note au v, 107, tin). Arnaut parait l'y avoir vue (18-21 
et 99-101, si toutefois l'on doit rapprociier ces deux passages). 

X. A une dame pour laquelle il soutïre et endure (vv. 33 
et 36-40), lente l'impossible — et fait laborieusement des vers très 
difficiles (Envoi : Ieu sui Arnaulz qu'amas l'aura — E chalz la 
lebre ab la bou..., 43 sqq.) ; il espère donc que son amour triom- 
phera bientôt {anz d'a)inou, 34). .le ne partage pas l'avis du bio- 
gra[)hc proveii<;al, selon lequel l'envoi prouverait qu'A, n'obtint 
jamais rien de sa dame. D'autre part, le biographe rapporle-l-il 



12 V,. LAVAUD. 

cette clianson :i la dame de liouvile parcn ijhp c"i''tait !a daine liald- 
tuelle d'Arnaut, ou comme le croit Canello, à cause de ah lo bon 
(44) qui ferait jeu de mots avec le nom de cette dame? Selon Diez 
et Canello, cette dame est au contraire l'Aragonaise, à cause 
d'autres jeux de mots (aura 12, laura 40, l'aura 43, lebre 44; 
V. ci-dessus l»). A la rigueur, ces jeux de mots sont hypothétiques, 
et, se détruisant, ne prouvent rien. Je crois ({iie ropinion du bio- 
graphe est toutefois la plus autorisée. 

XI. A une dame dont le nom commence par Agre (envoi, 
vv. 49-50), c'est-à-dire à la dame Guiliein de Bouvila d'Agremon 
(cf. note au v. 50). Pourquoi Canello, qui connaissait cette desti- 
nation, n'a-t-il pas fait figurer cette chanson dans la série 2" ci- 
dessiis? Est-ce parce qu'il ne croit pas devoir identifier « ^lieux- 
que-Bien » avec la dame de Bouvila? Pourtant il se sert de la 
rubrique : pour une dame gasconne. Comment « IMieux-que-Bien » 
est-elle gasconne, si elle n'est pas la dame de Bouvile? 

XII. Pour une grande dame (? vv. 23-24), qui lui a donné un 
baiser (29) et un rendez-vous (38). Envoi au roi Ferdinand II 
de Galice (57). 

XIII. A une dame dont il a été le cuisinier (v. 22). Envoi à cette 
dame : A licis, cui son, vai, chanssos, derenan (43). 

XIV. A une dame qui réparera la perte et le dommage d'A. 
(vv. 11-13), si l'Amour vainc son cœur dur (8). Canello rapporte la 
pièce à « Mieux-que-Bien » à cause des vers 1-5 et 9-13 : ils signi- 
fient, d'après lui, qu'A, renonce à l'amour de TAragonaise (qui 
serait désignée au v. 4 : Can cassava-l lehr' ah lo hou; cf. ci- 
dessus 1") pour s'attacher à une nouvelle dame (qui serait « Mieux- 
que-Bien »). Aussi conclut-il que la série des pièces pour l'Ara- 
gonaise (jo) est antérieure à la série des pièces pour « Mieux- 
que-Bien )) (2°). Mais tout cela est très contestable. 

XV. A une dame, dont il n'a vu la pareille nulle part {Ben al 
ealal a mainlas bonas corlz, — Mas sai ab lieis..., vv. 15-16); 
l'envoi lui est adressé : Ma chnnsos prec que no-us sia enois (43). 

XVI. A une dame pour qui il ira, s'il écoute l'Amour, plus loin 
que le Pihùne ou l'Ebre (vv. 27-28), et pour qui il a franchi maints 
ponts et passerelles (2!)). L'envoi déclare qu'A, est tout à elle 
(Sieus es Arnaulz...) et ne veut sans elle ni Lucerne ni Aragon 
(Ni-l senhoviu del renc per on cor Ebres, 43-45). Rien ne prouve 
du reste que cette dame soit Aragonaise. 

XVII. A dame « Mieux-que-Bien » : A'rt Mieills-de-ben,Ja no m 
siatz avarga (v. 33); envoi aux « Fais lausengier » (41). 



ECLAIRCISSEMENTS SUR LA. VIE ET l'ŒCVRE d'a. DANIEL. lo 

XVIir. Pour » Mieux-que -Bien » (?) (v. note 38), par l'intermé- 
diaire « de Son Désiré » (Bertran de Born, v. u. 39. Envoi : 
Arnaiitz Iramet sa chausson... — A grat de lieis que de sa verg'a 
l'arma. — Son Désirai (vv. 37-39). 

Conclusion. — Une fois mise à part la pièce IV. non adressée 
à une dame (mais à u Bertran »), on constate que seules sont 
adressées à une dame dont le nom est donné : les pièces I 
(sirventés) à dame Ena, VII et XVII à « Mieux-que-Bien »). Si ce 
pseudonyme est celui de la femme de Gaillem de Bouvila dont 
parle la biographie, on doit ajouter à ces deux pièces les pièces X 
(attribution du biographe) et XI (attribution de Barbieri, appuyée 
sur le manuscrit de Michel de la Tour). Cela fait 4 pièces pour la 
dame « gasconne ». Si l'on admet avec le biographe que les hom- 
mages d'Arnaut allaient habituellement à cette dame, rien n'em- 
pêche de lui rapporter aussi les pièces où il est question d'une 
dame non spéciliée (II, III, V, VI, VIII, XII-XVI et XVIII). 
A moins que certaine d'entre elles (XVI?) ne doive se joindre à 
une chanson qui paraît adressée à une dame d'Aragon (IX). On 
voit combien est grande dans tout cela la part de l'hypothèse : mais 
aussi que rien ne contredit l'affirmation générale du biographe, 
relative à la dame de Bouvila : lonc temps estet en aquela amor 
en fetz nwtas bonas cl(an.sos. 

I 4. Autres compositions d'A. Daniel? A-t-il écrit 
des romans ? 

1. Certains mss. attribuent à tort à A. D. cinq chansons dont 
on trouvera la liste dans Bartsch, Grundriss {Yerzeichniss. n°'29; 
y lire, pour la dernière : 450, 1). Canello, p. 27. 1. 3, ajoute que 
S9 attribue à A. D. une aubade (Eu sui tan corteza gaita) qui est 
de Cadenet {Grundr., i(.Xi, 14). 

2. Le vers final de la strophe 1 de la chanson V de Pétrarque : 
Dregz e razos es qu'ieu chant em demori est le premier, non pas 
d'une chanson d'A. D. comme l'affirment plusieurs commenta- 
teurs, mais bien d'une chanson anonyme dans K (ms. ayant 
appartenu à Pétrarque) et attribuée à Guillem de Saint-Oregori 
(imitateur de la soxtine d'A. D.) dans C. (Can., p. 37; Grundr., 
233, 4). 

3. Selon Benvenuto da Iinola (1336-ioîX)), une très belle chanson 
{cantilena pulcherrima) aurait été envoyée par A. D., vieux et 



14 H. lavaud. 

sans ressources, au roi de France (Philippe-Auguste), au roi d'An- 
gleterre et à d'autres princes pour leur demander secours. « Et 
comme le messager, après cela, avait rapporté beaucoup d'argent, 
Arnaut dit : Maintenant je vois que Dieu ne veut pas m'aban- 
donner tout à fait. Et aussitôt, ayant pris l'habit de moine, il 
vécut toujours d'une manière irréprochable » {prohissimoc vilae 
semper fuit). Ganello, p. 57, indique très bien les sources possi- 
bles de celte histoi'iette : la pauvreté d'A. D., qui perd tout au jeu, 
est déjà raillée dans le sirventés de R. de Durfort (v. ci-dessus, 
Biographie, note 2), et l'entrée au couvent est envisagée comme 
remède à sa mi«ère par l'auteur de la chanson : Dregz e rnzos es 
qu'ieu chant e-ni detnori (strophe vi), parfois attribuée à A. D. 
(v. no 2 ci-dessus). Le texte de B. da Imola fait partie d'une courte 
notice sur A. D.. dans son Gonimentaire latin sur la Divine 
Co7nédie (à propos des vers 115-120 du Purgatoire étudiés no 5 
ci-après); il est imprimé dans Chab., Biograjihies, p. 14, et plus 
complètement dans Ganello, pp. 56-57 (d'après INIuratori, Antiquit. 
ital., I, 1229). 

4. Au témoignage de Nostradamus {Yies, 1585), A. D. aurait 
composé (?) « une belle chanson contre la témérité de Boniface 
de Gastellane, révolté contre Alphonse I, roi d'Aragon et comte 
de Provence en 1189, des comédies et des tragédies, des aul)ades 
et Martegales (?) et un chant intitulé Las Phantaumarias ciel 
Paganisme (Ghabaneau pense que cette indication a quelque 
rapport avec un Livre de Fantaumerie qui se trouvait parmi les 
mss. du connétable de Lesdiguières), enfin un « beau poème 
moral » [Can., pp. 28 et 278]. 

5. A. — Dante dit qu'A. Daniel, en plus de ses vers d'amour, 
a écrit des prose di romanzi. Que faut-il entendre par lu ? 

Voici d'abord le passage de Dante avec sa traduction. — Au 
chant XXVI du Purgatoire , Dante rencontre le poète Guido 
Guinicelli (1240-1270?); « mon père, dit-il, et le père des autres 
chers amis, meilleurs que moi, qui jamais pratiquèrent rimes 
d'amour douces et légères » (vv. 97-99). Guido répond en ces termes 
aux protestations d'attachement et d'admiration de son disciple : 

O frate, disse, questi ch'io ti scerno 
Col dito (e additô uno spirto innanzi), 
Fu miglior fabbro del parlar materna : 

Versi d'amore, e prose di romanzi 
Soverehiô tutti, e lascia dir gli stolti 
XVtc quel di Lemosi credon c'avanzi. 



ÉCLAIRCISSEMENTS SUR LA VIE ET l'ŒUYRE d'a. DANIEL. 15 

A voce più ch' al ver drizzan li volti, 

E cosl ferman sua opinione, 

Prima ch' arte o ragion per lor s'ascolti. (vv. 115-123.) 

« O frère, dit-il, celui que je te montre avec le doigt, — et il 
indiqua un esprit devant nous, — fut meilleur artisan que moi du 
parler maternel. 

« En vers d'amour et en proses de romans il a surpassé tout le 
monde ^ et laisse dire les sots qui croient que celui du Limousin 2 
soit avant lui. — A parole d'autrui plus qu'à la vérité ils prêtent 
un visage attentif, et ainsi ils arrêtent leur opinion avant que l'art 
ou la raison par eux soient écoutés. » 

Il convient d'insister sur certains termes de ce jugement de Gui- 
nicelli, évidemment pris par Dante à son compte, lo Miglior 
fabbro : 77iiglior n'est pas un superlatif, comme on le traduit 
parfois ici (V. en tête des Correclions). Ce vers exprime un juge- 
ment non pas général, mais particulier et limité; et bien que les 
paroles de Guinicelli reviennent à dire indirectement qu'A. D. fut 
le meilleur des écrivains, ce n'est pas ce qu'il veut faire entendre 
d'abord par miglior fabbro. Il se compare à A. D. et il s'efface 
modestement devant lui. « Il fut meilleur artisan que moi » : 
voilà sa première affirmation et son premier hommage. 2° Parlnr 
malerno : c'est sur le terrain non de la langue provençale, mais 
de la langue maternelle de chacun des deux poètes que porte la 
comparaison. A. D. a manié avec plus de maîtrise le provençal 
que Guido n'a fait l'italien. L'expression parlar materno rappelle 
que l'un et l'autre ont cherché à illustrer leur langue vulgaire par 
opposition à la langue latine. 3o Soverchiô tuUi : on remarquera 
que la comparaison n'est pas limitée aux provençaux ; A. Daniel 
a dépassé lous les auteurs de vers d'amour et de proses de romans, 
dans le domaine entier des langues vulgaires, langue d'oïl, langue 
d'oc ou italien. 4o Prose di ronuuizi : enfin faut-il entendre ces 

1. G. Pai'is voit dans versi et prose... tutti des régimes directs ; cf. sa 
traduction dans l'afinéa romanzi ci-après. 

2. Giraut de Bornelh. Cf. sa biographie : « G. de B. si fo de Leoiozi, 
de l'encontrada d'Esidueill, d'u)i rie castel del vesconite de Lernoges... 
E fo meiller trobaire que )iegus d'aquel qu'eron estât denan ni foron 
après lui; per que fo appellatz maestre dcls trobadors, et es ancar per 
totz aquels que ben entendon, » etc.. Chabaneau, Biograpliies, p. 14. 
Remarquer que l'auteur de ces lignes était pi'obablement antérieur de peu 
à Guinicelli et à Dante {lliJÏ)-VU\). (C'était peut-être Uc de Saint-Cire 
[i200-12.ô()] ou Miciiel do la Tour [vers 1»)0 ; Biogr., i>\>. 178 et lôDJ.) 
Dunto n'a-t-il pas vduIu le désigner? 



16 R. LWAUD. 

deux termes avec le sens actuel du mot a prose » et du mot 
« rouiaii »? Une longue discussion s'est produite à ce sujet. En 
voici le résumé. 

Prose est « amphibologique » (expression de Diez, Poésie'^, 
trad. fr., p. 310). Les uns (Buhmer, G. Paris) entendent par là le 
langage ordinaire écrit, « tout ce qui n'est point vers ». [Ces deux 
savants rappellent les termes latins dont se sert Dante dans le 
fameux passage sur la langue d'oïl : « Allegat ergo pro se lingua 
oïl quod... qiiidquid redactum sive inventum est ad vulgnre 
prosaicxim , suum est^ Cf. les expressions antithétiques de Bru- 
netto Latini, Tesorello, cité par Diez, ibid., p. 211, note 1 : 
in prosn... in rimalo.] Les autres donnent ici à « prose » le sens 
de poésie d'un caractère particulier, acception dérivée des « proses » 
ou séquences latines chantées à l'Eglise. Ainsi, Gonzalve de 
Berceo (1180-124G env.) dit au début d'une de ses pieuses légendes 2 : 
« Quiero far una prosa en roman paladino » (cité par Diez, ibid., 
p. 211, et Ganello, p. 29). Il s'agit là d'une narration en strophes 
de quatre vers alexandrins sur la même rime. De nos jours, 
Biagioli, éditeur de Dante (1818), explique : « Nel provenzale e 
neir Italiano del secolo XIII prosa significa precisamente istoria o 
narrazione in versi » (Diez, ibid., note 1; Ganello, p. 80). 
Wolf (1841) définit ainsi la « prose » : « poésie de caractère reli- 
gieux ou profane, morale, didactique, narrative ou épique, en 
tirades plus ou moins longues de vers sou'^is aux règles non de 
la poésie courtoise, mais de la poésie liturgique et populaire » 
{Ueber die Lais, Seqtienzen U7id Leiche). Ganello, enfin, ajoute : 
« les critiques contemporains paraissent s'accorder à interpréter 
Xjrose par stances épiques [remarquer en effet le pluriel employé 
par Dante] sur la même rime ou sur la même assonance, comme 
dans les romans français du cycle carolingien » (p. 29). Et lui- 
même adopte cette définition : « le terme de « prose » désigne un 
certain mètre, employé dans la poésie religieuse ou morale, soit 
lyrique, soit épique » (p. 30). 

Romanzi. Gomme l'a vu Diez {l. c), le sens exact du mot prose 
n'a qu'une importance relative, puisqu'il subsiste en définitive 
qu'Arnaut a écrit des romanzi, des « romans. » Gar presque tous 
les critiques se sont accordés à donner au mot son sens moderne 

1. De vulg. eloqiienlia, 1, 10, 2. Je cite Vedizione ininore de Pic Rajna, 
Firenze, Le Monnier, 1897. 

2. Sanchcz, Colleccio>i de Poen. Cast., t. Il, Madrid, 1779. 



ÉCLAIRCISSEMENTS SUR LA. VIE ET l'œUVRE d'a. DANIEL. 17 

de composition narrative. — Il faut signaler toutefois l'interpré- 
tation originale de G. Paris : il pense bien qu'il s'agit ici de 
romans (en prose), mais il croit qu'il n'y eut de romans de ce 
genre qu'en français [il s'appuie sur le passage de Dante, De vulg. 
eloq., cité à l'alinéa précédent : « si Dante avait voulu dire, dans 
la Comédie, qu'Arnaut écrivit les plus beaux romans en prose qui 
existent, comment aurait-il pu affirmer ailleurs que tout ce qui 
est écrit en prose vulgaire est en langue d'oïl' ? » Romania, X, 
479, et Can., p. 35, n. 1] et retire par suite à A. Daniel le bénéfice 
de son interprétation de romanzi en traduisant ainsi le passage 
qui nous occupe : « il a dépassé tous les vers d'amour et toutes 
les proses de romans; il est supérieur à la fois aux auteurs de 
vers d'amour et de romans en prose, c'est-à-dire... il a etïacé tous 
ceux qui ont écrit soit en provençal, soit en français » (cité par 
Can., p. 32, note). — Seul Ganello refuse au provençal romans le 
sens de « poème narratif » (malgré l'exemple du romans de Jaufre, 
qu'il cite lui-même, p. 28, n.) et lui attribue exclusivement celui 
de « composition poétique sur un sujet moral ou didactique (qu'il 
a aussi en effet en provençal, voir les ex. cités ibid.). Et, selon lui, 
de telles compositions ne doivent pas être cherchées autre part que 
parmi les poésies subsistantes d'A. Daniel. Seules, il est vrai, la 
pièce I (sirventés) et la pièce IV (sorte de dissertation sur l'amour), 
lui semblent répondre à la définition. L'exiguïté de ce résultat le 
frappe lui-même : aussi fait-il de vains efforts pour éclaircir 
davantage l'expression romanzi de Dante (v. p. 33, 2e partie de 
la note). 

Conclusion sur prose di romanzi. Si l'on peut hésiter pour le 
mot prose (prose au sens actuel, ou bien sorte de mètre spécial à 
certains genres de poésie), il y a beaucoup moins à douter pour le 



1. On peut répondre à G. Paris : D'abord, il est bizarre que Dante 
affirme la supériorité d'A. D. sur les auteurs de romans en prose, si A. D. 
lui-même n'a éci'it qu'en vers. En outre, dans le passage du De vulg. 
eloq,, il n'est pas certain que l'expression a vtilgare prosaiciim » désigne 
exclusivement la prose au sens actuel du mot (Caiiello, p. 30, note, entend 
par là à la fois « la prose proprement dite et les vers prosaïques, c'est- 
à-dire non enchaînés en strophes »). Eulin, suum peut signifier que les 
modèles ou originaux étaient écrits en langue d'oïl, tandis que la langue 
d'oc aurait fourni seulement — à la date où. Dante écrit (18Ub) et d'après 
ce qu'il en connaît — des traductions, adaptations ou imitations. A. Daniel 
peut très bien avoir imité ou adapté des œuvres d'oïl et mériter encore 
l'éloge, que lui décerne Dante, de maître incomparable du style. 

ANNALES DU MIDI. — XXIII. 2 



18 R. LAVAUD. 

mot romnnzi, puisqu'en dehors du sens traditionnel « composition 
narrative » aucune liypothèse valaijle n'a été proposée. Et, en 
déûnilive, Dante semljle bien affirmer qu'A. Daniel a écrit des 
« romans » : cette conclusion est confirmée par les deux témoi- 
gnages qui me restent à examiner. 

B. — Luigi Pulci (1432-1484) attribue à un « Arnaut » un récit 
(sans préciser s'il était en vers ou en prose) sur les aventures de 
Renaud en Egypte suivies de sa participation à la bataille de 
Roncevaux, et il déclare, à trois reprises, s'être servi de ce récit 
dans la deuxième partie de son Morganle Maggiore (terminé 
en 1483). [lo avevo pe?isalo abbreviare — La istoria, e non sapevo 
che Rinaldo — In Roncisvalle potrebhe arrivay^e ; — Un angel'^ 
poi dal ciel mlia tnostro Ariialdo... XXV, 115. E non sia allra 
opinion contraria — Ché Iroppo belle cose dice Arnaldo ;... 
E ringvazio il mio car *... Che mi dette d' Arnaldo e d'Alcuiyio — 
Notizia... XXV, l(i8-9. Dopo costui (Alcuin) venne il famoso 
Arnaldo — Che niolto diligentemente ha scritto — E investigà 
deW opre di Rinaldo, — Délie gran cose che fece in Egitto... 
XXVII, 79-80). Les arguments de Canello (pp. 3G 38) df-stinés à 
infirmer ce témoignage me paraissent insuffisants. Quand il se 
demande notamment si Pulci fait réellement allusion au trou- 
badour périgourdin ou à un autre Arnaut, il suffit de le renvoyer 
à sa propre citation de Pulci (3^ citation ci-dessus) où l'expression 
il famoso Arnaldo rappelle celle de Pétrarque, appelant Arnaut 
de Mareuil « il men fatnoso Arnaldo » par comparaison avec « le 
plus fameux », c'est-à-dire avec Arnaut Daniel. Diez avait déjà 
signalé ce rapprochement {Poésie^, trad., p. 212) : on peut s'étonner 
que Canello n'en ait pas apprécié la valeur. 

C. Torquato Tasso (1514-1595) « dans ses Discorsi sicl poema 
eroico, chap. 46, note qu'Arnaut fut l'auteur du roman de Lan- 
celot » (Grescimbeni [Conwientarii, vol. II, p. 25] cité par Diez, 
ibid., p. 213, note). 

Voici le texte même de Tasse, dans un premier passage : 
(i Qualunqiie fosse colui che ci descrisse Amadigi amante 
d'Ariana, mérita tnaggior Iode che alcuno degli scritiori Fran- 
cesi, e non traggo di questo numéro Arnaldo Daniello, il quale 
scrisse di Lancillolto, quantunque disse Dante : Rime (sic) 
d'amore e prose di ronianzi — Soverchid tutti, etc.. » {Opère, 

1. Ange Politien. 



ÉCLAIRCISSEMENTS SUR LA VIE ET L'ŒUVRE d'a. DANIEL. 19 

Firenze, 1724, in-f", t. IV, p. 62, cité par G. Paris, Romania, 1. c). 
On voit qu'il met ici Arnaut Daniel, auteur d'un Lancelot en 
prose, au nombre des écrivains français. Dans un second pas- 
sage, il le mentionne comme auteur de romans en prose pro- 
vençale. « Romanzi furono dêtti quel poemi, o piutlosto quelle 
istorie favolose, che furono scrilte nella lingua de' Provenzali 
de' Casligliani; le quali non si scriltevano in verso ma in 
prosa, corne alcuni hanno osservalo prima di me, perché Dante 
parlando d'Arnaldo Daniello disse : Versi d'amore e prose di 
^^omanzi, etc.. (ibid., t. IV, p. 210) i. Y a-t-il contradiction absolue 
entre ces deux passages ? Tasse n'a-t-il pu considérer tour à tour 
A. D. comme un écrivain de langue provençale (2e passage) et de 
nationalité française (1er passage), la Provence n'étant plus de son 
temps qu'une fraction de la France? En tout cas, les deux affa*- 
mations de Tasse, l'une plus précise : A. D. a écrit un Lancelot; 
l'autre plus générale : il a écrit des romans en prose provençale, 
doivent-elles être rejetées a priori? (avec Hofmann, 1870, qui dit 
en substance, selon Ganello, p. 34 : — Quelle autorité un critique 
du xixe siècle peut-il reconnaître à une attestation du xvie siècle, 
relative à un fait du xiie? — et G. Paris, cité ici en note). Si 
l'attribution d'un Lancelot à A. D. n'est pas facile à vérifier 
aujourd'hui *, et si le témoignage de Tasse, isolé et tardif, devient 
suspect, par contre, en ce qui concerne les « romans en prose », il 
ne fait que répéter Dante, lequel, étant postérieur de trois quarts 
de siècle à peine à A. D. et particulièrement curieux de littérature 
provençale, devait s'exprimer à bon escient. 

Conclusion du no 5, § 4. — La question des « romans » 
d'A. D. me parait tout au moins rester ouverte. Rien ne s'oppose, 
semble-t-il, à ce qu'il ait écrit réellement des compositions narra- 



1. Suit ce jugement de G. Paris : « Si, comme il me semble, ce second 
passage a été écrit après le premier, il atteste que le Tasse avait réfléchi 
depuis, et reconnaissant qu'A. D. était Provençal, ne songeait plus à lui 
attribuer un roman français. Au reste, aurait-il persisté dans son opinion, 
il est clair que pour nous son autorité est nulle en pareille matière; mais 
sa remarque, lancée un peu au hasard, devait avoir de longues et 
fâcheuses conséquences. » 

<J. Une traduction provençale en prose du Lancelot français (le Lan- 
celot en vers de Chrétien de Troyes est de 117U environ, le Lancelot on 
prose de 1210 environ, d'après G. Paris, Esquisse historique, pp. 110 
et 118), a probablement existé (Cf. Chabaneau, Biogr., p. 202, et Mss. 
perdus, p. GO et p. 02. n. 4). Etait-elle d'A. Daniel? 



20 R. LAVAUD. 

tives. (On a vu que nous ne pouvons affirmer formellement 
qu'elles fussent en prose, ce qui est toutefois le plus conforme au 
sens natui-el des mois dans raiitilhése ver si... prose.) En tout cas, 
les trois témoignages concordants de Dante, de Pulci et de Tasse 
n'ont pas encore été ruinés. En admettant que les précisions 
apportées par les deux derniers au texte de Dante soient négli- 
geables, et qu'Arnaut ne puisse être déclaré l'auteur ni d'un 
Renaud, ni d'un Lancelot, il n'en reste pas moins qu'il aurait 
écrit des romans. 11 se peut du reste que ces romans ne fussent 
que des imitations ou adaptations i d'œuvres françaises en langue 
d'oïl. Mais cela même suffirait pour justifier les expressions de 
Dante, origine de cette controverse. Car, je l'ai déjà fait remar- 
quer, Dante loue surtout A. D., qu'il s'agisse de « vers d'amour » 
ou de « romans », pour la maîtrise de son style. Or, dans le genre 
romanesque, la « matière » étant essentiellement communicable, 
susceptible d'emprunt et d'imitation, la forme était bien ce qui 
avait le plus de prix *. 



a. 



Arnaut Daniel cité et imité par Dante et Pétrarque'. 



Dante. 1. Canzoniere. — C'est dans la 3e période du Cayizo- 
niere, 1292-1299 (cf. §§ 36-50 de la Vila Nuova) dit Canello (avec 
Garducci), que Dante laisse voir son estime particulière pour A. D. 
Mais les traits que Can. relève peuvent être expliqués par une 
influence et une imitation des troubadours en général. Il y a imi- 
tation expresse d'A. D. seulement dans la sextine : « Al poco 
giorno ed al gran cerchio d'ombra » (offrant des assonances 
entre les mots à la rime, comme celle d'A. D.) et dans la sextine 

1. Schmidt (Wiener Jahrbûcher, 1825, XXIX, cité par Diez, Poésie) 
et Faariel ont prétendu prouver positivement qu'un Lancelot d'Arnaut 
serait la iource d'un passage de Dante (Paradis, XVI, 13-15) et aurait 
été traduit en allemand par Ulrich von Zaziclioven (xiii" siècle). Leur 
argumentation a été détruite par Hofmann [Sitzungsh. cler h. bayr. 
Akadeniie, 1870, II, 48) et G. Paris {Remania, X, 489). Voir le résumé 
de Canello, pp. 31-35). 

2. « Le renom que plusieurs [romans français en prose] ont obtenu est 
dû principalement à l'importance extrême que leur public attachait au 
style. » G. Paris, ibid., p. 117. 

3. Je rappelle que dans la fia de cet appendice en particulier je n'ai eu 
souvent d'autre prétention que de résumer Canello, en le contrôlant et en 
le complétant, de fa(;on à rendre service aux étudiants en provençal et en 
italien. 



ÉCLAIRCISSEMENTS SUR LA VIE ET l'œUVRE d'a. DANIEL. 21 

triplée ou canson redonda des provençaux : « Amor, Ui vedi 
ben, etc., où le disciple cherche à surpasser le maître. La situation 
psj'chologique principale qui inspire Dante (il brûle d'amour, 
tandis que l'hiver glace la nature entière ; cf. par exemple les 
canzoni : « lo son venuto al punto délia rota » et « Al poco 
giorno ») se trouvait déjà chez maint troubadour. Il est vrai 
qu'A. D. atïectionne particulièrement cette antithèse (Cf. III, 0-12; 
IX, str. 1 ; XI, str. 1 ; XV, str. 1 et 6). 

2. De vulgari eloquenlia. — Au livre II, ch. 2, § 6, dans la classi- 
fication des sujets traités par les poètes illustres en langue vulgaire, 
Dante donne A. Daniel comme le modèle de ceux qui ont chanté (2°) 
l'amour (dans L'aura amara, pièce IX ici; parmi les Italiens, le 
poète choisi estCino da Pistoia). [Ils ont chanté encore ou bien (lo) 
Les armes : morlèle B. de Born dans Non pose niudar, ou 
bien (3") La droiture {redit udinem) : modèle Giraut de Bornelh 
dans Per solatz revelhar et, parmi les Italiens, Dante lui-mèmej. 
— Au livre II, chap. 6, §§ 4, dern. phrase et 5, l'e phrase, entre 
les maîtres de la période parfaite {conslructio suprema, ou encore 
gradus constructionis et sapidus et venustus eliani et excelsus), 
Dante cite, parmi les provençaux : lo Giraut de Bornelh {Si per 
mon Sobretolz non fos) ; 2o Folquet de Marseille {Tarn m'ahelis 
Vamoros pensainen); 3o Arnaut Daniel {Sols siù qui sai lo 
sobrafan que'tn sorts, pièce xv ici). — Au livre II, chapitres 10 
et 13, où il traite de la construction de la strophe, Dante avertit 
qu'il a imité Arnaut dans sa sextine Al poco giorno^, et il le cite 
lui seul (dans Si-7n fos Amors dejoi ilonar tant larga, pièce xvii 
ici) pour l'usage de laisser tous les vers sans rime correspondante 
dans l'intérieur d'une même strophe (c'est-à-dire estramps, selon 
l'expression d'A. D., XIII, 9)2. 

3. Commedia, Purgatorio. — Au chant XXVI, parmi une bande 
de luxurieux, sodoraites et autres, Dante rencontre Guido Guini- 
celli. Il le salue du nom de « père », lui qui fut son initiateur et 
son maître dans sa S*" manière, sensuelle et savante. (De même au 
chant XXIV, 34-63, Dante a rencontré Bonagiunta de Lucques, 
poète de la vieille école provonçaliste et chevaleresque, et il lui a 
expliqué une partie de la révolution poétique qu'il a voulu faire, 
dans sa 2e manière, — extatique et mysti(}ue, — représentée par 
les )iuove rime). Mais Guido se déclare modestement inférieur à 

1. II, 10, I 2, cité plus loin, au % 6. La rime. 

2. II, 1.3, I 2, cité plus loin, ibid. 



22 R. LAVAUD. 

Arnaut Daniel. (Sur ce passage, v. plus haut, § 4, 5 A.) Après que 
Guidoa disparu dans le feu, Dante s'approche de l'ombre qu'illui 
avait montrée en avant des autres et lui demande son nom. 
Amant répond en huit vers provençaux, composés par Dante i. 
Il faut rapproclier le premier vers : Tan tn'abcllis vostre cortes 
demnna d'un début de Folquet de Marseille {Tan tn'abellis Vamo- 
ros pcnsamens) cité par Dante lui-même dans le De vulg. eloq.^ 
II, 6, § 5 (v. ci-dessus). En outre, au 3e vers, la déclaration : leu sici 
Arnaiitz, che plor e vau cantans, où se trouve l'antithèse de deux 
contraires simultanés (développée par les deux vers suivants : 
Conslros vei... E vei jauzens...), rappelle l'envoi célèbre où 
Arnaut se vante de réaliser l'impossible : leu sui Arnaiitz'^ 
qu'amas Vaura, etc., X, 43-45. 

Pétrarque. — D'après Ganello (p. 52), Laura ne serait pas le 
vrai nom de la dame chantée par Pétrarque, mais un senhal ou 
pseudonyme emprunté peut-être par lui à A. Daniel. Cependant la 

1. Voici ce passage, qui termine le chant XXVI (vv. 139-1-18) : 

Ei cominciô liberame?ite a dire : 

Tan m'abellis vostre cortes demans', 

Ch'ieu non me puesc, ni-m voil a vos cobrire. 

leu sui Arnautz, che plor e vau^ cantans : 

Consiros vei la passada fallor 

Et vei jauzens lojoi qu'esper denans''. 

Aras vos prec, per aquella valor, 

Che'ns guid' al soni sens falha^ e sens câlina, 

Sovegna vos atemprar ma dolor. 

Poi s'ascose nel fuoco, che gli" affina. 

« Il commença gracieusement à dire : « Tant me plaît votre courtoise 
demande que je ne puis ni ne veux me cacher à vous. Je suis Arnaut qui 
pleure et vais chantant. Soucieux je vois ma foUe passée, et joyeux je 
vois devant moi le bonheur que j'espère. Maintenant je vous prie, par 
cette vertu qui vous guide au sommet sans faute et sans chaleur, qu'il 
vous souvienne d'adoucir ma douleur. » — Puis il se déroba dans le feu 
qui les purifie. — Observatio7is. Diez a imprimé ces huit vers (2» éd., 
p. 281) avec des corrections peu heureuses, a Je rétablis partout 1*5 du 
nominatif, b l'* personne aussi dans A. D., X, 43-4.5. c Forme avec s 
attestée dans Levy, II, 86. d sens freich des mss. est inadmissible. Diez : 
al som de l'escalina. e Entendez : les coupables d'amours contre nature. 

2. Je profite de cette occasion pour faire remarquer qu'Arnaut aime à 
ae nommer lui-même dans les envois de ses pièces ; noter que partout^ 
sauf ici, c'est à la 3» personne. Voir II, 59; III, 60; V, 44; VI, 34; VIl| 
70; VIII. 55; IX. 107; X, 43; XI, 49; XIII, 44; XIV, 50; XV, 45: XVI, 
43; XVII, 49; XVIII, 37. 



ÉCLAIRCISSEMENTS SUR LA VIE ET l'œUVRE d'a. DANIEL. 23 

plupart des critiques reconnaissent aujourd'hui, dans la Laure de 
Pétrarque, Laure de Noves, femme d'Hugues de Sade ; et, d'autre 
part, j'ai contesté plus haut cette opinion que dans A. D. des expres- 
sions telles que l'aura, l'aura amara, etc., désignent « la dame 
aragonaise ». — Il vaut mieux s'en tenir, pour prouver l'influence 
du troubadour périgourdin sur Pétrarque, à la liste des rappro- 
chements de détail relevés par les critiques antérieurs à Can. ou 
par Canello lui-même. Il les a laissés disséminés dans son com- 
mentaire ; je crois commode de les grouper tous ci-après. 

1. Similitudes d'idées ou d^ expressions. 

IX, 76-78 (?). Le rapprochement indiqué par Canello avec ces 
vers du ler sonnet : « Ma beti veggi' or, si corne al popol tutto 
Favola fui gran leinpo; onde sovenle Di medestJio nieco rni 
vergogne » n'est plus possible si on adopte mon interprétation. 

X, 4 (?). Canello compare son. 16 in Viia : « Ne ovra da pulir 
colla mia lima » ; mais ne sont-ce pas termes du langage littéraire 
courant? Remarquez chez A. D. la suite des images des vers 2-5. 

X, 36-38. Castelvetro rapproche ces vers des quatre premiers de 
la strophe 5 de la ca<nzone : Yerdi panni, etc. 

X, 43-46 : imités dans le sonnet 158 in Vila : « D'abbracciar 
l'ombre e seguir Vaura eslivn, — Nuolo per mar, che non ha 
fondo riva... Ed una cerva errante e fuggitiva — Caccio ton 
un bue zoppe e'nfertno e lento. Et encore dans la sextine 8 : 
E col bue zoppo andrem cacciando l'aura. 

XIII, 1 : rapproché par Castelvetro de : Verdi panni, sanguigni, 
oscuri e persi ». c 

XV, 6-7. Sentiment analogue dans le sonnet Pien d'un vago 
pensier : « e poi ch'i'aggio — Di scovrirle il mio mal preso 
consiglio, — Tanlo le ho a dir, che incominciar non oso. 
Cf. aussi le sonnet Piu volte gia del bel semblante umano. 

XV, 9. Rapproché par Castelvetro de la fin de la l''e strophe de 
la canzone : In quelhi parte, etc. 

XVI, 14 (?). .le ne crois pas que laiirs soit une allusion au nom 
de la « dame aragonaise », ni qu'il y ait un souvenir de ce vers 
dans les paroles de P., transformé « d'uom vivo in lauro verde, 
che per fredda stagion foglia non perde (canz. I, str. 2, in V. 
du m. L, citée par Canello, note ici). 

XVI, 39. Rapproché par Castelvetro de : « Yero dira, forse 
e'parra menzogna » (Canzone Nel dolce tempo). 



24 R. LAVAUD. 

XVII, Sâ-^O (?). C.Mncllo : la locution ferms volera est frôqnenle 
chez les troubadours; A. I). l'emploie ici et plus loin, v, 3G; et 
encore XVIII, 1. Y a-t-il réminiscence ou rencontre fortuite dans 
« Del mio fermo voler già non mi svoglia? » (Bail. 4» in Y.) et 
Lo mio fermo désir vien dalle slelle (Sestina I, str. 4). 

XVIII, 10-11. Galvani compare : « CKio fuggo lor cane fanciul 
la verga. ■» (Son. 24 in V.) 

2. Procédés analogues. 

La strophe « sans membres » ou indivisible et avec toutes ses 
rimes isolées (estrampas), qui a tant plu à A. D., est reproduite 
dans la canzone : « Verdi panni, sanguigni, oscuri o x>ersi ». — 
Neuf sexlines ont été composées par Pétrarque « qui tenait à faire 
savoir qu'elles dérivaient d'A. D. et non de Dante » (Gt. Benvenuto 
da Imola dans le Commentaire mentionné plus haut, § 4, 3 : 
A quo Pelrarcha falebatur spotile se accepisse moduni et stilum 
cantilenae de quatuor (lire : secc, proposé ingénieusement par 
Ganello, p. 56, note, approuvé par Ghaban., Biogr., p. 14) rythmis 
et non a Dante.) Dans la 5e sextine, il i-eproduit même l'artifice 
des a sonances entre les six termes à la rime. 

3. Trionfi. 

Après avoir énuméré les poètes grecs, latins et italiens vaincus 
par l'Amour, Pétrarque continue ainsi : 

« poi v'era icn drappello 
Di portatnenti e di volgari strani. 
Fra tutti il primo Arnaldo Daniello, 
Gran maestro d'Amor, ch' alla sua terra 
Ancor fa onor col sua dir >wvo e bello •... » 

« Puis il y avait un groupe de poètes d'allures et de parlers 
étrangers. Entre tous le premier était Arnaut Daniel, grand maître 
d'amour, qui à sa terre natale encor fait honneur avec son beau et 
nouveau style. » 

Remarquer l'accord entre ce jugement et celui de Dante. Pour le 
fond, fra tutti il primo... gran maestro dWtnore répond à Versi 

1. P. ajoute : Eranvi quei'ch' Amor si levé afferra — L'un Pietro e 
l'altro el men famoso Arnaldo. « Etaient là aussi ceux qu'Amour si 
aisément maîtrise, l'un des deux Pierre et l'autre (Pierre Rogier, Pierre 
Vidal) et le moins fameux Arnaut (Arnaut de Mareuil). » On se rappelle 
l'allusion faite par Pulci à cette dernière expression quand il parle d'A D.: 
cf. I b, B. 



ÉCLAIRCISSEMENTS SUR LA VIE ET l'œUVRE d'a. DANIEL. 25 

d'amore... soverchiô lutli el au choix fait d'A. D. dans le de Viilg. 
eloq. pour représenter les poètes de l'amour. D'autre part, l'éloge 
du style : col suo dir novo e bello rappelle tniglior fabbro del 
parlai' materno. 

I 6. La rime et la strophe chez Ârnaut Daniel. 

La rime^ — 1. Arnaut Daniel pratique la rime difficile ou 
chère {rima cara) : c'est notre rime rare d'aujourd'hui (entre mots 
peu communs) plutôt que noire rime riche (cf. Grôber, Grundriss, 
II, p. 67). Ce n'est pas là une nouveauté, et l'on peut dire que tous 
.les troubadours vraiment artistes ont fait comme lui. Mais il faut 
reconnaître qu'il excelle à trouver et à vaiier la rime. Voici le 
rapport constaté, chez quelques bons troubadoui's, entre le nombre 
des pièces et celui des rimes : Peire Vidal : 54 pièces, 58 rimes ; 
Folquet de Marseille : 22 p., 33 r.; Raimbaut d'Orange, 34, 129; 
Arnaut Daniel : 17, 98. — 2. Il prend soin de faire rimer exacte- 
ment les et les e étroits ou larges avec des sons identiques 2. — 
3. Il recherche les rimes équivoques {eqtiivocas) entre mots de 
même son que différencie le sens ou une nuance du sens. Il emploie 
même quelquefois des rimes identiques, en répétant dans la même 
pièce, à une distance plus ou moins grande, les mêmes mots avec 
le môme sens 5. — 4. Il renonce à l'usage commun de faire rimer 
les vers d'une même strophe entre eux et de répéter les rimes de 
la Ire strophe, avec leur ordonnance, dans toutes les strophes sui- 
vantes (il ne l'a suivi que dans la pièce II) ♦ : il laisse provisoire- 
ment les finales sans réponse, et la rime se produit seulement dans 
la strophe suivante. Il y a quatre rimes ainsi libres ou isolées 
{rimas dissolutas)^ sur 8, pièce IV; 3 sur 7, pièces V et VI; 

1. En grande partie d'après Canello, p. 17. 

2. Pour le détail, v. Tableai; des rimes de Canello, pp. 268-270. 

3. Cf. IV, 19 ; XV, 21, 43 et les notes. 

i. Construite sur quatre rimes. Elle sort toutefois du commun grâce 
aux hordos empeiitatz (vers initiaux intérieurs de 3 syll. greffes sur le 
vers de 8 syll. qui commence la strophe). Quant au sirventés (I), les 
neuf vers de chaque strophe y sont sur la même rime et forment comme 
une laisse (De même dans le modèle suivi par Arnaut, c'est-à-dire dans 
le 1" sirventés de R. de Durfort). Enfin, dans la chanson III, les rimos se 
renouvellent dans chaque strophe {rimas siyigulars), tandis que, dans le 
type créé par G. de Bornelh (Gr. 242, 77), elles sont toujours les mêmes. 
Maus, Peire Cardefials Strophenbau, p. 16, n'a pas vu cette différence. 

5. C'est le terme dont se servent les Leys d'amor dans la phrase (citée 
par Levy, III, 336; cf. note du vers 8, pièce XII) où est définie la cobla 



26 R. LAVAUD. 

5 sur 11, pièce VII ; 7 sur 9, pièce VIII ; 13 sur 17, pièce IX. Enfin, 
toutes les rimes sont isolées {cobla estrampa) dans X-XVII. 
A. Daniel n'a pas inventé cette sorte de disposition des rimes. 
(Il y a déjà des rimes isolées dans Marcabrun, B. de Ventadour et 
R. d'Orange ; Peire Vidal a écrit une chanson où toute la strophe 
est estrampa ; mais peut-être en ceci suivait-il A. D. son contem- 
porain ?) Du moins il l'a développée et pratiquée avec prédilection, 
comme l'a noté Dante dans un passage du de Y. E.^ . 

Conséquence : pour rétablir entre les vers de la strophe une 
certaine liaison auditive, A. D. remplace la rime intérieure par 
des assonances finales, comme l'avait déjà imaginé R. d'Orange. 
Il en a fait un emploi remarquable dans la pièce XVII (v. l'analyse 
très subtile de Can., p. 260) et dans la sextine (verga — arma — 
cambra, oncle — ongla — ititra). 

La strophe. — Voici un résumé de l'intéressant exposé de 
Canello : 

« D'ordinaire, la strophe, chez les troubadours, est divisible en 
trois parties dont deux exactement semblables pour le nombre et 
la distribution des vers. Il y a deux motifs musicaux, l'un pour la 
partie isolée, l'autre pour les deux parties semblables, répété deux 
fois. Les trois parties sont ordonnées ou ainsi 2 + 1 (pieds, 
queue), ou bien ainsi 1 + 2 (front, flancs) 2. Seuls dérogent à cet 
usage les troubadours les moins artistes ou ceux qui veulent 
donner à leurs compositions un caractère populaire 3. 

tota de si estrampa : la strophe toute boiteuse (cf. ital. strambo, a, tortu, 
cagneux) ou dissonante par elle-même, sans rime intérieure, c'est-à-dii-e 
construite uniquement sur des rimas dissoliitas. — Je signale en passant 
que la définition de rima estrampa donnée par Levy dans Petit Dict. doit 
être complétée par celle du Stippl. Wôrt. (et inversement). La rima 
estrampa est la rime sans réponse ou sans écho, soit dans la même 
strophe (Petit Dict.), soit dans les strophes suivantes (S.-TF. et ici XII, 8). 
(1) (« Unum est) stantia sine rithimo, in qua nulla rithimorum habi- 
tude (retour habituel des rimes) attenditur; et hujusmodi stantiis usus 
est Arnaldus Danielis frequentissime, vehit ibi Sim fos Amors de joi 
do?iar et nos dicimus Al poco giorno. » II, 13, | 2. — Maus aussi note 
cette habitude, loc. cit., p. 5. 

2. Expressions de Dante : « Pedes — sirma sive caudam ; fi'ontem — 
versus. » (De V. E., II, 10, | 3.) 

3. « Chez eux, ou la strophe est indivisible et le motif musical est le 
même pour chaque vers (comme presque toujours chez le moine de Mon- 
taudon), ou elle se divise en deux parties égales, avec un motif répété 
deux fois, ou enfin elle est formée de quatre parties, avec deux motifs 
répétés chacun deux fois » (p. 22, fin). 



ÉCLAIRCISSEMENTS SUR LA VIE ET L'ŒUYRE d'a. DANIEL. 27 

« A. Daniel renonce lui aussi à la division tripartite de la 
strophe (sauf dans 3 chansons : IV, V, YI), non pour simplifier' 
mais pour inaugurer un système rythmique et musical très per- 
sonnel. Voulant éviter la répétition fastidieuse des airs (l'un d'eux 
se répète au total, dans la division tripartite, un nombre de fois 
double de celui des couplets de la strophe), il use presque partout 
de la strophe « à mélodie continue » {oda continua) ainsi que 
l'atteste Dante {De vulg. eloq., II, 10, § 2) i. Sans doute, d'autres 
l'avaient précédé dans cette voie (B. de Ventadour et R. d'Orange, 
etc.); mais ce qui était chez eux une exception devient chez lui 
une habitude. En etïet, sur dix-huit poésies, A. D. en a composé 
neuf à strophe certainement indivisible, et six à strophe peut-être 
divisible, mais qu'il vaut mieux ranger avec les premières — vu 
le témoignage de Dante — , ce qui porte à quinze le nombre des 
chansons à mélodie continue. Cette prédilection pour la strophe 
unitaire, au point de vue rythmique et musical, jointe aux inno- 
vations d'A. D. en matière de rime, fait de lui véritablement le 
chef d'une nouvelle école 2. » 

Je ne puis admettre avec Canello que les quinze chansons visées 
ci-dessus (et dont le tableau ci-après donne le détail) soient vrai- 
ment constituées par des strophes rythmiquement indivisibles. 
Rien n'empêche de concilier la mélodie continue dont parle Dante 
avec un rythme à plusieurs éléments. Cette mélodie ne pouvait- 
elle, ne devait-elle pas évoluer selon les divisions très nettes que 
nous apercevons aujourd'hui encore dans la strophe? Au cours du 
motif unique, — se développant du premier au dernier vers avec 
une parfaite unité, et sans ces répétitions de phrases musicales 
auxquelles les autres troubadours avaient habitué leur auditoire. 



1. Voici ce passage capital : « Dicimus ergo quod omnis stantia ad 
quandam odam recipiendam armonizata est; sed in modis diversificari 
videntur; quia quedam sunt sub una oda continua usque ad ultiuium 
progressive, hoc est sine iteratione modulationis cuiusguatn et sine 
diesi ; et diesim dicimus deductioneiu vergentem de una odo in aliam 
(hune voltam vocamus, cum vulgus alloquimur); et huiusmodi stantie 
usus est fere in omnibus cantionibus suis Arnaldus Danielis, et nos eum 
secuti sumus cum diximus Al poco giorno e al grati cerchio d'ombva. » 

2. a II s'est trouvé, par rapport à ses prédécesseurs et contemporains, 
dans la même situation que de nos jours Wagner en face des maîtres de 
la vieille école mélodique! » (P. 25.) — La musique d'une seule pièce 
d'A. D. (XVIII, la Seo:ti7ie] nous a été conservée par le ms. G (Milan)- 
On la trouvera reproduite en fac-similé et transcrite en notation moderne 
dans le volume formé par le tirage à part do la présente édition. 



28 E. LAVAUD. 

— pourquoi ne pas admettre au moins des ponctuations et des 
repos? Est-il vraisemblable, ou possible qu'il en fût autrement? 
A. D. a donc pu abandonner la division tripartite de la strophe 
et remplacer le procédé musical de la répétition par celui du déve- 
loppement continu. INIais il n'a pas pour cela renoncé à toute divi- 
sion de la strophe et du motif. Les divisions qu'il a établies sem- 
blent même assez faciles à retrouver, bien qu'elles diffèrent en 
général d'une chanson à l'autre. J'ai dit, dans une note de mon 
Avant-propos, que le point de départ pour reconstituer la char- 
pente de la strophe devait être cherché dans l'envoi II reproduit 
le dernier élément musical et rythmique. Restent à retrouver les 
autres. Il peut y avoir hésitation sur leur nombre et leur distri- 
bution. En tout cas, il ne me parait pas possible de contester le 
principe même de leur multiplicité. 

Pour terminer, je crois utile de dresser un tableau des divisions 
strophiques admises par Canello et de celles que j'ai introduites 
moi-même et analysées dans la notice préliminaire de chaque 
chanson. 



TABLEAU DE LA DIVISION STROPHIQUE DES CHANSONS D'ARNAUT DANIEL. 



Edition Canello. Présente édition. 

I. Indivisible*. (Sirventés sur I. 2 éléments (5 -|- 4). 

un modèle donné *. Type 
strophique populaire : 
les 9 vers, de même me- 
sure, chantés sur le même 
motif.) 
II. Indivisible. jj g éléments (5 + 4) [ou peut- 

être 3 éléments (2* + 3* 
+ 4*)]. 

* Vers inégaux. 



1. Conformément à l'exposé ci-dessus, Canello entend par indivisible 
toute strophe ne pouvant être partagée en trois parties, dont deux égales 
par le nombre des vers et leur mesure. (V. plus loin la note au n" XVII). 

2. « Entre le premier — Truc Malec a vos mi teing — et le second — 
En Raimon be-us ienc a grat — sirventés deRaimon de Durfort (cf. ici I, 
note 1) fut écrit, dans le même mètre, celui d'A. Daniel » (('an., Introd., 
p. 7; cf. plus haut, p. 22, n. 1). [En effet, A. Daniel est nommé dans le 
second et pas dans le premier : son intervention s'était donc produite 
entre les deux]. 



ÉCLAIRCISSEMENTS SUR LA. VIE ET l'ŒUVRE d'a. DANIEL. 29 
III. Divisible ? (2 + 2 || 2 + 2), 



IV. Divisible (4 || 2 + 2) 



X. Indivisible. 

XI. Id. 

XII. Divisible d'après Bartsch ? 
(2 + 2 II 3) V 

XIII. Divisible? (2 + 2 || 3) 

XIV. Indivisible. 

XV. Divisible? (2 + 2 || 3), • 

XVI. Id.f (2 + 2 II 3). 

XVII. Indivisible \ 

XVIII. Id. 



IV, 



V. 


Id. (2 + 211 3). 


V, 


VI. 


Id. (2 + 2 II 3). 


VI. 


VII. 


Indivisible. 


VII. 


*^III. 


Id. 


VIII 


IX. 


Divisible? (2 + 2||3)*. 


IX, 



III. Id. (4* = 4*). 

* Vers égaux par alter- 

nance, et 2» élément 
identique au ler. 
Id. (4 + 4*). 

* Vers inégaux. 
Id. (4 + 3). 
Id. (4 + 3). 

4 éléments (3 + 2 -f 2* + 4* ). 

* Vers inégaux. 
Id. (2 + 2 + 2 + 3). 
3 éléments principaux (ou 

7 secondaires)* 5 (3 + 2) 
+ 5(3 + 2) + 7(3 + 2 + 2). 

* Vers inégaux, sauf les 
4 derniers éga^ix par 
alternance. 

3 éléments (2 + 2+3)*. 

* Vers tous égaux. 



X. 

XI. 

XII. 

XIII. 
XIV. 

XV. 



Id. (4 + 2* + 2*). 

* Vers égaux par alter- 
nance inverse. 

Id. (2+4+2)*. 

* Vers inégaux. 

2 éléments (4 + 3). 

3 éléments (4+2 + 2) *. 

* Vers tous égaux, sauf 
le dernier plus long. 

2 éléments (4 + 3) *. 

* Vers tous égaux. 
XVI. Id. (4 + 3). 

XVII. 3 éléments (4 + 2 + 2) *. 

* Vers tous égaux. 
XVIII. 2 éléments (3 + 3)*. 

*Vers égaux, sauf le 
premier plus court. 



1. On a vu (note critique préliminaire) que Bartsch, suivi par Appel, 
réduit la strophe à 7 vers au lieu de 17. 

2. Suivant Bartsch, 7 vers seulement, les vers 1 (4 syll.) et 2 (6 syll.) 
étant réunis en un seul de 10 syllabes. Après avoir indiqué cette division 
strophique de Bartsch dcins son Introd., p. 23, Canello, dans l'édition 
elle-même, sépare (comme moi) les vers 1 et 2 et imprime la strophe 
en 8 vers. 

3. Pour quel motif, la division en deux parties égales + une étant 
possible? Les 8 vers de la strophe sont de 10 syllabes. Mais pourquoi 
cette particularité empêcherait-elle de les diviser? Même remarque pour X. 
Ganello tient lui-même pour divisible la strophe de XV qui est dans le 
même cas (7 vers de 10 syllabes). — [Les 8 vers de XVII et les 7 vers 
de X et de XV ne se chantaient pas tous sur le même motif, comme ceux 
de I, mais sur une mélodie continuel. 



30 R. LAVAUD. 



CORRECTIONS ET ADDITIONS. 



Avertissement. — Page 18, avant-dernière ligne : « le meilleur 
artisan de son langage maternel » n'est pas la traduction exacte. Dante 
se sort du comparatif et non du superlatif. Toutefois il y a bien au fond 
équivalence. Cf. sur ce point Éclaircissements, % 4 (5, A). — Page 18, 
note 1, 1. 3 : après Provenz. Suppl.-wôrterbuch ajouter et Petit Diction 
naire provençal-français (1909). — Page 19, note 2, 1. 6 : à la parenthèse 
ajouter et ici, Éclaircissemetits, | 6. 

Poésies. — I, 26 : lire nois. — I, 45 : lire )io-il. — I, 48 : après penill 
ponctuer point et virgule. — I, note expl. 39, 1. 2 : après im,portant, 
ajouter arr. et. 

II, 2 : après farai ponctuer virgule; de même après vim. — II, 5 : 
après flor ponctuer virgule. — II, 8 : après son ponctuer virgule, de 
même après ombraill. — II, 11 : après E ponctuer virgule; traduire 
et afin qu'il n'ait pas. — II, strophe ii, I. 3 : traduire de qui au lieu de 
dont. — II, note expl. 11 : après fassa : lire i" p. (?) se demande Cha- 
baneau (2' interprét.). A la réflexion, Je préfère y voir une 3' p., selon 
la i" interprétation de Chabaneau, etc. — II, 37 : au lieu de Si be 
m'acuoill lire Si m'acuoill per (avec le vers initial intérieur de 3 syl- 
labes; cf. début de la note expl.). — Traduire Si je me dirige partout en 
sens inverse, ma pensée, elle, s'élance droit là-bas, etc.. — II, note 
expl. 37, 1. 5 : tôt a esdaill effacer tôt. — II, 53 : après bauzador ponc- 
tuer deux points, — II, 55 : lire que'is. — II, strophe vi, traduction, 
1. 3 : lire rende, et après cui ponctuer virgule. 

III, 60 : lire mei)'' avec les manuscrits et Canello, conditionnel 1" forme 
venant de miserai (cf. meron, 3* p. pi. parfait. Appel, Chrest., 9, 198); 
rayer la note critique. 

IV, 8 : après desliure ponctuer virgule. — IV, 12 : après asoma ponc- 
tuer virgule. — IV, note expl. 10, 1. 2 : après tour>ioie ponctuer virgule. 
— IV, strophe iv, traduction 1. 5 : lire doucereusement. — IV, strophe v, 
traduction 1. l : au lieu de se remette lire se livre. — IV, 49, Bertran : 
ajouter cette note explicative : Bertran désigne ici très probablement 
Bertran de Born; cf. la note sur son Désirât au v. XVIll, 39. 

V, note crit. 42, 1. 2 : après « trésor » ponctuer virgule; 1. 5 : après et 
écrire -s trastorna. — V, note crit. 43 : après 43 ponctuer point ; et 1. 2 : 
après tout de suite ponctuer guillemets avant point. 

VI, 17 : après ela ponctuer point en haut pour appuyer us à ela. — 
VI, 26 : après die ponctuer virgule. — VI, strophe m, traduction 1. 2 : 
au lieu de une lire tna; 1. 4 : après Bari » ponctuer point. — VI, note 
crit. 9, 1. 3 : effacer virgule après aussi et ponctuer virgule après adjectif. 

VII, 2 : après poder ponctuer virgule. — VII, 4 et 5 : lire no'is et 
écrire, en tête de la note expl. 4, -is torna ; à la suite de la note, No-is 
= No se, comme plus bas, v. 14, lengans = lenga se. Entre la voyelle 
fi?iale du 'mot point d'appui et la consonne appuyée, il se développe 



ÉCLAIRCISSEMENTS SUR LA VIE ET l'ŒUVRE d'a. DANIEL. 31 

parfois un i de liaison; cf. Crescini*, Introd., p. 102. Corriger de 
même I, 26 [no-is)\ I, 45 (no'ii) et II, 55 [que-is). — VII, 14 : lire 
lenga'is. — VII, strophe ii, traduction 1. 2 : rayer sur ce point. — 

VII, 39 : lire que'is. — VII, note expl. 14 : lire -is feign de se fenher, etc. 

— VII, note expl. 39, 1. 5 : lire sa doua. — VII, 50 : après D'Amor ponc- 
tuer virgule. — VII, 62 : après cors ponctuer virgule. — VII, 65 : 
virgules après doncs et oblida. — VII, strophe-v, traduction 1. 2 : au 
lieu de passera par le gosier lire franchira la gorge. Ibid., 1. 4 : après 
Amour ponctuer virgule. 

VIII, strophe i, traduction 1. 5 : au lieu de assaille lire envahit. — 

VIII, note crit. 8 : rayer entièrement et lire asauta tous les mss. Canello. 

— VIII, note expl. 12, 1. 4 : lire Crescini'. — VIII, 17 : ajouter en note 
critique : 17 azauta ANEC; auzaiita K; adauta D, assauta H. — 
VIII, 36 : lire lenga-is. 

IX, 18 : api'ès clara effacer le point. — IX, strophe i, à la fin de la tra- 
duction, supprimer le crochet. — IX, note expl. 31, 1. 1 • après greviar 
ponctuer deux points. — IX, p. 178, au lieu de note explicative lire le 
pluriel. — IX, note expl. 107, 4« 1. avant la fin : après sur soi 7iom lire 
ici, V. i, et 3' 1. avant la fin : après ou lire A'. 

X, note crit. préliminaire, 1. 3 : lire Sa . — X, note crit. 17, av.-dern. 1. : 
après efi définitive effacer le point. 

XI, 2 : lire brancs. — XI, note crit. 29, 1. 2 : lire q. ti7illa, etc. - 

XI, 50 : lire Lai on. 

XII, note expl. 8 : lire en ièiemot fais, etc. — XII, note crit. 13, 1. 2 : 
après cL'' ponctuer point et virgule. — XII, note crit. 27 : après A ponc- 
tuer point et virgule ; dans P. tal q, après q "ponciwer point. — XII, note 
crit. 29 : dans Lo jorn q après q ponctuer point, et après M" ponctuer 
point et virgule. — XII, note crit. 31 : après iV' ponctuer point. — 

XII, note crit. 39 : après baisan R ytoncinev point et virgule. — XII, 
note crit. 47, 1. 2 : après acUc ponctviev point et virgule. — XII, note 
crit. 53 : après A ponctuer p)oint et virgule. — XII, note expl. 51 : en 
tête lire Galecs. 

XIII, note crit. préliminaire, 1. 2 : lire pour le dernier ms. S9 . — XIII, 
note expl. 58, 1. 11 : lire (corr. — XIII, note crit. 10 : après iV* ponctuer 
point et virgule, et après c supprimer le point. — XIII, note crit. 35, 1. 2 : 
après Uc ponctuer point et virgule. — XIII, note expl. 34 : ajouter Sabor. 

XIV, 14 : au lieu de le lire lo. — XIV, note crit. préliminaire : en tète 
lire : Deux. — XIV, note crit. 29 : en tête, après a ponctuer virgule. — 
XIV, 42 : après m'aerc ponctuer virgule. — XIV, note crit. 50 : après l 
ponctuer point (et non apostrophe). — XIV, note expl. 50, 1. 2 : lire Levy. 

XV, 39, et dans la note expl., avant-dern. ligne : au lieu de so's lire 
so's (élision). — XV, 44 : au lieu de el's lire e'is. 

XIV, strophe iv, traduction 1. 4 : au lieu de et qui lire '5?' bien qu'il. — 
XVI, note crit. 45, dernière ligne : en parenthèse lire C majuscule. 

XVII, note crit.. préliminaire, 1. 4 : après /"ponctuer virgule. — XVII^ 
note crit. 3, 1. 3 : au lieu de nos lire uos dans le ms. f. — XVII, note 
crit. 21, à la fin de la 1. 3 : ponctuer poijit et virgule. — XVII, 43 : au 
lieu de cavaill lire cavail. 

XVIII, strophe iv, traduction 1. 2 : après autant ponctuer virgule, et 
après àrae point d' exclamation suivi de C majuscule. 



UN KRACH FINANCIER AU XVIII« SIÈCLE 



LA FAILLITE DE PIERRE CREISSEL 

SEIGNEUR DE LA. MOTTE-LUSSAN 
TRÉSORIER GÉNÉRAL DES ÉTATS DE PROVENCE 

(1702) 
(Suite et fin.) 



Le désordre et le déficit commençaient-ils, malgré tant 
d'éloges, à s'introduire dans les coffres du défunt? Gela est 
probable; mais sur ce point les documents font défaut. Tou- 
jours est-il que les frais funéraires, qui ne s'élevaient cepen- 
dant qu'à 50 livres pour chacun des hôpitaux, ne furent 
payés que beaucoup plus tard, le 5 mars 1709, tandis que 
deux mois après le décès de Gabriel, son fils et successeur 
Pierre, jeune homme incapable, plus habile à acheter des 
diamants, des tabatières et des tableaux' qu'à diriger un 
rouage aussi compliqué que celui de la trésorerie des Etats, 
prenait la fuite. 

Il quitta Aix le 1^^ juin 1702. Son passif atteignait plu- 
sieurs millions; sa dette envers la province seule montait 
à 1.003.000 livres. Sa fuite réduisait à la misère plusieurs 
centaines de familles. 

1. L'abbé de Clialmazel, comte de Lyon, qui donne l'impression d'un 
commis-voyageur en bijouterie, achetait pour le compte de Creissel, à 
Paris, quelque temps avant sa faillite, deux bagues, un collier, une taba- 
tière en argent et une autre en écaille, à charnière d'or, un brillant « magni- 
fique de tJOU livres » que le joaillier reprendra dans six mois si Creissel 
ne le trouve pas assez beau, etc. 



LA FAILLITE DE PIERRE CREISSEL. 33 

Ramené à Aixclans les conditions que l'on connaît, Greis- 
sel fut l'objet d'une information judiciaire; il fut poursuivi 
pour « fraude et banqueroute frauduleuse ». Il n'était point 
seul compromis dans cette affaire qui provoqua en Pro- 
vence une émotion considérable et qui démontre une fois 
de plus que les scandales financiers ne sont pas l'apanage 
des temps modernes. Etaient impliqués avec lui dans les 
poursuites son frère, le P. Greissel, religieux observantin , 
un autre de ses frères, « officier de guerre », son oncle, 
messire François Laugier, prêtre capiscol de Saint-Sau- 
veur, ses cousins germains, Marc Dupignet, directeur de la 
Monnaie d'Aix', et Jean Dupignet, receveur des vigueries 
de Draguignan, la dame de Bérulle-, abbesse perpétuelle du 
monastère royal de Saint-Barthéleiny d'Aix, divers commis 
de la Trésorerie, les sieurs Denis Artaud, Antoine Auzière, 
les filles Julienne, Isoarde, Longue Martine^, etc. 

A l'annonce du départ de Pierre Greissel, les procureurs 
du pays avaient présenté, le 2 juin 1702, requête à la Gour 
des comptes et réclamé l'apposition des scellés sur les facul- 
tés mobilières du peu scrupuleux trésorier. 

La Gour des comptes s'assemble extraordinairement et 
rend un décret en vertu duquel MM. les conseillers de Mey- 
ronnef, doyen de la Gour, d'André^ et M. l'avocat général 

1. Sa parenté et sa participation aux affaires douteuses de Pierre 
Greissel lui valurent, le 3U octobre 1703, un décret d'ajournement. 11 fut 
incarcéré et n'en dirigea pas moins l'atelier monétaire. L'opération de la 
refonte des monnaies exigeant sa présence, il fut mis en chartre privée 
à l'hôtel des monnaies et obtint sa liberté moyennant trois cautions. 

2. Arch. des Bouches-du-Rhône, B. 3, 161. 

3. Ces derniers, prisonniers de moindre qualité, porteurs de chaise ou 
filles de chambre, restèrent incarcérés jusqu'au 23 août 1707, selon le 
mémoire fourni par Jean Laurens, u adjudicataire de la fourniture du 
pain à six prisonniers détenus dans les prisons du palais, de l'autorité 
de la Cour des cornistes ». 

4. Philippe Meyronnet. né à Aix et baptisé le 22 mars 1634 à la Made- 
leine, re(;u conseiller le 16 octobre 1656 en l'office de Charles d'Estieniïe 
de Saint-Jean de la Salle, enseveli le 13 août 1723; époux de Madeleine 
de Cabanes. 

5. Balthazard d'André, né à Aix et baptisé le 21 mai 1639 à la Made- 
leine, reçu conseiller le 24 décembre 1664 en l'ofiice de son père, mourut 
doyen et fut enseveli le 26 octobre 1723; époux de Gabrielle de Meyronnet. 

ANNALES DU MIDI. — XXUI. 3 



34 JEAX AUDOUARD. 

Joannis' se transportent au domicile de Pierre Greissel. Ils 
sont reçus par l'oncle du fugitif, le capiscol Laugier^ et par 
les sieurs Girard, Estienne et Gautier, employés à la Tréso- 
rerie des Etats, On procède à leur interrogatoire et on visite 
la caisse qui contient à peine — amère déception — i^O.OOO li- 
vres. Dans la même assemblée, les procureurs du pays décla- 
rent la vacance de la charge de trésorier des Etats et font 
apposer à Âix, Marseille, Arles, Toulon, Avignon, Montpel- 
lier, Lyon, des affiches pour annoncer la chose et provoquer 
des candidatures. Honoré André, consul de la ville d'Aix, et 
Jean Estienne, bourgeois de la même ville, sont chargés, en 
attendant la nomination du successeur de Greissel, « l'un de 
tenir la caisse tant des deniers de la province que ceux de la 
capitation, l'autre les livres concernant la recette des com- 
munes et receveurs particuliers des vigueries. » 

Par arrêt à la barre du 9 juin 1702, la Cour des comptes 
« ordonne, sur la faillite frauduleuse du sieur Greissel, tré- 
sorier des Etats de Provence, que ledit Greissel sera pris et 
saisi au corps, mené et conduit en bonne et seure garde 
dans les prisons de ce palais, pour y être détenu jusqu'à ce 
que autrement soit dit et ordonné; que ses biens seront sai- 
sis et annotés sous la main du roi et mis sous séquestre 
après inventaire à la forme accoutumée ^ ». 

Mais le Parlement intervint pour disputer longtemps à la 
Gour des comptes le jugement de cette affaire. 

Pendant trois ans, Greissel attendit patiemment en prison 
que les deux Gours de justice se fussent mises d'accord. 



1. Joseph Jtjannis, né le 26 janvier 1659 à Pertuis, reçu avocat général 
le U octobre 1686 en l'office de Boniface de Joannis, procureur général 
le 23 mai 1720, fut enseveli le 29 novembre 1740 à Pertuis ; époux de 
Claire de Glandèves. 

2. Le 30 j uin 1700 nous relevons la présence de « François de Laugier, 
chanoine capiscol du chapitre de Saint-Sauveur d'Aix », au mariage de 
Charles de Grimaldy, marquis de Régusse, avec Lucrèce d'Estienne de 
Chaussegros, dame de Mimet. Cf. Paul de Faucher, Le livre de raison 
d'Honoré de Gras, conseiller au Parlement de Provence, dernier 
seigneur de Mimet (Répertoire des travaux do la Société de statistique 
de Marseille, t. XLVI, 1904, p. 36). 

3. Arch. des Bouches-du-Rhône, B. 2.870. 



LA FAILLITE DE PIERRE CREISSEL. 35 

Des deux côtés, pareille obstination. Dans cette affaire 
comme dans tant d'autres apparaît un des vices fondamen- 
taux des institutions de l'ancien régime : ce fut, en effet, un 
principe de l'administration monarchique de ne jamais défi- 
nir, atin de n'avoir pas à limiter. 

Le Parlement réclamait à juste titre le privilège de juger 
Greissel comme membre de la Cour*; l'intendant, pour met- 
tre fin à ce conflit envenimé par des querelles intestines et 
aggravé par des questions personnelles, proposait, se souve- 
nant du procès de Fouquet, la nomination d'une Commis- 
sion extraordinaire, moyen qui aurait soustrait l'accusé à 
ses juges naturels pour le livrer à une magistrature d'excep- 
tion et d'occasion. La Cour des comptes l'emporta sur l'un et 
sur l'autre'*. Les conseillers Balthazard d'André, François- 
Auguste de Cabanes, seigneur et baron de Viens', et Jean 
Dedons* sont nommés par elle » commissaires députés pour 
la confection de la procédure criminelle faite contre le sieur 
Creissel et ses complices, querellés en fraude et banqueroute 
frauduleuse ». 

On leur adjoint un délégué de l'archevêque, un prêtre du 
nom de Solier qui fut remplacé à sa mort, survenue au mois 

1. J. Marchand, Un ititendant sous Louis XIV, Etude sur l'adminis- 
tration de Lebret en Provence {1687-1704), p. 269. 

2. Un arrêt du Conseil d'Etat, rendu à la requête de la Cour des comp- 
tes, « joignant le criminel au civil », ordonna que l'instruction du procès 
criminel commencé au Parlement d'Aix contre Creissel serait continué à 
la Cour des comptes. « pour estre ledit procès fait et pai'fait au dit 
Creissel et jugé suivant la rigueur des ordonnances, avec les formalités 
ordinaires dont en tant que de besoin S. M. en a attribué toute cour, 
juridiction et connaissance à la dite Cour des comptes, aydes et finances, 
et ce nonobstant l'attribution qui en aurait été faite audit Parlement 
d'Aix par l'arrêt du Conseil du 29 août 1702 que S. M. a révoqué à cet 
égard ». C'est un véritable arrêt de dessaisissement. Cf. Arch. des Bou- 
ches-du-Rliône, intendance, partie non classée. 

3. François-Auguste Cabanes, né et baptisé à Aix le 18 mai 1647 
(paroisse de la Madeleine), reçu le 21 février 1675 en l'office d'Alphonse 
de Thomassin, devint doyen et fut enseveli le 13 décembre 1729 à l'Ora- 
toire; époux de Marguerite de Boyer-Bandol. 

4. Jean Dedons, sieur du Lys, reçu le 16 juillet 1686, en survivance, 
sous dispense d'âge et de parenté, en l'office de son père ; épousa Suzanne 
de Galillet et mourut doyen le 1" mai 1743 à Aix; il fut enseveli à Sainte- 
Claire. 



36 JEAN AUDOUARD. 

de janvier 1704, par messire Louis Henricy, prêtre, docteur 
en droit, ancien curé de la paroisse Sainte-Madeleine d'Aix. 

Durant une année, Henricy assiste, en qualité de vicaire 
et officiai adjoint, à toutes les séances de la Commission ; il 
n'en manque pas une, « à cause de l'indivisibilité de la pro- 
cédure », prend-il le soin de nous dire. L'excellent homme, 
pour qui les biens de la terre avaient encore quelque prix, se 
hâte de réclamer ses vacations, s'élevant à la somme de 
961 livres; il a la douleur de n'en voir opérer le règlement 
que le 28 juillet 1708, après de multiples démarches et de 
nombreuses requêtes adressées au liquidateur de la faillite 
Creissel et à l'intendant. 

Il faut signaler également la présence, parmi les conseil- 
lers enquêteurs, d'un ofticier^ le lieutenant-colonel Guinaud 
du régiment de Thesu, dont l'assiduité ne fut pas des plus 
soutenues, puisqu'il lui est dû 12 livres seulement. Il se 
borna à assister aux interrogatoires de Creissel cadet, « offi- 
cier de guerre », comme nous l'avons dit plus haut. 

Les opérations de cette Commission furent longues. Le 
dépouillement d'une volumineuse correspondance, des livres 
de caisse, le contrôle de toutes les opérations faites par 
Gabriel et Pierre Creissel, l'examen des comptes des diffé- 
rentes sociétés commerciales et des banquiers faisant affaire 
avec les Creissel, malgré la défense formelle portée dans leur 
bail, absorbent tout le temps des magistrats, assistés d'une 
armée de greffiers et d'huissiers, les seuls qui trouvèrent leur 
compte à cette faillite, à l'opposé des créanciers. 

Ils consacrent à ce travail formidable d'innombrables 
vacations, dont le total atteint la somme respectable de 
6.216 livres 5 sols 1 denier. Pour ne citer qu'un exemple. 



1. Barrigue de Montvalon s'élève violemment contre cette pratique 
qu'il appelle <.<. un très mauvais usage » {Précis des ordonnances, édits, 
déclarations, lettres patentes, statuts et règlements dont les disposi- 
tions sont le plus souvent en usage dans le ressort du Parleynent de 
Provence, Ai.x, 1766, pp. -iMb, 567 et suiv.). C'est une ordonnance du 
4 novembre 1651 (Poitiers) qui avait édicté cette prescription, dont Bar- 
rigue de Montvalon se montre fort mécontent, parce que «; cette ordon- 
nance n'est point enregistrée ». 



LA FAILLITE DE PIERRE CREISSEL. 37 

Lazare BonfiUon — un expert sans doute, il y en avait 
déjàl — pâlit nuit et jour pendant deux mois sur les livres 
de la société formée par Greissel, Paty et Ycard : 300 livres 
d'honoraires récompensent son zèle et son dévouement. 

Les procureurs du pays suivent la procédure criminelle en 
qualité de partie jointe. Pierre Greissel étant resté empri- 
sonné jusqu'au 22 août 1705, Claude Aymé, Pierre Gosse, 
archers de la maréchaussée, André Guignaud, Laurens Lau- 
reau et Pierre Rey, huissiers de la Gour des comptes, « ont 
vaqué cà sa garde pendant un très long temps, pour raison de 
quoy il leur est deuh des sommes considérables' ». 

Dans cette affaire, le côté le plus intéressant n'est pas le 
procès criminel lui-même, qui relève plutôt du domaine de 
l'anecdote; ce serait surtout l'étude rébarbative de ce que 
nous dénommerons la discussion des biens de Greissel père 
et fils, l'historique minutieux de la répercussion en Pro- 
vence d'une faillite énorme pour l'époque, de la perturbation 
profonde qu'elle amena dans les finances provinciales et 
dans les fortunes particulières. 

A suivre pas à pas les opérations de cette faillite « jusques 
à l'entier et parfait payement des sommes deues par les 
sieurs Greissel à la province », à en noter soigneusement la 
marche et les incidents pendant près d'un demi- siècle, à 
relever les démêlés des curateurs avec les communautés, les 
vigueries, les receveurs des droits de consignation^, les 
receveurs des gages, les receveurs des vigueries, à dénom- 
bier et étudier les multiples procès qui en naquirent à Aix, 
Montpellier, Grenoble, etc., à faire connaître dans le détail 
les arrangements pris de part et d'autre, on obtiendrait assu- 
rément des résultats curieux; mais un tel travail dépasserait 
les limites de notre modeste étude. Il y en a les éléments; 
nous laissons à plus érudit et plus opiniâtre que nous le 



1. Voir leur requête au dossier. Ils devaient garder Creissel moyennant 
25 sous par jour et par archer. 

2. Notamment avec Jean-Alexandre de Blair, écuyer, seigneur de 
Fayolle, conseiller du roi, receveur général des consignations et dépôts 

n Provence. 



38 'TEAN AUDOUARD. 

soin do les mettre en œuvre. La présente notice n'a aucune 
prétention, si ce n'est celle de faire connaître en abrégé un 
des événements qui agitèrent le plus les esprits en Provence 
vers la tin du grand règne; c'est la première qui fournisse 
des renseignements sur cette faillite célèbre. 

Après la décontiture de Greissel, on procède à une liqui- 
dation longue et onéreuse pour ceux qui y prennent part. 
La province entre en pourparlers avec le syndicat des créan- 
ciers. 

Car tous les créanciers constituent une masse, représentée 
par un curateur. Quand nous aurons indiqué que les opéra- 
tions auxquelles la banqueroute donna ouverture s'échelon- 
nent de 1702 à 1736, on peut présumer le nombre des cura- 
teurs qui eurent, tour à tour, la périlleuse fonction de soute- 
nir les intérêts 'de leurs mandants et d'amortir la dette de 
la province. 

L'emploi n'était point enviable. Si l'on parcourt leurs 
relevés de compte, si l'on prend la peine — c'en est une véri- 
table — d'examiner de très près tous leurs actes, de suppu- 
ter la nature de leurs dépenses, de pénétrer un peu dans ce 
qui fit leurs préoccupations et leurs soucis, on les voit en 
butte à vingt procès à la fois, à mille réclamations, plaidant 
devant toutes les juridictions, sollicitant sans cesse des 
consultations* pour s'assurer du bien fondé de leurs droits 



1. Dans le fatras des pièces de cette affaire, il est quelquefois des docu- 
ments qui ne manquent pas de saveur : telle cette quittance qui nous 
permet de connaître le tarif des consultations juridiques au xviii* siècle : 
a J'atteste que pour la consultation que j'ai dictée cejourd'huy pour le 
sieur Maynier, curateur à la discussion de feu M. Creissel au sujet de 
la requête au siège de Toulon en réclamation d'une dette cédée à Creis- 
sel, j'ai reçu cinq livres, à Aix, le 25 juillet 1716, signé : Decormis. » 
Veut-on connaître le prix d'une plaidoirie? : « J'ay reçu de M. Maynier 
quatre livres et demie pour le plaidoyer que j'ai fait en la Cour des 
comptes contre le receveur des consignations, à Aix, le 18 juin 1708, 
signé : Ganteaume le jeune. » Autre reçu : « J'ai reçu de M. Maynier, 
curateur des effets de la discussion du sieur Creissel cy-devant trésorier 
de la province, la somme de vingt-deux livres, y compris le droit de 
clerc, et c'est pour une conférence faite avec M» Legier, assesseur, et le 
sieur Merigon, procureur du dit Maynier et encore pour un plaidoyer et 
deux répliques, le tout fait pour le dit sieur Maynier en la dite qualité 



LA FAILLITE DE PIERRE GREISSEL. 39 

obtenant des arrêts de la Cour des comptes contre les débi- 
teurs récalcitrants; et ils sont souvent obligés de payer les 
dépenses urgentes, de par l'autorité de l'intendant qui ne les 
ménage point, d'accord en cela avec les procureurs du pays. 

En 1703, le curateur « pourvu à la discussion des biens 
des sieurs Creissel père et fils » est un sieur Jean Bernard, 
procureur en la Cour. En 1705, le syndic des créanciers est 
Blanc Gaud. Il est remplacé par Dominique Maynier, bour- 
geois d'Aix, procureur au siège, qui habite « rue par dessus 
la grande horloge »; il meurt à la tâche le 9 juin 1717 et a 
comme successeur momentané son frère, Joseph Maynier. 
Celui-ci dépose ses comptes le 10 septembre 1717. Le choix 
de l'intendant s'était déjà porté sur M^ Joseph Carnaud, avo- 
cat en la Cour, qui devient ciirateiir le 10 juillet 1717. Les 
comptes définitifs sont rendus aux procureurs du pays le 
2 novembre 1736 par le curateur Pierre Jaulne, ancien pro- 
cureur au siège général d'Aix. 

A cette liquidation, Creissel est ruiné de fond en comble. 
Ses biens sont confisqués ; ses créanciers font saisir et ven- 
dre jusqu'cà ses meubles*. Sa terre de La Motte-Lussan est 
achetée au prix de 86.000 livres par messire André Froissât, 
sieur de Ramon, qui habite Paris'*. Sont vendues de même 
la maison qu'il possède à Âix, au bas du Cours, et celle dont 
il est propriétaire cà Toulon, rue de Bourbon. Ses propriétés 
d'Hyères, ses magasins, ses greniers et ses jardins de Tou- 
lon ^ subissent le même sort. L'arrière-fief de Boisvert est 
acquis pour 78.000 livres par M. du Revest d'Arcussia, 



contre la comiimnauté de Tarascon, à Aix, le vingt-neuvième janvier mil 
sept cent dix-sept, signé : Briieys. » 

1. En juin 1702, la Cour des comptes avait ordonné, par arrêt, le trans- 
fert à Aix des meubles garnissant le château de La Motte-Lussan. 

2. L'achat fut eflectué par les soins de M° de Cadecombe, avocat à Avi- 
gnon, et la vente constatée suivant contrat aux minutes de M" Guyon, 
notaire royal d'Aix, le 19 juin 1720. Sur la famille Cadecombe. voir la 
très curieuse brochure de M. le baron Marc de Vissac, Paid de Cade- 
combe. Avignon, F. Seguin, iVtOH. 

3. C'est Gabriel Rey, « ayant procuration do Maynier à l'effet de recou- 
vrer les effets de la discussion qui sont au dit Toulon et aux lieux cir- 
convoisins » qui procède à ces ventes. 



40 JEAN AUDOUARD. 

éciiyer de la ville de Marseille; sur cette somme, 20.4001. 
sont payées à la « discussion ». Sa charge de conseiller au 
Parlement est mise aux enchères et adjugée au sieur d'Al- 
bert* pour 55.000 livres. 

On disperse à la criée ses collections, sa bibliothèque, sa 
galerie de tableaux. M. le conseiller d'Antrechaux en 
acquiert quatre pour 87 livres, après estimation d'p]stienne 
Graille, qui s'intitule pompeusement négociant en tableaux; 
le reste est vendu 763 1.8 s.^ Parmi les tableaux de Greis- 
sel, signalons : une Samaritaine, des groupes de fruits, 
un portrait « de la dame de Saint-Michel », deux groupes de 
fleurs, « un tableau sur le véllin », une « Famille sainte », le 
portrait de Greissel ; diverses estampes représentant le Christ, 
le roi d'Espagne, M. de Morant-', intendant de Provence, 
Mer le dauphin, cinq batailles d'après Lebrun, etc. Sa vais- 
selle est fondue à la Monnaie; elle produit 4.241 1. 13 s. 8 d., 
c à ce compris les jetons et pourfileures* ». Son frère, Nicolas- 
Gabriel Greissel, est mis en demeure de se démettre de sa 
chai^ge de substitut du procureur général du roi au Parle- 
ment; un sieur Gordes l'achète pour 2.800 livres. Elle en 
avait coûté 6.000. Le prix fait retour à la masse qui ne s'en 
trouve guère enrichie. Les procureurs du pays agirent en 
l'occurrence avec quelque précipitation et dépouillèrent cet 
infortuné substitut avec une brusquerie d'autant plus dépla- 
cée que, selon sa propre parole, « il était chargé d'une grosse 
famille » et que le bombardement de Toulon lui avait occa- 
sionné de grandes pertes. L'intendant, que cette misère ne 
laissa point insensible, à la prière de Nicolas-Gabriel Greis- 
sel, lui fit délivrer un secours de 400 livres, à valoir sur ses 
droits^. Quant à la femme de l'imprudent trésorier des 

1. Marc-Antoine d'Albert de Roquevaux (28 août 1679-1.3 décembre 1760), 
l'eçu conseiller le 15 mai 1703, donna sa démission en 1712 et se retira 
à l'Oratoire. Il était fils de François, conseiller au Parlement, et de Fran- 
çoise de Eeboul de Lambert. 

2. Mais les frais à déduire s'élevèrent à 676 1. 6 s. 4 d. 

3. Thomas-Alexis de Morant, intendant de Provence de 1680 à 1687, 
devint premier président du Parlement de Toulouse. 

4. Arch. des Bouches-dn-Rhône, C.-56, f» 385 v. 

5. L'ordonnance de l'intendant est du 3 décembre 1707. 



LA FAILLITE DE PIERRE CREISSEL. 41 

Etats, elle est dans une gêne si complète que Joseph Blanc, 
receveur des capitations pour les années 1704 et 1705, prati- 
que une saisie-arrêt entre les mains du curateur pour avoir 
payement de la somme de 67 livres, montant de la capita- 
tion due depuis deux ans par M'^^ Greissel et sa femme de 
chambre. 

Le désastre est donc complet tant pour lui que pour sa 
famille, qui a eu la faiblesse de mettre une partie de ses 
capitaux à sa folle disposition. Tous ses commanditaires en 
sont pour leurs cautions. Le capiscol François Laugier et 
son frère Nicolas Laugier, capiscol de l'église cathédrale de 
Toulon, y perdent 40.000 livres, le sieur Rodolphe Chambon, 
ancien échevin de Marseille, 30.000 livres, le sieur Jean 
de Bellerot , ancien premier juge consul de Marseille, 
20.000 livres. Les plus sérieusement atteints sont encore 
son beau-frère Charles Yeard, secrétaire du roi, qui l'avait 
cautionné pour 90.000 livres et continuait à lui prêter, ainsi 
que Paty, dont la faillite s'élève à 250.000 livres. 

Nombreux sont les créanciers; la liste en est curieuse. 
Des détails navrants s'y rencontrent parfois : telle cette 
veuve d'Hyères, qui a confié son modeste avoir au financier 
émérite qu'elle a cru deviner dans Pierre Greissel. Réduite 
maintenant à la misère, elle sollicite vainement le rembour- 
sement de ce qui lui a été enlevé. Mais ce fait n'est-il pas de 
tous les temps? 

La province entra en arrangement avec le syndicat des 
créanciers et réussit presque à sauver sa mise. Des paye- 
ments réguliers et à peu près mensuels furent effectués par 
les curateurs à la caisse des Etats ; les acquits émanent tan- 
tôt du sieur Laugier (1706), caissier des Etats, de M. de Tio- 
laine (1707), procureur général de M. Silvy^ le nouveau 
trésorier du pays, de Dodun ou de Dugrou^, ou de Gau- 



1. Jacques •Sih'y, conseiller, secrétaire du roi, protégé de Chamillard, 
fat trésorier des Etats de Provence de 1703 à 1713. 

2. André-Georges Dugrou, écuyer, conseiller du roi, receveur générai 
des domaines et bois en Provence, devint trésorier du pays suivant 
bail du 23 décembre 1712, consenti pour une période de sept années. 11 



42 JEAN AUDOUARD. 

lier' (1713), associé d'André-Georges Dugrou, à qui Silvy a, 
sans hésitation, cédé une place qui lui avait tait perdre en 
moins de cinq ans 360.000 livres. 

Un arrêt du Conseil d'Etat rendu le 3 juin 1710 détermine 
le rang des créanciers de Greissel. Figurent avec un ordre 
privilégié la femme de Greissel, dont la créance est de 
22.677 1. 17 s. 3 d., non compris les intérêts de sa dot, 
impayés depuis 1706, le substitut Greissel à qui il est dû 
3.841 1. 13 s. et la demoiselle Glaire de Laugier qui réclame 
3.879 1. 3 s. 9 d. Le règlement de ces sommes est fait de pré- 
férence à la créance de la province. Il faut citer parmi les 
créanciers les conseillers de Bénault et d'Eguilles, Antoine 
Grasset, marchand à Toulon, etc. Les dividendes furent si 
minimes que certains créanciers se contentèrent de reprises 
en nature. Nombre d'entre eux furent ruinés. 

La liste des débiteurs nous permet de comprendre pour- 
quoi la liquidation rencontra tant de mauvais vouloirs et de 
résistances. Les plus grands noms de Provence figurent 
parmi les obligés de Greissel. Dans ces conditions, il n'était 
point commode d'obtenir la restitution d'avances aussi con- 
sidérables, libéralement consenties par un financier accessi- 
ble à tous. On rencontre souvent, dans les notes de Greissel, 
des indications ainsi conçues : « Prêté 560 livres à Massillon, 
gentilhomme du Languedoc, dont je n'ai d'autre connais- 
sance que de l'avoir vu à Montpellier. » Voilà ce qui s'appelle 
de l'imprudence. Le recouvrement de cette somme dut pré- 
senter, semble-t-il, quelque difficulté. 



s'était associé Gaspard Dodun, éciiyer, conseiller dii roi, commissaire de 
marine, ainsi que Dominique de Montgrand de Mazade et Jean de Eey- 
naud de Chateauneuf, présentés à titre do cautions, mais en réalité inté- 
ressés à raison d'un quart chacun dans l'affaire. 

1. Dès 1718, Dugrou s'associe avec Henri Gautier, bourgeois. Mais 
en 1729, l'assesseur de Colla ayant manifesté des doutes sur la sincérité 
de ses comptes, Dugrou est exclu et Gautier reste seul trésorier du 
pays, fonction qu'il occupe jusqu'en 1750. Ses successeurs furent Honoré 
Philip et Joseph Lyon Saint-Ferréol (1750-1756), Lyon Saint-Fer- 
réol (1764), Lyon Saint-Ferréol et Joachim-Félix Pin (1770-1790). Les 
dates entre crochets sont celles des baux passés par les procureurs du 
pays. 



LA FAILLITE DE PIERRE CREISSEL. 48 

Des officiers de vaisseau, des commissaires de marine, des 
écrivains du roi de la marine de Toulon, des chanoines, des 
magistrats, des marchands, tels sont ceux à qui Creissel a 
prêté. Dans « le dépouillement de l'état des biens et effets du 
sieur Creissel qui existaient le 1" janvier 1704 » sont portés 
comme débiteurs le maréchal de Villeroy, le président de 
Bandol, le marquis de Solliers, le conseiller de Peynier- 
ïhomassin, M. de Thoron, chanoine de Saint-Sauveur, etc. 
Mais la majeure part est due par les communautés toujours 
en retard pour acquitter leurs impositions. Le recouvrement 
de ces sommes, dont quelquefois elles se libérèrent en 
nature, fut la grosse difficulté de cette faillite, d'autant que 
les communautés se faisaient un malin plaisir de plaider, 
prétendant avec impudence qu'elles avaient payé déjà. 

Le calcul de leurs dettes, augmentées des intérêts depuis 
1702, donne aux curateurs un surcroît de travail, qu'ils sur- 
montent cependant avec une aisance dont on peut être 
étonné, tant ces opérations sont longues. Le 14 août 1736, 
l'intendant rend une ordonnance « portant qu'il sera procédé 
à la liquidation des sommes dues au pays par la faillite de 
Creissel, en présence du curateur à la discussion et des syn- 
dics des créanciers ». Le 28 septembre 1736, l'intendant 
liquide les sommes restant dues à la province. Le 2 novem- 
bre 1736, Pierre Jaulne présente son rapport définitif. 
Enfin, le 16 novembre 1737, les procureurs du pays dressent 
un état des sommes que doit encore Creissel. La dette était 
alors de 27.996 1. 2 s. 11 d. 

Pierre Creissel mourut avant la clôture définitive de cette 
liquidation interminable, le 30 novembre 1734 ^ Sa fin nous 
remet en mémoire celle de ce financier dont parle La Bruyère 
dans son chapitre des Biens de fortune : « Il est mort insol- 
vable, sans biens et ainsi privé de tous les secours. » On 
regretta fort peu Creissel, car le trésorier des Etats, ayant 

1. Sur la descen'ifinco de Gabriel et Pierre Creissel, voir L. de Berluc- 
Pérussis, Lettres inédites de l'Ami des Hommes et du Bailli de Mira- 
beau (i765-i767], dans le Rulletin de la Société scientifique et littéraire 
des Basses-Alpes, t. VIII (1897-1898), p. 453, note 1, 



44 JEAN ATÎDOUARD. 

des intérêts communs avec tous ceux qui faisaient le com- 
merce de l'argent, devait les entraîner dans sa chute. Cha- 
cun pâtissait des conséquences de sa déplorable gestion. Le 
nombre des faillites en 1702 est bien plus considérable 
qu'en 1690, par exemple, lorsque Jacques Le Blanc se trouva 
au-dessous de ses affaires. Gomme le fait ressortir Mar- 
chand, « à un point de vue général, c'était le désordre dans 
les affairés mêmes de la province, des comptes inextricables 
à régler avec les commis du trésorier, des procès sans fin 
avec ses ayants droit* ». Les procureurs du pays devaient 
recourir à des emprunts pour faire face aux besoins urgents 
et improviser toute une administration nouvelle. 

Lebret, qui avait découvert le vice de cette organisation 
financière provinciale, n'était pas éloigné d'en opérer la 
réforme. 11 avait compris que ces catastrophes, loin d'être 
imprévues, avaient pour causes bien visibles deux obliga- 
tions qui conduisaient presque fatalement le trésorier des 
Etats à la banqueroute : 1° les avances considérables à lui 
imposées par des gens de qualité dont l'autorité et l'in- 
fluence dans la province lui étaient indispensables, à qui il 
devait céder pour mériter leurs bonnes grâces ; 2° le paye- 
ment, dès le premier jour de chaque mois, d'un douzième 
du don gratuit. Pour remplir ces diverses conditions, le tré- 
sorier empruntait. Il empruntait quelquefois aussi pour con- 
tenter ses goûts personnels, ses habitudes de luxe. 11 se 
trouvait vite, d'emprunt en emprunt, acculé à la faillite. 
Lebret proposa que le don gratuit fût seulement exigible par 
trimestre, terme échu, ce qui aurait permis au trésorier d'en 
opérer le recouvrement intégral. Il demandait aussi de décla- 
rer nuls les emprunts faits par un trésorier en exercice 
sans l'approbation des procureurs du pays. Celte réforme 
parut trop rudo ; aussi ne fut-elle jamais adoptée. Et les lail- 
lites continuèrent. Jean Audouard. 

1. Marchand, op. cit., p. 163. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS 



LE STYLE DU l®"" AVRIL A TOULOUSE. 

En 1899, M. l'abbé Esparbès a fait à Toulouse,au Congrès 
des Sociétés savantes, une communication dont l'importance 
n'a peut-èli'e pas été reinar(|uée comme elle aurait dû Tètre. 
Il s'agit de l'usage qu'avaient les notaires toulousains au 
xv« siècle de faire commencer l'année non à Pâques (style 
de France), ni an 25 mars (style le plus fré(juent en Langue- 
doc), mais au l""" avril. 

Le travail de M. l'abbé Esparbès est encore inédit, et il 
n'en a paru qu'un très court résumé dans le Bulletin histo- 
rique et philologique du Comité des traixmx historiques'^. 
M. l'abbé Esparbès, s'appuyant sur les documents conservés 
aux archives des notaires, a établi que la date du l*"" avril a 
été surtout fréquente au xv® siècle (15 notaires de 1400 
à 1450, 12 de 1450 à 1500 et seulement 4 de 1500 à 1520), 
tandis que celle du 25 mars a été en faveur au xvi« siècle 
(6 de 1400 cà 1500, 30 de 1500 à 1565) ^ 

En dehors des documents des archives notariales, il y a aux 
archives de la ville d'autres documents qui permettent non 
seulement de contirmer ces conclusions par des faits précis, 
mais encore de les étendre jusqu'au commencement du 

L 181^«, p. 116. 

2. M. l'abbé Esparbrs nous a lui-même confirmé ces renseignements 
très résumés dans le Bulletin et nous le remercions ici de son obligeance. 



46 ANNALES DU MIDI. 

xiv« siècle': ce sont les livres matricules dans lesquels les 
notaires créés par les capitouls inscrivaient avec la formule 
de serment le modèle du seing manuel dont ils devaient 
authentiquer leurs actes 2. En outre, l'emploi de ce style dans 
des documents municipaux prouve qu'il n'était pas parti- 
culier aux notaires 3. 

Jusqu'au xiv» siècle, ces livres matricules ne fournissent 
pas d'éléments chronologiques en nombre suffisant pour per- 
mettre de connaître le style dont on fait usage C'est, en 
eftet, avec les dates comprises entre le 25 mars et le l®"" avril 
qu'on peut obtenir des conclusions certaines. Or, de 1266, 
date où commencent les registres, à 1304 environ, les créa- 
tions de notaires n'ont lieu qu'cà de longs intervalles (une ou 
deux fois par an, et quelquefois pas tous les ans), et il n'y a 
aucune date pour fin mars. 

Pour le début du xiv« siècle, c'est à peine également si on 
peut, dans le premier volume, relever quelques dates utiles. 

La date suivante : 1304, samedi après l'Annonciation*, 
correspond soit au 28 mars 1304 (Pâques étant le 29 mars ; 
dans ce cas, ce serait le style du 25 mars, mais c'est peu 
vraisemblable, car on eût dit plutôt « samedi veille de Pâ- 
ques »), soit au 27 mars 1305 (Pâques, 18 avril; dans ce cas, 
ce serait le style de Pâques ou du l»"" avril). 

1. M. l'abbé Esparbèsne s'est occupé, en effet, que du xv et du xvi'^ siè- 
cles, les archives des notaires ne remontant pas plus haut. 

2. Cf. Giry, Manuel de diplomatique, p. 6U3; Eoschach, Sigiiets 
authentiques des notaires de Toulouse du xiu' au xvi" siècle, dans 
Revue archéologique du midi de la France, t. I, 1867, in-4», p. 142-62. 
— Chaque notaire inscrit d'abord l'année et le jour du mois, son nom, 
la mention du serment, enfin il donne le dessin de son signet. Voici la 
formule usitée au xiv« siècle : Iton anno domini... die... mensis... (ou 
a>i7io quo supra, die... mensis ou anno et die quitus supra) ego... 
oriufidus de... fui creatus publicus Tholose notarius per dominos de 
capitula superius nominales (la liste est donnée à chaque renouvelle- 
ment de capitouls) et juravi modo et forma quitus supra (la formule 
est soit au début de chaque année, soit en tête du volume); on ajoute un 
peu plus tard : et signum meum apposui quod est taie (ou au xv* siècle : 
signum meum quo in publicis actibus uti vola aposui quod est taie). 

3. Le greffier ou le notaire municipal n'aurait pas, en effet, laissé met- 
tre de telles dates sur le registre si l'usage n'avait pas été général. 

4. Premier volume, f° 51, n" 643. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 47 

En revanche, la date suivante : anno domini M^CCC" 
XXIIH^, die sabbati\s\ in vigilio ramis pal/imruni videlicet 
//" die exilus mensis niarcii'^, correspond au 30 mars 1325; 
ici donc, ou bien il y a eu oubli du changement de millésime 
après le 25 mars, ou bien c'est le style de Pâques (7 avril), ou 
bien le style du !•"■ avril. 

De même « 3 avril 1330, mardi avant Pâques ^ » corres- 
pond bien au 3 avril 1330; ici donc, ce n'est pas le style de 
Pâques, mais rien ne permet d'affirmer si c'est le style de 
l'Annonciation ou du le"" avril. 

Ainsi, sur ces trois dates, la première et la seconde sem- 
blent éliminer le style de l'Annonciation: la troisième éli- 
mine le style de Pâques d'une façon certaine. Il faudrait 
donc en conclure qu'à ce moment-lk c'est le style du 1««" avril 
qui était en usage. 

A partir de 1335 environ, les inscriptions de notaires devien- 
nent au contraire des plus fréquentes, et c'est précisément 
en mars et avril qu'elles ont surtout lieu. Pour le même jour, 
on trouve souvent de dix à vingt notaires inscrits, et quoique 
dans ce cas les notaires successifs se servent généralement 
de la formule antio et die quibus supra, nous avons néan- 
moins pour la période comprise entre le 25 mars et le l" avril 
d'une même année une suite de quantièmes formulés en 
assez grand nombre pour que nous puissions en tirer des 
conclusions d'une certitude absolue. Nous les donnons dans 
le tableau ci-dessous :1a première colonne contient le dernier 
quantième du millésime vieux style antérieur à l'Annoncia- 
tion; ce millésime persiste après l'Annonciation (2« colonne) 
et change seulement en avril (3« colonne, nouveau style) ^. 



1. IbicL. {" 96, n° \2m. 

2. Ibid., l' 146. 

;{. Les quantièmes iiui sont ici donnés représentent la série complète qui 
ligure dans le registre entre la première date de la colonne de gauche et 
la première du nouveau style (6' colonne). 



48 



ANNALES DU MIDI. 



MILLÉSIME 


PERSISTE 


CHANGE 






VIKI'X STYI.B 












anlérieiir 


après 


(nouveau style) 


PAQUES 


RÉFÉRENCES 


A i.'annonciatiom 


l'Annonciation 


KN AVIUl, 






1336, '22 mars. 


30 mars. 


1337, 


1" avril. 


20 avril. 


1" vol., f" 216, 
nos 3837-8, 
3854. 


1.337,24 — 


25, 27, 3U mars. 


1338, 


2 


12 — 


2« yol., nos lùS, 
113,115,130. 
131. 


1338, 19 — 


30 mars. 


1339, 


2 


28 mars. 


Jd., 260, 282, 
287. 


1339, 24 — 


27, 27,29.29*, 
30 mars. 


1340, 


l.r _ 


16 avril. 


Id.. 348, 354-5. 
357-8, 360, 
368. 


1340,24 - 


28, 29, 30, 
31 mars. 


1341, 


13 — 


8 — 


Id., 495, 498, 
511,516,520, 
545. 


1341, 23 — 


26, 27, 30 mars. 


1342, 


4 — 


31 mars. 


Id., 623, 632, 
640, 644-5. 


1342, 5 — 


29 mars. 


1343, 


l«r _ 


13 avril. 


Id., 691, 693, 
716. 


1343,23 — 


26, 27, 29, 30, 
31 mars. 


1344, 


3 — 


4 - 


/d.,816-7, 823-4, 

826-7, 829. 


1344, 24 - 


26, 26*, 30, 
31 mars. 


1345, 


1" — 


27 mars. 


Id., 901, 910, 
913-4,920-1. 


1345, 23 - 


27 mars. 


1346, 


5 - 


16 avril. 


Id., 966-8. 


1346, 18 — 


25, 28, 30 mars. 


1347. 


5 — 


j.r _ 


Id., 1057, 1059- 
60, 1064-5. 


1348,23 — 


27, 27, 27, 28, 
28* mars. 


1349, 


3 - 


12 — 


Id., 1326-32. 


1349, 17 — 




1350. 


1" — 


28 mars. 


Id., 1412-3. 



Ce qui se dégage d'abord de l'examen de ce tableau, c'est 
qu'il y a lieu d'éliminer complètement le style de Pâques. 
On peut, en efîet, constater qu'en 1337, 1338, 1340, 1343, 
1344, 1346, 1349 (dates nouveau style, 3^ colonne), le millé- 
sime a changé avant la date de Pâques, tout comme en 1304 
et 1330; et inversement, en 1339, Pâques étant le 28 mars, 



1. Cas où le notaire a répété le quantième au lieu de la formule ordi- 
naire anno et die quibus supra; voir plus loin. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 49 

le 30 mars porte encore le millésime de 1338; en 1345, Pâ- 
ques étant le 27 mars, le 30 et le 31 mars sont encore du mil- 
lésime de 1344. En 1342, il est vrai, Pâques est le 31 mars et 
le millésime change le 4 avril ; mais ce serait une erreur 
d'en conclure que dans ce cas, comme dans d'autres analo- 
gues (1347, 1350), c'est Pâques qui a déterminé le change- 
ment; les deux séries d'exemples qui précèdent, ceux où le 
millésime change avant Pâques et ceux où Pâques étant en 
mars le millésime ne change pas pour fin mars, prouvent 
bien que la date de Pâques est sans influence sur le chan- 
gement de millésime. 

Reste le style de l'Annonciation. Or, le tableau qui pré- 
cède nous fournit (2* colonne) une liste considérable de 
quantièmes postérieurs au 25 mars où le millésime ne change 
pas; c'est donc encore l'exclusion du style du 25 mars. 

On pourrait, il est vrai, prétendre que le maintien du mil- 
lésime après le 25 mars est le résultat de l'erreur bien con- 
nue qui dans les premiers jours d'un nouveau millésime 
consiste, par oubli, à se servir encore de l'ancien. Mais ici 
ce n'est pas le cas. Nous avons, enefïet, pour les années 1338, 
1341, 1344, entre le 25 et le 31 mars, quatre ou cinq quantiè- 
mes donnés; si l'un des notaires avait fait l'erreur, un des 
suivants l'aurait certainement rectifiée en mettant la nou- 
velle année au lieu de répéter à son tour anno quo supt^a*. 
Bien plus, à trois reprises, on trouve une répétition de date 
caractéristique. En 1340, nouveau style, un premier notaire 
met pour date : anno quo supra [1339 vieux style] et die 
vicesima septima mensis mardi; le notaire suivant met 
une date identique : anno quo supra et die xx* septima 
mensis mardi; un troisième met simplement anno et die 
quibus supra. Si le premier notaire avait fait l'erreur de 

1. Les inscriptions ayant eu lieu le même jour {anno et die quibus 
supra) sont encore plus nombreuses ("23 notaires du 25 au 30 mars 1338 
n. st.), mais nous n'en tenons pas compte dans notre raisonnement, la 
formule ayant pu être copiée machinalement sur les actes précédents; au 
contraire, le fait qu'un notaire donne un nouveau quantième indique que 
son attention était éveillée; et, par conséquent, s'il ne donne pas un nou- 
veau millésime, c'est que ce n'était pas le cas. 

A.NNALES DU MIDI. — XXUI. 4 



50 ANNALES DU MIDI. 

millésime, le second notaire, puisqu'il répétait le quantième, 
alors qu'il aurait pu mettre la formule ordinaire : anno et 
die quibus supra, n'aurait pas hésité à donner aussi le nou- 
veau millésime au lieu de mettre : tuino quo supra"^. 
En 1346, d'ailleurs, Tannée a été mise en vedette entre le 
27 mars et le 5 avril '*. 

Il faut donc écarter Pâques et l'Annonciation et trouver 
une autre explication. Or, on remarquera dans le tableau 
que tous les quantièmes de mars appartiennent au millésime 
vieux style, tandis que tous les quantièmes d'avril, à partir 
du 1«% sont toujours du nouveau millésime. C'est bien la 
preuve que nous avons ici affaire à un véritable système, que 
l'erreur habituelle ne saurait intervenir, qu'il s'agit d'un 
autre style et que ce style ne peut être que celui du !«■■ avril *. 

Ainsi, pour le second quart du xive siècle, le doute n'est 
pas possible; c'est bien le style du !«•■ avril dont nous avons 
ici des exemples pendant onze années consécutives. Le style 
de l'Annonciation n'est cependant pas complètement aban- 
donné, car, en 1848, c'est dès le 26 mars que le millésime 
change (Pâques étant le 20 avril) \ 

A partir de 1350, les créations de notaires, au lieu d'être 
surtout fréquentes en mars et avril, se répartissent davan- 
tage sur tous les autres jours de l'année ^ et, dès lors, c'est 

1. Deuxième volume, n" 354-6. Même répétition (voir le tableau) pour 
le 29 mars 1340 (n»' 357-9), 26 mars 1344 (n»* 910-3), 27 et 28 mars 1349, n. st. 
(n»' 1326-32). 

2. Deuxième volume, f° 94. 

3. Les registres même des notaii-es, au xv^ siècle (archives des notaires), 
montrent d'ailleurs qu'il s'agit bien d'un système et non d'une erreur. 
L'année finie, le notaire laisse le reste de la page en blanc et passe à la 
page suivante en mettant l'année nouvelle en vedette; or c'est au l" avril 
que cela a lieu. Voir par exemple le registre de Louis Dubois : f" 38, 
24 mars 1432; vient ensuite, en vedette, année 1433; suit un acte du 
1" avril (or Pâques est le 12 avril). F» 79 v», 30 mars 1433; f» 80 r», 
année 1434 en vedette; suit un acte du \" avril (Pâques le 28 mars). 
Fol. 110 v", 31 mars 1434; f» 111 r", année 1435 en vedette; suit un acte 
du 12 avril (Pâques le 17 avril). Fol. 130 v°, 19 mars 1435; f° 1.31 r°, 
année 1436 en vedette; suit un acte du 5 avril (Pâques le 8 avril). 

4. Ibid., n» 1160. 

5. Si la formule anno quo supra persiste, le jour change avec chaque 



MELANGES ET DOCUMENTS. 



51 



à peine si entre le 25 mars et le 1«'' avril nous avons pour 
chaque année une ou deux dates; souvent même il n'y a au- 
cune date du 15 mars au 30 avril. De plus, les erreurs évi- 
dentes sont fréquentes, la formule anno quo supi^a qui se 
répète pendant des pages entières est souvent reproduite 
machinalement par chaque nouveau notaire, alors qu'il 
aurait fallu changer. Nous allons donner ci-dessous les seu- 
les dates qui permettent des conclusions un peu précises. 

Il y a d'abord quatorze années qui, ne fournissant aucune 
date entre le 25 et 31 mars et, par suite, aucune indication 
au sujet du style de l'Annonciation, écartent absolument le 
style de Pâques, le changement de millésime ayant lieu 
avant Pâques. 



VIEUX STYLE 


NOUVEAU STYLE 


PAQUES 


RÉFÉRENCES 


1355, 25 février. 


1356, 


19 avril. 


24 avril. 


2« vol., nos 1597.8 


1366, 15 mars. 


1367, 


15 — 


18 — 


— 198-9 


1369, ]8 — 


1370, 


5 — 


14 — 


— 258-9 


1374. 20 — 


1375. 


9 — 


22 — 


— 367-8 


1375, 26 février. 


1376, 


7 — 


13 — 


— 398-9 


1380, 24 janvier. 


1381, 


5 — 


14 — 


— 808-9 


1393, 19 mars. 

( 


1393' 
1394, 


6 - 
8 - 


19 — 


— 731-3 


1396, 13 février. 


1397, 


18 - 


22 - 


— 786-7 


1399, 16 — 


1400, 


2 — 


18 — 


— 840-1 


1402, 21 mars. 


1403, 


7 — 


15 — 


— 906-7 


1408, 8 — 


1409, 


3 — 


7 — 


— 1030-1 


1412, 18 février. 


1413, 


1" — 


23 — 


— Hi3-4 


1419. 23 mars. 


1420, 


l«r_ 


7 — 


— 1-243-4 



notaire (voir les tableaux suivants où les dates sont rigoureusement don- 
nées telles qu'elles se succèdent dans le registre). 
1. L'erreur est évidente ici pour le 6 avril. 



53 



ANNALES DU MIDI. 



On remarquera d'ailleurs que dès le !«'' avril le change- 
ment est fait; la liste qui précède ne s'oppose donc pas au 
style du l^r avril. 

Voici maintenant onze années qui ne pouvant prêter ma- 
tière <à discussion pour Pâques* excluentle style de l'Annon- 
ciation'*. 



MILLÉSIME 

VIEUX STYt.K 


APRÈS 


PREMIÈRE DATE 


PAQUES 


RÉEÉRENCES 


avanl le 25 mars. 


I.K ^5 MARS 


APRÈS 


1er AVRIL 










l'S')l, 15 mars. 


26 mars. 


1358, 


2 mai. 


1' 


'avril. 


3e vol.. 


no« 11-13 


1358, 20 — 


28 — 


1358. 
1359, 


2 avril. 
23' — 


21 


- 


- 


40-3 


1370. 24 — 


31 — 


1371, 


18 — 


6 


— 


- 


275-7 


1376.21 - 


26 - 


1377, 


1er _ 


29 


mars. 


— 


432-4 


1383, 8 - 


27 — 


1384, 


25 juin. 


10 


avril. 


— 


566-8 


1385, 1" — 


26 - 


1386, 


16 mai. 


22 


— 


- 


598-600 


1392, 20 — 


27,29 — 


1393, 


15 avril. 


6 


- 


— 


711-4 


1394, 19 — 


27 - 


1395, 


25 mai*. 


11 


— 


- 


755-7 


1397, 14 — 


28,30 — 


1398, 


2 mai. 


7 


— 


- 


799-802 


1400, 12 février 


30 — 


1401, 


l'^juin. 


3 


— 


- 


862-4 


1421.20 — 


31 - 


1422, 


29 mai. 


12 


— 


— 


1277-9 



1. Il s'agit de cas analogues à ceux cités plus haut pour lesquels le 
changement de millésime se produisant après Pâques ne peut cependant 
pas être attribué à Pâques. 

2. On pourrait, il est vrai, objecter que pour chacune des années nous 
n'avons plus qu'un seul quantième du 25 au 31 mars et qu'il y a eu en- 
core oubli chaque fois. Mais il serait vraiment curieux que l'erreur habi- 
tuelle se fût ainsi répétée si souvent; d'ailleurs, pour le 31 mars 1421 vieux 
style, le millésime est écrit en entier, a}ino domini M.III^ vicesimo 
primo. 

3. C'est la seule date qui comporte le style de Pâques et tous les exem- 
ples contraires nous donnent le droit de supposer que cette fois la date 
du 2 avril 1358 est le résultat de l'oubli habituel. 

4. Année en vedette entre le 27 mars et 25 mai. 



MELANGES ET DOCUMENTS. 



53 



Enfin, voici quatre années qui excluent à la fois et le style 
de Pâques (le changement de millésime ayant eu lieu avant 
Pâques pour trois et n'ayant pas eu lieu après Pâques pour 
une) et le style de l'Annonciation (le changement n'ayant pas 
eu lieu après le 25 mars) : 



MILLÉSIME 


APRiiS 


PREMIblRE 


DATE 










vmux STvr.E 








PAQUES 


RÉFÉRENCES || 


avant le 25 mars. 


LE 25 MAIIS 


APRÈS le"' 


AVRIL 










185U, 24 mars. 


25 mars. 


1351, 11 


avril. 


17 avril. 


2<; vol. 


nos 


1462-4 


1353,12 — 


29 — 


1354, 7 


— 


13 - 


- 




1557-4 


1404.24 — 


28 — 


1405. 16 


— 


19 — 


3= vol. 


nns 


041-3 


1420. 22janv. 


29. 31 - 


1421, 16 


— 


23 mars. 


- 




1263-6 



Ces quatre années ne peuvent donc s'expliquer que par le 
style du l^r avril. Et comme dans les vingt cinq années qui 
excluent les unes Pâques, les autres l'Annonciation, il n'y 
en a pas une seule qui s'oppose à ce style, que toujours le 
millésime est changé en avril et ne l'est jamais en mars*, 
nous pouvons en conclure que pendant la deuxième moitié 
du xiv« siècle c'est le style du 1«'" avril qui a été en usage à 
Toulouse. 

Les livres des notaires présentent ensuite une lacune de 
142'-^ à 1464. et lorsqu'ils reprennent nous ne trouvons pour 
la fin du xve siècle, de 1464 à 1499 2, contiairement à la 
période [)récédente, que des exemples du style de l'Annon- 
ciation ^ et les livres suivants de 1500 à 1536 fournissent 
aussi H peu prés tous les ans la preuve de l'emploi du style 



1. Voir les exemples du 31 mars et du 1" avi'il. 

2. Quatrième volume. 

3. 24 mars 1472, 26 mars 1473; 23 mars 1481, 29 mars 1482; 16 mars 1488. 
29 mars 1489; 16. 31 mars 1494, 31 mars 1495; ici, l'un des notaires a ou 
bien fait l'erreur ou bien fait usage du style du 1" avril (4" vol. n"' 242-3, 
595-6, 910-1, 1220-2). 



54 ANNALES DU MIDI. 

du 25 mars^ On trouve cependant encore un exemple du 
style du l»"" avril en 1522^ et probablement aussi en 152P, 
et c'est encore, sans doute, une tiace de ce style que dénote 
l'habitude qu'avaient les pariers du Moulin du Château nar- 
bonnais à Toulouse de tenir leur assemblée pour la reddi- 
tion des comptes et l'élection des administrateurs annuels 
le l®"" avril*; leur année financière allait du P"" avril au 
31 mars^ et correspondait ainsi exactement à l'année civile 
lorsque le style du l^r avril était en usagée 

C'est donc entre 1422 et 1464 que dans les documents mu- 
nicipaux on a abandonné ce style pour revenir à celui du 

25 mars", mais les exemples cités par M. l'abbé Esparbès et 
les deux qui précèdent montrent cependant que le style du 
l»"" avril a été encore employé parfois chez les notaires au 
xvi® siècle. 

Les livres matricules des notaires disparaissent en 1536 ; 
mais nous pouvons cependant poursuivre cette étude, non 
dans les livres des délibérations des conseils, qui se tiennent 
à intervalles trop éloignés, mais dans les registres du Consis- 
toire (registres d'audiences des capitouls). Ces registres for- 
ment pour chaque année capitulaire (de décembre à décembre) 
un volume dans lequel on trouve aussi un très grand nombre 

1. Vingt-quatre exemples : 23 mars 1500, 27 mars 1501; 20 mars 1503, 

26 mars 1504; 18 mars 1505, 26 mars 1506, etc., etc.; 20 mars 1535, 
29 mars 1586. 

2. 1521, 27 mars avant Pâques, 29 mars avant Pâques (répété deux fois), 
31 mai's avant Pâques; 1522, l'' avril (Pâques, 20 avril) [7« vol., n<" 270-4]. 

3. 1520, 19, 26, 26 mars; 1521, 5 avril (Pâques, 31 mars) [7' vol., 
n°' 193-6]. 

4. Arch. de la ville, fonds du Moulin du Château, comptes de 1524-1608, 
f" 8 r° (assemblée du 6 avril 1525 pour la reddition des comptes de 1524-5). 

5. Ibid., f" 21 V" « ceste présente année [1534] finissant mil v trente 
cinq le dernier jour de mars ». 

6. Au XVI" siècle, ils se servaient du style de l'Annonciation et le compte 
allait d'une assemblée annuelle à l'autre, dans les premiers jours d'avril. 

7. Nous ignorons pourquoi cet usage a été abandonné, mais il est assez 
curieux de constater que c'est après l'établissement du Parlement à Tou- 
louse. Ce style du 1" avril ne correspondant à aucune fête religieuse, il 
se peut que le Parlement soit intervenu pour le faire abandonner au 
profit du style de l'Annonciation, généralement usité dans son ressort. 
Notons pourtant que le Parlement, Cour royale, a toujours suivi le style 
de France ou style de Pâques. 



MÉLANGES Eï DOCUMENTS. 55 

d'éléments chronologiques, les capitouls tenant audience 
presque tous les jours. Nous ne donnerons pas ici les dates 
que nous avons relevéee , il suffit de dire que de 1538 à 1564 
le changement de millésime a lieu tous les ans^ dès le 
2H mars (le 25, jour de fête, n'étant pas naturellement jour 
d'audience, sauf en 1562 (capitouls protestants] où la date 
du 25 mars 1562 suit celle du 24 mars 1561). 

Enfin, en 1565, c'est dès le 2 janvier qu'on trouve le chan- 
gement de millésime, conformément à l'éditde Paris de l'an- 
née précédente qui, on le sait, avait été immédiatement enre- 
gistré par le Parlement de Toulouse 2. 

Ainsi nous pouvons dire que très probablement pour le 
premier quart du xiv^ siècle, d'une façon absolument cer- 
taine pour le second'quart et la seconde moitié du siècle et 
le premier quart du xv**, c'est le style du l^'' avril qui est en 
usage dans les registres de notaires. Pour la fin du xv^ siè- 
cle et le début du xvi«, c'est, au contraire, le style de l'An- 
nonciation, et c'est aussi ce dernier style que l'on rencontre 
dans les documents municipaux de la même époque jusqu'à 
l'adoption du style du l^^ janvier (1565). 

Ces conclusions sont donc conformes à celles de M. rabi)é 
Esparbès, qui, en outie, a montré que, même au xvi» siècle, 
il y a encore quelques exemples de ce style, et l'on voit im- 
médiatement quelles conséquences on doit tirer de tous ces 
faits. C'est., en effet, avec la plus extrême prudence qu'on 
devra désormais pour le xiv« et le xv« siècles, et aussi pour 
le xvl^ examiner les dates comprises entre le 25 mars et le 
1" avril; on pourrait commettre facilementpour cette période 
une erreur d'une année si on ne tenait pas compte du style 
du P'" avril. Enfin, pour la période antérieure au xiv^ siècle, 
il faudra se montrer peut-être encore plus réservé, puis- 
qu'aucun élément ne nous permet de savoir l'usage suivi à 
ce moment, et que, d'autre part, l'usage si général au xir^siè- 

1. Seules les années l.')40, 1547, 15.5.3, 15.56, 1.559 (c'est-à-dire 5 sur 27) ne 
fournissent pas dédale pour fin mars. 

2. Giry, Manuel de diplomatique, p. 11.3. 



56 ANNALES DU MIDI. 

cle du style du l'*'' avril donnerait lieu de croire que les ori- 
gines de ce style sont peut-être beaucoup plus anciennes. 

François Galabert. 



II 



LE SIRVENTES D AUSTORC DE SEGRET. 
(Sîiite et fin.) 

Mais il y avait des parents d'Edouard non seulement dans 
la famille royale d'Angleterre, mais aussi dans les maisons 
couronnées de France, de Naples et de Gastille. Edouard 
était fils d'Eléonore de Provence et, par conséquent, neveu 
de Charles d'Anjou, qui avait épousé Béatrix, sœur d'Eléo- 
nore. Il était aussi le cousin germain de Philippe-le-Hardi, 
fils de Marguerite, sœur aînée d'Eléonore. Enfin, il avait 
épousé lui-même, en 1354, Eléonore de Gastille, fille d'Al- 
phonse X. 

Et justement, cette dernière parenté avec la maison de 
Gastille doit faire examiner un instant s'il ne s'agit pas, dans 
le sirventés d'Austorc de Segret, d'Henri, frère d'Alphonse X, 
et, par conséquent, oncle d'Edouard. Ce prince infortuné 
méritait aussi d'être vengé en 1278. Alphonse X, son frère, 
ne s'en souciait pas, et certainement Edouard se serait 
honoré en tentant l'entreprise. Or, s'il l'avait fait, il se serait 
encore trouvé en présence de Charles d'Anjou, le mauvais 
génie du temps. 

Henri de Castille avait été fait prisonnier à Tagliacozzo 
avec Conradin. Il n'était point monté sur l'échafaud, comme 
son malheureux allié, tnais Charles l'avait exposé à la risée 
populaire en le faisant promener dans une rage de fer de 
Naples à Palerme et jusqu'en Pouille. Là, il l'avait enfermé 
dans une forteresse obscure d'où l'illustre prisonnier ne 
sortit qu'en 1284, sur l'intervention d'Honorius IV. Les 
troubadours s'intéressèrent à son sort. Paulet de Marseille 
demanda sa libération dans un planh admiratif et plein 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 57 

d'émotion*. Folquet de Lunel en fit autant ^ Austorc de 
Segret pourrait donc s'être joint à eux. Henri de Gastille 
était aussi « sans égal par l'intelligence et le savoir ». Sa 
valeur était légendaire et il avait été à Tagliacozzo le cham- 
pion malheureux du bon droit*. 

Mais il faut remarquer qu'Austorc ne sollicite pas une 
simple mise en liberté; il parle de vengeance. Son texte dit 
clairement, en employant le passé, que Henri n'est plus 

vivant : 

... era de sen e de saber ses par 
E totz lo mielhs era de sos parens. 

Il est donc certain qu'il s'agit d'un mort et, par consé- 
quent, d'Henri d'Allemagne. Et voilà la date du poème re- 
portée forcément après le carême de 1271 et même au prin- 
temps de 1273, après le retour d'Edouard de la Palestine. 

Dès lors, on comprend facilement, puisque Edouard est 
roi depuis le 16 novembre 1272, qu'il s'agit aussi de lui dans 
le vers 25. Lo 7^eys que non fo po^dens et qui, au contraire, 
a gagné « par les armes, tout ce qu'il a voulu posséder et con- 
quérir »', c'est lui. L'hisfoire le confirme. Dès 1253, Edouard 
est investi de la Guienne et nommé « duc de Gascogne ». 
Alphonse X réclame cette province, mais la cède bientôt au 
prince anglais, à qui il donne sa fille Eléonore en ma- 



1. Voir ce beau planh dans Raynouard {Choix, IV, 72) : 

4 ... Valors a presza gran deschazensa 
... par la preizo del pros N Enric, 
Lo plus ardit de Burcx tro en Alamanha. 
... Per valor e per noble coratge, 
Mantenia N Enricx l'honrat linhatge 
De Coraldi. d 

« Valeur a subi une grande chute — par la prison du preux Henri, — 
le plus hardi de Burgos jusqu'en Allemagne. — ... Par valeur et par noble 
courage, — Henri maintenait le lignage honoré de Conradin. » 

2. Raynouard, Choix, IV, 239 : 

« E c'om rendes N Enric (qu'ora séria). » 

u Et (il serait bon) qu'on rendît Henri (à la liberté!, car ce serait 
l'heure. » 

3. Les efforts des troubadours furent vains ; Edouard ne s'intéressa pas 
au sort de son oncle. 



58 ANNALES DU MIDI. 

riage (1254). Cette union apporte même à Edouard le Pon- 
thieu et le comté de Montreuil, tandis que son père lui 
confie l'Irlande, le pays de Galles, Bristol, Stamford et 
Gratham. Le prince anglais, ainsi apanage et marié, par- 
court en vainqueur presque tous les tournois de France, 
d'Espagne et d'Allemagne. Il y gagne le surnom de Longues- 
Jambes et y provoque parfois des combats meurtriers'. 
Cependant, l'Angleterre est déchirée par la guerre civile. 
Henri 111 et Richard de Gornouailles sont vaincus et faits 
prisonniers à Lewes (14 mai 1264); Edouard, qui a été per- 
sonnellement vainqueur des milices de Londres dans le 
combat, est pourtant pris lui-même et enfermé à Kenilworth 
avec son cousin Henri d'Allemagne. Mais il s'échappe, réor- 
ganise le parti royal et, avec l'aide d'Henri, gagne la bataille 
d'Evesham (4 août 1265), délivre son père et son oncle et tue 
le chef des rebelles, Simon de Montfort, comte de Leicester. 
La royauté sera si bien raffermie par cette victoire et celles 
qu'Edouard remportera encore pendant deux ans que le 
vainqueur pourra partir sans crainte pour la croisade. 

Mais là, évidemment, il s'est mal conduit aux yeux d'Aus- 
torc de Segret. Comme Charles d'Anjou et Philippe-le-Hardi, 
il n'a pas exterminé les Turcs, mais traité avec eux quand il 
n'en fallait épargner aucun (v. 11)'^. 11 a donc failli à Dieu 
(v. 29); aussi lui est-il survenu abaissamens (v. 28). Austorc 
veut désigner par là : 1° la paix conclue avec Bibars; 2° la 
tentative d'assassinat dont Edouard a été victime en Pales- 
tine; 3° l'assassinat d'Henri d'Allemagne; 4° la spoliation 

1. Tin tournoi auquel il prit part en 1273, à Chalon-sur-Saône, à son 
retour de la Palestine et d'Italie, fut réellement sanglant et prit le nom de 
« combat de Chalon ». 

2. La relation de la croisade d'Edouard est assez bien racontée dans 
l'Histoire ecclésiastique de Fleury (XVIII, 159 sq.). Edouard débarqua à 
Acre, en 1271, avec mille guerriers choisis. C'était peu, en face du Soudan 
Bibars (El Melik-ed-Daher) qui avait ruiné Antioche, pris Césarée (Pales- 
tine), Safed, et terrorisé les chrétiens de Syrie. Néanmoins, il entreprit 
résolument de reconquérir Jérusalem, s'empara de Nazareth et arriva à 
Château-Pèlerin. Mais un musulman fanatique tenta de l'assassiner et le 
frappa au bras avec un poignard empoisonné (17 juin 1272). Réduit à l'inac- 
tion et voyant ses soldats décimés, Edoiuird signa une trêve avec Bibars 
et reprit la route d'Europe (15 août). 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 59 

dont la maison anglaise est l'objet en Guienne de la part des 
Français. 

Cette spoliation et les traités qui permirent à Edouard de 
la rendre simplement temporaire sont connus. Mais les his- 
toriens n'ont pas assez remarqué que la question intéressait 
aussi au premier .chef Oth de Lomagne. Or, comme c'est 
cette dernière considération qui pousse Austorc de Segret à 
écrire et lui fait envoyer son sirventés à Lectoure et à Auvil- 
lars, il est nécessaire d'exposer les faits dans leurs grandes 
lignes. 

Alphonse de Poitiers (f le 25 août 1271) avait laissé, par 
son testament, son apanage du Poitou et de l'Auvergne, ainsi 
que le Toulousain, au roi de France. Jeanne, sa femme, 
morte trois jours après lui, avait disposé personnellement de 
sa dot et des fiefs qu'elle tenait de sa grand'mère, Jeanne 
d'Angleterre, sœur de Richard Gœur-de-Lion. Elle avait 
donné le marquisat de Provence à Charles d'Anjou et l'Age- 
nais et le Quercy à Philippa, fille d'Oth de Lomagne. 

Mais les volontés des deux défunts trompaient trop de 
cupidités pour être respectées. Charles d'Anjou réclama le 
Poitou et l'Auvergne. Marguerite de Provence, sa belle-sœur 
et son ennemie acharnée à la cour de France, fit échouer ses 
démarches. On ne lui laissa même pas le marquisat de Pro- 
vence, qui fut donné à l'Eglise en échange, il est vrai, au profit 
du roi de Naples, de concessions importantes en Campanie. 

Quant à Philippa de Lomagne, c'était encore une enfant, 
et son père Oth était un trop petit personnage pour faire 
triompher ses droits. En tout cas, l'Agenais et le Quercy 
étaient légués à sa fille, non comme propriété souveraine, 
mais pour faire retour à la couronne d'Angleterre. On voit 
donc comment les intérêts d'Edouard et ceux d'Oth de 
Lomagne se confondaient. Le testament de Jeanne de Tou- 
louse était parfaitement licite en droit : le retour de l'Age- 
nais au roi d'Angleterre avait été prévu formellement par le 
traité de 1259, si Jeanne mourait sans enfants. Il en avait 
été de même du Quercy, dont l'attribution aux Anglais avait 
été plus disputée, mais néanmoins reconnue, puisque Al- 



60 ANNALES DU MIDI. 

phonse de Poitiers en avait dû verser les revenus au roi 
Heni'i IIP. Celui-ci, d'ailleurs, réclama l'Agenais et le 
Quercy par une lettre du 25 octobre 1871^. 

Rien ne prévalut d'abord contre la cupidité de la maison 
de France. Les sénéchaux de Philippe-le-Hardi mirent la 
main sur les deux provinces. Henri III mourut sans avoir 
fait rapporter la mesure (16 novembre 1272). Oth de Lo- 
magne mourut, à son tour, à une date qui n'est pas connue, 
mais avant 1274, puisque cette année-là, à la Chandeleur, 
Gui, comte de Saint-Foi et tuteur Ae Philippa, soutenant les 
droits de sa pupille devant le Parlement de Paris, se vit dé- 
bouter de ses prétentions'. Quant à Edouard P^ qui revint 
à Bordeaux, dès 1273, pour contenir les appétits toujours en 
éveil de Gaston VII de Béarn, il ne fut d'abord pas plus heu- 
reux concernant la succession de Jeanne de Toulouse : il 
n'obtiendra l'Agenais par négociations qu'en 1279 et le Haut- 
Quercy sera enfin vendu à Philippe le-Bel pour 3.000 livres 
tournois, par le traité de Paris (août 1286). 

On voit clairement qu'Edouard était abaissé en Guienne à 
son retour de la Terre-Sainte, et l'on comprend qu'Oth de 
Lomagne, à qui s'adresse Austorc, ait souhaité une guerre 
entre la maison de France et le roi anglais. On a déjà com- 
pris aussi pourquoi le premier motif de cette guerre éven- 
tuelle était, dans l'imagination des réclamants, la vengeance 
de l'assassinat d'Henri d'Allemagne. Le père de Gui de 
Montfort était d'ailleurs connu en Guienne, où il avait été 
sénéchal de Henri III jusqu'en 1253, et il y avait laissé le sou- 
venir d'une rigidité exceptionnelle. Je rappellerai plus loin 
qu'en 1265, après Evesham. sa veuve Aliéner, chassée d'An- 
gleterre avec ses fils, était venue agiter le pays, en cédant à 
la Navarre le comté de Bigorre, dont l'Angleterre était suze- 
raine. 

Le sens du poème est maintenant intelligible dans tous 



1. Doin Vaissete (édit. Privât, IX, 9). — La somme payée parla France 
était de 3.720 livres. 

2. Ibid., IX, 9. 

3. Ibid., IX, 8, note. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 61 

ses détails. Mais pourquoi Edouard ue suivit-il pas les 
conseils qui lui étaient donnés? Est-ce à cause de la mort 
d'Oth, qui dut survenir bientôt après? Est-ce parce qu'il 
était étroitement apparenté aux rois de France et de Naples 
et qu'il comptait sur un mouvement de justice de leur part ? 
Les deux raisons ont dû avoir leur intluenc- et Edouard était 
de taille à patienter. En réalité, le pape faisait tout de même 
quelque chose pour venger Henri d'Allemagne, et la France 
dut, à son tour, se résigner à céder l'Agenais et à racheter le 
Quercy. Mais, en 1273, une raison plus immédiate encore et 
plus forte dut rendre Edouard prudent. 

Philippe-le-Hardi s'était rendu en personne, l'année précé- 
dente (25 mai), dans le comté de Foix, pour réprimer une 
révolte de Roger-Bernard. L'expédition avait été vivement 
menée et, le comte rebelle emprisonné, Philippe avait fait 
déterminer la frontière qui séparait ses domaines de l'Ara- 
gon et construire tout un chapelet de forteresses sui' les Py- 
rénées et les contins de la Gascogne. Ce sont peut-être ces 
castellis hen bastitz qu'Austorc voudrait voir derroccw 
(V. 38). 

L'expédition reçut le nom railleur de « petite guerre de 
Foix ». Elle n'en constitua pas moins, par sa rapidité et ses 
résultats, une leçon de choses dont Edouard I'^'' était trop 
intelligent pour ne pas profiter. Ses sujets anglais n'aimaient 
pas à venir se faire tuer en Guienne; ils frémissaient encore 
au souvenir des récentes guerres civiles et avaient même des 
velléités d'en fomenter de nouvelles. La Guienne, réduite à 
ses propres forces, aurait eu probablement le sort du comté 
de Foix. Edouard comprit, mais autrement qu'Austorc de 
Segret, que les Français ne lui auraientdaissé sdi ni cima ni 
razitz, ni forsa ben garnicla, si sa valeur avait tenté l'im- 
possible, c'est-à-dire s'il avait cherché, par les armes, à 
venger Henri d'Allemagne et à reconquérir l'Agenais et le 
Quercy, même la Bigorre. Après avoir assuré la défense de 
la Guienne et de la Gascogne, |il prit le chemin de l'Angle- 
terre, où l'appelaient les affaires du pays de Galles et de 
l'Ecosse. Il débarquait à Douvres au printemps de 1274. 



62 ANNALES DU MIDI. 

L'appel à la croisade ne fut pas plus entendu que l'appel à 
Edouard. Le concile de Lyon (1274) organisa pompeusement 
une expédition éventuelle outre-mer; mais ce passage n'eut 
point lieu. « Charles et le roi trançais » continuèrent à des- 
guîdav les chrétiens, et l'Eglise en resta « honnie » (v. 43-44). 

J'en viens aux renseignements que j'ai promis de donner 
sur Austorc, abbé de Séguret. 

Ce personnage paraît dans les chartes du Velay dès 1245 
et meurt après 1293. Pendant cette longue carrière de près 
de cinquante ans, il fut mêlé à quelques événements nota- 
bles qui lui firent connaître la cour de France et jouer un 
rôle dans les rapports de l'Eglise d'Anis avec le comté de Bi- 
gorre. Voici cette carrière, d'après une dizaine de documents 
mis au jour dans les quarante dernières années : 

I. — Le 17 septembi'e 1245, le chapitre d'Anis fait un échange 
de rentes avec l'Hôpital du Puy. L'acte est passé dans la salle du 
chapitre, en présence de presque tous les chanoines : Aclum, 
Anicii, in Capilulo... testibus presentibus ad hoc specialiter 
vocalis et rogalis, Beraldo de Contaniet, abbate Secureli, Ar- 
fna?ido {\o vesconte), abbate Sancti-Petri de Turre... ', Austorgio 
DE Monte aguto, Bertrando Maleti^, canonicis aniciensibus^. 

(On voit qu'Austorc n'est encore que simple clianoine; son pré- 
décesseur à l'abbaye de Séguret est même nommé.) 

II. — En novembre 1253, un acte célèbre a lieu dans le chapitre 
d'Anis. Bertrand de Ventadour, évêque, vend à Henri III, roi 
d'Angleterre, la suzeraineté spirituelle que les prélats du Puy 
exerçaient depuis 1062 sur le comté de Bigorre et qui leur rappor- 
tait annuellement soixante sous morlàas. La vente est faite 
moyennant 3.200 livres podienses, acquittées au contrat. Austor- 
gius, devenu abbé de Séguret, est encore témoin dans l'acte et a 

1. Armand de Polignac devint évêque du Puy de 1255 à 1257. Il eut 
pour successeur Gui Folqueys, qui fut poète provençal et devint pape 
sous le nom de Clément IV (1265-1268). — Saint-Pierre-la-Tour était une 
abbaye formant paroisse au Puy. 

2. Je signale Bertrand Malet, parce qu'il remplira, en 1257, une mission 
importante à la cour de France avec Austorge de Montaigut. 

3. A. Jacotin, Preuves de la maison de Polignac. Paris, Leroux, 1906 ; 
t. IV, p. 108. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 63 

été convoqué exprès. Testes ad hoc vocnti sunl sciliceù : G. ar. 
chidiaconii.s Lugduneiisis, Armandus de Polleninlaco, abbas 
Sancti-Petri, Eustorgius de Monte ac^uto, abbas Segureti...^ 

III. — En 1257. le chapitre d'Anis demande à Louis IX d'exemp- 
ter le diocèse du Piiy du droit de régale et envoie auprès du mo- 
narque, pour présenter sa pétition, Gui de Montlaur^, doyen, 
Eustorge de Montaigut, abbé de Séguret, et Bertrand Malet, cha- 
noine. La mission réussit à merveille et Louis IX renonça à une 
prérogative qui lui était chère 3. 

IV. — Le 19 juin 1270, Austorge de Montaigu, abbé de Séguret, 
agissant comme auditeur de Saint-Georges *, et Falcon d'Espaly 5, 
chanoine d'Anis, font une transaction au sujet d'une place de la 
ville du Puy^. 

V. — Le 5 mai 1272, Armand V, vicomte de Polignac, fait son 
testament et donne comme tuteurs à ses enfants mineurs : Domi- 
nuni Beraudtim, domininyï de Mercorio^, et dominum Gari- 

1. Ch. Rocher. Rapports de l'Eglise du Puy avec le comté de Bigorre, 
Tablettes du Velay, t. III, année 1873, pp. 479-81. — La charte originale 
est à la B. N., mss. coll. Bréquigny, t. LXIII, fol. 261. — Reproduction 
par M. A. Jacotin, dans les P)'eiives de la maison de Polignac, I, 248. 

2. Je me suis déjà occupé en passant de Gui de Montlaur dans mes 
études antérieures. fV. Pons de Montlaur dans l'Histoire et daiis la 
poésie provençale. Le Puy, 19U9, Peyriller, Rouchon et Gamon, pp. 26, 27 
[note] et 28.) Gui de Montlaur devint évêque de Valence en 1274 {Gall. 
Chr., édit. de 1656, 111, 1114). 

3. La pétition présentée par Gui de Montlaur, Eustorge de Montaigut 
et Bertrand Malet existe aux Archives nationales, sous le titre : Litterœ 
quibus Aniciense Capitulum a Ludovico , rege Franciœ , petit ut 
Guidoni Fulcodii, episcopo novissime electo regalia concedatitur. — 
Datée de novembre 1257 et scellée du sceau ogival du chapitre (coll. 
Douet d'Arc, Pion, Paris, 1867, n» 7285). — Reproduction dans De La- 
borde, Layettes du Trésor des chartes, III, 392 b. — La décision de 
Louis IX a été publiée par Caillau : Gloires de N.-D. du Puy, 389-91. — 
Enfin, une lettre de remerciements du chapitre est à la Bibliothèque na- 
tionale, mss. fonds latin, n» 9988, fol. 202, Registrum Curiœ Franciœ . 
— Reproduction par Ch. Rocher, Tablettes du Velay, III, 174-75. 

4. Saint-Georges était une église-paroisse au Puy. Elle avait un chapi- 
tre de chanoines. 

5. Espaly est aujourd'hui une commune des environs immédiats du Puy. 
Au xiii" siècle, Espaly avait un château dont les évèques d'Anis faisaient 
leur séjour préféré. 

6. A. Jacotin, Inventaire des Archives de la Haute-Loire, section G, 
p. 111. 

7. Béraud X, baron de Mercœur, en Auvergne. — Voir étude de M. Bou- 
det dans la Revue d'Auvergne (1905). 



64 ANNALES DU MIDI. 

num de Monte Aciito^, et domlnuni AusTOHOiaM de Montk 
ACUTû, et Guillelmiim de Monte Revello^, prepositum .\yiicien- 
seyn, et Iterium Sarraseni, domicelluni^. 

VI. — Le 11 janvier l'274, Annaiid VI [Arniandetus), vicomte île 
Polignae, prête foi et hommage à Guillaume de la Roue, évêque 
du Puy*, et Austorgius est en tète des témoins : Aclum et datum 
in Capiiulo veteri Anicii... presentibas tesiibus vocatis et roga- 
lis et in Capitulo predicto et ad hoc specialiter congregalis : 
domino Austorgio de Monte aguto, abbale Secureti, domino 
Johanne Cardinatis, canonico forisdecano, etc.^. 

VII. — Le 30 août 1283, Austorge de Montaigu, abbé de Ségu- 
ret, donne procuration à Pierre César, légiste, à l'effet d'assigner 
Pierre Laurent en paiement de censives dues sur une maison sise 
au Puy et une vigne dépendant du terroir de Ronzade (près du 
Puy)6. 

VIII. — Le 7 décembre 1284, Frédole de Saint-Bonnet, évêque 
nouvellement élu', prête serment devant le chapitre, et Austorge 
est présent à son rang de troisième dignitaire de l'assemblée : 
Acta fuerunl predicta in Capitulo Anicietisi... presenlibus et 
congregatis in eodem Capitulo, ve^ierabilibus viris Raymundo 
Atgerii, decano, Guillelmo de Monte Revello, preposito, Aus- 
torgio DE Monte aguto, abbate Secureti, Johanne Cardinalis, 
forisdecano, etc. s 

IX. — Le 10 décembre 1285, le chapitre approuve l'engagement 
par Frédole de Saint-Bonnet, évêque, de la ceinture et du pecto- 
ral en or du grand-prêtre Aaron, en nantissement d'une somme de 
1.124 livres tournois due par l'Eglise du Puy. L'engagement a na- 
turellement lieu de volontate et assetisu expressis dicti Capituli 



1. Montaigu-le-Blanc-sur-Ghampeix, arr. d'Issoire (Puy-de-Dôme). — 
Garin était le sixième fils de Pierre de Montaigut et devint grand-maître 
des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. 

2. Montravel, chef-lieu de canton de l'Ain, arr. de Bourg. — Famille 
comtaïe. (V. A. Jacotin, Preuves de la maison de Polignae, table.) 

3. A. Jacotin. Preuves de la maison de Polignae, I, 270. 

4. Guillaume de la Koûe fut évêque du Puy de 1260 à 1283. 

5. Je cite Jean Cardinal, parce qu'il est de la famille du troubadour 
Pierre Cardinal. — La charte VI se trouve dans les Preuves de la mai- 
son de Polignae, I, 276. 

6. A. Jacotin, Inventaire des Archives de la Haute-Loire, section G, 
p. 88. 

7. Frédole de Saint-Bonnet fut évêque du Puy de 128'1 à 1289. 

8. A. Jacotin, Preuves de la maison de Polignae, I, 283. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 65 

Aniciensis, videlicel veneraMlium virorum domini Raymundi 
Atgerii, decani Ayilciensis, domini Guillelmi de Monte Revello, 
prepositi aniciencis, Austorgii', abbalis Secicreti^. 

X. — Enfin, le 23 avril 1293, Jeanne de Navarre, reine de 
France, prête hommage à l'Eglise du Pay pour le comté de Bi- 
gorre. Eustorgius est encore témoin : Acla sunt hec in Capitulo 
aniciensi, testibus presenlibus et exislentibus in hoc Capitula, 
R. Atgerii^, decano, G. de Monte Revello, preposilo, Eustorgio 
DE Monte aguto, abbate Segureli *. 

De ces dix actes divers, quatre sont de la première impor- 
tance : 1° et 2<» les deux hommages qui concernent le comté 
de Bigorre; 3" la mission d'Austorge auprès de Louis IX 
en 1257; 4<' la tutelle du jeune vicomte Armand VI, de Poli- 
gnac, confiée à Austorge. 

Cependant, cette dernière mission a un intérêt tout local 
et je ne la mentionne spécialement que pour montrer la con- 
fiance dont jouissait l'abbé de Séguret. 

La mission auprès de Louis IX semble contredire l'inter- 
prétation de Ghabaneau. Il est évident que les pétitionnaires 
envoyés par Gui Folqueys, ami personnel du monarque ^ ne 
pouvaient pas être des ennemis du roi et qu'Austorge ne 
semble pas ainsi qualifié pour écrire, quinze ans plus tard, 
une satire violente contre la maison de France et en l'hon- 
neur de l'Angleterre. Mais l'attachement à Louis IX ne com- 



1. Il est bon de remarquer que le titre : de Monte acuto, est oublié. 

2. A. Jacotin, Preuves de la maiso?i de PoUgnac, I, 286. 

3. On verra plus loin que ce personnage contribua activement à réunir 
la Bigorre à la France, soas la suzeraineté de l'Eglise du Puy. Il s'était 
rendu à Tarbes et à Lourdes, avec Longpérier, en 1291, pour prendre pos- 
session du comté en vertu d'un arrêt du Parlement de Paris. 

4. Cil. Rocher, Rapports de l'Eglise du Puy avec le comté de Bigorre, 
Tablettes du Velay, t. IV, pp. 23-39. — A. Jacotin, Preuves de la maison 
de Potignac, I, 301. 

5. Gui Folqueys, évêque du Puy de 13.57 à 1260, puis archevêque de 
Narbonne, cardinal et enfin pape sous le nom de Clément IV (1265-1268), 
était né à Saint-Gilles vers 1200, avait été jurisconsulte de Raimon VII, 
puis d'Alphonse de Poitiers, et enfin conseiller de confiance de Louis IX. 
Je prépare une étude sur sa prière à la Vierge (Suchier, Denhmdler, 
Halle, 1883, pp. 273 et suiv.). Je ferai surtout connaître les documents 
qui concernent sa carrière avant qu'il fût pape. 

ANNALES DU MIDI. — XXIII. 5 



66 ANNALES DU MIDI. 

portait pas la haine des rois anglais ; il ne comportait même 
pas l'estime pour Clharles d'Anjou. Celui-ci était exécré à la 
cour de France elle-même par l'entourage de Marguerite de 
Provence. 

Il est donc admissible qu'Austorge de Montaigut a pu 
regretter la mort de Louis IX (v. 16) et maudire Charles 
d'Anjou et même Philippe-le-Hardi après la mort du saint 
roi. 

Mais le rôle d'Austorge est surtout suggestif dans les hom- 
mages qui concernent le comté de Bigorre. Je ne répéterai 
pas l'histoire curieuse de ce comté dans ses rapports avec 
l'Eglise d'Anis; cette histoire a été écrite, avec preuves, par 
Ch. Rocher, dès 1873, et je renvoie à ce travail de tout pre- 
mier ordre*. Je mentionne seulement que la vente de no- 
vembre 1253, à laquelle a assisté Eustorge comme témoin, 
ad hoc vocato, fit réellement passer le comté sous la snzerai- 
nelé anglaise. Simon de Monttbrt, comte de Leicester et 
sénéchal en Guienne, en investit aussitôt son neveu Esqui- 
vât de Chabannes. Et celui-ci accepta la suzeraineté anglaise 
avec d'autant plus d'empressement que le comté lui fut dis- 
puté par son cousin Gaston de Béarn. Simon dut soutenir 
son neveu par les armes et occuper le château de 
Lourdes. 

Seulement, en 1265, les choses changèrent. Simon de 
Montfort fut tué à Evesham et sa veuve Aliéner fut bannie 
d'Angleterre avec ses enfants. L'aîné de ceux-ci, Simon, aidé 
de sa mère, et en haine de Henri III et de son fils Edouard, 
le vainqueur d'Evesham, céda le comlé de Bigorre à Thi- 
baut II, roi de Navarre et comte de Champagne et de Brie, 
qui l'accepta pour sa fille Jeanne et en fit hommage dès 1266 
à l'Eglise du Puy. Esquivât de Chabannes et le roi d'Angle- 
terre protestèrent vivement et longtemps contre cette ces- 
sion , mais Jeanne de Navarre épousa Philippe-le-Bel et 
celui-ci, en 1291, se fit attribuer le comté par le Parlement 
de Paris. 

1. Tablettes du Velay, t. Ill, pp. 337-404; t. IV, pp. 23-39. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 67 

En 1273, au moment où Edouard I^'' revient en Gascogne 
de la Palestine, la contestation est dans sa période aiguë. 
Les Montfort, ses ennemis personnels, les assassins d'Henri 
d'Allemagne, ont cédé la Bigorre à Thibaut, de la maison 
de France. Il est évident qu'il ne peut pas accepter un tel 
pacte et, en effet, dès qu'il est à Bordeaux, il mande près de 
lui Gaston de Béarn, l'adversaire d'Esquivat de Ghabannes, 
et le retient quelque temps prisonnier. Ainsi, la question du 
comté de Bigorre doit se joindre à celle de l'Agenais et du 
Quercy quand on veut discerner quels litiges divisent, 
en 1273, les maisons de France et d'Angleterre et font pous- 
ser Edouard à la guerre par Austorc de Segret et N Oth de 
Lomagne. 

Et pourquoi donc, dans ces conditions, l'abbé de Séguret, 
qui connaissait bien les droits d'Edouard,,ne les aurait-il pas 
proclamés et même soutenus par la plume et le chant? Il est 
certain qu'Austorgius était, par sa situation et sa science, à 
même de dire son opinion sur le sujet avec une grande indé- 
pendance. 

Cependant, remarquera-t-on, en 1293 il reçoit, comme 
tout le chapitre d'Anis, l'hommage de Jeanne de Navarre, 
reine çle France, qu'il devait considérer comme une usurpa- 
trice. C'est que la situation avait bien changé. Esquivât de 
Chabannes était mort en 1281, sans postérité; les états de 
Bigorre avaient reconnu, non sa sœur Lore, vicomtesse de 
Turenne, mais Constance, fille de Gaston de Béarn et veuve 
d'Henri d'Allemagne. Edouard avait obtenu l'Agenais en 1279 
et vendu le Quercy à la France en 1286. Il ne réclamait plus 
la Bigorre comme en 1273; ce comté était même effectivement 
annexé à la France. Philippe-le-Bel et son sénéchal de Tou- 
louse, Eustache de Beaumarchais, l'avaient fait confisquer 
par Longpérier, assisté de Raymond Atgier, doyen du Puy. 
La cause était donc jugée. Ainsi devait penser Austorgius en 
se résignant. J'en trouve une preuve dans son abstention 
lorsque Lore de Turenne vint, à son tour, rendre hommage 
au chapitre d'Anis (novembre 1293). 

Austorgius peut donc être l'auteur du sirventés. Il semble 



68 ANNALES DU MIDI. 

bien que; vers la fin de sa carrière, on a oublié son nom de 
Monte acuto. Ce titre ne figure pas dans l'acte du 10 décem- 
bre 1285 (IX de la liste). D'autre part, les deux chartes con- 
cernant la Bigorre disent : abbas Segureti. avec un g. C'est 
la latinisation pure du mot vulgaire Segret. Un sceau de 1245 
porte en latin la mention Secreti. 

La version de Chabaneau est donc très acceptable. Elle 
deviendrait presque certaine s'il était possible de démontrer 
que Monte acuto était une localité de la Bigorre ou de la 
Guienne anglaise. Alors, Eustorgius de Monte acuto, abbas 
Segureti^ serait nécessairement, en 1273, sujet anglais, et 
l'on comprendrait qu'il nommât Edouard l^"" lo rey sans 
autre épithète (v. 25), qu'il connût N Oth de Lomagne et 
soutînt ses intérêts. Mais cette démonstration n'est pas pos- 
sible. Les localités qui portent le nom de Montaigu (^ Mon- 
taigut, Montégut) sont très nombreuses. Il y en a deux dans 
l'Ariège, trois dans la Haute-Garonne, une dans le Tarn, 
une autre dans le Tarn-et-Garonne, et même une dans les 
Hautes -Pyrénées. Celle-ci, néanmoins, située près de la 
Neste, ne faisait point partie de la Bigorre, mais du Com- 
minges, dont elle était, par sa position et son château, une 
des plus fortes places. Montaigut-de-Quercy, tout près de la 
Lomagne, serait tout désigné pour la patrie d'Austorc, si la 
moindre indication authentique venait à notre secours. Mais 
je n'ai pas découvert cette indication. 

M. A. Jacotin, dans ses P?^euves de la Maison de Polignac 
(table), fait Austorgius originaire de Montaigut-le-Blanc sur 
Ghampeix (arr. d'Issoire, Puy-de-Dôme). Et il a de fortes 
raisons pour cela. La famille de Montaigut-le-Blanc a donné 
un évêque au Puy, Bernard de Montaigut, en 1236. Cet évê- 
que mourut en 1248, lorsque Austorge était déjà chanoine 
d'Anis. De là à penser que ce dernier est un neveu du prélat, 
ou au moins son parent, il n'y a qu'un pas. J'ai moi-même 
fait remarquer, dans mon étude sur Estève de Belmont 
(Annales du Midi, janvier 1909), que Bernard de Montaigut, 
évêque du Puy, eut cinq frères illustres dans les armes ou 
dans l'Eglise, surtout en Orient. Austorge, s'il était le fils ou 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 69 

le neveu d'un de ces personnages, chanterait donc la croi- 
sade par tradition. Dans l'acte du 5 mai 1272, Austorge est 
nommé immédiatement après un Guérin de Monte acuto 
qui, lui, est bien de la famille d'Auvergne. C'est le sixième 
fils de Pierre de Montaigut et il devint grand-maître des 
Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem. En même temps 
qu'Austorge est abbé de Séguret, un Falco de Montaigut est 
prévôt à Brioude^ Mais il n'est pas néanmoins certain que 
M. A. Jacotin ait raison, et ainsi la question reste insoluble, 
au moins pour le moment. 

Toutefois, l'incertitude dans laquelle il faut rester ne dé- 
truit pas les remarques faites plus haut sur le rôle d'Austor- 
gius dans les événements concernant le comté de Bigorre et 
la déformation du mot Seguret en Segret. Il est évident que 
le chapitre d'Anis entretint des représentants dans la Bigorre 
à diverses reprises. Nous voyons le doyen, Raymond Atgier, 
s'y rendre en personne en 1291. Austorgius, abbé séculier, 
chargé de missions importantes par les Polignac et par son 
évêque jusqu'à Paris, a donc pu aller en Bigorre, même s'il 
était étranger au pays, connaîtie ainsi N OUi de Lomagne et 
embrasser sa cause ^. 

G. Fabre. 



1. Ce Falco de Montaigut, avec l'assentiment de son chapitre, confère, 
le y septembre l'-iôy, à Gui Folqueys, évêque du Puy, une clianoinie de 
comte dans l'abbaye de Saint-Julien de Brioude. La charte de la céré- 
monie est aux Archives de la Haute-Loire, fonds de l'évêché, et a été 
reproduite par l'abbé Peyrard dans les 2\thlettes du Velay , t. H, 
pages lOy-110. 

2. La Gallia christimia nova consacre (IL col. 743) une notice à Eus- 
torge de Monteacuto, le signale à partir de 1266 et le fait vivre jusqu'en 
1298. Elle ne mentionne aucun des actes que j'ai rapportés, mais en indi- 
que, avec leurs dates, un certain nombre d'autres qu'il est facile d'inter- 
caler dans ma liste. Toutefois, comme la Gallia commet une erreur mani- 
feste (col. 717, note h) en affirmant qu'en 1257 Odon Cardinal est abbé de 
Séguret, je n'ai pas cru devoir faire état des renseignements qu'elle fournit. 



70 ANNALES DU MIDI. 



III 



REOUÊTR DES HABITANTS DE VERHIÈRES (aVEYRON). 

La pièce que nous publions ici nous a été obligeamment 
communiquée par M. Carrière, instituteur à Salles-Gu- 
ran (Aveyron). Elle est écrite sur deux feuillets doubles de 
papier qui semblent avoir été cousus ensemble et arrachés 
d'un registre. Bien qu'elle ne porte ni signature ni date, on 
peut affirmer avec quelque probabilité qu'elle provient de 
Verrières; c'est une copie qui a dû être écrite en même 
temps que l'original envoyé au juge de Sévérac et qui donne 
une date approximative, puisque l'écriture est du xv^ siècle : 
nous ne pouvons préciser davantage. 

La moitié inférieure du verso de la deuxième partie du 
feuillet intérieur (f° 3) est restée en blanc, ainsi que le der- 
nier feuillet (fo 4) recto et verso. Il n'y a aucune ponctuation 
et on ne trouve de majuscules qu'en tête des paragraphes, 
que nous avons numérotés pour faciliter les renvois de no- 
tre petit vocabulaire. Il y a dans la copie quelques négligen- 
ces que nous avons cru devoir réparer en renvoyant en note 
la leçon corrigée, lorsqu'il ne s'agissait pas seulement de 
lettres ajoutées ou retranchées. Il n'y a pas (à une exception 
près) d'autres abréviations que les abréviations usuelles de 
mossenJi07\ de lieiums et de dich, dichs. 

Il s'agit d'une léclamation des syndics de Verrières (can- 
ton de Saint-Beauzély, Aveyron), protestant contre une dé- 
cision du juge de la baronnie de Sévérac, rendue à la 
requête des syndics de Lapanouse (canton de Sévérac-le- 
Château, Aveyron), qui décharge les gens de Lapanouse 
d'une partie de leurs impositions au détriment de ceux de 
Verrières. Les opposants invoquent la tradition, les droits 
acquis et surtout leur pauvreté, qui contraste avec Taisance 
des gens de Lapanouse. Les détails donnés sont intéressants 
pour l'histoire financière de l'époque et aussi pour l'histoire 
économique, La situation respective des deux communautés 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 71 

n'a pas, d'ailleurs, sensiblement changé, et nous pouvons 
encore aujourd'hui nous lendre compte de la justesse des 
réclamations portées devant le juge. 

La langue donne lieu aux observations suivantes : 

L'r finale des infinitifs, surtout de ceux en (n\ tombe sou- 
vent : irrita i, 8; appela vi, 9; esse v, 2; mostrà vi, 9; 
engrayssà vu, \2>\mel}mrà vu, 13; intrày., 5 ; pasturgà x, 5 ; 
comprà xv, 13; noyri ix, 2. 

L'e tonique devant l développe un e au lieu d'un a : fer- 
tiel VII, 5; feriiels vu, 7; steriel vin, 2; mais infertial viii, 
2, et gentinls ix, 5; xi, 3 et 5, donnent la forme commune 
du rouergat ancien. 

Mestià xv, 4 (non ?nestiè), aujourd'hui assourdi en 7nes- 
tià, est la forme normale dans l'arrondissement de Millau. 

Notons enfin ne pléonasmatique dans : ni ho?ne que n'i 
tenga ne nH aja ni blatz ni autres vieures xv, 12. 

L. CONSTANS. 

[I] Per remostrar a vos, mossenhor lo jutge de la baronia 
de Saverac, a vostre loctenen ho autre de la presen causa co- 
noyssen la injusta et inumana enpetratio fâcha et obtenguda 
de vos et de vostra cort per los sindicx et universitat del loc 

5 de Lapanhosa près del castel de Saverac a l'encontra dels sin- 
dics et comunltat del loc de Verieyras oppausans per ma- 
nieyra de oppositio et de deffensa et per annllar, cassar et irrita 
la dicha impetrafio et que per vos et per vostra cort sia dich 
et pronunciat los diclis impetrans a mala [et] injusta causa 

10 aver impetrat et los dichs oppausans a bona et justa causa se 
appausar, et autras nielhoras fis et contensios diso los dichs 
sindix de Verieyras appausans coma se ensec, non se astren- 
gens as alcuna supertlua probatio. 

[IIJ Et permieyramcTi , presupauso los dichs oppausans, 

coma es (es) en veritat, que tota la baronia de Saveyrac en 

nialeria de talhas et de contribulios es divisida et partida en 

treii parlz : la una part es lo quastel et baylia de Saveyrac am 

5 sas partidas amsianas et acostumadas, l'autra part es la baylia 

I, 3 et inainal; 10 iiupctrar; 12 astrugens; II, 4 en lo. 



72 ANNALES DU MIDI. 

de Layssac et de Layssagiies am sas pertenensas amsianas et 
acostumadas, la tersa part es que se appela las Cambras, so 
es la terra de la dicha baronia que es situada en lo pays de 
Gavaudà et en la senescalsia de Belcayre, que es de las con- 
10 tribuoios reals del pays de Lengadoc, los locx de Peyraleu et 
de) Somonta, de Verieyras, Lapanosa près de Saveyrac, Sant 
Gregorii, Viminet et lurs pertenensas amsianas et acostu- 
madas. 

[III] Item, dis[o] que. en las talhas et subcidis reals, los 
très terses de la dicha baronia se an acoslumat de azegalar 
en certanas manieyras, que la una non ressembla a Tautra, 
mas son diversifficadas segon la natura et calhitat de las se- 

5 nescalsias et cartiès de pays bon son situadas. Quar aquels 
que son en lo dich pays de Gavaudà et senescalsia de Bel- 
cayre contribuisso als très stats de Lengadoc (V); fan so los 
autres dos terces de la dicha baronia ajan a comenicar am los 
de Gavaudà ; parelhamen una partida d' aquels que contri- 

10 buisso son d'autra calîtat que so del dich pays de Gavaudà, 
tant que tota la presen materia, la baylia de Layssagues et 
las dichas Cambras so aflfogadas et pago et contribuisso a las 
diclias talhas reals per fuocx, autre[s] cartiè[s] de la dicha ba- 
ronia, coma es Vonc et Anglàs, non so pont aflfogatz ni con- 

15 tribuisso per fuoc, ans contribuisso am lo contât et quatre 
quastelhanias en las dichas talhas reals, et aysso es veritat. 

[IVJ Item, venen a perpaus en las talhas, subcidis et donas 
que los habitans de tota la dicha baronia an acostumat de far 
al senhor de la dicha baronia, si serva autra manieyra: quar 
los de la baylia de Saveyrac preno una portio de las dichas 
5 donas alcuna causa mens que non fan aquels de la dicha 
baylia de Layssac ; las dichas Cambras ne preno alcuna causa 
may que non fan aquels [de] Vonc et Anglàs [et] contribuisso 
per so et lo miels que podo alcuna ves en las dichas donas am 
los de la dicha baronia, d'autras vegadas am los del dich 
10 contât et quatre castelanias; et en aquesta manieyra es stat 
acoslumat de fayre en las dichas donacios et observât de an- 
tiqua observansa, la qualha observansa non se deu mudar ni 
entrerompre sans eviden causa et manifïesta, et de drech 

III, 7 contributio; IV, 10 castelanies. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 73 

strich per lo quai la diclia baronia se régis en materia de con- 
15 tribucio la costuma et observansa ansiana non se deu [mudar] 
ni entrerompre, et aysso es veritat. 

[V] Item, appar per las causas desus dichas que los dichs 
inipetrans, que volo esse talhatz per fogatges, an mal donat 
as entendre, quar, coma desus es dich, la dicha baronia es 
diversifficada en la dicha (en la d.) materia de talhas et en di- 

5 versas manieyras segon que las senescalsias et payses on so 
situadas enporto, non pas per fuox coma los dichs impetrans 
an dich en lur empetratio, mas segon la costuma antiqua ; 
quar la dicha baronia es divisida et separada coma desus es 
dich, et separata (separata) débet esse ratio, et aisso es ve- 
10 ritat. 

[VI] (fo 2) Item, venen et decenden al cas sus que es ques- 
tio et débat entre las dichas partidas, los dichs impetrans non 
[anj occasio ni causa de molestar ni enquietar los dichs 
oppausans sus las causas en la dicha impetratio contengudas, 

5 ni penre en partida los dichs oppausans, que non so mas hun 
membre de las dichas Cambras; quar, se se sentian esse gra- 
vatz en las partidas et quoeqiiatios de las dichas donatios fâ- 
chas et fasedoyras al dich Mossenhor de Saveyrac, devian 
appela tota la dicha baronia et en aquela mostrà sos greuges 

10 et demandar reparatios, ho al mens devian aver impetrat a 
rencontra de totz los membres de las dichas Cambras, et affi 
que fos stat couogut que devia[n] portar quascun dels dichs 
menbres et non po[n]t eligir los dichs oppausans ni deman- 
dar repparatio a rencontra de elses; et majormen considerar 

15 que las dichas Cambras en la dicha materia de donatio es hun 
cors unit et non se pot re far ni proseser sans appelar totas 
las dichas Cambras et en aysi una quascuna en sa raso; et 
enaysi los dichs impetrans so (en)int[er]amen al respiech dels 
apaussans sens actio per la conjunctio et unio que las dichas 

20 Cambras an acostumat de aver en las partisos et quoequatios 
de las dichas donatios. Et enaysi lo demando estre dich et dé- 
clarât los dichs appausans per vos, Mossenhor lo jutge, et 
vostra cort. 

VI, 2 dabat; 16 vint. 



74 ANNALES DU MIDI. 

[VII] Item, et dicto jure per ordinem, evidenmen apar que 
los dichs impetrans non an aguda causa ni raso de demandai- 
reparatio a l'encontra dels dichs oppausuns per so que lo dich 
luoc de Lapanoza et sas pertenensas es situât et son situadas 

5 en pays fertiel, uberos, fructifficant et planturos et en talo 
sieta que non hi vagua hun pam de terra que non sia situada 
en bels canipz et fertiels, en losquals lia gran cop de bêlas 
pasturas am las quais los dichs impetrans fan gran noyrimen 
de bestials grosses, de jumenta[s], vaquas et buous, et Los 
10 yverns en los dichs pratz an grans prot'fiech[s] et utilitatz, et 
los teno en los reboybres dels dichs pratz la plus part de 
l'an, (v°) et se noyrisso parelhamen gran cop de bestials me- 
nufz et bon nombre per engrayssà et melhurà a las fis de los 
miels vendre et recaptar, et aysso es tôt public et notorii. 

[VIII] Item lo dich loc de Verieyras, coma es tôt public, et 
son mandamen son situatz en pays sleriel, magre et infertial, 
que la(s) [major] partida del tems non geto se non que dobla 
semensa, coma pays magre situât en baritanas et costas et 

5 rognas et territoriis pendens, que per enondatio de las aygas 
que n'an menadas las terras los dichs appaussans non han en 
que semeno. Et parelhamen en lo dich luoc de Verieyras non 
ha que petitas vinhas am petita revenua, et las quai collochar 
am gran pena et trebalh. 

[IX] Item los habitans del dich luoc de Verieyras non an 
pont pratz ni herbatges am que puesco noyri bestials grosses 
ni menutz, et se n'i a alcus que ajon pratz, son petitz et ne 
paguo de quascun jornal una lieura de ces annal al senhor; 

5 quar los autres pratz que so en lo dich loc son de gentials 
homes et non contribuables a las dichas donacios, et d'aquelha 
natura et qualitat son parelhamen los plus bels hostals, casa- 
duras, boriatges et laors del dich loc. 

[X] Item los dichs appausans non han on pastorgar ni 
ivernar lors bestials, quar la major partida del mandamen del 
dich loc sta en los deveses de Mossenhor de Saverac, dels 
quais l'un se appela Vinnac et l'autre Mnhwielha, en los quais 

VII, 5, furtiel; 10 am; 14 plunc {cf. xii, 'i, et xiii, 9). 

VIII, 1 plunc; 7 palhelhamen; 8 petidas. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 75 

5 los dichs appausans non auso intrà ni pastorgà en neguna 
manieyra. 

[XI] Item et parhelhamen los bosses et bartàs del dich loc 
de Verieyras se aparteno en partida al dich Mossenhor et 
l'autra partida als dichs genlials homes, et los dichs appau- 
sans non la[s] auso explechar en alcuna manieyra sans 

5 lecencia del dich senhor et gentials homes. 

[XII] (f" 3) Item, dessenden aïs personatges, bes mobles 
et se movens de las dichas partidas, coma es public et notorii, 
en lo dich loc de Lapanoza ho sas pertenensas ha merchans 
rix et poyssans vivons de diversas merchandarias, de draps, 

5 fer[r]es, ayssadas, clissals, telas et autras merchandarias et 
de bestials comprar et revendre grosses et menutz, coma es 
hun appelât Johan Guisar, que de comuna oppinio ha valen 
en bes mobles et merchandarias, bestials et cabals la valhua 
de quatre melia lieuras; hun autre, appelât Peyre Arle, ha 

10 valen en moble ho bestials, cabals ho (en) deutes (a) la valua 
de mial lieuras; hun autre, appelât Cat, ha valen en moble, 
bestials, cabals ho deutes la valua de dotse cens lieuras, otra 
et part liirs heretatges, boriatges et causas inmoblas. Los 
aatres habitans del dich loc de Lapanosa son ben enmoblatz, 

15 encabalatz, ben vestitz et ben caussatz, per so que an de que 
et ho podo fayre. 

[XIII] Item, los dichs apausans son paures de mobles, 
bestials et cabals, et aquels bestials que an los teno a capta- 
nias et a cabals logatz et a meysso, et lo plus moblat home 
dels dichs oppausans non ha valent quaranta lieuras, et 

5 d'aquels non hi a oltra quatre, quar los autres non lian valen 
quinse lieuras de moble et so miserablas personas et mendi- 
cans et mal vestitz et mal caîsatz, per so que non han de que, 
et so costrenchz entre granda paurieyra et endigencia, et 
ayso es public et notorii. 

[XIV] Item vos, nostre dich senhor jutge, non devès atendre 
ni aver regart a las querelas d'alcus dels dichs impetrans que 

XII, 4 vmens. 



76 ANNALES DU MIDI. 

se diso estre trop talhatz et cargatz, quar so p per la 

en[e]qualitat d'aquestz que porto las talhas en lo dich loc de 
5 Lapanosa, quar han ficat sus los habitans del dich loc hun 
succide que se appela lo cappatge, que es en gran prejudise 
del paure poble et relevamen dels ries, et en tota la dicha 
baronia non ha semblan cart de cappatge, et per so non es 
meravilhas se lo paure poble del dich loc se rancura, et major- 
10 men quar los ries, que han lo gran moble, non so talhatz a 
lur degutz. 

[XV] (v°) Item, diso los dichs appausans que la valua et 
stimacio dels dichs luocs de Lapanosa et de Verieyras et de la 
sieta et valimen d'aquels et dels personatges que hnbito en 
aquels et los bes mobles et merca[n]darias non han pon mestià 

5 de prohansa, quar assas al huel so desus es notorii et ma- 
niffesl, ('t majonnen per los grans emolimens et proffiech[s] 
que endeveno al dich loc de Lapanosa et habitans d'aquel, 
per doas grandas fieyras que ha cascun an en lo dich loc de 
Lapanosa, a causa dels merchans que hi so et de los mer- 

10 chandarias que teno, tant de drap quant de autras merchan- 
darias et de bestials grosses et menutz, los quais se noyriso et 
se iverno en las pradarias del dich loc ; et en lo dich loc de 
Verieyras non ha ni mercal ni fieyra ni mercandaria ni bes- 
tial a vendre ni home que n'i tenga ne n'i aja ni blatz ni 

15 autres vieures, se non que tant quant ne van comprà en lo 
dich loc de Lapanosa, lo quai es rie et poten. 

[XVI] Per que demando et requière los dichs appausans 
estre dich(z) et pronunciat(z) per vos, mossenhor lo jutge, he 
per la presen cort, coma desus es dich et requerit, en con- 
dempnan los dichs impetrans en totz dampnatges et despensas 

5 fâchas et fasedoyras, de las quais proteste sollempnamen, 
implora n vostre bénigne oftici, salvan drech als dichs appau- 
sans de declarar et dedure lur drech [en] loc et temps plus 
amplamen. 



XIV, 3 Un blanc de 2 à 3 centimètres après le p : il faut lire quelque 
chose comme patisso; 4 porta. 

XV, 3 valuno; 5 ases {mot français). 

XVI, 3 et condempnan. 



MELANGES ET DOCUMENTS. 



77 



VOCABULAIRE. 



affogadas m, 12, affogatz m, 14. 
afiEouagées, -es. 

ajaii m, 8, part. prés, de arer. 

ams'ianas 11,5, 6, 12, anciennes. 

Anglas III, 14; IV, 7, Anglars, ha- 
meau de la commune de Bertho- 
lène, canton de Laigsac (Aveyron). 

ann III, 15, mai^. 

aparttno (se) XI, 2, appartiennent. 

apmisans xiii, 1, app. I, 10; X, 1, 5; 
XI, 3; XV, 1 ; XVI, 1, 6, apaus- 
sans VI, 18, app. viii, 6 (mais 
oppausans I, 6, 10; II, 1 ; VI, 5, 13), 
opposants (ceux qui font appel 
d'une décision administrative). 

appausar I, 9, faire opposition, faire 
appel. 

asisas (ms. ascs) XV, 4, assez. 

azcgalar (s^) III, 2, litt* : s'égaliser, 
payer l'impôt équitablement, pro- 
portionnellement à ses ressources 
respectives. Cf. Ducange, s. v. adcB- 
quari : Honoiius iniperator in 
lege anno 403, t. 5. Cod. Theodos., 
p. 134 : « Loca, quae prasstationem 
suam implere non possnnt, prasci- 
pimus adcequari, ut quid praestare 
possint mera fide et intégra veii- 
tate scribatur. » Cf. aussi Emil 
Levy, Prov. suppl. Wœrterbuch, 
8. V. egalar et rgalhnen. 

baritanas {situât en b. et eostas) Viil, 
4, terrains broussailleux (?). Cf. bar- 
tàs (/). 

bartàs XI, 3 (m. pi.), lieux couverts de 
buissons ou de ronces. Le pluriel 
est aujourd'hui borta.sS''s (cf. bosses 
XI, 3). 

Belcayre 11, 9; III, 6, Beaucaire 
(Gard). 

boriatyes IX, 8; xil, 13, fermes. 



eabals xii, 8, 10, 12; Xlil, 2 et 3, 
argent et biens meubles (Dognon, 
Instlt. de Languedoc, p. 296). 
Cf. encabalats. 

Cambras (Las) ii, 7; m, 11; iv, 
5, etc. Les Chambres, territoire 
situé au sud et à l'ouest de Sévérac- 
le-Château et qui faisait partie du 
Gévaudan. Cf. Ducange, s. v. ca- 
méra : Caméra, Prorlnciœ etiam, 
aut vrbes quœ immédiate Principi 
suberant, et fisci proprii erant, 
dictes ; et voyez les nombreux exem- 
ples cités à l'appui. 

captanias {teno a) et a eabals logatz 
xiii, 2, tiennent à cheptel et à 
louage (ne possèdent pas en pro- 
pre). Cf. Duc, s. V. tenere ad 
captaniam. 

casaduras IX, 7, bâtiments de ferme. 

clissals (?) XII, 5. 

collochar viii, 8, arranger, travailler 
(des vignes). 

contribuables ix, 6, qui doivent con- 
tribuer. 

cap (i/ran) de vil, 12, beaucoup de. 

despensas xvi, 4, dépens, frais de 
justice. 

divisida II, 3 (f ■ m. part, passé de 
dicisir), divisée. 

elses VI, 14, eux. 

em,olunens xV, 5 (pour emolumens), 
gains. 

encabalats (ben) Xll, l.ô, riches en 
eabals. 

endeveno XV, 7, arrivent, échoient. 

en[e]qualitat XIV, 4, injustice (dans 
la lépartition des impôts). 

enmoblatz Xll, 14, pourvus de meubles. 

enporto V, 6, comportent. 

entrerompre IV, 13, 15, interrompre- 



78 



ANNALES DU MIDI. 



fasedoyras Vi, 8 ; XVI, 5, qui doivent 

être faites, à faire. 
fogatges V, 2, feux : talhats per /., 
taxés à tant par feu. 

fsrttel VII, 5,fertieîs VU, 7, fertile. 

GavaudÀ II, 9; m, 6, 9, 10, Gévau- 
dan, province à l'est du Rouergue. 

(fentials homes IX, 5; xi, 3, 5, gen- 
tilshommes. 

inumana (?) i,.3, inhumaine. 

infertiel viii, 2, infertile. 

irrita l, 8, rendre sans effet, annuler. 
jumenta{s] vil, 9, bêtes de l'espèce 
chevaline, bêtes de somme. 

Lapanoza VII, 4; xii, 3; Lapa- 
N08A II, 11; XV, 2, 7; Lapa- 
NHOSA I, 5, Lapanouse, canton de 
Sévérac-le-Château. 

laorK IX, 7, labours, terres labou- 
rables. 

Layssac II, 6, Laissac, chef -lieu de 
canton de l'arrondissement de Mil- 
lau (Aveyron). 

Layssaqdes II, C; iir, 11, territoire 
de Laissac. 

Lengadoc II, 10; 111,7, Languedoc. 

Malavielha X, 4, défens voisin de 
Verrières appartenant au baron de 
Sévérac. 

merchanclaria XV, 13, pi. -ias; Xll, 7; 
XV, 9, 10. 

meysso Xlll, 3, nction de confier, 
prêt. 

viial XII, 11, mille. 

mohle (collectif) xii, 9, 10, mobilier ; 
mais XIV, 9, fortune mobilière, 
biens meubles. 

notoriivu, 14; xii, 2, notoire. 

otra XII, i2, outre. 

part (prépos.) xii, 13, à part, en 
mettant à part. 

jmrtidas VI, 7, n. fém., partages. 



petuhit VIII, 8, corrigé en petitas, à 
cause de 2}^tita, qui se trouve à la 
même ligne, petites. 

Peyralèu II, 10, Peyreleau, chef- 
lieu de canton de l'arrondissement 
de Millau (Aveyron), 

quoequatios VI, 7, 20, répartitions 
(équitables) des impôts. 

rehoybres VII, 11, regains. 

revenua vill, 8, revenu, produit. 

rognas viii, 5, terrains raboteux, 
maigres. 

se non que viii, 3, si ce n'est. 

sterlet Vlli, 2, stérile. 

Sant Gregobii II, 11, .aint-Gré- 
goire, commune de Lavernhe, can- 
ton de Sévérac-le-Château. 

Saveyrac II, 4, 11; IV, 4, etc.; 
Saverac I. 1, 5; X, 3, Sévérac-le- 
Château, chef -lieu de canton, arron- 
dissement de Millau (Aveyron). 

SOMONTA (Lo) II, 11, Le Samonta, 
commune de Sévéra*-le- Château. 

territoriis viii, 5, terrains. 

valhua Xii, 8 ; valua XII, 10, 12 ; XV, 
1, valeur. 

Verieyras (passim), Verrières, can- 
ton de Saint-Bauzély (Aveyron). 

ViMiNET II, 12, Vimenet, canton de 
Laissac (Aveyron). 

Vinnac X, 4, défens à l'ouest de Ver- 
rières appartenant au baron de 
Sévérac. 

VoNC III, 14; IV, 7, Banc {ou Banc 
Anglars, e.-à-d. Banc près An 
glars) , commune de Bertholène 
canton de Laissac (Aveyron). Voy 
notre édition du Livre de VEper 
vier (Paris, Maisonneuve et C'« 
1882), Table des noms propres, s. v 
BONC et VONCDM. 

Léopold GONSTANS. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES 



G. MiLLARDET. I. Recueil de textes des anciens dialectes 
landais, avec une introduction grammaticale, des traduc- 
tions en dialectes modernes, un glossaire et une table des 
noms de lieux et de personnes. Paris, H. Champion, 1910; 
1 vol. in-4'' de lxviii-340 pages. — II. Petit atlas linguis- 
tique d'une région des Landes {Bihliotlièque méi'idio- 
nale, l'« série, XIII). Toulouse, E Privât, 1910; 1 vol. 
in S* de Lxiv-42't pages. — III. Etudes de dialectologie 
landaise : le développement des phonèmes addition- 
nels {Bibliuthèque méridionale. V^ série, XIV). Toulouse, 
E. Privât, 1910 ; 1 vol. in 8° de 224 pages. 

(les trois ouvrages, qui viennent de paraître simidtanéinent et 
ont valu à leur auteur le grade de docteur es lettres en Sorbonne, 
forment un ensemble. Ils visent la même fin, qui est d'arriver à 
une connaissance exacte et vraiment scientifique du dialecte lan- 
dais. Mais quand nous disons « dialecte », il faut tout de suite 
s'entendre. M. Millardet — qui n'est pas un inconnu pour les lec- 
teurs des Annales du Midi, ayant publié ici même à diverses 
reprises des notes lexicologiques ou autres d'une pénétrante préci- 
sion — sait fort bien que ce mot de dialecte, dont nous continuons 
à nous servir par commodité, n'a en lui-même aucune valeur objec- 
tive, que c'est une simple abstraction et qui ne répond à rien de 
réel. Ce que l'on constate, lorsqu'on examine le langage dans une 
aire déterminée, quelle qu'en soit d'ailleurs l'étendue, c'est tou- 
jours un groupement défaits très complexe et infiniment variable, 
des limites qui s'entrecroisent d'une façon souvent capricieuse : et 
ce sont là des idées trop connues, trop généralement admises au- 
jourd'hui pour qu'il y ait lieu d'insister. La région que, par suite 
de circonstances particulières, l'auteur a entrepris d'étudier lin- 
guistiquement, comprend quatre-vingt-cinq communes disposées 



80 ANNALES DU MIDI. 

en éventail autour de Mont-de-Marsan : au sud, elle s'arrête à peu 
près à la ligne de l'Adour; du côté du nord, elle s'étend davan- 
age, ayant pour points extrêmes Labouheyre à l'ouest, Maillas à 
l'est. Elle a donc été arbitrairement choisie en un sens, n'ayant 
guère de frontières naturelles, se trouvant comprise à peu près entre 
la ligne du chemin de fer de Bordeaux à Bayonne, et, d'auti'e part, 
la limite du département des Landes : historiquement, elle corres- 
pond à l'ancien pays de Marsan, mais englobe aussi des portions 
notables de la Ghalosse et de l'Albret. Voyons quels soins scru- 
puleux, quelle méthode vraiment sûre M. M. a employés pour y 
mener à bonne fin sa tâche d'explorateur. 

I. — Tout d'abord, et bien que visant essentiellement la déter- 
mination des faits linguistiques actuels, il s'est dit que son enquête 
manquerait de base solide dans le passé s'il n'y joignait quelques 
spécimens étendus des actes rédigés dans la langue vulgaire de 
cette région pendant le moyen âge. Le Recueil connu de Luchaii'e 
ne renferme, en effet, que deux pièces du xiiie siècle, l'une de 
Mont-de-Marsan, l'autre de Gabarret, qui aient directement trait 
à ce domaine : c'était vraiment trop peu. M. M. a voulu plus et 
mieux ; il a fouillé attentivement les archives départementales et 
communales, il s'est adressé de préféi'ence aux actes originaux, 
et en publie aujourd'hui soixante-cinq qui se rapportent à la région 
landaise, la dépassant seulement un peu au nord du côté de Bazas. 
Ces pièces d'archives, qui sont des chartes, des baux, des actes 
notariés authentiques, s'étendent chronologiquement de 1250 à la 
fin du xvie siècle, et ont été réparties dans le présent Recueil 
d'une façon géographique : 19 pour la région de Mont-de-Marsan, 
6 pour Roquefort, 9 pour Villeneuve, 11 pour Saint-Sever, 9 pour 
Tartas, 11 pour l'Albret et les pays limitrophes. Quelques-unes 
sont fort étendues, notamment celles qui se réfèrent à Saint-Sever, 
ou encore le testament de Pierre Amanieu, captai de Buch, rédigé, 
en 1300, par un notaire de Mimizan. Quoique toutes n'aient pas 
été données ici in exlenso, les coupures sont toujours indiquées, 
et ne portent d'ailleurs que sur des répétitions ou des passages 
d'un intérêt secondaire. Le linguiste est sûr d'y trouver à peu près 
tout ce que nous pouvons savoir d'utile sur le gascon landais du 
moyen âge et du xvie siècle; mais, d'autre part, l'historien pourra y 
glaner lui aussi plus d'un détail curieux sur certains points de 
droit, sur les moeurs et l'évolution économique de la contrée. 

Que les textes choisis aient été bien déchifi'rés et soigneusement 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 81 

rftproduits, je n'en ferai pns un mérite à M. M., puisque c'était 
son devoir d'éditeur; mais je dois cependant le constater. Il s'est 
entouré, en efïet, detoutesles précautions désirables. Sauf la ponc- 
tuation nécessaire à la lisibilité, il n'a rien ajouté de son cru aux 
documents : il emploie les italiques pour la résolution des abrévia- 
tions, les crochets et les parenthèses pour les additions ou les 
suppressions jugées indispensables à l'inlelligence du texte. Les 
notes sont consacrées à élucider (|uelques passages obscurs, à indi- 
quer quelques doutes de lecture, ou encore à fournir un certain 
nombre de variantes, lorsqu'il exisie des originaux quelque copie 
intéressante. Tout cela est assurément de nature à nous donner 
confiance dans la sincérité de ces documents qui remplissent plus 
de deux cents pages de grand format, et il faut en particulier savoir 
gré à l'éditeur d'avoir poussé le scrupule paléographique jusqu'à 
distinguer toujours les i des J, et les ic des v : cette distinction est 
précieuse, car elle pourra aider à solutionner certains problèmes 
relatifs à la phonétique de l'ancien gascon. 

M. M., enfin, a fait précéder son Recueil d'une Introduction 
grammaticale où sont groupées la plupart des formes verbales, 
pronominales et autres, avec références à l'appui; il l'a fait suivre 
d'une Table complète des noms propres qui sera de la plus grande 
utilité pour les historiens régionaux, et d'un Glossaire où sont rele- 
vés seulement les tei-mes qui ne figurent pas dans le Dictionnaire 
Béarnais de Lespy et Raymond, car il eût été superflu, en elïet, de 
l'encombrer de tous les mots courants et bien connus. Dans l'Intro- 
duction, qui n'a pas la prétention a d'être une grammaire complète», 
comme le sjiécifie l'auteur, et qui cependant, à coté des formes, 
signale aussi des particularités de syntaxe souvent intéressantes, 
j'ai relevé çà et là quelques expressions qui me paraissent douteuses 
ou quelques faits sur l'explication desquels je ne serais pas tout à 
fait d'accord avec l'auteur. Ainsi, paragraphe 129 bis, estil bien cor- 
rect de parler de « participe en fonction de gérondif», et ne vau- 
drait-il pas mieux dire tout simplement « gérondif »? Au paragra- 
phe 56, je ne crois pas que les participes ou gérondifs en -in soient 
de « création récente d'après l'infin. -ir »; je les considérerais 
plus volontiers comme représentant au contraire une flexion *-2»rîo 
pour -iendo qui est ancienne et a persisté en Gascogne et en Cata- 
logne. Au paragraphe 52, je me demande pourquoi lie7^ et hier 
(tenêre, * venëre = venire) ont été classés ici à côté de diser, 
mêler, c'est-à-dire des infinitifs où la flexion est atone. De ce que 

ANNALES DU MIDI. — XXIIJ- G 



82 ANNALES DU MIDI. 

nous trouvons en gascon moderne des formes refaites comme 
tiéne, biéne, il ne s'ensuit pas qu'il en ait été de la aorte ancien- 
nement, et toutes les probabilités sont au contraire pour que iier 
et hier aient porté l'accent sur la finale, tout comme boler ou 
poder. Peut-être eût-il été bon, au paragraphe 57 et suivant, à 
propos de l'adjectif verbal en -clo)', -dur, -der, de donner quelques 
références : il est vrai que ces formes soulèvent des questions déli- 
cates et de toutes sortes, aussi M. M. en a-t-il remis la discus- 
sion à des études de dialectologie qu'il compte publier ultérieure- 
ment. 

Quant au Glossaire, j'ai déjà dit dans quel esprit et dans quelles 
limites il avait été rédigé : l'auteur s'est heurté à quelques mots 
dont le sens précis lui échappe, mais il a donné sur plus d'un 
terme rare des explications satisfaisantes ou tout au moins plau- 
sibles. Il nous fournit même parfois un peu plus qu'il ne promet- 
tait : car, après avoir annoncé qu'il laisserait complètement de 
côté les questions étymologiques, je vois qu'à des mots tels que lus, 
alabar, etc., il renvoie à Korting ou aux Elé?nents dialectaux de 
Ernout, et si c'est là une légère inconséquence, on ne peut assuré- 
ment pas trop la lui reprocher. Ce que j'aime moins par exemple, 
et je le dirai franchement, ce sont les essais de traduction en 
langage moderne de chartes ou fragments de chartes qui occu- 
pent les pages 233-51. Etait-il bien utile de les donner? Ces essais 
me paraissent artificiels, et en somme peu probants : d'abord, 
parce que le lieu d'où sont datées les chartes n'implique pas tou- 
jours que l'ancien rédacteur en soit originaire; ensuite, parce que 
la version moderne ne peut, en tout état de cause, avoir été 
« extorquée » qu'à des patoisants plus ou moins lettrés, et ne 
laisse pas d'être semée d'expressions gauches. M. M. s'est assuré- 
ment donné assez de peine pour l'ecueillir ces traductions et les 
transcrire phonétiquement; il a voulu nous fournir sur l'évolution 
de l'idiome un point de comparaison immédiat. Je trouve qu'ici il 
a presque péché par excès de zèle; mais il va de soi que ces quel- 
ques pages un peu factices, et dont il est facile d'ailleurs de faire 
abstraction, n'enlèvent rien à la haute valeur de ce Recueil de 
Textes si bien conçu et exécuté avec tant de scrupule. 

jl_ — J'arrive au Petit Atlas linguistique qui est bien, de son 
côté, un des travaux de ce genre les plus complets et les plus 
utiles que possède la science. Ce que M. Edmont — d'après le 
questionnaire dressé par M. Gilliéron — a fait pour sept ou huit 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 83 

cents localités disséminées à travers toute la France, M. M., lui, 
l'a entrepris et mené à bonne fin pour 85 communes absolument 
contiguës et formant autour de Mont-de-Marsan la petite zone 
dont il a été question plus haut. On verra en détail, dans l'Introduc- 
tion du livre, comment son enquête avait été minutieusement pré- 
parée et a été conduite : qu'il me suffise de dire ici qu'après quel- 
ques sondages préliminaires, après avoir exercé son oreille à per- 
cevoir les sons du landais» et sa main à les noter phonétiquement 
d'une façon rapide, l'auteur a préparé un questionnaire en fran- 
çais comprenant 400 mots détachés et autant de phrases très 
courtps. Ces 800 numéros, il en a obtenu la traduction patoise 
dans chacune des 85 communes, en interrogeant trois ou quatre 
personnes généralement nées sur place, peu lettrées autant que 
possible, et dont le nom, l'ftge, l'ascendance ont d'ailleurs été soi- 
gneusement notés dans un tableau récapitulatif. Si l'on songe que 
M. M. a poursuivi sans défaillance cette enquête pendant près de 
quatre ans, profitant des loisirs plutôt rares que lui laissaient ses 
occupations professionnelles, on ne pourra s'empêcher de voir là 
un bel exemple de courage et de zèle scientifique. 

C'est une fois en possession des 68,000 réponses obtenues qu'il 
a commencé à dresser les 573 cartes de son Atlas, et indiquons 
tout de suite d'après quel procédé elles ont été conçues. Comme 
l'auteui", pour des raisons financières ou matérielles, ne pouvait 
songera y reporter intégralement les diverses formes recueillies, il 
s'est décidé pour un système fort ingénieux, qui donne des limites 
linguistiques, ce qu'on appelle volontiers aujourd'hui des « lignes 
d'isoglosse ». Si nous prenons, je suppose, la carte consacrée au 
verbe Avoir, nous y trouvons une première ligne fortement 
appuyée qui sépare la zone où l'on dit abé de celle où l'on dit 
aïoé; mais comme à côté de cette dernière forme on rencontre 
aussi aicœ, une ligne en pointillé se trouvera entre les deux, et 
ainsi de suite. Chaque forme type est inscrite dans la région qui 
l'emploie, et grâce au numérotage des communes qui est reproduit 
identique sur toutes les cartes, on arrive à distinguer du premier 
coup d'œil à quelle aire chacune d'elles appartient. Comme les 
faits notés sont plus ou moins complexes, les caries, suivant les 
cas, sont de trois dimensions dift'érentes. (lela a permis à ]M. M. 
de ménager la place, tout en étant sufiisamment complet, et en ne 
reléguant dans les notes que quelques nuances secondaires ou 
certains faits sporadiques. 



84 ANXALF':s DU MIDI. 

Sur cette question de rexécution matérielle, je ne vois donc pas 
qu'on puisse lui reprocher grand'chose, sinon que ses cartes du 
petit format sont peut-être d'une lecture un peu pénible; mais la 
loupe est toujours là pour en faciliter le déchiffrement. Le ques- 
tionnaire lui aussi avait été dressé avec soin, et les mots en sont 
heureusement choisis à de très rares exceptions près : ainsi je n'y 
aurais pas fait figurer une plirase Cela ne me concerne pas, qui 
est un peu abstraite, et dont la traduction a dû d'ordinaire être 
« extorquée », comme l'avoue l'auteur. Quant à l'utilité ou à la 
portée d'une telle enquête, il y aurait beaucoup à dire là-dessus, 
mais est-il besoin d'y insister? Je tiens cependant ii faire remar- 
quer que le hasard (est-ce le hasard seul?) a singulièrement servi 
M. M. dans le choix du petit territoire qu'il a exploré à fond. 
Voici ce que je veux dire, et je ne crains pas d'être démenti par 
quiconque aura une connaissance même sommaire de l'idiome 
gascon : si les hasards de sa carrière l'avaient par exemple fait 
résider à Auch, je suppose, et l'avaient amené à étudier autour de 
cette ville une aire de dimensions analogues, il aurait rapporté de 
son exploration des constatations intéressantes, je le veux bien; il 
ne se serait pourtant point trouvé en présence de faits aussi déci- 
sifs que ceux qu'il a recueillis, ni qui aient pour l'ensemble de la 
dialectologie gasconne une portée aussi haute. C'est que Mont-de- 
Marsan, avec ses environs immédiats, est par excellence un point 
de convergence, ou de croisement, si l'on préfère, entre des limites 
linguistiques très diverses : c'est un carrefour dans toute la force 
du terme. Et l'auteur en a bien cà et là touché quelque chose dans 
son Introduction, mais d'une façon timide, soit que le point de 
vue ne l'ait pas frappé, soit plutôt que, par probité scientifique, il 
n'ait pas voulu avoir l'air de trop faire valoir son travail. Comme 
je n'ai pas ici les mêmes raisons que lui, rien ne me serait plus 
aisé que de prouver ce que je viens de dire, si je ne craignais à 
mon tour de dépasser les bornes permises d'un article. IMais vrai- 
ment cette convergence dans le pays de Marsan des faits phonéti- 
ques, morphologiques ou syntaxiques qui permettent d'opposer 
soit le nord de la zone gasconne au sud, soit l'est à l'ouest, est 
quelque chose de tout à fait frappant. C'est par là que se trouve 
notamment la limite du d latin intervocalique conservé à l'ouest, 
tandis qu'il devient js à l'est (voir cartes 115, 324, etc.); celle du 
b iatervocalique béarnais qui répond à lo dans le gascon propre- 
ment dit (cartes 58, 133); celle entre Vé accentué et Vœ qui le rem- 



COMPTER RENDUS CRITIQUES. 00 

place dans la rôgion landaise voisine de l'Océan (carte 115). (Vost 
par là qu'on voit un article féminin le succéder à la forme la 
(carte 260) ; puis à la 3e personne du parfait de la première con- 
jugaison une conci;rrence entre la flexion -a béarnaise, -et ou -e 
qui est celle du nord, et -e/f venu d'une poussée de l'est (carte 
14'j); enlîn l'emploi de l'infinitif succéder derrière la préposition 
en à celui du gérondif (carte 503). 

Je n'ai pas besoin d'insister sur l'importance de ces faits et 
d'autres analogues pour les délimitations qu'on doit chercher 
à établir à l'intérieur de la zone gasconne : assurément, il n'y 
a dans le Marsan que l'amorce de ces limites linguistiques, mais 
c'est déjà beaucoup que d'être prévenu de leur existence; et de 
voir à peu près dans quelles directions on pourra suivre leur 
développement. De même du côté du nord, ou dans la portion de 
l'Albret qu'il comprend, l'Atlas donne encore l'amorce de bien des 
traits qui séparent cette région de celle de la Gironde (formes 
}(ûk ou liwélî, dide ou dize, -ey ou -è répondant au suffixe latin 
-arium, otc). 

Voilà, à côté de bien d'autres, quelques-uns des renseignements 
qu'on pourra puiser dans ces cartes, et que l'auteur se propose 
lui-même de mettre en œuvre dans des études ultérieures. 
Toutefois, avouons-le, les lignes d'isoglosse ne sont pas aussi 
faciles à déterminer d'une façon positive qu'on pourrait le croire, 
et sur le terrain elles présentent toujours un certain flottement, 
ainsi qu'on le constatera ici-méme. II y a d'abord des localités où 
l'on emploie simultanément des mots qui résultent d'évolutions 
phonétiques différentes, ainsi hûh à côté de hwéche (voir cartes 
12:2 et 193). Mais il faut même aller plus loin et se demander, par 
exemple, s'il est possible de déterminer mathématiquement la 
limite entre deux flexions commw celles de la troisième personne 
du parfait en -eh ou en -a. Si l'on prend deux points suffisamment 
distants, comme Villeneuve-de-Marsan et Tartas, je suppose, il n'y 
a pas de doute à avoir : on peut affirmer que -eZt appartient actuel- 
lement au premier, et -a au second. Mais pour les points intermé- 
diaires, la question devient plus douteuse. En fait, je remarque 
que les données des cartes 144 et 348 ne concordent pas complète- 
ment à cet égard. D'après mes renseignements personnels, recueillis 
sur place ou autrement, j'avais toujours cru que les parfaits en -a 
dominaient à Mont-de-Marsan (ce qui était le cas au moyen Age, 
et [(ourrait aujourd'hui s'expliquer par une influence du français) ; 



86 ANNALES DU MIDI. 

ici je vois que ce sont les flexions -eh ou -e qui lui sont attribuées. 
Où est la vérité, et y en a-t-il un-^ qui soit absolue ? Pour la saisir, 
il faudrait interroger non plus cinq ou six personnes, mais tous 
ceux qui sur ce point parlent encore gascon, puis établir une sorte 
de moyenne entre les réponses obtenues, et pratiquement cela 
devient bien difficile, sinon tout à fait impossible. Je ne dis point 
cela par scepticisme, ni pour infirmer en quoi que ce soit les résul- 
tats si intéressants auxquels M. ]\I. est arrivé. Je le dis tout sim- 
plement pour attirer l'attention sur ce fait qu'il est toujours 
scabreux de déterminer sur le terrain, à quelques kilomètres près, 
une limite linguistique ; nous n'arrivons guère qu'à une approxi- 
mation, et parla nature des choses, étant donnés les groupements 
et les oscillations de la population, la limite restera toujours plus 
ou moins idéale. 

Je n'aurais pas fait connaître le riche contenu de cet Atlas si je 
n'ajoutais maintenant que les cartes proprement dites y sont pré- 
cédées d'un millier d'empreintes prises avec le palais artificiel 
(pp. 1-66), et de 153 tracés graphiques qui se rapportent aux vibra- 
tions nasales et buccales (pp. 69-128). M, M. no s'est donc pas 
contenté d'une exploration géographique, ni lié complètement à 
son oreille ; il a voulu, par surcroit, appeler à son aide la méthode 
expérimentale, et c'est sous la haute direction du fondateur de 
cette science, je veux dire l'abbé Rousselot, qu'ont été pris les 
tracés graphiques. Je sais bien que les sujets qui se sont prêtés à 
ces diverses expériences ont été en nombre forcément restreint, et 
que leurs antécédents linguistiques n'annoncent pas qu'ils parlas- 
sent toujours un gascon bien pur. Néanmoins, dans cet ordre de 
recherches, on fait ce qu'on peut, et les empreintes prises avec le 
palais artificiel sont utiles notamment pour donner quelque idée 
de l'adhérence et des contacts de la langue pendant l'émission des 
phonèmes palataux. Il faut donc remercier l'auteur de n'avoir pas 
reculé devant les diffiiîultés de cette enquête spéciale. 

III. — Il semblerait qu'ayant exécuté avec tant de maîtrise un 
Allas et un Recueil de textes comme ceux dont nous venons de 
parler, M. M. eût pu s'en contenter pour briguer le titre de doc- 
teur. Cependant comme, à tout prendre, ces deux livres ne consti- 
tuent pas une « thèse » au sens étroit du mot, il en a écrit un troi- 
sième dans lequel il montre d'après quelle méthode on peut mettre 
en œuvre les matériaux accumulés par lui, et ce que la science du 
langage doit espérer en tirer. Dans cette première série des Etudes 



COMPTES HEXDUS CRITIOUES. 87 

de Dialeclulogie landaise, il n'aborde ù vrai dire qu'une question 
de phonétique, et qui môme pourrait de prime abord sembler assez 
restreinte, ayant trait à ce qu'il appelle Le Développement des 
phonèmes additionnels : il n'en est rien cependant, car celte seule 
question soulève beaucoup de problèmes parmi les plus délicats 
de la phonétique gasconne, comme nous allons le voir, et relative- 
ment aussi à l'évolution des sons en général. Or, l'auteur n'a 
jamais reculé devant la nécessité de donner une portée générale 
aux constatations faites à propos d'un étroit donmine; peut-être 
même pourrait-on trouver qu'il a çà et là trop abondé dans ce 
sens, et que, par exemple, des pages comme les pp. 141-44 (où il 
s'agit de la naissance d'un [e prosthétique devant 5 + consonne) 
dépassent un peu le sujet ici traité, et n'en faisaient pas forcément 
partie intégrante. 

Quoi qu'il en soit, je dirai avant tout que le plan de cette étude 
est bon, et que l'ordre dans lequel y sont présentées les diverses 
observations me parait très naturel, quoique rompant parfois avec 
les cadres ordinaires. L'auteur a procédé par élimination et s'est 
débarrassé d'abord de ce qu'on peut appeler les phénomènes intel- 
lectuels par opposition avec ceux qui résultent d'un processus 
purement mécanique. C'est donc dans cette première division que 
sont envisagés les cas où le phonème additionnel provient par 
exemple d'une agglutination de l'article; ceux encore où il y a eu 
contamination, croisement entre des mots qui pour un motif quel- 
conque se sont rapprochés dans l'esprit. Tous ces faits sont en 
somme des cas particuliers, dont la liste est assez longue, mais 
pourrait. encore s'allonger. Ce qu'en a dit M. M. me semble juste à 
peu près sans exception, ou tout au moins plausible, car ce sont 
des matières que ne régit aucune loi générale et où l'on n'est 
jamais sur d'arriver à la vérité absolue. J'admets aussi que les 
phénomènes dits d'anticipation ou de reprise figurent dans cette 
section; ce qui m'étonne davantage, c'est d'y trouver l'insertion 
d'une nasale, telle qu'elle s'est produite à la fin d'un mot comme 
pramiin pour p/'rt/nw. J'avoue que je ne vois rien de particulière- 
ment « intellectuel » dans \\\\ hài de ce genre ; tout ce que j'y verrai, 
c'est la reproduction d'une sorte de résonance, et à la rigueur ce 
qu'on pourrait peut-être appeler une « segmentation à distance ». 

C'est, en elïet, à l'étude de ce phénomène de la segmentation que 
l'auteur a voulu ramener le fond de sa thèse, et c'en est là aussi la 
partie essentielle comme la plus neuve. Il est vrai' qu'en ce qui 



88 ANNALES Di; MIDI. 

concerne la diphtongaison des voyelles on est depuis assez long- 
temps d'accord. Mais pour la production des consonnes transitoi- 
res, le fait est moins généralement admis, quoique les expériences 
de l'aljbé Rousselot aient déjà orienté la question dans ce sens. 
Autrement dit, et pour ne prendre qu'un exemple type, lorsqu'un 
groupe mbr succède dans la phonation à ;«'r, est-ce que vraiment 
le m s'est scindé en deux? Oui, si l'on veut, et c'est une façon 
objective, je crois, d'envisager le phénomène. Car d'un autre point 
de vue on pourrait aussi prétendre que c'est la prolongation de la 
détente qui a amené ce h transitoire, lequel s'est trouvé seulement 
conditionné par la nature de la consonne précédente. Et peut-être 
au fond n'y a-t-il là qu'une question de mots, puisque dans tous 
les cas on est ramené soit à une absence de coordination dans les 
mouvements des organes, soit à un excès de mouvement articu- 
latoire. Quelle que soit l'explication physiologique qu'on admette, 
ce qui importe, c'est de classer les phénomènes en tant qu'ils se 
réfèrent à un idiome donné, et de déterminer sous quel aspect ils 
se présentent dans le temps ou dans l'espace. 

M. M., s'appuyant sur les doubles données de son Recueil et de 
son Atlas, l'a fait avec beaucoup de méthode et de succès : son 
exposé, qui s'enchaîne avec tant de rigueur, est à lire tout entier, 
et je ne puis vraiment en donner ici une idée suffisante. Je me 
contenterai de signaler quelques points à propos desquels il sem- 
ble avoir eu certaines hésitations que je ne partage pas, et inver- 
sement quelques affirmations qui me paraissent un peu prématu- 
rées. A la p. 128, par exemple, j'ai peine à croire que la produc- 
tion si connue en gascon de a devant un r initial ne dépende pas 
toujours d'une attaque forte de la consonne. A la p. 133, j'estime 
que pour passer de flamma à eslanie, la série la plus normale 
est incontestablement fl, hl, ehl, esl; du reste, les pp. 135-G sont 
un modèle d'analyse très fine. Inversement, à la p. 184, je doute 
un peu que la production d'un g dans gioèu, etc., permette de 
ti'ancher les questions relatives à l'âge de givari ou loari. La 
note 5 de la p. 16fi est intéressante, mais peu probante. Ce qui pa- 
rait le plus vraisemblable, c'est qu'au sud-ouest de la Gascogne la 
finale latine II a donné d'abord un /' {l mouillé), d'où ensuite t au 
nord et Ich au sud; du côté du Comminges et du Couserans, les 
faits présentent un tout autre aspect, puisque par là tout / final 
s'est mouillé, mais seulement, semble-t-il, après le xvie siècle. — 
Voici quelques.points encore qui méritent d'être signalés. La trans- 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 89 

formation de luna eu lilwe est expliquée à la p. 75; mais il me 
parait difficile ({u'originairement la production du lo ne suppose 
pas la présence d'un il encore assez voisin de u; c'est seulement 
plus tard qu'il sera devenu aigu, et se sera même avancé jusquà i 
à Bayonne où l'on dit libe. D'autre part, les formes en quelque 
sorte inverses, liiyo ou lœyo, qui existent à l'est de la zone gas- 
conne, ont bien été indiquées à la p. 65. M. M. n'avait à les allé- 
guer que comme point de comparaison ; mais comme sa note i de 
^a p. 06 (rédigée d'après l'Atlas Gilliéron-Edmont) ne donne qu'une 
idée un peu vague de leur extension, j'ajouterai que ces formes 
occupent une assez longue bande de territoire qui, du nord au sud, 
à l'est du département du Gers et dans une partie de la Haute- 
Garonne, comprend les cantons de Lectoure, Saint-Clar (aussi 
Beaumont dans le Tarn-et-Garonne), Mauvezin, Cologne, Gimont, 
risle-Jourdain, Samatan, Lombez, puis ceux de l'Isle-en-Dodon, 
Le Fousseret, Gazères. — Un des points que j'aurais le plus de 
peine à concéder à M. M., c'est que, dans des formes comme ibert 
pour iber (pp. 149-50), le t soit dû à une segmentation du r final, 
c'est-à-dire à un processus pliysiologique. Ce ne sont point d'ail- 
leurs les Landes, c'est le sud de la Gironde et du Lot-et-Garonne, 
bref les régions riveraines de la Garonne, qui sont le foyer prin- 
cipal du phénomène; mais là n'est pas la question. Pour ma part, 
dans un fait de ce genre, je ne puis guère voir autre cliose qu'une 
propagation analogique, et assurément les mots terminés de la 
sorte (par/, bevt, hort, etc.), étaient assez nombreux pour y avoir 
donné naissance. Je ne suis pas convaincu par ce qu'allègue l'au- 
teur, à savoir qu'il a relevé en certains cas un t incomplet à la 
finale de iber^ et analogues : c'est tout simplement qu'il a eu 
à faire là à un son furtif et en quelque sorte honteux de se pro- 
duire; mais le phénomène ne m'en paraît pas moins d'origine 
intellectuelle. La théorie de l'analogie phonétique n'a pas encore 
retenu, semble-t-il, l'attention autant qu'elle le mérite : elle a cer 
tainement joué son rôle pour constituer le système de sons dont 
dispose un idiome donné, et c'était peut-être ici le cas de la faire 
intervenir. — Je dirai en terminant que l'histoire de la diphton- 
gaison des voyelles, telle qu'elle est retracée à la fin de cette étude, 
paraît présenter quelques lacunes : la chronologie en est un peulié- 
sitante, notamment en ce qui concerne ie et ue. L'auteur a posé 
un bon terminus ad quem en faisant observer que Ve de peyre 
(pëtra) ne s'est pas diphtongue ; mais comme le passage de dr à yr 



00 ANNALES DU MIDI. 

est cerlniiioiiM'nt ancipn dans tout le iniili de la France, probable- 
ment du ixe siècle, il s'ensuit que miei (niôdinni) est forcément 
antérieur. Par conséquent, lorsque Deii apparaît dans des docu- 
ments du XI ne siècle, ce doit être une forme savante; seis (sëx) 
n'est guère plus probant, étant un mot spécial, et à plus forte 
raison Preqnei , nom géographique, où il s'agit d'une finale 
-erium dont l'évolution reste obscure. L'histoire de ne comporte- 
rait aussi des remarques sur la façon dont cette diphtongue 
s'est d'abord scindée en tce et ûe, d'où il par absorption de Ve 
dans hûh, etc. Mais je ne veux point insister davantage. 

Je crois avoir prouvé que les trois ouvrages en question ne sont 
pas seulement une des meilleures contri])utions linguistiques, 
mais la plus importante vraiment qui ait encore paru sur une des 
portions de la zone gasconne. Si, pour d'autres points de cette 
zone, nous avions une dizaine d'études de ce genre et de cette va- 
leur, nous saurions, je crois bien, sur l'état actuel de l'idiome gas- 
con, et même sur son histoire dans le passé, tout ce que nous 
pouvons espérer raisonnablement en savoir jamais. Il n'est donc 
pas étonnant que la Sorbonne ait fait très bon accueil aux divers 
travaux de M. Millardet, qu'elle les ait considérés comme faisant 
vraiment honneur à la dialectologie française, et c'est le contraire 
qui nous aurait surpris. E. Bourciez. 



Abbé H.-J. MoLiNiER. I. Essai biographique et littéraire 
sur Octovien de Saint-Gela^ys, évoque d'Angoulême 
(1468-1502). — II. Mellin de Saint-Gelays (1490?-1558); 
étude sur sa vie et sur ses œuvres. Rodez, Carrère, 
1910; 2 vol. in-8o de xxii-307 et xxxii-614 pages. 

Les deux volumes dans lesquels M. Molinier étudie Octovien et 
Mellin de Saint-Gelays ont été présentés comme thèses de doctorat 
devant la Faculté des lettres de Toulouse qui leur a réservé le plus 
favorable accueil. El ils le méritent par l'ampleur et la conscience 
des recherches. Ils comblent une importante lacune de l'histoire 
de notre littérature au xvie siècle. Peut-être pourrait-on leur repro- 
cher de constituer un cadre trop large pour ces aimables figures 
de poètes courtisans, dont le plus important, Mellin, est un auteur 
de second ordre. Consacrer plus de 600 pages à ce « gentil » poète, 
c'est risquer de l'écraser. 11 est vrai qu'il convenait de replacer 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 91 

l'écrivain dans son milieu, la cour de François l'^f et celle de 
Henri II. De plus, pour mieux faire connaître ses auteurs, M. M. a 
fait de nombreuses citations; il a même trouvé de l'inédit qu'il 
nous donne en appendice. Si bien que, somme toute, on ne saurait 
lui faire un sérieux reproche de sa trop copieuse abondance. 

Pour son essai sur Octovien de Saint-Gelays, il a suivi l'ordre 
chronologique, étudiant les oeuvres au fur et à mesure de leur 
composition. Il a cru devoir distinguer deux parties : avant l'épis- 
copat, après l'épiscopat. Cette division, qui d'ailleurs n'a pas autre- 
ment d'importance, ne nous paraît pas des plus justifiées. Ce qui 
vaut mieux, ce sont les abondantes et fidèles analyses des princi- 
pales œuvres d'Octovien, le Séjour d'honneur, le Trésor de no- 
blesse, le Débat du seigneur de court et du seigneur des champs, 
la Chasse et le départ d'amour. Ces œuvres manquent générale- 
ment d'originalité; il y a beaucoup de compilation ; quelques-unes 
sont de simples plagiats, dont il n'est pas sûr, n'en déplaise à 
M. M., qu'Octovien ne soit pas responsable. Cependant, si l'on 
songe qu'Octovien est mort à trente-quatre ans et surtout si l'on 
considère le milieu et l'époque où il a vécu, on peut souscrire à la 
rigueur au jugement de son dernier biographe : il est « le moins 
pédant et le moins rhétoriqueur de tous les grands rhétoriqueurs». 

Alellin était-il le neveu, ou plutôt le fils d'Octovien? Cette der- 
nière hypothèse répugne assez à M. M.; c'est cependant la plus 
vraisemblable. Quoi qu'il en soit de ses parents et de la date de 
sa naissance que nous ignorons également, Mellin fut élevé par 
Octovien, et après avoir étudié à l'Université de Poitiers il alla en 
Italie où il séjourna neuf ans. L'influence italienne fut très pro- 
fonde sur lui, à tel point que l'on pourra le définir comme le 
poète italianisant par excellence. Il fut aussi, peut-être plus encore, 
un poète courtisan. Après son retour d'Italie, il passa toute sa vie 
à la cour, successivement aumônier du dauphin François, puis du 
dauphin Henri, et à l'avènement de ce dernier, aumônier du roi. 
Dans cette existence frivole et brillante, il n'y a guère qu'un épi- 
sode réellement intéressant : ce sont les démêlés de Mellin avec les 
poètes de la Pléiade, Joachim du Bellay et Ronsard. L'école nou- 
velle attaqua violemment le dernier et le plus célèbre représentant 
de l'école marotique. Mellin avait la dent dure et la fît sentir à 
Ronsard. Finalement, grâce à l'entremise de Michel de l'Hôpital 
et de Guillaume des Autels, la réconciliation survint, sincère sem- 
ble-t-il, de part et d'autre, car la satire de Joachim du Bellay, 



92 AKNALES DU MIDI. 

Le Poèlc cou)'lisrtn, n'a qu'une portée générale... et IMellin put 
mourir tranquille. 

Après avoir raconté la vie, M. M. étudie en détail l'œuvre, pas- 
sant successivement en revue les petits vers, les poèmes à forme 
fixe, ballades, rondeaux, sonnets (forme que Mellin importa d'Ita- 
lie), épigranunes, élégies, chansons, vers de circonstances, traduc- 
tions, œuvres latines. La revue est très complète, et il faut tout 
l'enthousiasme du biographe pour voiler, sous une appréciation 
élogieuse de la variété des formes, le vide ou la monotonie du 
fond. Un dernier chapitre, que nous aurions aimé plus concis et 
plus vigoureux, caractérise chez Mellin l'homme et le poète. 
L'homme épicurien et égoïste a des dehors séduisants, bien qu'il 
ne soit pas des plus sympathiques. Quant au poète, fécond, pré- 
cieux, il tient encore du moyen âge par l'idée qu'il se fait de la 
poésie, par l'abus de l'allégorie; il prépare la Renaissance par sa 
culture antique et surtout italienne. Placé par la chronologie 
autant que par les caractères de son œuvre entre Marot et Ron- 
sard, il forme la transition entre l'école marotique et la Pléiade, 
et peut-être par son exemple et son influence contribua-t-il à rame- 
ner Ronsard à plus de simplicité et à une connaissance plus exacte 
de la poésie qui l'avait précédé. C'est là ce qui lui assure dans l'his- 
toire littéraire du xvi^ siècle une place au moins enviable, sinon 
considérable, loin derrière Ronsard et même derrière Marot ^ 

V.-L. BOURRILLY. 

l. Voici quelques menues observations : p. 105, n. 2, Vllistoria Fran- 
cisci I du ms. lat. 5976 n'est pas de Claude Cotterau ; ce sont des frag- 
ments de la première ogdoade latine de Guillaume du Bellay; pp. 13B-4, 
p. ItlG, sur Jacques Colin et la traducliou du Courtisan, M. M. aurait 
trouvé quelques détails complémentaires dans notre Jacques Colin, abbé 
de Saint-Ambroise, Paris, 1905; — p. 161, sur Pierre de Montdoré, voir 
un article de M. Dorez, Pierre de Montdoré, ma'ttre de la librairie de 
Fontai?iebleaii {1552-1567) dans les Mélanges d'archéologie et d'his- 
toire de l'Ecole de Rome, t. XII, 1892; p. 258, Ronsard n'est pas allé en 
Piémont auprès de Guillaume du Bellay et par conséquent n'a pu y 
rencontrer Rabelais; sur l'activité de INIellin, comme bibliothécaire, 
M. M. trouvera dans le Catalogue des Actes de François I", t. III, 
n» 9599, mention d'un acte d'autant plus intéressant qu'il rappelle le nom 
d'un prélat humaniste, presque toulousain : le 17 janvier 1537, Fran- 
çois 1" ordonne de payer 30 écus d'or à Mellin de Saint-Gelays pour un 
voyage de Montpellier (où se trouvait alors la cour) à Toulouse, où le roi 
l'avait envoyé faire l'inventaire des livres de la bibliothèque de l'évêque 
de Rieux, Jean de Pins, qui venait de mourir, et rechercher les papiers 
concernant les affaires de Sa Majesté qui étaient en la possession du 



C.(~>MPTES RENDUS CRITIQUES. 93 

Paul Moulin. Documents relatifs à la vente des biens 
nationaux dans le département des Bouches -du- 
Rhône. Paris, Leroux, 1908-190!) ; 2 vol. grand iii-8" de 
Lxxii-592 et 674 pages. 

La collection des documents inédits de l'histoire économique de 
la Révolution française publiés par le Ministère de l'Instruction 
publique vient de s'augmenter et de s'enricliir de deux nouveaux 
et très importants volumes qui présentent un grand intéi'êt politi- 
que, social et financier pour notre région et qui, à raison même de 
leur valeur, ne peuvent passer inaperçus. Il est peut-être malaisé 
ou prématuré de porter un jugement définitif sur un ouvrage 
inaclievé ; cependant, après avoir félicité bien sincèrement M. P. M. 
d'avoir fait paraître en partie l'énorme travail qu'il a entrepris 
depuis de longues années et l'avoir hautement loué de sa patience, 
de sa ténacité, de son effort continu et laborieux qui a eu raison 
de la plus fastidieuse et de la plus ingrate des tâches (nous vou- 
lons parler du dépouillement des procès-verbaux de vente), nous 
nous permettrons certaines critiques au sujet de son Introduction, 
que l'on peut analyser sans attendre l'apparition des deux der- 
niers tomes. Bien que démesurée (tel n'est pas l'avis de l'auteur 
qui la trouve « courte ») et anormale étant donné le genre de 
publication auquel elle est destinée, elle est incomplète : incom- 
plète en ce sens que M. P. M. nous laisse tout ignorer de la légis- 
lation des biens nationaux, qu'il reconnaît par ailleurs être « si 
abondante et si touffue ». Il ne suffit point, à notre avis, de décla- 
rer que l'étude des lois relatives à la vente des biens nationaux 
fera l'objet d'un ouvrage spécial; car cet ouvrage aurait dû, en 
bonne logique, constituer le n" 1 de la série actuelle; il ne suffit 
pas non plus de renvoyer à un volume i où la matière serait 
traitée, surtout si ce volume s'occupe d'une région qui n'a 
pas grand intérêt pour le lecteur méridional. On voit combien 
le système de M. P. j\I. est défectueux. Ijui-méme reconnaît (p. ix) 
qu'il importe beaucoup de savoir sous l'empire de quelle loi s'est 
effectuée telle vente; mais pourquoi ne le sait-il pas? N'a-t-il pas 



défunt. Enfin, sur Mellin italianisant, voir une note dans E. Picot, les 
Français italianisants au XVI' siècle, p. 51. 

1. S. Charléty, Documetits relatifs à la vente des biens nationaux 
clans le déparlenioit du Rhrhie. Lyon, 1906. 



94 ANNALES DU MIDI. 

eu toute lil)erto de le rechercher? Il eût été à désirer que le dis- 
tingué savant s'expliquât sur le mécanisme des ventes, les modes 
d'ac(]uisition et de paj-ement, les formalités d'aliénation, dont il 
parle comme s'il nous avait préalablement expliqué ces rouages 
complexes et délicats. S'il voulait éviter d'entrer dans le détail des 
lois qui s'échelonnent de 1789 à l'an Vil, pourquoi n'a-t-il pas du 
moins étudié le régime de la loi du 14 mai 1790, qui a donné lieu 
au plus grand nombre de ventes? Il aurait pu nous décrire rapi- 
dement les formalités et les diverses étapes de la vente : inven- 
taire, estimation, envoi d'une soumission, apposition d'affiches, 
enchères, enregistrement de layente, envoi en possession. L'intelli- 
gence de son œuvre en eût été largement facilitée. Quelques mots 
non plus n'auraient pas été inutiles sur le Comité d'aliénation, 
qui eut un rôle considérable, puisqu'il était chargé de toute l'admi- 
nistration des ventes, sur la caisse de l'extraordinaire qui, fondée 
le 19 décembre 1789, avait dans ses attributions la partie finan- 
cière. On sait que ces deux Commissions, distinctes jusqu'au 
16 août 1791, furent réunies en une seule, divisée à son tour, sous 
la Convention, en section de l'extraordinaire et en section "de 
l'aliénation. 

Sous le Directoire et sous le Consulat, la comptabilité des ventes 
se trouvant très réduite par suite de leur décroissance, la partie 
administrative fut confiée au Domaine, la partie financière au 
Comité des finances et au Ministère des finances. M. P. INT., 
qui connaît admirablement toutes ces questions grâce à une pra- 
tique constante et presque journalière, était placé mieux que qui- 
conque pour en donner un aperçu. Nous regrettons plus encore 
qu'il n'ait pas cru devoir nous fournir quelques renseignements 
sur la vente proprement dite des biens nationaux dans les Bou- 
ches-du-Rhône. M. P. M. aurait pu et il aurait dû — sans pour 
cela sortir du cadre tracé par la Commission derrière laquelle sou- 
vent il s'abrite — indiquer comment se fit dans notre région la 
vente des biens nationaux, quels furent les incidents — il y en eut 
beaucoup — qui entravèrent cette opération épineuse et provo- 
quèrent l'intervention des fonctionnaires chargés du service. Car 
il y avait dans chaque département un directeur des biens natio- 
naux, assisté d'inspecteurs, de vérificateurs, d'experts qui ne per- 
daient pas leur temps. M. P. M. n'a pas mis en relief les tâtonne- 
ments inévitables au moment où l'on appliquait une législation 
d'autant plus ardue qu'ellfi fut renouvelée six fois, d'autant plus 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 95 

délicate que c'était un service à organiser de toutes pièces, une 
doctrine à créer tout entière, qu'il fallait vaincre l'incurie, la négli- 
gence, le mauvais vouloir et souvent la malhonnêteté des munici- 
palités. Les registres de correspondance fourmillent de faits signi- 
ficatifs et curieux qui auraient permis à M. P. M. de faire revivre 
— en peu de pages, bien entendu, — la physionomie de cette opé- 
ration gigantesque qui constitue un des plus importants problèmes 
qu'ait eu à résoudre la Révolution. Ça et là pourtant, ressortent 
dans son ouvrage quelques menus détails qui nous font déplorer 
davantage l'absence de beaucoup d'autres. La rapacité des experts, 
trait qui n'est pas particulier aux Bouches-du-Rhône et qui a été 
relevé dans d'autres départements, — leurs honoraires dépassant 
quelquefois la valeur d'estimation, — la négligence des officiers 
municipaux qui laissent commettre des déprédations, la lenteur 
des opérations préalables à la vente, les prévarications de certains 
officiers ministériels sont trop sommairement indiquées et sans 
beaucoup d'ordre, Y eut-il à Marseille ou à Aix, comme cela se 
produisit dans quelques départements à partir de 1792, un bureau 
des émigrés, chargé de recevoir pétitions et réclamations? On sent 
que l'auteur a passé à côté du sujet. M. P. M. nous promet dans 
les pièces annexes « d'utiles renseignements sur l'histoire des 
biens nationaux dans le département. » Attendons encore deux ans; 
peut-être notre curiosité sera-t-elle satisfaite et notre critique, 
« mise au néant », comme disaient nos pères. Mais, objectera-t-on, 
M. P. M. n'a pas à s'engager dans une voie si malaisée. Ne 
s'agit-il pas d'une simple publication de documents? Non, il 
s'agit de l'Introduction. L'éditeur y a touché à tant de sujets inu- 
tiles qu'on est quelque peu fondé à lui reprocher d'avoir négligé 
les choses essentielles. Cl'est ainsi que dans les premières lignes de 
la m» partie de son Avant-propos (p. xiv), il semble aborder la 
grande question de la vente des biens nationaux. « De toutes, les 
opérations otïectuées en France, nous dit-il, au moment où les 
abus de plusieurs siècles étaient sur le point de disparaître, la 
plus considérable est, sans contredit, celle qui eut pour objet la 
vente des biens nationaux. Cette question est, en effet, au i)oint 
de vue économique, social et financier, celle qui présente dans 
notre histoire le plus grand intérêt. » Voilà qui est parfait, et le 
lecteur pourrait croire que l'auteur, après 14 pages gr. in-8i>, se 
décide à entrer dans le vif de la question, à lui expliquer enfin 
quelque chose. Il n'en est rien ; M. P. M., invoquant les limites 



96 ANNALES DU MIDI. 

assignées à son travail, élude la discussion et remet à un autre le 
soin de continuer. 

Enfin, la conclusion est hizarre et inattendue. Dans la Vie et 
dernière partie de son introduction, M. P. M. se livre à une série 
d'additions et de récapitulations qui ne sont pas inutiles ; mais 
n'eût-il pas été plus intéressant de dégager, par une appréciation 
personnelle et nou purement arithmétique, les résullats de la 
vente des biens nationaux dans les Bouclies-du-Rhône et de nous 
montrer pourquoi et de quelle façon ce fut un désastre? Un peu 
plus d'idées, un peu moins de chiffres, et par-ci par-là un grain 
d'esprit critique auraient mieux fait notre affaire. 

Cela dit, constatons la belle allure de l'œuvre de M. P. M. 
D'une façon générale, sa publication conslilue un important tra- 
vail, intéressant en lui-même, bien présenté et lucidement exposé. 
Certes, M. P. M. ne s'embarrasse guère « de ces fanfares de dis- 
tinctions, limitations, subtilités, fallences et autres discours qui 
sont plus de fard que de subsistance » et que stigmatisait jadis 
notre immortel Guy Coquille*. Il estime qu'un simple chiffre en 
dit parfois plus long que de superbes périodes. Quiconque voudra 
savoir dans quelle mesure les bourgeois et les paysans, les gros 
acquéreurs et les petits ont profité des ventes de biens nationaux, 
dans quelle mesure ces ventes ont contribué au morcellement de 
la propriété foncière, comment se fit la répartition des biens ven- 
dus entre les diverses classes sociales d'acquéreurs, puisera dans 
son ouvrage d'inappréciables renseignements. Dans le classe- 
ment des matériaux, M. P. M. a suivi un plan excellent; on ne 
saurait trop le louer de sa méthode. Il n'a pas groupé les actes de 
vente par districts et par ordre chronologique des diverses lois 
relatives au mode de payement des biens; il a adopté le classe- 
ment par communes : ce groupement par localités est beaucoup 
plus net. Sa première partie comprend les déclarations et inven- 
taires. Elle se subdivise en deux chapitres. Le premier contient 
les inventaires des biens ecclésiastiques possédés en 1789 par les 
archevêques d'Aix et d'Arles, l'évêque de Marseille, le chai»ilre, 
les Séminaires, le collège de Tarascon, les communautés réguliè- 
res d'hommes et de femmes, les confréries de pénitents et les béné- 
fices ecclésiastiques. Le deuxième traite des inventaires des objets 

1. Guy Coquille, Cormne7itaires sur les coutumes de Niver>iois. 
Œuvres, tome II, 1665, p. 5. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 97 

précieux des églises et communautés supprimées. On sait que les 
biens ecclésiastiques formèrent le premier fonds et la première 
catégorie des biens nationaux. La vente en avait été souvmt 
réclamée, notamment en 1561, aux états généraux de Pontoise. Le 
tiers état, depuis des siècles, protestait contre cet immense patri- 
moine, qui, au dire de Lebret, composait le tiers de la France et 
dont les revenus servaient à entretenir le luxe de prélats de la 
vertu du cardinal de Rohan. Montesquieu, Galonné avaient 
dénoncé le danger des biens de main morte : de longue date, l'ad- 
judication les guettait. Disons que le premier de ces deux chapi- 
tres est entièrement consacré aux déclarations faites par les éta- 
blissements religieux. 

La deuxième partie comprend les inventaires des biens ecclésias- 
tiques, des biens des émigrés, des condamnés, les ventes d'immeu- 
bles et de meubles, les arrenlements et les restitutions. M. P. M. 
nous donne le nom et la profession de tous les enchérisseurs; la 
transcription des procès-verbaux a été faite avec une conscience 
rare. Les noms de lieux ont été ramenés ù leur forme actuelle, et 
l'auteur a poussé le scrupule jusqu'à identilier et traduire les mots 
plus ou moins barbares et baroques dont sont émaillés les actes 
de cette période. Tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de la Révo- 
lution et à l'étude de la propriété foncière en France devront 
consulter cet ouvrage qui i>arait au moment où se multiplient les 
recherches économiques sur l'époque révolutionnaire. D'ailleurs, 
on peut se demander si la vente des biens nationaux, qui semblait, 
avec les assignats, devoir fournir des richesses inépuisables, a eu 
une si grande influence sur le morcellement de la propriété. Nous 
ne le pensons pas; une translation de propriété, tel a été le seul 
résultat sensible de l'aliénation des biens nationaux. On oublie 
trop que depuis la fin du moyen âge il s'est produit un grand fait, 
c'est que la majorité des paysans sont devenus propriétaires : cela 
peut se vérifier en Provence avec plus d'évidence encore qu'ail- 
leurs. Au xviiie siècle, si nous en croyons L. de Lavergne et de 
Tocqueville, les petits propriétaires étaient aussi nombreux que 
de nos jours. Les journaliers ont presque tous un jardin ou quel- 
que morceau de vigne ou de terre, disait l'abbé de Saint-Pierre. 
En 1768, on signalait déjà les inconvénients de la petite culture; 
nous n'en serions donc pas redevables à la Révolution. De même 
pour beaucoup d'autres choses que l'on date de cette é[)oqiie, mais 
dont l'origine est bien antérieure. Et la phrase de Tocqueville est 

ANNALES DU MirJÎ. — XXIll- 7 



9S ANNALES DU Mlhl. 

toujours vraie : « Quelque radicale qu'ait été la Révolution, elle a 
cependant beaucoup moins innové qu'on ne le suppose générale- 
ment'. » Jean AuDouARD. 



Poésies rouergates de Claude Peyrot, prieur dePradinas, 
suivies d'un choix de ses poésies françaises; édition cri- 
tique avec introduction et glossaire, par Léopold Goxs- 
TANS, précédée d'une notice biographique et littéraire par 
Jules Artières, avec deux planches phototypiques hors 
texte. Millau, Artières et Maury, Avignon, Roumanille, 
1909; petit in-8'^ de xlviii-308 pages. 

Un buste a été élevé, en 1909, à Millau, à Fauteur des Géorgi- 
qiies paloises; c'est pour compléter cet hommage qu'a été publiée 
la présente édition. On peut se demander ce qu'ont voulu dire les 
éditeurs en la qualifiant de « critique » : leur travail « criti<{ue » 
s'est borné en elïet à modifier la graphie des éditions originales 
pour la rapprocher de la prononciation moderne. Le souci est 
louable, mais il est à craindre que cette graphie, si elle satisfait 
les philologues, ne rebute les lecteurs étrangers au Rouergue. — 
Au bas des pages du poème des Qiialre Saisons se lisent des 
notes qui tiennent du sommaire et de la traduction, en style 
quelque peu naïf et archaïque. Rien ne nous avertit que ces notes 
sont de l'auteur même et qu'elles n'ont pas été reproduites in ex- 
tenso^. L'ordre des pièces vise à être chronologique; mais on ne 
voit pas sur quoi il peut être fondé. Il eût fallu, en tout cas, indi- 
quer l'ordre adopté dans les éditions publiées par l'auteur et dire 
quelle édition on reproduisait 3. Le Glossaire, quoique riche, est 
loin d'être complet : on s'étonne de n'y pas voir la lettre A repré- 
sentée et d'y chercher en vain des mots rares ou locaux, qui 

1. L'Ancien Régime et la Révolution, 5* édition, p. 30. 

2. Dans l'édition originale de la Pri-ino (1774), ces notes étaient beau- 
coup plus nombreuses, et formaient un véritable lexique; elles aussi 
valaient la peine d'être reproduites; la plupart eussent dû être incorpo- 
rées au Glossaire, avec indication de leur source. 

3. D'après la page xliii, on a reproduit le recueil de 1774 tout entier 
en suivant l'ordre de cette édition, et les pièces de ce i-ecueil se termine- 
raient à la page 188. Il y a là une erreur : la reproduction du volume de 
1774 se termine à la page 150. Les pièces qui occupent les pages 151-188 
sont donc empruntées à un autre recueil, sans doute celui de 1788 (que je 
n'ai pu consulter, la Bibliothèque national»- ne le possédant pas). 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 99 

étaient expliqués dans les précédentes éditions (par exemple har- 
gos, batoul, heyrat, benta, higals, pour me borner à la lettre B). 
Ce qui fait vraiment le prix de cette édition, ce sont les deux no- 
tices qui la précèdent : celle de M. Artières fournit sur la biogra- 
phie du poète divers renseignements nouveaux: celle de M. Cons- 
tans est une étude agréable et fine de son œuvre i : il est seule- 
ment regrettable que les deux auteurs ne se soient pas plus stric- 
tement tenus dans les limites qu'ils s'étaient assignées et que les 
deux notices se répètent sur bien des points. — La note bibliogra- 
phique (p. xLvii) était fort utile, mais elle manque de précision; 
il fallait y indiquer aussi le format et le nombre de pages des 
diverses éditions, et nous faire savoir que celle publiée à Rodez, 
chez Garrère, vers (et non en) 190G (car elle est sans date) est une 
reproduction très fidèle, et par conséquent précieuse, de l'édilion 
originale des Quatre Saisons. 

A. Jeanroy. 

1. Elle avait déjà paru, avec quelques pages en plus, consacrées à la 
biographie du poète, dans les Mélanges de philologie ofiferts à M. Wll- 
niotte, t. I, p. 131 et ss. 



REVUE DES PÉRIODIQUES 



PÉRIODIQUES FRANÇAIS MÉRIDIONAUX 

Alpes (Hautes-). 
I. Annales des Alpes, t. XIII, 1900. 

p. 5-14. Organisation des quatre districts et des trente-huit cantons du 
département des Hautes-Alpes. [La députation du Dauphiné indique 
quelles doivent être les limites des quatre districts (Briançon, Serres, 
Gap et Embrun) et des cantons du nouveau département, appelé alors 
Est-Dauphiné. 11 nov. 1790.] — P. 15-8. Noms révolutionnaires des 
Hautes-Alpes. [Barcelonnette devient Val-Civique; Mont-Dauphin, 
Mont-Lion, etc.J — P. 19-21. Séquestration du troupeau de M. de Lafont 
de Savine, 1792. [Procès-verbal de la séquestration des troupeaux de 
Lafont, émigré: sept. 1792. Lettre du directoire du district d'Embrun, 
pressant les communes de faire l'inventaire des biens des émigrés ; 
17 oct. 1792.] — P. 25-35, 77-80. P. G[uillaume]. Manufactures et indus- 
tries diverses du Haut-Dauphiné en 1788-179). [Pièces diverses rela- 
tives à des manufactures de chapeaux au Bez (commune de la Salle), 
de toiles et de mousselines à Névache, de laines et de cotons à Embrun; 
à des tuileries situées à Gap, à Salérans, à Cliàteauneuf-de-Chabre ; aux 
carrières d'ardoises de Guillestre et de Vallouise. A suivre.] — P. 36-40. 
Variétés. [Lettres du 11 sept. 1702, conférant la qualité de bourgeois 
de Briançon. Prix du pain à Briancon le 12 sept. 1702. Nomination, par 
les gens de Névache, de procureurs et de « manciers » pour surveiller 
l'usage des bois et des prés de la montagne de Roche-Noire, 23 juil- 
let 1741.] — P. 41-61. Budget communal de Vars en 1703-1705. [Le 
budget de Vars (canton de Guillestre) est en délicit constant, à raison 
des lourdes charges de toute sorte qui pèsent sur la communauté : 
voyages des officiers municipaux, cadeaux en argent et en nature à 
faire aux puissants de la région.] — P. 65-73. Saint Vincent Ferrier 



rÉRIODKjT'ES MÉRIDIONAUX. 101 

dans les Alpes (1100-1402). [extrait des délibérations du corps munici- 
pal de Sisteron, offrant au saint, pour le remercier de ses prédications, 
du vin, du seigle, un manteau, etc.J — P. 73-7. Les pompes des puits 
de Gap. [Conventions relatives à l'installation de cirq pompes à Gap, 

3 nov. 1723, et réception de ces pompes par la municipalité, 18 juin 
1724.] — P. 81-8. Transaction entre Lesdiguières et les consuls de 
rOisans en 1601. [Convention relative aux cens que les habitants de 
rOisans doivent payer; on évalue en argent les rentes en moutons, fro- 
mages, etc.] — P. 89-108. P. G. Les fouilles de La Bàtie-Montsaléon en 
1886-1843. [Lettres diverses relatives à ces fouilles, précisant la date où 
furent trouvés des objets et des inscriptions qui sont aujourd'hui au 
Musée de Gap.] — P. 109-18, 129-33. P. G. Evénements militaires dans 
les Alpes en 1791-1793. [Lettres relatives aux préparatifs de défense de 
la frontière, autour de Briançon, du 21 août 1791 au 12 frimaire an II. 
Alerte au Mont-Genèvre. Les gardes nationaux qui gardent le Goléon, 
le Galibier et l'Infernet se plaignent de n'être pas payés. Approvision- 
nements de Mont-Dauphin. Le bataillon d'Embrun, installé à Jeau- 
giers (sic), souffre du froid et réclame des secours. Réquisitions et pré- 
paratifs en vue du siège de Toulon.] — P. 118-20. Variétés. [Le sieur 
Moyse, imprimeur de la ville d'Embrun, demande à être nommé impri- 
meur du département, 29 sept. 1790. La peste à Eygliers vers 1588.] — 
P. 121-9. P. G. La grande peur de 1789 en Valgaudeniar, en Champ- 
saur, etc. [Journal relatant l'effroi des populations, du 30 juillet au 

4 août 1789, à l'annonce de l'arrivée de bandits ou d'ennemis. Toute la 
jeunesse du pays est mobilisée ; des coups de pistolet, tirés sans rai 
son, aft'olent les habitants. On finit par saisir, en fait de brigands, un 
« ermite ou capucin », que l'on remet à la maréchaussée de Corps.] — 
P. 133-46, 169-81, 216-29. P. G. Rôle des évêques de Gap par Artus ou 
Arthur de Lionne (vers 1650). [Artus de Lionne, évèque de Gap de 
1639 à 1661, a laissé un recueil de notes historiques sur ses prédéces- 
seurs. C'est un ouvrage assez important, composé à l'aide d'extraits 
d'anciens historiens, et aussi à l'aide de documents d'archives ; l'auteur 
a analysé chronologiquement de nombreux actes où figurent les évêques 
de Gap. Son œuvre a été utilisée, mais d'une façon incomplète, dans la 
confection.de l-a, Gallia Chrialiana. La partie publiée jusqu'ici par 
M. P. G. s'arrête à Dragonet de Montauban (1328-1349). A suivre.] — 
P. 146-51. Vicaires généraux du nouveau diocèse de Gap. [Le diocèse 
de Gap, supprimé en 1801, fut rétabli nominalement en 1817 et pourvu 
d'un titulaire en 1823. Liste des vicaires généraux depuis cette date 
jusqu'à nos jours.] — P. 160, Variétés. [Le préfet des Ilaules-AIpes 



102 ANNALES DU MIDI. 

interdit, en 1802, tout cliant du Te Deitm dans les deux églises d'Em- 
brun, à raison de 1' < opinion diverse » des deux prêtres qui les desser- 
vent.] — P. 161-8. Pieri'e Rostang, du diocèse d'Embrun, gouverneur 
du Château Suint-Ange, à Rome, en 1375-1379. [Extrait de l'article de 
ISr. Rodocanachi sur le rôle du Cluàteau Saint-Ange dans l'histoire de 
la Papauté du xiir au xv» siècle {Rev. historique, t. XCVIII, p. 225 
et suiv.) Il s'agit d'un habitant du diocèse d'Embrun, P. Rostang, qui 
retjut de Grégoire IX la garde du château, et qui, à la mort de ce pape 
(1378), refusa de le livrer au pape élu à Rome, Urbain VI, et favorisa 
ainsi l'élection de Clément VII par les cardinaux français. Assiégé par 
Urbain, et à court de vivres, il dut se rendre. Clément VII le récom- 
pensa en lui donnant le château de Saint-Crépin et d'autres terres 
dans le diocèse d'Embrun.] — P. 184-93. Le service militaire en 1675 et 
1691. Le ban et l'arrière-ban. [Lettre du duc de Lesdiguières au bailli 
de Gap, convoquant le ban et l'arrière- ban, dispensant toutefois les 
nobles qui contribueraient à la levée de la moitié d'un cavalier ; 
22 janv. 1675. Lettre de Prunier de Saint-André convoquant les gen- 
tilshommes du Dauphiné à se rendre à Loches ; 9 avril 1691. Liste des 
nobles convoqués (75 noms). Itinéraire de retour, de Loches à Greno- 
ble.] — P. 194-200. Chronique et Variétés. [Annonce des études de 
RI. H. Ferrand sur l'inscription des Escoyères en Queyras, et de 
M. P. Buffault sur l'histoire des forêts du mandement de Guillestre. 
Demandes d'indemnité adressées aux administrateurs des Hautes- 
Alpes en 1792 par Eyméoud, médecin de l'hôpital de Gap, et par Rei- 
noard, chargé de l'inspection des soldats malades. Situation des pri- 
sons de Gap en 1792, d'après une lettre du même Reinoard.] — P. 201-12. 
P. G. Cahier des doléances des curés du diocèse de Gap, en 1789 et 
1790. [Exposé des [lourdes charges du bas clergé : visites épiscopales, 
décimes, etc. Renseignements sur l'histoire du clergé à Serres.] — 
P. 212-5. Quotité des dîmes en Gapencais en 1791. [Tableau, par can- 
tons et par communautés, des dîmes en vins et en grains levées danç 
les districts de Gap et de Serres.] — P. 230-4. V. LiIîutaiid. Durbon, 
marchand de bois. [Acte de vente passé entre la chartreuse de Durbon 
et une association de gens de Mirabeau et de Volone, qui achètent 

26 radeaux de bois provenant des foi'êts de Durbon. 1 

R. C. 

II. Bulletin de la Société cVétudes des Hautes- Alpes, 
28« année, 1909. 

p. 1-35, 171-99, 208-34. J. Roman. L'art et les artistes en Dauphiné depuis 
l'époque gauloise jusqu'à nos jours. |Énumération des œuvres d'art 



PÉRIODInUES MÉRIDIONAUX. 103 

originaires du Daiiphiné (nrrliitectiiro, sculpture, peinture, ^'rnvure, 
orfèvrerie, etc.), et indication des œuvres qui, venues d'ailleurs, se 
trouvent actuellement conservées dans les musées et les collections du 

Dauphiné.] — P. lOS-lO. P. Piat. Note sur deux bracelets en bronze. 

[Trouvés à Menglon en Diois] — P. 111-28. D. Martin. Notice biogra- 
phique sur François Arnaud, ancien notaire à Barcelonnette, membre 
fondateur de la Société d'études des Hautes-Alpes. [Fr. Arnaud (1843- 
1908) a laissé divers travaux sur la géographie et l'histoire des vallées 
alpines, notamment sur les coutumes et la langue de la vallée de Bar- 
celonnette.] — P. 135-44. M. A. DE EocHAS. Projet de fortification par 
Vauban pour les villes de Gap et de Colmars. [Instructions données 
par Vauban pour les fortifications de Colmars, 16 février 1693; lettres 
de Vauban relatives aux défenses de Saint-Vincent et de Gap, 5 et 
6 janvier 1693.] — P. 147-68, 237-65, 305-26. D. Martin. Dictionnaire du 
patois de Lallé par familles de mots. [Suite et fin, de N à Z.J — 
P. 169-70. P. Plat. Note sur une épée en bronze trouvée <à Aspremont 
(Hautes-Alpes). — P. 235-6. P. Plat. Note sur un cimetière mérovin- 
gien situé à Revest-des-Brousses (Basses-Alpes). [Squelettes et vase.] — 
P. 269-86. Abbé F. Allemand. Actes authentiques de la translation des 
reliques de saint Pelade en 1485 et 1764. [Les reliques de saint Pelade, 
évèque d'Embrun, mort en .523, furent dérobées par un moine espagnol 
et emportées au monastère de Saint-Pierre de Champrodon, près de 
Gérone. En 1484, lorsque les troupes de Tanneguy du Châtel envahi- 
rent la Catalogne, ces reliques furent prises par les soldats français. 
Jean Richier, seigneur de Montgardin, alors à Perpignan, les racheta, 
les rendit au monastère de Champrodon, et, en récompense, emporta 
avec lui en Dauphiné un bras du saint. Procès-verbal du 16 avril 1485 
relatant celte translation. Le 25 octobre 1764, la moitié de ce bras fut 
donnée à l'église métropolitaine d'Embrun.] — P. 297-304. .T. Roman. 
Les tours carrées des Alpes et leurs enceintes. [Ces tours ne sont ni 
romaines, ni sarrasines. Elles datent du xii" siècle ; ce sont des habita 
lions seigneuriales. Dans la suite, beaucoup furent abandonnées pour 
des demeures plus confortables; d'autres, lors des troubles du xiv" siè- 
cle, furent entourées d'une enceinte, destinée à servir de refuge aux 
paysans et aux troupeaux en cas d'invasion.) R. C. 

Gard. 

Revue du Midi, 1909. 

N» 1. P. 5-24. G. Maurin. Les premiers maires du Consulat dans le Gard. 
[Suite et fin. Le Consulat s'appuyait surtout sur le tiers-parti, les hom- 



104 AXXALES DT" MIDI. 

mes de 1788 et 1789. A Nimes, ce parti était nombreux, mais composé 
en majorité de protestants. Le préfet Dubois, installé le 2 germinal 
an VIII, attribua la mairie de Nimes à un protestant, et les deux tiers 
des conseillers municipaux y furent protestants. Il eût été probable- 
ment diflicile de trouver dans les notables catholiques les cadres de 
l'administration municipale. Cette préférence, pour ainsi dire forcée, a 
pesé sur toute l'évolution de Nimes jusqu'en 1815. Dubois contr(i)lait 
avec soin, les uns par les autres, les renseignements qu'on lui don- 
nait sur les maires à choisir. On se souciait peu des fonctions munici- 
pales qui avaient attiré tant de périls sur les titulaires pendant la Révo- 
lution. Les adhésions n'arrivèrent que peu à peu, sous l'effort incessant 
de remontrances et de promesses du préfet. Dans les communes mixtes, 
on doubla un maire catholique d'un adjoint protestant, ou réciproque- 
ment. En cas de conflit, le gouvernement soutenait le maire, chef res- 
ponsable de l'administration communale, et présumé avoir raison, 
jusqu'à preuve du contraire. Dans l'arrondissement d'Uzès, diflicile et 
troublé, la gendarmerie, demeurée jacobine, se plaint qu'on donne l'in- 
fluence aux rétrogrades. On est plus calme dans les arrondissements 
d'.\lais et du Vigan. Le 15 fructidor an VIII, Dubois pouvait annoncer 
au ministre de l'Intérieur que la nomination des municipalités était 
terminée, malgré la répugnance d'un grand nombre de citoyens.] — 
P. 40-54. E. DE Courtois de Pélissieh. Episode, dans les Cévennes, 
de la conspiration de Gaston d'Orléans et d'Henri de Montmorency 
(1632). 

N. 2. P. 65-83. F. Maz.4.uric. Les collections Emilien Dumas au musée de 
Nimes. [Aperçu des trésors scientifiques légués par l'éminent géologue 
et archéologue de Sommière au musée de Nimes.] — P. 102-20. D"' P. 
Pansier. L'Ordre des Frères de la Merci à Avignon (1434-1574). 

N" 3. P. 129-47. L. Duhamel. Le meurtre d'un gouverneur d'Orange en 
1630. [L'ambition et les intrigues de Jean d'Osmael, félon envers son 
maître le prince d'Orange, tournèrent mal pour lui. En effet, l'habile 
stratégie de Knuyt, envoyé du prince, amena un combat sanglant dans 
Orange. Le gouverneur, seigneur de Walkembourg, y périt chez l'histo- 
rien Lapisc, des suites d'une blessure.] 

N" 4. P. 193-211. E. Duprat. Notes de topographie avignonnaise. [Trans- 
formations du Rocher des Doms, qui a servi de carrière au cours des 
siècles, et a toujours été en se réduisant; variations du cours du 
Rhône, le tout étudié d'après les textes.] — P. 212-24. L. Duhamel. La 
tour des Augustins à Avignon. [Se termine dans le n» 5, p. 271-93. 
L'auteur retrace, d'après les sources, l'histoire du couvent et de l'église 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 105 

des Ermites de Saint-Augustin, arrivés à Avignon au milieu du 
xni« siècle. La tour faisait partie de l'église et contient des parties de 
diverses époques. Pièces justificatives.] 

N" 5. P. 204-303. A. Yrondelle. Un incident entre M. Thiers et le maire 
de la ville d'Orange (18BU). [Il s'agit de l'accueil fait à Napoléon 
proscrit par les habitants d'Orange dans la nuit du 24 au 25 avril 1814. 
M. Thiers avait écrit que cet accueil fut hostile. Une enquête du maire 
put faire présumer qu'il fut respectueux. M. ïhiers en tint compte dans 
ses éditions ultérieures de Y Histoire du Consulat et de l'Empire.] — 
P. 304-10. L. d'Albiousse. Entrevue de François I" et de Charles-Quint 
à Aiguesmortes en 1538. [Détails tirés des papiers de M. Louis de 
Brunelis, dont un des ancêtres maternels, Franc de Conseil, premier 
consul d' Aiguesmortes, avait reçu chez lui François I".] 

N° 0. P. 319-26. G. Fabre. La Saint-Barthélémy à Nimes. [Nimes n'a pas 
connu de Saint-Barthélémy.] — P. 327-51. D' V. Lav.\l. L'insurrection 
fédéraliste dans la vallée du Rhône; siège et prise d'Avignon (juillet 
1793). [Se continue dans le n» 7, p. 426-45, et se termine dans le n° 8, 
p. 471-95. Récit précis et bien ordonné des événements; détails fort inté- 
ressants sur le rôle du capitaine d'artillerie Bonaparte dans les opéra- 
tions ; évocation du fameux Souper de Beaucaire.] — P. 352-78. 
A. Durand. Etat religieux des trois diocèses de Nimes, d'Uzès et 
d'Alais à la fin de l'Ancien Régime. [Se continue dans le n» 7, p. 405-25; 
dans le n» 8, p. 508-24; dans le n" 9, p. 578-9G. Ce travail excellent 
doit servir d'introduction, dans la pensée de l'auteur, à une série 
d'études sur l'histoire religieuse du Gard pendant la Révolution fran- 
çaise. L'auteur y étudie successivement les évêques, leur temporel, 
leur justice, leur administration temporelle, leur rôle dans l'instruction 
publique, la charité, leur administration spirituelle ; les chapitres 
cathédraux et les collégiales.] — P. 379-81. F. Mazauric. L'archéologie 
à Nimes. Fouilles de la rue Ménard. [Sous une couche romaine compre- 
nant des débris d'amphores et de tegulae, on a trouvé une couche pré- 
romaine caractérisée par des foyers et des fonds de cabanes celtiques, 
avec poterie indigène à pâte noire, semée de petits grains spathiques.] 

N. 7. P. 387-401. G. Maruéjol. Nimes aux sept collines. [Spirituel dis- 
cours sur le nombre des collines comprises dans l'enceinte romaine de 
Nimes, nombre que l'auteur croit être légendaire, et inspiré des sept 
collines de Rome. Je pense qu'il est difficile d'établir à ce sujet quelque 
chose de précis.] — P. 446-63. E. Dupraï. Propos de congressiste. [Ré- 
sumé du congrès archéologique d'Avignon de 1909.] — P. 464-9. — 
F. Mazauric. Chronique archéologique. Découverte de l'église de Saint- 



106 ANNALES DU MIDI. 

Julien hors les murs de Nimes. [Elle était située tout près de l'antique 
église prieurale de Saint-Baudile.] 

N" 9. P. 539-60. R. de Courtois de Pêltssier. La Bedosse et ses sei- 
gneurs, 1320-1908. [Se continue dans le n» 10, p. 047-64; dans le n» 12, 
p. 750-68. Il s'agit d'un domaine des environs d'Alais.] — P. 597-600. 
F. MAZA.URtc. Chronique archéologique. Un musée préhistorique à 
Uzès. 

N" 10. P. 607-85. J. Belleudy. Victorien Bnslet. [Sculpteur avignonnais, 
1852-1905. Catalogue de ses œuvres.] — P. 686-46. G, Maurin. Etudes 
sur le premier Empire. Aiguesmortes et les croisières anglaises. [Se 
termine dans le n" 11, p. 671-80. Après Trafalgar, la mer était aussi 
anglaise que possible. Le peu d'activité de notre commerce maritime 
s'était réfugié dans le cabotage des petits ports. Aiguesmortes commu- 
nique avec la mer par le chenal du Grau-du-Roi. La fréquence des 
apparitions des frégates anglaises dans la baie tint en éveil les gardes 
nationaux d'Aiguesmortes. Dès le 15 mai 1807, les habitants entendi- 
rent le canon. En 1808, il y eut un débarquement pour intercepter la 
ligne dea postes sémaphoriques autour des embouchures du Rhône. En 
octobre 1809, une escadrille française, pressée par une force anglaise 
supérieure, dut s'échouer en partie pour ne pas être capturée. En mai 
1811, des équipages français se réfugièrent au Grau après s'être échap- 
pés de leurs navires pris. En 1813, à mesure qu'approche la fin du 
régime, l'audace des Anglais s'accroît.] 

N» 11. P. 681-91. Yrondelle. Le siège de Caderousse en 1709. [Le poème 
héroï-comique de l'abbé Fabre fut inspiré par une relation manuscrite 

de l'abbé De L'occupation de Caderousse par l'armée papale, pour 

avoir du blé dans une année de disette, ruina pour longtemps les habi- 
tants et fut beaucoup moins gaie que dans le poème.] — P. 721-7. 
J. Belleudy. Les œuvres de Bastet à l'exposition d'Avignon. Supplé- 
ment au catalogue. 

N» 12. P. 739-49. L. Duhamel. L'arsenal du Palais des Papes d'Avignon 
au xviF siècle. Inventaire. — P. 791-5. D"" Colombe. Au Palais des 
Papes. La grande fenêtre. [Il s'agit de l'immense fenêtre en tiers-point 
donnant sur la cour principale, au-dessus du passage conduisant aux 
audiences et à l'escalier d'honneur, baie aujourd'hui démurée. L'auteur 
pense que c'était la fenêtre où se donnait l'indulgence.] E. B. 



PÉRIODIQUES ■MÉRIDJOXAUX. 107 

Garonne (Haute-). 

I. Mémoires de l'Académie des sciences, inscriptions et 
belles lettres de Toulouse, 10« série, t. IX, 1909. 

p. 111-31. BARPaÉRE-FLAVY. Le diocèse de Rieiix au xyii« siècle. [D'après 
les procès-verbaux des visites pastorales faites, de 1G21 à 1685, par 
l'évèque J.-L. de Berlier. Situation lamentable : la conduite des ecclé- 
siastiques, des religieux et religieuses est scandaleuse trop souvent ; 
les églises restent en raines. Ces procès-verbaux renferment aussi, sur 
les édifices religieux et les objets qu'ils contenaient, de précieux détails 
archéologiques.] — P. 149-74. Dumas. La réglementation industrielle 
après Colbert. [Pendant et après le ministère de Turgot, qui avait 
vivement, mais temporairement, réagi contre le système de la réglemen- 
tation à outrance. Necker établit en 1779 un régime intermédiaire entre 
celui-là et la liberté illimitée. Les faits allégués sont empruntés en 
partie aux archives de Toulouse et de Montpellier, p. 167 et sq.] — 
P. 261-77. Massif. Les enseignes privilégiées à Toulouse. [Elles appar- 
tenaient à la ville. Les capitouls les attribuaient à qui bon leur sem- 
blait parmi les hôteliers, à qui elles étaient réservées. Il y en avait 
seize en 1539. A ce propos, démêlés des aubergistes toulousains avec 
le fermier de l'Equivalent au milieu du xviii» s.] — P. 299-311. Marsan. 
Rapport sur les concours de 19U9. [Signale entre autres les travaux de 
M. M. Gros sur Lakanal et l'instruction publique 'pendant la Révo- 
lution; Galland, L'affaire Sirven; Bénétrix, Une commune rurale 
sous l'ancien régime, Histoire de Sui?ite-Dode.] — P. 322-4. Commu- 
nication de M. Desazars de Moxtgailiiard sur Hilaire Pader, peintre 
et poète toulousain, né en 1617. P. D. 

II. Revue de Comminges, t. XXIV, 1909. 

P. 1-14, 81-96, 158-69, 193-204. M. Desjardins. Le général Guillaume 
Pégot (1773-1858). [Suite et fin. Sa rentrée à Saint-Gaudens, sa mise 
à la retraite en 1825, son rappel à l'activité en 1833, son rôle dans la 
Loire, son retour définitif dans sa ville natale et sa mort.] — P. 15-27, 
65-80, 141-57, 217-31. J. Bourdette. Notice du pays et des seigneurs 
de Larboust. [Suite et à suivre. Religion, industrie, mœurs et coutumes 
des Larboustais, avec le texte des coutumes (d'après un acte de 1618 
transcrit sur les registres du sénéchal de Toulouse) et une étude sur 
la seigneurie du Larboust.] — P. 28-41. 97-112, 129-40, 232-40. J. Les- 
TRAOE. Un curieux groupe d'évêques commingeois. [Suite et à suivre. 



108 ANNALES DV MIDI. 

Urbain de Saint-Gelais, son rùle dans la Ligue et dans son diocèse; 
Gilles de Souvré, François de Donadieu. Barth. de Donadien de Grie t 
Hugues de Labatut.] — P. 42-56. R. Corha/e. L'église et la croix de 
Saint-Amans en Comniinges. [Avec une planidie. Notes historiques sur 
la paroisse et le consulat de Saint-Amans, près Muret, compris aujour- 
d'hui dans la section d'Estantens, et une croix du xiii' siècle conservée 
dans l'église de la localité.] — P. 117-21. E. Esp.\gnat. Une séance du 
conseil communal de Cazères-sur-Garonne, le 9 février 1597.— P. 122-23 
L. Delpech. Lacordaire à Muret. [Sa visite dans cette ville et au célèbre 
champ de bataille, en 1852.] — P. 124-8. J. Lestrade. L'œuvre histori- 
que du chanoine Abadie. [Notes bibliographiques sur les travaux de 
cet ecclésiastique saint-gaudinois, qui vivait à la lin du xvii' et au 
commencement du xviii" siècle.] — P. 241-5. L. d'Agos. L'église de 
Jaunac et les antiquités des environs. [Reproduction d'un article, paru 
jadis dans un journal local, sur les objets d'archéologie païenne et 
chrétienne trouves dans la commune de Tibiran-Jaunac (Hautes-Pyré- 
nées).] L. V. 

Gers. 

Revue de Gascogne, 50« année, nouvelle série,!. IX, 1909. 

P. .5-22. A. Degeut. Lettres inédites du cardinal Maury. [Elles sont adres- 
sées toutes, sauf une, à Charles-Auguste Lequien de La Neufville, évê- 
que de Dax, alors réfugié en Espagne : 30 avril 1794-18 janvier 1801.] — 
P. 22. J. DuFFOUR. Orgue et organiste d'Auch [1741]. — P. 23-32. E. de 
LoRV DE Latour. A propos d'un bois. [Historique du procès qui divisa, 
au xvi= siècle, les familles de Luppé et de Lary. Il s'agit du bois de 
Lalanne (Gers), canton de Mauvezin.] — P. 33-9, 74-88, 118-34, 217-35, 
273-85, 3(>0-75, 468-78, 505-22, .557-69. J. Co.nirasty. Le clergé français 
réfugié en Espagne. [De 1792 à 1802. Suite.] — P. 40. L. M. Noms de 
lieux gascons à identifier. [Réponse à plusieurs questions posées dans 
la Revue, VIII, 563.] — P. 49-56. J. Bonnet. Papiers gascons à Saint- 
Pétersbourg. [Quelques indications assez vagues sur les documents 
intéressant la Gascogne, qui se trouvent à la Bibliothèque impériale 
de Saint-Pétei*sbourg. On sait que ces papiers ont fait partie de l'im- 
mense butin que Pierre Doubrowsky se procura à vil prix, il y a plus 
d'un siècle, profitant des premiers troubles révolutionnaires et de la 
confusion qui s'ensuivit. Cf. plus bas, p. 167-77.] — P. 57-9. J. Duf- 
FOUR. Découvertes gallo-romaines à Touget. — P. 60-73. P. Coste. Les 
prêtres de la Mission à Buglose. — P. 89-90. J. Lestrade. Lettre du 
P. de Ruthie, évèque de Rieux. [13 juillet 1711.] — P. 97-106. L. Médan. 



PKRTODIOT'ES MERIDIOXATIX. 109 

La Gascogne qui meurt. [Quelques observations sur l'invasion de la 
langue française, et sur l'abandon des vieilles coutumes locales.] — 
P. 107-13. J. Lestra.de. L'œuvre historique du chanoine Abadie. [Notice 
sur les œuvres imprimées et manuscrites de cet ecclésiastique qui 
vivait à Saint-Gaudens, dans la dernière moitié du xvii» siècle.] — 
P. 114-7. P. MiREMONT. Fête pour la naissance du « Roi de Rome ». 
[Copie de la délibération du Conseil municipal de Saint- Yaguen (Lan- 
des), le 12 mai 1811.] — P. 117. J. Duffour. Prix, du vin à Auch 
au xviii« siècle. — P. 135-6. A. Détrojat. Pour l'histoire des presses 
bayonnaises. [Les Memorias de la insigne Académia Asnal, pamphlet 
satirique du R. Pel. Martinez, signalé dans la Revue, p. 95, n'auraient 
pas été imprimées à Bayonne.] — P. 137-8. A. Sansot. A propos du 
« Castrum Fidentiacum ». [Propose comme étymologie de Fezenzac 
la forme Fidentiacum. Le castrum Fidentiacum, aurait "été la « villa 
de Fidentius ». En effet, la forme figure dans l'acte de fondation du 
comte d'Astarac, cité par Doni Brugèles. Mais cet acte est-il authenti- 
que ■■? Quoi qu'il en soit, Fedentiacum est plus tard la forme latine cou- 
rante au moyen âge.] — P. 139-40. J. Bonnet. Lettre inédite du cai'di- 
nal de Polignac. [14 février 1738 : à un destinataire inconnu. (Peut-être 
un ministre de Louis XV?) D'après l'original de la Bibliothèque impé- 
riale de Saint-Pétersbourg.] — P. 145-66. A. Clergeac. La mai.son 
de Faudoas d'après un ouvrage récent. — P. 167-77. Cli. Samaran. 
Papiers gascons à Saint-Pétersbourg. [Précise et corrige sur plusieurs 
points la notice signalée ci-dessus.] — P. 117. A. D[egert]. I,e comman- 
deur de Polastron euipoisonné. — P. 178-83, 209-16, 263-8, 350-9, 451-66, 
498-504, 549-54. V. Foix. Bessaut. Commanderie. Hôpital de Saint- 
Jacques de l'Epée-Rouge. [Contribution importante à l'histoire d'un 
des points les moins connus de l'organisation hospitalière dans les 
Landes. Les archives encore peu explorées de l'hôpital de Mont-de-Mar- 
san ont largement été mises à contribution par l'éruditet consciencieux 
auteur. Bessaut est situé dans la commune actuelle de Lencouacq, can- 
ton de Roquefort, Lamles.] — P. 193-203. L. Médan. Un nouveau dieu 
dans l'Olympe pyrénéen. [D'après une inscription de Gazost (Hautes- 
Pyrénées), il y aurait eu un dieu Belgon, qui aurait été aussi honoré à 
Luchon, et aurait été une divinité de source thermale.] — P. 203. 
Ch. Samaran. Encore « l'Académia asnal ». — P. 204-8. E. C.astex. 
Troubles à Eauze. à l'occasion de la prestation du serment civique, 
en 1791. — P. 216. A. D. Vers sur le buste du cardinal de Polignac. — 
P. 241-53. P. Rambaud. La répartition de la taille au xvii« siècle dans 
une commune rurale. [D'après une expédition notariée du rôle de la 



110 ANNALES DU MIDI. 

taille de la paroisse do Téthieu, Landes, en 1692]. — P. 254-62. 
C. Laffargue. Cahiers des doléances du Tiers-Etat de la Sénéchaus- 
sée d'Armagnac et de l'Isle-Jourdain. — P. 262. L. Médan. Une ins- 
cription latine à Rebouc [Dédiée au dieu Agéion.] — P. 269-72. 
J.-B. Daranatz. Quatre Elizachar du ix« siècle. [Question d'ordre 
patronymique. Ont-ils rien de commun avec les Basques?] — P. 289-312, 
M85-417, 480-94. A. Degert. Un grand évêque gascon. (Amat d'Olo- 
ron). [D'après les lettres d'Amat publiées dans le Recueil des histo- 
riens des Gaules, t. XIV, d'après les textes des conciles qu'il présida, 
d'après des cartulaires d'abbaye dont l'évêque s'occupa, l'auteur recons- 
titue avec sa science accoutumée l'histoire d'Amat et de sa coopération 
à l'œuvre réformatrice des papes dans la seconde moitié du xi« siècle.] 
— P. 313-36, 418-34. P. Coste. Lettres inédites de saint Vincent de 
Paul. -- P. 337-41. J. Dubois. Dolmayrac, dépendance de Pessan. — 
P. 842-9. C. Laffargue. Etudes d'histoire révolutionnaire à Eauze. — 
P. 376-8. « Agapit » chez les Jésuites d'Auch. [C'est une tragédie qui fut 
jouée le 12 juillet 17.52 au collège d'Auch, et qui avait été dédiée à l'in- 
tendant Antoine Mégret d'Etigny.] — P. 435-50. E. Castex. Mœurs et 
conditions rurales au xvi« siècle. [Notes fragmentaires d'après les archi- 
ves notariales de la région dont Gondrin (Gers) est le centre. Plusieurs 
menus détails intéressants.] — P. 478. P. E. Question sur la monnaie 
chipotoise. — P. 496-7. A. Clergeac. Les obligations du prieur de 
Touget. [Arrêt rendu au Parlement de Toulouse, le l""" septembre 1.574, 
entre le syndic des habitants de Touget et Jacques du Faur, prêtre du 
même lieu."] — P. 529-41. A. Claverie. L'abbé Fitte, professeur à la 
Faculté des lettres de Bordeaux. — P. 541. L. Médax. Sur une excla- 
mation de Panurge. [Le Sainct Michel d'Aure, dont il est question dans 
Pantagruel, IV, chap. xix, serait la chapelle de .Saint-Michel, dans la 
pai'oisse de Guchan (vallée d'Aure). Cette identification est-elle légi- 
time?] — P. 542-4. P. RoGÉ. Autour de Marguerite de Navarre. Quel- 
ques dates béarnaises (xvi" siècle). [Note transcrite d'après les papiers 
d'Oïhénart, Bibl. nat., fonds Duchesne, t. 96, f° 155 bis. Court texte 
gascon assez incorrect.] — P. 544. J. Duffour. Les honoraires d'un 
régent sous l'ancien l'égime. [D'après les Arch. municip. de Touget.] — 
P. 54.5-8. A. Clergeac. Les Du Faur, abbés de la Case-Dieu. — 
P. 555-6. C. CÉZÉR.A.C. Le procès du chanoine d'Aignan. — P. 551. 
J. Duffour. L'instruction primaire à Touget. [1780.] G. M. 



rÉRioDiQUES méridionaux:. 111 



Gironde. 



I, Revue des Etudes anciennes, 1909. 

p. 33-17. T. MoNTANARi. Questions hannibaliques : X. Droit vers le mont 
Genèvre. [Tient pour ce col.] — P. IT-S. C. Jullian. Notes gallo-romai- 
nes : XLI. L'âge de Vercingétorix. [Il serait né au plus tôt en 82. J — 
P. 49-69. M. Clerc. Inscriptions des environs d'Aix. Notes de voyage. 
[En particulier sur l'établissement préromain de Cavaillon, Moustiers- 
Sainte-Marie, Riez et ses restes gallo-romains, la station préromaine 
de Rennes-Mirabeau.] — P. 69-77, 169-78, 256-60, 357-64. C. Jullian. 
Chronique gallo-romaine. — P. 135-46. C. Jullian et A. Ferr.\nd. 
Notes gallo-romaines : XLII. Rama? Un épisode du passage des Alpes 
par César. [Sur l'importance probable de l'ancienne Rame ou Rama, 
remplacée actuellement par le village de la Roche-de-Rame.] — P. 146- 
66. P. Courteault. Bibliographie des mosaïques gallo-romaines du 
Béarn. [Travail très complet.] — P. 166-8. Id. La paléontologie et la 
préhistoire à 1' .Académie de Bordeaux au xviii' siècle. — P. 237-42. 
R. PiCHON. Observations sur le VIII» Natalicium de Paulin de Noie. 
[Voit dans des vers de ce poème une réplique à Vigilantius et fait 
remonter aussi l'hérésie de Vigilantius au début de 402.] — P. 243-6. 
C. Jullian. Notes gallo-romaines : XLIII. A propos de Jehan de 
Tuim. [Sur les détails originaux que peut fournir l'Histoire de Jules 
César de Jehan de Tuim, au xiii* siècle.] — P. 246-52, 364-5. J.-A. 
Guilland. Le nom de plante saliuncn. [Tient pour la formation 
grecque et non ligure de ce mot.] — P. 252 et 365-6. Cuny. Note sur 
saliuHca. [Affirme l'origine ligure.] — P. 301-47. H. de la Ville de 
MiRMONT. L'astrologie chez les Gallo-Romains. [Suite et fin.] C. L. 

II. Revue philomathique de Bordeaux et du Sud-Ouest, 
1908. 

p. 3-11. P. Courteault. A propos du séjour de Goya à Bordeaux. [Com- 
plète et rectifie deux articles de Paul Lafond dans la Gazette des 
Beaux- Arts.'] — P. 21-38, 171-92, 268-95. Vicomte de Roquette-Buisson. 
Un poète bordelais du xvii' siècle. Elle de Bétoulaud. [Bonne étude 
biographique et littéraire.] — P. 39-41. Brutails. La grille en fer forgé 
de l'église Sainte-Eulalie de Bordeaux. [Œuvre de Biaise Cliarlut, ser- 
rurier à La Réole, qui la lit en 1750-1751.] — P. 81-93. A. Chauliac. Le 
moulin de Sainte-Croix. [Moulin de l'abbaye de Sainte-Croix de Bor- 
deau.\ ; documents inédits.] — P. 113-2»). J. Callen. Autour de la rue 



112 ANXA.LES DU MIDI. 

Poitevine. [Suite: cf. 1907, p. 314-27, 421-32.] — P. 161-70. 22Ô-42, 257-67. 
E. DE Perceyal. Le voyage de la cour dans le Midi (1659-1660), d'après 
la correspondance de l'abbé et du marquis de Coislin. [Complète ce 
qu'en a déjà dit Kerviler, dans son livre sur Le chancelier Pierre 
Séguier.]— P. 296-307. D' ARMAixoAUD.LaBoétie et Machiavel, d'après 
une publication récente. [A suivre. Discussion et réfutation de la thèse 
de J. Barrère qui voit dans le Discours sur la servitude volontaire 
un Anti-Machiavel.] 

1909. 

p. 18-23. 52-71. A. Vovard. Le contre-amiral Leblond-Plassan (1769-1841), 
notice biographique. [Marin bordelais de la Révolution et du premier 
Empire.] — P. 24-9. E. Bouvy. L'exposition William Laparra à la salie 
Imberti (décembre 1908). [Peintre bordelais.] — P. 30-42. D'^ Armatx- 
GAUD. La Boétie et Machiavel, d'après une publication réconte. [Suite.] 

— P. 49-51. P. CouRTEAULT. Un portrait bordelais de Goya. [Lithogra- 
phie signée : Rosario Weiss, 1826.] — P. 108-17. G. de Lagarde. Un 
condottiere gascon. [D'après le Biaise de Monluc de P. Courteault.] 

— P. 145-58. C. Oestre. Les sources anglaises de VEsprit des Lois. 
[Excellent article sur le livre de l'abbé Dedieu, Montesquieu et la tra- 
dition politique anglaise en France.] — P. 159-78. J. de Maupass.\nt. 
Les armateurs bordelais au xviii" siècle. L'expédition de François 
Lavaud à la Louisiane (1761-1763). [Tentative d'approvisionnement des 
colonies pendant la guerre de Sept Ans.] — P. 183-88. J. Barrére. La 
Boétie et Machiavel, d'après une publication récente. Réponse à 
M. le D'' Armaingaud. — P. 193-214. P. Courteault. Les Ecossais en 
Gascogne Les Gascons en Ecosse. [Conférence à l'occasion du 5« mee- 
ting de l'Association franco-écossaise.] — P. 240-50. G. Labat. Régates, 
Vieux souvenirs. [A Arcachon en 18.52 et 1877. à Saint-Nazaire et Belle- 
Ile en 1877.] 

Hors série : Centenaire de la Société philomathique, 1808-1909. [Notices 
sur rhistoire de la Société, par Sam Maxwell, et sur son œuvre, par 
Eugène Bouvy ; illustré.] P. C. 

Lot. 

Bulletin de la Société des études du Lot, t. XXXIV, 
1909. 

p. 5-21, 65-82, 133-53, 207-22. A. Combes. Analyse des registres munici- 
paux de la commune de Cahors tenus pendant la Révolution. [Suite et 
à suivre. Du 6 novembre 1792 au 9 aoiit 1793. Délibérations, actes et 



PÉRTODTOrES MÉRIDIONAUX. 113 

ordonnances du conseil général et du conseil municipal. Ils ont fort à 
faire. Point d'argent. La discorde est partout, jusqu'au collège. Mesu- 
res contre les prêtres insermentés, les émigrés, les suspects. Jeanbon- 
Saint-André dans le Lot.] — P. 22-38, 83-98, 154-61, 238. L. Esquieu. 
Essai d'un armoriai quercinois. Additions et corrections. [Fin d'un 
travail considérable et utile.] — P. 39-53, 99-107, 183-203. B. Paumés. Le 
collège royal de Cahors sous la Restauration. [Suite de l'histoire du 
lycée de Cahors que nous avons analysée, t. XIX, p. 142. Les études 
étaient destinées à faire naître des sentiments religieux et monarchi- 
ques. Elles semblent avoir été sérieuses et solides, tout imprégnées 
d'humanisme. Les élèves et les maîtres. Fort intéressant.] '— P. 108 15. 
Abbé T.-iiLLEFER. Louables coutumes de Lebrel et de Caminel, 30 mai 1463. 
[Texte roman. Ces deux paroisses étaient de la juridiction de Montcuq. 
Il s'agit d'une transaction entre le recteur et ses paroissiens au sujet 
des l'edevances qui lui sont dues. Des erreurs : ainsi « milh, milhoca » 
traduits par maïs et paille de maïs. p. 108, quoique cette céréale nous 
soit venue de l'Amérique, dont la découverte est postérieure de vingt 
ans à l'accord susdit,] — P. 116-24_, 168-82. Abbé A. Foissac. De Génies, 
seigneurs de Génies, etc. [Et de vingt-six autres lieux en Quercy, 
Rouergue, Agenais. Travail généalogique qui conduit du xiii« siècle à 
nos jours l'histoire de cette maison.] — P. 162-8. Abbé T.ullefer. Les 
protestants à Bélaye, mai-juin 1579. [Ils s'emparent de cette place 
après la paix de Nérac et n'en sortent qu'à grand'peine, grâce aux 
efforts du sieur de .Saint-Sulpice.] — P. 223-37. Abbé E. Albe. Privi- 
lèges d'une communauté rurale aux xiii'" et xiv siècles. Mayrignac- 
Lentour. [Près de Gramat. Texte roman, sans doute du xiv siècle. Le 
vrai titre est « Droits et prérogatives que le seigneur de Gramat a 
d'ancienneté audit castel ». Mais l'acte énumère aussi les libertés que 
le seigneur a données aux habitants de Mayrinhac et de la chàtellenie. 
« Guadi )) est, en matière de police rurale, le gage, c'est-à-dire l'amende 
ou la redevance payées pour tout acte qui va contre le droit d'autrui 
(p. 226, 231).] P. D. 

Puy-de-Dôme. 

Mémoires de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et 
Arts deClermo7it-Fer)Ymd,i.X\l,W03.1^éa.nt. — T.X\U, 
1904. 

P. 1-152. D"" E. Roux. Epitaphes et inscriptions des principales églises de 
Clermont-Ferrand, d'après les manuscrits de Gaignières. [On trouvera 
dans cette étude un bon plan de la cathédrale en ses divers états ot des 

ANNALES DU MIDI. — XXIJJ- 8 



114 ANNALES DU MIDI. 

détails curieux sur los monuments funéraires et les inscriptions citées 
par Gaignières à la cathédrale, Saint-Gencst *, Saint-André', Saint- 
Alvre ', aux Jacobins, à Saint-Georges-lès-Clermont, au cimetière, au 
Port, aux Capucins ', à Saint-Cirgues', à Chamalières, aux Cordeliers 
de Clermont', à Saint-Pierre', aux Carmes et aux Cordeliers de Mont- 
forrand (aujourd'hui le Bon-Pasteur à Clermont). Beaucoup de ces égli- 
ses sont aujourd'iuii détruites, nous les marquons d'un astérisque ; 
d'autres, comme Chamalières, ont vu leur cloître démoli; d'autres, 
comme les Cordeliers de Montferrand, ont été totalement transformées ; 
on voit combien il était intéressant de réunir les renseignements épars 
sur tous ces monuments disparus.] 

Tome XVIII, 1904. 

P. 1-188. F. Mège. La dernière année de la province d'Auvergne. Les 
élections de 1789. [Cet ouvrage posthume de l'éminent historien de la 
Révolution en Auvergne témoigne d'une connaissance approfondie de 
l'histoire locale et nous initie à la vie fiévreuse de la province dans 
les quelques mois qui précédèrent la convocation des Etats-Généraux : 
rivalités entre Clermont et Riom, entre les différents ordres, entre les 
différents cantons; quelques pièces inédites figurent à l'appendice, 
pp. 170-85.] 

Tome XIX, 1905. 

p. 1-312. EvER\.T. Les confréries de Riom. [Compilation donnant une idée 
probablement assez complète des fonds relatifs aux confréries existant 
aux archives de la ville; pas de notes bibliographiques, peu de critique. 
Confréries du Saint-Sacrement (p. 53), de Notre-Seigneur (p. 161), de la 
Sainte-Vierge (p. 170), de Saint Amable (p. 220), des corps de métier 
(p. 247), de divers saints (p. 284).] 

Tome XX, 1907. 

p. 1-139. A. Vernière. Table des matières contenues dans les Atmales 
de l'Auvergne (1838-1858), dans les Mémoires de l'Académie de Cler- 
mo7it (1859-1887), dans le Bulletin historique et scientifique de l'An- 
verqne (1881-191)5), dans les Mémoires de l'Académie de Clermont 
(II» série, fascicules 1 à 18). [Ce travail méritoire et bien exécuté rend 
les plus grands services aux chercheurs et fut le dernier apport de 
l'auteur à l'histoire d'Auvergne qu'il connaissait si bien.] 

Tome XXI, 1909. 

p. 1-472. D' DE RiBiER. Preuves de noblesse des pages auvergnats admis 
dans les écuries du roi. [Recherches sur un grand nombre de noms 



PÉRIODIQUES .MÉRIDIONAUX. Il5 

nobles de la province d'Auvergne ; détails sur les alliances, les testa- 
ments, les contrats de mariage. Une pièce intéressante, p. 4-12 : Mémoire 
en forme de règlement sur MM. les pages de la Gi'ande Ecurie du Roy. 
Arch. nat. 0^ 9,701 (imprimé).] G. D. d. D. 

Pyrénées (Basses-). 

Bulletin de la Société des sciences, lettres et arts de Pau, 
2e série, t. XXXVI, 1908. 

p. 8-10. De Dufau. Jean-Jacques de Monaix. [Extrait d'une notice sur ce 
personnage, garde des sceaux en la chancellerie du Parlement de 
Navarre, qui s'est signalé par de nombreuses libéralités en faveur de 
la ville et de l'hôpital de Pau, 167 7-1728. J — P. 18-20. Abbé GAUPaER. 
Recherches sur l'emplacement de Beneharnum. — P. 1.S7-.50. Ph. Lauzun. 
Une amitié de deux savants, Léon Dufour et Bory de Saint-Vincent, 
1802-1846. [Extraits de leur correspondance ; leur rôle à la fin de l'Em- 
pire et sous la Restauration.] — P. 150-61. Abbé Espagnat. Une phar- 
macie à Cazères au xvr siècle ou « la boticque de feu M« Pages, appo- 
ticaire à Cazères », en 1.587. [Texte de l'inventaire.] — P. 162-4. 
D"' E. Réveil. Notes et documents sur Puyôo. Une petite paroisse 
béarnaise au xviii' siècle. — P. 165-89. P. Courteault. Les mosaïques 
gallo-romaines du Béarn. [Importante étude historique de ces cinq 
mosaïques, détruites depuis leur découverte.] — P. 189 99. H. Bar- 
THÉTY. Les pierres tombales de la cathédrale Notre-Dame et de l'église 
Saint-Julien-de-Lescar. [xvii» et xviii^ siècles.] — P. 200-2. Abbé V. Du. 
BARAT. Note sur l'emplacement de Beneharnum. — P. 2t3-5. E. Labadie. 
Les anciennes faïences du Sud-Ouest et les musées de la région. — 
P. 206-11. D"" G. Martin. Les intendants de Guienne au xviii' siècle et 
les privilèges des vins bordelais. [Les intendants s'efforcent, contre les 
jurais de Bordeaux, de substituer le régime de la liberté au privilège 
qui réglementait la descente des vins du haut pays et leur séjour à 
Bordeaux.] — P. 211-3. P. Meller. La cour des aides de Guyenne et 
ses officiers, 1.554-1789. — P. 213-26. A. Sansot. Les lépreux et les 
chrestias. [Les cagots sont des lépreux, mais les chrestias, artisans et 
charpentiers , ne sont pas des cagots, c'est-à-dire des lépreux ; ce 
seraient des prisonniers faits dans les croisades contre les Maures, arti- 
sans méprisés par le peuple qui les traitait de lépreux.] — P. 227-34. 
Ch. Samar.an. Un épisode inconnu de la vie de Théophile de Viau, 
[Condamné en 1C25 au bannissement perpétuel pour propos impies 
tenus en 1615 au château de Castcinau-Barbarcns, en Aslarac, cliez le 



1 10 AXNALKS DU Mim. 

comte de Candale, son protecteur. Texte de l'interrogatoire.] — 
P. 235-62. L. Batcave. L'administration municipale à Orthez avant 
1789. [Important travail sur les attributions des jurats, des gardes, des 
députés, du bayle, de la quarantaine, etc.; élections, traitement, cos- 
tume, privilèges.] — P. 262-72. A. SAiNX-MArARV. Le livre de raison d'un 
bourgeois de Salies au xvi' siècle. [Livre de la famille de La Salle, 
marchands qui deviennent ensuite possesseurs de terres nobles et 
s'allient à la famille de Gassion.] — P. 272-91. Palanque. Le dernier 
intendant de la généralité d'Auch, Claude- I<'ran(;ois-Bertrand de Bou- 
cheporn, 1741-1791. [Né à Metz, maître des requêtes, intendant en Corse 
où il pacifie le pays soulevé par Paoli et se lie à la famille Bonaparte, 
succède à Auch à d'Etigny en 1785; esprit laborieux et ferme, adminis- 
trateur actif; son goût pour la musique et la peinture; sa galerie de 
tableaux, dont l'état est ici publié, forme le fond du Musée d'Auch ; il 
fut exécuté à Toulouse le 22 ventôse an IL] — P. 202-8. L. Batcavk. Le 
rapport du poids de livre de table d'Orthez et de Sauveterre-de- 
Béarn au poids de livre toulousain. [Description des poids conservés, 
xiiio-xv!!^ siècles ; la livre toulousaine a été en usage dans ces localités.] 
— P. 299-305. Abbé J. Dubois. Contribution à l'histoire de la verrerie 
dans le sud-ouest de la France au milieu du xvi= siècle. [Signale, 
d'après les minutes notariales bordelaises, cinq verreries dans le Bor- 
delais, six dans le Périgord, huit en Agenais, trois en Armagnac ; ren- 
seignements sur la nature et le prix des verres fabriqués.] — P. 805-9. 
D'' DE Sardac. Un denier d'argent de Vézian, vicomte de Lomagne. 

[Produit de l'atelier monétaire de Lectoure vers 1070.] 

Fr. G. 

Pyrénées (Hautes-). 
I. Revue des Hautes-Pyrénées, t. IV, 1909. 

p. 5-lo. H. Coorteault. Un voyage aux eaux de Barèges et de Bagnères 
à la fin du xviii' siècle. [Récit conservé aux Archives nationales dans 
les dossiers du tribunal révolutionnaire ; Barèges est un « mauvais 
village d'une cinquantaine de maisons » dont les eaux « font des cures 
merveilleuses quand elles sont prises avec discernement et qu'elles 
conviennent à la maladie » ; à Bagnères, il y a autant de sources que 
de maisons ; « chacun vante la sienne et déprise celle du voisin w ; 
détails précis sur les diverses sources, sur les bains « d'une propreté 
charmante », sur les disputes pour obtenir sa place, sur l'exploitation 
des carrières de marbre.] — P. 14-20. J. Pambrun. Une singulière façon 
de lever les impôts m Vic-Bigorre en 1055. \ii Par brissemont et frac- 



PÉRlODinUES MÉRIDIONAUX. 117 

toiire des portes des inaisoTis » des débiteurs récalcitrants; la situation 
liiiaiicière de Vie était fort précaire.] — P. 5^0. N. Rosapelly. Une abju- 
ration à Vic-Eigorre en 1722. [Mention d'un registre paroissial.J — 
— P. 21-5. Fr. Marsan. Etablissement des haras dans le Comminges, 
les Quatre- Vallées et le Couserans au xviu' siècle. [Dû à l'inspecteur 
des haras appuyé par le roi à l'insu de l'intendant en 172ï^.] — P. 25-7. 
E. DoviAU. L'intendant général Duprat [1774-1839 ] — P. 27-9. G. Balen- 
ciE. Quelques cas de mortalité infantile sous l'ancien régime. Baptêmes 
d'enfants trouvés à Larreule (xYin= siècle). [D'après les registres parois- 
siaux.] — P. 33-9. J. BouRDETTE. Le tribut des médailles. [Rente 
annuelle de 7 livres tournois payée par quatre vallées du Labéda à la 
vallée d'Aspe, imposée par l'évèque de Comminges, Saint-Bertrand, 
à la suite de pillages dans la vallée d'Aspe.] - P. 40-9, 169-80, 321-32. 
G. Balencie. Le procès de Bigorre. [Suite et à suivre. Cession du comté 
par Simon de Montfort au roi d'Angleterre, 1259, et par les héritiers 
de Simon au roi de Navarre comte de Champagne; l'église du Puy en 
réclame la suzeraineté; le roi d'Angleterre en prend possession et la 
comtesse Constance en réclame vainement la remise; le Parlement de 
Paris ordonne la restitution du fief à l'église du Puy, 1291; Philippe 
le Bel va profiter de l'exécution de l'arrêt pour faire attribuer la pos- 
session du comté à sa femme Jeanne de Navarre.] — P. 49-50. N. Rosa- 
pelly. Deux centenaires, à Vic-Bigorre, au xviii« siècle. [Actes de 
registres paroissiaux.] — P. 50-7, 184-91, 307-16, 397-412. A. Duffourc. 
Madiran, la commune, le prieuré, la paroisse. [Suite et à suivre. La 
commune pendant la Révolution; le curé prête serment; rétablisse- 
ment du culte en l'an XII. Histoire du prieuré depuis les origines, 
liste des prieurs.] — P. 57. J. Pambrun. Un précurseur bigourdan du 
chevalier d'Assas : Tireguette. - P. 58-62, 105-25, 180-3, 217-9. E. Du- 
viAU. Les anciennes défenses de Lourdes. [Etude historique et archéo- 
logique.] — P. 6.5-76. X. DE Cardaillac et N. Rosapelly. Le castrum 
Bigorra (.Saint-Lézer). [Résumé d'un volume paru en 1890 sur la Cité 
de Bigorre, située à Saint-Lézer, près de Vic-Bigorre, et antérieure à 
Tarbes.j — P. 76-90. A. Sansot. Les lépreux et les chrestias. [Même 
article que celui paru dans le Bulletin de la Société de Pau; cf. ci-des- 
sus, p. 115.] — P. 97. H. d'Espourhin. A propos de Cyprien d'Espourrin. 
P. 98-104. J. Pambrun. Enquête sur nos vieilles cloches. [Suite. Cloches 
de Monléon-Magnoacet Garaison.J — P. 12.5-6. G. Balexpie. Projet d'éta- 
blissement d'une institution botanique à Tarbes [an III.] — P. 129-57, 
289-306, 361-77. L. Caddau. Monographie de la cathédrale de Tarbes. 
[Suite de cet important travail orné de nombreuses gravures.] — 



118 ANNALES DU MIDI. 

P. 157-8. N. RosAPELLY. Triples naissances à Vic-Bigorre au xviii» siècle. 

— P. ir)8. Vr. Marsan. Une industrie disparue à Camous. [Document 
relatif aux fabricants de pierres de moulins, pierres à aiguiser, 1G87.] 

— P. 161-9, '53t-i8, 417-;{'2. L. Canet. Le corps des prébendes de l'église 
collégiale Saint-Vincent de Bagnères-de-Bigorre, esquisse de son his- 
toire (1401-1789) d'après des documents inédits. [Important travail où 
les documents sont interprétés dans un esprit rigoureusement scien- 
tifique. Origines du collège au xiii° siècle; aux xiv et xv« siècles, traces 
de désordres, indiscipline, conflits avec l'arcliiprêtre ; au xvi« siècle, 
ces conflits cessent par l'union de l'archiprètré à la mense des prében- 
des. A suivre.] — P. 193-1. Fr. Marsan. L'art dans la région bigour- 
dane. .[Suite. Achat d'un tabernacle, 1692, et d'une statue, 1793.] — 
P. 191-5. H. CouRTEAULT. Avalauclies dans les Pyrénées. [1778.] — 
P. 195-217. L. RtcAUD. Les reclus des Hautes-Pyrénées. [Suite et à 
suivre.] — P. 221-2. G. B-^lencie. Recette contre la peste des bestiaux 
à corne au xviii» siècle, — P. 22-5-87. F. de Cardaillac. M"' Cottin 
à Bigorre (1803-1804). [Sa rencontre avec le philosophe Azaïs, influence 
de celui-ci sur les dernières oeuvres de M""» Cottin; nombreuses gra- 
vures.] — P. 288. J. Pambrun. Crainte de l'arrivée des Allemands à 
Vic-Bigorre en 16.53. [Document.] — P. 316-7. .T. Pambrux. Décharge 
des impositions de 17.55 en faveur des incendiés d'Asté. — P. 317. 
H. CouRTEAULT. Dou fait au roi par les Etats des Qiiatre-Vallées. [1779.] 

— P. 333. Fr. Marsan. Vertu de l'eau de la licorne de Saint-Bertrand. 
[Guérit les animaux de certaines maladies, 1630.] — P. 353-Gl, 432-6. 
L.-.J. Bosc. La nomination des maires sous Louis XIV, édits de nomi- 
nation du maire de Bagnères en 1692 et 1693. [Documents relatifs à 
Bagnères concernant cette création d'offices bien connue.] — P. 378-81. 
G. Balencie et N. Rosapelly. La chasse aux palombes. [Texte de 
traités, contrats relatifs à cette chasse, vente d'un « tail de palomiè- 
res », 1612-695. J — P. 885-96. Fr. Marsan. Lettre adressée au ministre 
Laurent de Villedeuil, par le comte Louis^Hector de Ségur, au sujet 
des vexations dont sont victimes les habitants des Quatre-Vallées, de 
la part des traitants, ambulants, intendants, subdélégués, inspecteurs 
des haras et agents de la maîtrise de Comminges. [Document, 1788.] — 
P. 412-4. J. BouRDETTE. Ordonnance du gouverneur de Guyenne défen- 
dant les attroupements et le port des armes à feu et de l'épée (15 août 
1671). [Document.] — P. 437-8. C. Axglade. Appel pour l'organisation 
défensive de la vallée d'Aure en 1793. — P. 438-9. Fr. Marsan. Une 
prise de possession de la cure d'Ancizan empêchée par les consuls à la 
fin du XVI* siècle. [Document.] — P. 440. A. Sansot. Les saintes fleurs. 
[Explication d'une expression de la chanson de Roland.] Fr. G. 



PÉRIODIOUES MÉRIDIONAUX. 119 

II. Société académique des IlauLes-Pyrénées, 1" Balletiti 
local, 2« série, t. V, 1904 (fin, n"» 6 et 7). 

Fascic. 45 et 46. P. 3G7-448. L. Ricaud. Un régime qui finit. [Suite et fin 
de cet excellent travail. Organisation judiciaire, eaux et forêts, police; 
divisions ecclésiastiques ; les députés aux Etats-Généraux de 1789.] — 
P. 449-514. P. d'Oïhénart. Les explorateurs des Hautes-Pyrénées. 
[D'après Henri Béraldi, Cent ans aux Pyrénées.] 

Tome VI, 1906-1909 (no» 1 à 9). 

Fasc. 49 à 52, 54, 56, 58, 60, 62. P. MO. Ch. du Pouey. Trois contempo- 
rains, de Tarbes, historiens de la Bigorre. [Deville, Abbadie et d'Ave- 
zac] — P. 11-48, 72-139. 233-72, 381-415. Abbé L. Ricaud. Un régime 
qui commence. [Statistique politique, judiciaire, administrative et 
ecclésiastique des premières années du département des Haules-Pyré- 
nées. Débuts du régime moderne, de 1790 à 1801 : constitution de 1791, 
gouvernement révolutionnaire, constitutions de l'an III et de l'an VIII, 
organisation concordataire. Travail très considérable, fait avec des 
documents d'archives, aboutissant en particulier à replacer dans les 
cadres que fournissaient les institutions nouvelles les personnages qui 
les ont i-emplis. La partie publiée s'étend jusqu'à l'an VI. A suivre.] — 
P. 111-89. Archives d'Oihénart, documents sur les Gramont d'Asté, 
p. p. P. Labrouciie, avec commentaire et annotation de G. Balencie, 
A. DE DuFAU DE Maluquer ct J. DE Jaurgain. [Le grand érudit béar- 
nais du XVII' siècle a laissé de nombreux mss., dispersés après sa mort, 
dont une partie forme le fonds Oïhénart, aux archives du séminaire 
d'Auch ; plusieurs sont aux archives des Hautes-Pyrénées, tandis que 
d'autres, restés dans la famille, sont parvenus aux mains de M. P. L. 
Il en profite pour publier « des documents intéressant sept généra- 
tions » des Aure, devenus seigneurs de Gramont en 1525 : en réalité- 
sept pièces seulement, 1551-1641, et deux notes dues à MM. de Jaurgain 
et Balencie ; aucune de M. de Maluquer.] — P. 189-92. P. d'O. Chrono- 
logie des évèques de Tarbes par G. Balencie. [Utile résumé et catalo- 
gue ] — P. 193-232, 273-316. P. Labrouciie. Armoriai de Bigorre, d'après 
le fonds Communay de la Bibl. de Bayonne. [Ce fonds, réuni au 
XIX' siècle par un érudit de second ordre, se compose d'une cinquan. 
taine de registres et portefeuilles : travaux généalogiques en particu- 
lier. La famille dont traite ici M. L. est celle des Angosse, originaires 
de Bigorre, depuis transportés en Béarn. Textes analysés ou publiés! 
beaucoup ont été fournis par MM. de Dufau de ]\Ialuquer et G. Balen- 
cie.] — P. 334-80. Id. Incendies d'archives pyrénéennes. [Foix en 1803, 



120 ANNALES DU MIDI. 

ïarbes 1808, Bayoniie 1889, Pau 1908. Oa peut demander à qui le tour, 
vu l'incurie qui persiste eu cette matière.] 

2o Bulletin général, 2« série, t. II, 1908-1909 (11°' 5, fi et 7). 

Fasc. 48, 57 et Cl. P. cclxix-cccxyi. Dr Roquette-Buisson. Le déboise- 
ment des Pyrénées. [Etude qui ne manque pas d'intérêt liistorique, 
n'étant point faite entièrement de seconde main. Mallieureusement, il 
est bien difficile d'obtenir, sur le déboisement, les précisions qu'il fau- 
drait. En appendice, une lettre de l'intendant d'Etigny sur l'instruction 
primaire en Basse-Navarre et en Chalosse (1759). Il supprimait les 
régents, comme inutiles et nuisibles.] — P. cocxnii. L. Canet. La ques- 
tion de la vente des biens nationaux. [D'après un mémoire de M. Le 
Carpentier, portant sur une trentaine de départements, et le livre de 
M. Marion, qui se rapporte au Cher et à la Gironde.] — P. ccrxciv-rrrxcv. 
E. DuviAU. Préparatifs de défense des habitants de Lourdes contre 
l'invasion espagnole (I60G). [Texte d'une délibération du conseil de ville.] 
— P. cccxciv-CD. De Ro<)uette-Buisson. François de Gain-Montaignac, 
évèque de Tarbes. [1782-1801. C'est le titre d'un ouvrage de l'abbé Dan- 
tin, publié en 1908; en sous-titre: Et son diocèse pendant la Piévolu- 
tion. Simple analyse.] 

?)" Bulletin documentaire, 2^ série, t. I, 1907-1909 (iv^^ 4 
à 7). 

Fasc. 47, 53, .55. 59. P. 26.5-o24. G. Balexcie. Livre vert de Bénac. [Fin. 
Glossaire. Table des noms de lieux et de personnes.] — P. 825-464, 
A. DuFFOURC. Contribution à l'étude de la Fronde en Rivière-Basse. 
[Nombi'eux passages de gens d'armes, au sujet desquels délibèrent les 
Etats de Rivière-Basse — noblesse et communautés, car il ne paraît 
pas que le clergé y ait pris part. — A l'appui, .52 documents compris 
entre 1649 et 1673.] P. D. 

Savoie (Haute-). 
La Revue Savoisienne, 50" année, 1909. 

P. 1-19. Séances de la Société florimontane. [Désormaux, notes de séman- 
tique. Marteaux, antiquités de Boussy. Le Roux, objets antiques trou- 
vés aux Fins. Marteaux, une grotte refuge au pied du Mont-Rampon; 
passage de Charles-Emmanuel 111 à Ramilly, en 1731.] — P. 21-31, 
118-58. 01. Faure. Contribution à l'histoire du Faucigny au xiv= siècle. 
[L'auteur a retrouvé, dans les archives de la Chambre apostolique, 
collecloria 109, l'enquête faite par les commissaires pontificaux en 
Faucigny en 1338, à l-â, suite delà cession d'une partie des domaines du 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 121 

dauphin Humbert II à l'Eglise romaine. Il donne aussi des détails sur 
la cession du Faucigny à la Savoie en 1355, en échange des possessions 
savoisiennes en Viennois. V. Annales du Midi, t. XXI, p. 561.] — 
P. 32-8, 119-38, 23147. 295-306. Ch. Buttin. Le guet de Genève au 
xx' siècle. [Suite et fin. La salade, sa technique, ses types divers (sans 
visière, à visière, à vue coupée) ; la bavière; décoration et pluuiails ; 
étyniologio et liistoire de la salade. Le vouge : technique, formes diver- 
ses, étymologie. Les armuriers ot fournisseurs du guet. Restes de l'ar- 
mement des gardes.] — P. 39-45. J.-F. Gonthier. Les prieurs de Talloi- 
res. [Suite et fin. Prieurs commendataires et prieurs claustraux depuis 
1590. En 1674, les religieux de Talloires furent imis à ceux du Mont- 
Cassin. Les prieurs prirent le nom d'abbés. V. encore, p. 2.57-60, des 
notes additionnelles, à propos du Coutumier du couvent, publié par 
M. Brienue.] — P. 46-54, 159-63, 2L5-30, 311-26. Cl. Servett.\z. Chansons 
rustiques savoyardes. [Suite. Chansons de bergères; chansons d'amour; 
rendez-vous, visites et sérénades.] — P. 55-66, 103-18. A. Constantin et 
J. Désormaux. Essai de grammaire. [Suite et fin. Verbe : voix et modes, 
temps, personnes etfiexions; alternances; verbes auxiliaires; classifi- 
cation et étude des diverses formes de verbes.] — P. 66-70, 164-6, 260-2, 
332-9. Revue bibliographique savoisienne. [E. Muret, De quelques dési, 
nences de noins de lieu particulièrement fréquentes dans la Suisse 
romande et en Savoie (compte rendu très détaillé, par Ch. Marteaux). 
A. von Gennep, Religions, mœurs et légendes.] — P. 72-97. Séances de 
la Société. [Marteaux, communication philologique : via, vii. Le Rouxj 
statuettes en bois du xvi« siècle. J. Serand, lettres de Jacques Balmat.] 

— P. 97-102, 248-56. C. Dijyal. La réunion du comté de Genevois à la 
Savoie, par Amédée VIII de Savoie, le 5 août 1401. Mœurs féodales. 
[Rivalités au sujet du Genevois, à la mort du comte Humbert (1400), et 
vente du comté par l'un des prétendants, Odon de Villai's, à Amédée VIII 
de Savoie. Tentative d'empoisonnement d'Amédée par Jean Cholet, 
à l'instigation d'un autre prétendant. Louis de Chalon, prince d'Orange, 
et de l'abbé de Saint-Claude. Procès verbal des aveux de Jean Cholet.] 

— P, 138-41. E. Ritter. La Pliilothée de saint François de Sales. [Suite 
et fin. Tableau généalogique. Lettre de M™" de Charmoisy au sujet du 
m iriage de son (ils; passages de V Iniroduclion à la vie dévote qui sem- 
blent la concerner.] — P. 142-8. J. Dlissaix. Assassinat d'un officier 
municipal pendant la Révolution à !Mégève. [Melchior Gaiddon, d'abord 
c julro-révolutionnaire, puis ardent jacobin, tenta, le 14 floréal an III, 
de faire arrêter un prêtre à La Mottaz, et fut trouve assassiné le lende- 
main entre Mégève et Beaufort. Les auteurs du crime furent arrêtés, 



122 ANNALES DU MIDI. 

mais l'accusation fut abandonnée.] — P. 167-75. Séancfs do la Société. 
[M.\RTE.\ux, parchemins cl papiers de la collection Dubetlior. (îardier, 
notes snr Jacques Sinton, graveur à Annecy (1630-1697).] — P. 176-80. 
C. Perrouo. Documents sur la ville de Cluses. [La garde et le guet 
à Cluses. Fortifications de la ville. Acte relatif à la réparation des qua- 
tre portes, 19 novembre 1626.] — P. 181-2. C.-M. Contrat de mariage de 
Pierre de Dyvone et de Marguerite Catinel (14;J7). — P. 183-214, 279-91. 

F. MiQUET. Recherches sur les familles des émigrants savoyards fixés 
en France, avant 1860. [Importance de l'émigration savoyarde en France, 
avec ou sans naturalisation ; professions des émigrants ; colonies sa- 
voyardes en Franche-Comté et en Alsace. Généalogies de familles émi- 
grées, lettres A à M. A suivre] — P. 263-76. Séances de la Société. 
[Bernus, une pierre à cupules. Marteaux, anciens cimetières des val- 
lées de l'Arve et du Giffre. Serand, fête à Annecy pour la naissance du 
roi de Rome (1811). Désoumaux, lampe romaine et monnaies. Fenouillet, 
une grotte à Savigny. Marteaux, noms de propriétés en aciis.'] — P. 277-8. 

G. Letonnelier. Sur le mariage de Louise de Savoie avec le comte 
Janus. [Titre inexact : il s'agit des fiançailles de Louise, fille du comte 
Janus de Genevois, avec Charles de Savoie. Abandonnée, après dix ans 
de fiançailles, par Charles qui épousa, en 1185, la fille du marquis de 
Monferrat, elle se maria au frère cadet de Charles qui mourut cette 
même année 1185, dans des circonstances mal connues.] — P. 306-9. 
M. Le Roux. Sur quelques fragments d'architecture. [Bases et fûts de 
colonnes trouvés à Cran et donnés au musée lapidaire d'Annecy.] 

R. C. 

PÉRIODIQUES FRANÇAIS NON MÉRIDIONAUX. 
1. — Ami des monuments et des arts, t. XXI, 1907. 

P. 51-8, 114-26, 337-52. F. de Mély. Les primitifs français et leurs signa 
tures. [Quelques signatures, ou du moins quelques noms d'hommes 
sur des monuments méridionaux, une statue du portail de Saint-Gilles, 
le portail de la cathédrale du Puy, le verrou d'une porte du xi» siècle à 
l'église de Serralonga (Pyrénées-Orientales), etc.] — P. 291-4. F. Cros- 
Meirevieille. Le Syndicat d'initiative de Carcassonne. — P. 299-302. 
E. Bertrand. Le Musée lapidaire de Narbonne. 

T. XXIU 1908. 

p. 220. Démolition et conservation des remparts d'Antibes. [Note ano- 
nyme insignifiante.] — P. 243-5. Ch. Normand. Sculpture polychrome 
au salon de Cannes. [Ne concerne que l'art contemporain.] R. P. 



PÉRIODIQUES NON MÉRIDIONAUX. 123 

S. — Bulletin de géographie historique et descriptive, 
1909. 

48-124. P. Masson. A la veille d'une conquête. Concessions et compa- 
gnies d'Afrique (1800-1830). [Ces Concessions, qui ont habitué la France 
h se considérer, de longue date, comme ayant dans la Régence une 
situation ta part, et l'Agence d'Afrique, succédant à l'ancienne Compa- 
gnie royale d'Afrique, étaient aux mains des Marseillais. Leur histoire 
ne se sépare pas de celle du grand port provençal (pp. 62-74, 85-98). 
Cf., du même auteur, V Histoire des établissements et du commerce 
français dans l'Afrique barbares<iue, Paris, Hachette, 1903, et Les 
Compag)iies du corail. Etude sur le commerce de Marseille au 
XVI' siècle, Paris, Fontemoing, 1908, etc.] — P. 125-39. H. Barré. L'im- 
migration dans les Bouches-du-Rhône et l'émigration de ce département 
dans les autres circonscriptions métropolitaines. [Importance de la 
population native : elle dépasse encore le nombre des immigrés en 1901.] 
— P. 194-204. Id. La Provence dans le recueil des dessins originaux 
de Pascal Coste. [Coste, marseillais (1787-1879), ingénieur-architecte, 
grand voyageur et dessinateur, a laissé des albums sur la France et les 
divers pays d'Europe. Catalogue des dessins relatifs à la Provence.] — 
P. 205-22. H. Ferrand. Le lac Saint-Laurent, son histoire-; les erreurs 
coniniises sur sa durée. [Il occupait la plaine de l'Oisans et détruisit 
en partie Grenoble, en 1219, en déversant ses eaux dans le Drac. Mais 
son agonie s'est prolongée jusqu'au xix» siècle. Historique du lac 
depuis 1050.] — P. 231-40. IL de Coincy. Note sur les ateliers de semis 
des dunes de la Gironde. [Catalogue historique, énumérant les ateliers, 
de la pointe de Grave jusqu'à la limite du département des Landes. 
Les premiers s'organisent au début du xix" siècle.] P. D. 

3. — Bulletin de numismatique, t. XIII 190G. 

P. 34-51. R. Valentin du Cheylard. Essai sur les ducats briançonnais. 
[A propos de l'accord relatif aux monnaies conclu en 1343 entre Hum- 
bert II et les communautés du Briançonnais.] — P. 6G-72. Maurice 
Raimbault. Un projet de médaille commémorative du transfert de la 
monnaie d'Aix à Marseille. [En 1787.] — P. 98-103. C'« de Castellane. 
Écu d'or de François I" à la croisette, frappé à Aix. R. P. 

4. — Gazette numismatique française, t. X, 1906. 

P. 385-91. C*' de Castellane. Le gros toulousain d'Alfonse de Poitiers 
et le toulousain du roi de Fi'ance. 



124 ANNALES DU MIDI. 

T. XI, 1907. 
p. 16Ô-95. F. Mazerolle. Le procès de Jean Castaing, ingénieur, inven- 
teur de la machine à marquer les monnaies sur la tranche (l'/OO-l'iUy). 
[Ce personnaj^e fui tmployé à l'arsenal de Kochefort.] — P. -ikl-S. 
[A. DE BoisIisle]. Médailles frappées avec l'or du Daujihiné. [Cf. Mé- 
moires de Saint-Simon, t. XX, append. viii.] 

T. XIl, 1908. 

P. 319-26. L.-II. Labande. La monnaie de Sorgues, d'après de nouvelles 
publications. [D'après les récentes publications de documents tirés 
des archives du Vatican, -de MM. Martinori, Blanchet et Mollat.] 

R. P. 

5. — Revue des Bibliothèques, t. XIX, 1009. 

p. l-SO [pagination spéciale]. M. Prévost. Inventaire sommaire des 
documents manuscrits contenus dans la collection Châtre de Cangé 
au département des imprimés de la Bibliothèque nationale. [Valet. de 
chambre du roi qui avait réuni dans sa bibliothèque des documents 
relatifs à l'administration militaire, lettres patentes, nominations 
d'officiers, ordres, etc., et dont quelques-uns concernent notre région.] 

F. P. 

6. — Revue celtique, t. XXVIII, 1907. Néant. — 
ï. XXIX, 1908'. 

P. 72-9. A. Bl.\nchet. Chronique de numismatique celtique. [Signale une 
trouvaille faite à Castelnau-d'Aude.] 

T. XXX, 1909. 

P. 73-7. E. PniLiPON. Le gaulois dûros. [Entre en composition dans les 
noms de lieu avec le sens de ville close édiliée en plaine : Icciodurum 
=: Issoire, etc. M. Ph. rapproche ce mot, non du latin dur us, comme 
Whitley Stokes, mais du grec 6up6v, ce que d'ailleurs conteste d'Arbois 
de Jubainvillu, p. 12U.J — P. 252-7. Id. L'ibère Narbii. [Le féminin 
narbû était d'abord un nom de rivière, qui s'est appliqué à la ville 
construite au bord : ainsi à Narbonne, qui existait longtemps avant 
l'arrivée des Gaulois en ce pays. Cf. Narbona, comté de Riez ; autre 
près de Montéliinar, etc. Ce nom ibérique est indo-européen.] R. P. 

H. — Revue des Deux-Mondes, 1908, janvier-février. 

p. 40-75. Costa de Beauregard. L'envers d'un grand homme. [Le grand 
homme est le duc de Savoie, Victor-Amédée II, qu'on montre ici « en 

1. Dans notre dernier dépouillement delà Revue celtique {Annales, 
t. XXI, p. 123;, au lieu de l. XXXVII lire XXVII. 



rÉRT(")mQT'F,S NON ^rÉRIDTOXAUX IS') 

petit déshabillé ». Etude purement anecdotique, où quelques rares 
détails ont été fournis par des « notes inédites » du marquis Henry 
Costa.] 

Mai-juin. 

P. 84-100. D'Haussonville. La duchesse de Bourgogne et l'alliance 
savoyarde. Epilogue de l'alliance savoyarde. [Etude sur les négocia- 
tions diplomatiques qui assurèrent à Victor-Amédée II, dans le traité 
d'Utrecht. des avantages exceptionnels.] 

1909, janvier-février. 

P. 377-409. Et. DEJE.A.N. Le diocèse d'Alet sous l'épiscopat de Nicolas 
Pavillon (1639 1677). [Curieuse étude sur l'œuvre moralisatrice de 
Pavillon dans le diocèse d'Alet et sur les résistances qu'elle rencontra. 
Les sources ne sont pas indiquées.] 

Juillet-aoùt. 

P. 198-228. A. DE Saporta. Dans les Basses-Alpes [On pourra y glaner 
quelques détails sur l'évolution économique de la région depuis l'Ancien 
Régime]. L. D. 

8. — Revue des études juives, t. LVI, 1908. 

P. 99-123. Ad. Crémieux. Un établissement juif à Marseille au xvii= siècle. 
Pièces justificatives. [Tirées des archives du ministère des Affaires 
étrangères. Voir t. LV, p. 119.] 

T. LVII, 1909. 

p. 93-7. D. WoLFSON. L'expulsion des Juifs de la principauté d'Orange 
en 1732. — P. 268-78. Joachim Miret y Sans. Les médecins juifs de 
Pierre, roi d'.lragon. 

T. LVIII, 1909. 

p. 75-10.") et 200-25. J. Régné. Etude sur la condition des juifs de Nar- 
bonne du v= au xiv siècle. [Suite de cet intéressant travail, concernant 
la « période féodale ou capétienne, du x« au xiv« siècle ». L'auteur 
étudie d'abord la politique des vicomtes à l'égard des juifs, qu'ils pro- 
tègent en général. Organisation et topographie de la juiverie vicomtale. 
Quant aux archevêques, malgré les tendances judéophobes du clergé, 
le souci de leurs intérêts matériels les a contraints do favoriser les 
juifs, ou tout au moins de les ménager.] — P. 301-3. A. Marx. R. Isaac 
b. Abraham de Narbonno. [« Taimudistc considérable et indépendant ».] 

R. P. 



V)Q AXNALRS DU MIDI. 

O. — Revue historique, t. CIII, jativ, -avril 1910. 

P. 32-62, 248-77. L. Batiffol. Louis XIII et le duc. de Luynes. [Suite et 
fin. Cf. t. Cil, p. 241-G4. Etude générale, très approfondie, des rapports 
du favori avec son maître, dont à la fin « les ombrages croissoient à 
toute heure ». L'échec du siège de Montauban, 1622, achève de perdre 
Luynes, qui meurt à temps pour éviter une disgrâce.] 

Tome CIV, mai-août 1910. 
p. 287-92. E.-Ch. Babut. Gortho)iicus et le celtique en Gaule au début du 
v« siècle. [Fragment I, 27, 1-4 des Dialogues de Sulpice Sévère : « Gur- 
donicum hominem ». Ce vocable signifierait non « Gaulois », mais 
« homme des champs » en langue celtique : « C'est donc que dans la 
Gaule propre (probablement en Périgord), aux premières années du 
v siècle, les paysans parlaient encore le celtique. » Conclusion assuré- 
ment très hîirdie, car elle se fonde sur cette unique preuve, si c'en est 
une.] 

Tome GV, sept.-déc. 1910. 

P. 1-34, 241-76. H. Cavaillks. Une fédération pyrénéenne sous l'ancien 
régime. Les traités de lies et de passeries. [Ces traités sont des accords 
conclus entre les vallées françaises et les vallées espagnoles pour la 
jouissance des pâturages situés aux confins des deux versants : les 
pâtres espagnols, dont les herbages sont plus pauvres et plus vite des- 
séchés que ceux de France, ont de tout temps fréquenté le versant sep- 
tentrional. De là des guerres et aussi des traités de paix fort anciens ; 
la plupart semblent rédigés au xii« siècle: ils bornent les pâturages, 
règlent l'usage de l'herbe, des eaux, des bois, la répression des abus, la 
sécurité des hospices de montagne (ne pas dire « hôpitaux », car ce 
sont des refuges, des sortes d'auberges) ; ils désignent aussi des agents 
chargés de veiller à l'exécution des pactes et de juger en cas de contra- 
vention ou de conflit. A partir de 1258, date du traité de Corbeil, la 
crèle des Pyrénées sépare la France et l'Aragon ; les traités conclus 
entre vallées de versants opposés deviennent des conventions interna- 
tionales, coïncidant avec l'apparition des grandes guerres, afin de 
garantir les vallées contre les risques qui en résultent, et non pas une 
seule, mais tout un groupe fédéré : tels sont les traités de 1513, 1514^ 
1552, 1556, etc. Ils s'efforcent de maintenir la liberté du commerce, me- 
nacée par la guerre et par les tarifs douaniers des deux monarchies ; de 
supprimer, quoi qu'il arrive, entre les contractants tout « exercice de 
guerre »; de régler les conflits particuliers. Des listes ou juntes. 



ANNALES DU MIDI. 127 

assemblées périodiques des députés des vallées alliées , font acte de 
Parlement et de tribunal; elles veillent à l'exécution des traités. Une 
fois la paix rétablie entre la France et l'Espagne, vers 1720, ces fédéra- 
tions deviennent inutiles et tombent d'elles-mêmes en désuétude. Mais, 
même après la Révolution, il en est resté quelque chose, entre autres 
la Commission des Pyrénées, destinée à arbitrer les différends entre 
frontaliers. Important article.] P. D. 

lO. — Revue nicmismatique, 4« série, t. XIII, 1909. 

P. 110-5. De Castrllane. Le premier écu d'or frappé en Dauphiné. [Par 
Charles VI, entre 1385 et 1388.] — P. 2-^9-42. E. Bonnet. Boson, roi de 
Provence, et l'atelier monétaire d'Arles, [ix' siècle.] — P. 243-52. 
J. Roman. La collection de Montcarra. [Formée au xviii= siècle, au 
château de ce nom, en Dauphiné, vendue récemment à Londres; mon- 
naies delphinales, etc.] — P. 259. Trouvaille de monnaies à Castelnau- 
Montratier (Lot). — P. 372-82. M. Prinet. Les armoiries écartelées des 
conjoints d'après les sceaux français. [Sceau du comte de Foix, marié 
à la vicomtesse de Béarn, 1281, etc.] — P. ii-v. De Castellane. Les 
gros des évèques de Valence. — P. v-ix. P. Bordeaux. Les demi-gros 
de Charles IV, de la trouvaille de Villefranche-de-Rouergue. — P. ix-xiii. 
D'' Bailhache. Douzain de François I" pour le Dauphiné. — P. xiii-xxi. 
P. Bordeaux. Guénar toulousain sous Charles VI. — P. xxii. Teste- 
noire-Lafayette. Méreau de la collégiale de Saugues (Haute-Loire). — 
P. xxii-xxiii. A. Blanchet. Laissez-passer en or des monnayeurs de 
Crémieu sous Charles VIII (Dauphiné). — P. xxiv-xxvii. Comte 
DE Caeitellane. Communication sur les monnaies noires dans le Lan- 
guedoc en 1423, à propos d'une délibération des consuls de Lyon. — 
P. xLvi-XLViit. Bordeaux et Babut. Un teston de François I" fabriqué 
à Villeneuve-lès-Avignon. — P. lii-lviii. Bouclier. Mémoires et états 
relatifs à la fabrication des monnaies présentés à l'Assemblée natio- 
nale par I\L Tarbé, ministre des contributions publiques, le février 
1792. [Etats des espèces fabriquées à La Rochelle, Limoges, Bordeaux, 
Bayonne, Toulouse, Montpellier, Perpignan, Marseille, Pau.J — 
P. Lxix-LxxiT. Bordeaux. Correspondance de Duvau, ancien capitoul de 
Toulouse, au sujet de la vente de médailles (1731). — P. ciii-cv. Blan- 
chet. Trouvaille de monnaies gauloises à la Grange-Neuve, commune 
de Lapte (Haute-Loire). [Statères d'or.] — P. cv-cvi. Bordeaux. Pièces 
fausses de dix centimes de Napoléon I", fabriquées à Toulon par les 
forçats du bagne sous la monarchie de Juillet. F. P. 



IQS ANNALES DU .Mll'l. 

11. — Revue de la Renaissance, t. VIII, 1907. Néant. — 
Tome IX, 1908. 

P. 73-94. L. Geript. Le collège de la Trinité à Lyon avant 1.540. [Sur les 
origines du collège, quelques détails nouveaux, fournis par les archives 
conununales de Lyon.] — P. ]'S7-Î)l, '220-9. P. A. Alliés. LTne ville 
d'Etats. Pézenas aux xvi« et xvii" siècles. [Le titre de ces deux articles 
est celui d'un livre qui était alors sur le point de paraître, et don,t 
M. Alliés avait détaché les chapitres suivants : Les artistes italiens à 
Pézenas; Eléonore d'Autriche et François I" à Pézenas; Visites 
royales ; Agrandissement de la ville. Ces diverses études, dépourvues 
de toute référence, sont tout à fait inutilisables. Quelques gravures sur 
bois, reproduisant des monuments de Pézenas ou même des détails de 
leur architecture. Malheureusement, ces dessins n'ont pas la netteté de 
bonnes photographies.] — P. 181-219. G. Baguenault de Puchesse. 
Henri IV avant son avènement. [Importante étude, extraite de la Revue 
Henri IV, sur la politique et la conduite du futur roi pendant ses 
jeunes années. La source principale en est le recueil des Lettres mis- 
sives, dont les témoignages sont ici juxtaposés et commentés.] 

Tome X, 1909. 

P. 117-36. J. Orsier. La moquerie savoyarde. Apologue en vers patois de 
la fin du xvi" siècle et ses origines. [Réimpression d'une pièce qui a 

■ figuré dans un recueil de vers patois imprimé à Chainbéry en 1603. La 
» moauerie savoyarde » est, en réalité, l'apologue que La Fontaine 
devait ir.titule! : «: Le Meunier, sou fils et l'àne. » L'auteur savoyard en 
aurait emprunté le thème aux Facéties de Pogge.] — P. 187-57, 205-15 
J.-L. Gerig. Le collège de la Trinité à Lyon avant 1540. [Suite et fin de 
l'étude commencée dans la Eevue de 19C8. Le dernier article n'est 
qu'une notice sur Jean Raynier, d'Angers, un des professeurs du col- 
lège. Cf. plus loin un compte rendu sommaire] — P. 181-203. ,1. Orsikr. 
Un poète-musicien au xvi^ siècle. Nicolas Martin, ses Noëls et ses chan. 
sons (1498-1566). [Nicolas Martin a vécu à Saint-Jean-de-Maurienne. On 
n'a sur lui que de rares renseignements. Un document inédit nous 
apprend qu'en 1565 il préparait à Saint-Jean-de-Maurienne la représen- 
tation d'un mystère.] — P. 216-28. Ch. Samaran. Les indiscrétions de 
Garganello ou la vie galante en Avignon au xvi" siècle. [Le récit met 
en œuvre les lettres adressées par Garganello à Alexandre Fai-nèse» 
lettres qui sont conservées aux archives de Naples et de Parme. Les 
extraits que M. Ch. S. en a faits et qu'il a traduits sont accompagnés 
de notes abondantes. A s-uivre.J L. D. 



NECROLOGIE 



Le 22 novembi-e dernier est mort subitement M. Magary, archi- 
viste adjoint du département à la section notariale ; c'était un 
érudit modeste et méritant, à la mémoire duquel doivent un sou- 
venir reconnaissant ceux qui s'occupent de l'histoire de l'art à 
Toulouse. M. Macary est un des premiers qui ait pénétré dans les 
Archives notariales : quand le département de la Haute-Garonne, 
en 1899, s'est chargé d'assurer le classement et la communication 
des collections, M. Macary était tout désigné, par ses études, pour 
prendre part à l'organisation du dépôt. Il a rendu de grands ser- 
vices en appelant l'attention sur les actes appelés baux à besogne, 
dans lesquels sont relatées les conventions relatives à la construc- 
tion d'hôtels et de châteaux, à la confection d'objets d'art. Lui- 
même, dans plusieurs brochures sur les débuts de l'imprimerie à 
Toulouse, sur l'orfèvrerie dans cette ville au xve siècle, a montré 
quel parti on pouvait tirer des renseignements fournis par les 
minutes notariales i. 

M. Macary a aussi étudié les archives de l'ancienne Bourse des 
Marchands de Toulouse, conservées au greffe du Tribunal de 
Commerce; il a dressé de cette belle collection un inventaire 
imprimé aux frais du Tribunal 2. 

1. Étude sur l'origine et la propagation de l'imprimerie à Toulouse 
au XV' siècle (Bulletin historique et philologique, 1898, pp. 24iî-51); 
L'orfèvrerie à Toulouse aux XV* et XVI' siècles {1460-1550) d'après 
les documents conservés aux Archives notariales. Paris, Imp. nat.. 
19(M, in-8<> de 15 pages (Extr. du Bulletiti archéologique). Voir aussi son 
Etude critique d'une légende toulousai?ie : La Croix Baragnon. Tou- 
louse, Devers- Arnauné, 1894, in-8° de 23 pages; travail fait d'après les 
Archives départementales et communales. 

2. Inventaire des Archives de la Bourse des Marchands de Toulouse 
antérieures à 1190. Toulouse, Devers-Arnauné, 1903-1905, 2 vol. in-4<' à 
2 col. de 103 et 240 pages avec gravures. Cf. un compte rendu, Annales, 
t. XVIII, p. 518. 

A.NNALES DU MIDI. — XXIII- 9 



IJJ ANNALES DU MIDI. 

Un ouvrage qui fait gi'aïul lionneui- à M. Macarj', ainsi qu'à 
l'instigateur du travail, M. le comte du Faur de Pibrac, c'est 
le volume consacré à la généalogie de la maison de Pibrac *. 

M. Macary disparaît à l'âge deG't ans ; la tâche qu'il avait entre- 
prise était considérable : il avait réuni plus de 10.000 volumes 
dont le répertoire était commencé. Le département de la Haute- 
Garonne, qui a eu l'initiative de l'œuvre, prendra soin d'en assurer 
la continuation et de laisser à la disposition du public une mine 
inépuisable de renseignements variés. F. P. 

Le professeur Adolf Tobler, qui est mort inopinément le 18 mars 
dernier, au moment précis où il allait prendre sa reiraite, à l'âge 
de soixante-quinze ans. était universellement connu par ses ma- 
gistrales études sur la versiticaliou et la syntaxe françaises {Ver- 
tnischie Beitrœge zut franzœsischen Grauimal'ik, 4 séries 
parues en 188!3, 1894, 1899, 1908; 'Vom franzœsischen Versbau 
aller und neuer Zeil, 18S0). Comme son maître Diez, il s'occui)ait 
de l'ancienne littérature provençale avec une prédilection dont ne 
donnent qu'une idée fort insuffisante les publications, trop rares, 
mais très importantes, qu'il a faites dans ce domaine (la chanson 
de Rambaut de Vaqueiras Las f revols venson dans VArchiv de 
Herrig, LXVIU, p. 85; la chanson de Bernart de Ventadour Lan- 
quan foillon bosc e garric dans les Mémoires de V Académie de 
Berlin, 1885, p. 941 ; le sirventés anonyme Senher n'enfujils, s'il 
vos plats, ibid., 1900, p. 238). Mais il a donné une vigoureuse im- 
pulsion à nos études par son enseignement, où elles étaient 
largement représentées, et par les nombreux travaux qu'il a 
suscités et que souvent il enrichissait de notes personnelles. 
C'est de son école que sortirent les monographies de M. Springer 
sur le planh (1895), de M. Lewent sur la Chanson de croisade 
(1905 ; cf. Annales, XVIII, 83) et des éditions, bien connues des 
provençalistes, du Moine de Montaudon (1873), de Guilhem Fi- 
gueira (1880), de Peire Rogier (188:3), de Giraut de Borneil (1907- 
1910; cf. Annales, XIX, 389). Il n'aurait point au reste rendu à ces 
études un médiocre service quand il n'aurait fait qu'en inspirer 
le goût aux deux savants qui les représentent si brillamment en 
Allemagne, MM. Emil Levy et Garl Appel. A. J. 

1. Généalogie de la maison Du Faur. Toulouse, imp. d'Écos et Olivier, 
1907, in-i» de xiv-281 pages avec tableaux et planches. Cf. un compte 
rendu, Annales, t. XXII, p. 288. 



CHRONIQUE 



Notre savant collaborateiii', M. Stanislas Stronski, vient de 
publier une édition critique, depuis longtemps en préparation, 
des poésies de Folquet de Marseille (Gracovie , Académie des 
Sciences, 1910). Cette édition, accompagnée d'une traduction et 
d'un commentaire philologique, est précédée d'une importante 
introduction historique. Nous en rendrons prochainement un 
compte détaillé. 

Au cours de la séance publique annuelle de l'Académie des 
Inscriptions et Belles-Lettres, tenue le 19 novembre dernier, le 
fondateur et ancien directeur des Annales du Midi, M. Ant. 
Thomas, a donné lecture d'une amusante étude, à la fois humoris- 
tique et précise, sur certains déracinés des xve et xvi^ siècles, 
parmi lesquels figure maître Robert Masselin, bourgeois de Rouen, 
contemporain de Charles VI et de Charles VIL C'était un honime 
ins'ruit et tourmenté du désir d'apprendre. 

Masselin, après la prise de Rouen par les Anglais, quitta la 
France et devint précepteur du prince d'Antioche, fils de .Jean de 
Lusignan, roi de Chypre. Quelques années plus lard, il était fait pri- 
sonnier, ainsi que le roi, par le soudau d'Égjq^te, et s'échappait à 
grand'peine des mains des mécréants, gueux comme Job, mais 
ayant appris le grec. 

En 1429, le voici rendu à Limoges. Dénué de vêtements, pique- 
assiettes, il fréquente toutefois la riche bibliothèque du couvent 
des Jacobins et fait des connaissances utiles : celle de frère Hélie 
Boudaul, qui est pénitencier du pape en Limousin et voudrait 
étendre son autorité sur la Guienne, et d'autres encore. On apprécie 
son érudition ; bien vite on cherche à la mettre à profit, ainsi que 
sa pauvreté, en l'invitant, en l'aidant à faljriquer de fausses bulles, 



139 ANNALES DU MIDI. 

favorables aux protentions de Boudant, de l'ahl)''» de Saint- 
Martial, etc. 

Mais ces snperclieries sont vite dévoilées. Les gens lésés, l'évê- 
que de Limoges en tête, poursuivent Me Masselin. Il est arrêté, 
mis aux fers. Mais notre homme, entre temps, avait réussi à 
entrer au service de la duchesse d'Alençon, qui le protégea, lui fit 
obtenir des lettres de rémission, — si bien qu'en juillet 1430, 
malgré les arrêts du Parlement de Poitiers et son refus d'entériner 
les susdites lettres, un huissier d'armes du roi venait, à la barbe 
des juges, délivrer et enlever le faussaire. 

Masselin ne souffrit pas de cette fâcheuse aventure : elle le mit 
plutôt en veJette. Tout de suite il passa, comme médecin, dans la 
maison de La Trémoïlle, dans celle même du roi. 



Chronique de Bordeaux et de la Gironde. 

Au cours des trois années qui se sont écoulées depuis notre pré- 
cédente chronique, Bordeaux a perdu deux hommes qui faisaient 
grand honneur aux études d'histoire et d'archéologie locales. La 
mort a pris, en octobre 1909, Emile Lalanne. le numismate mo- 
deste et éminent. Elle avait brusquement enlevé, en juin 1908, 
Pierre-Ariste Ducaunnés-Duval, archiviste honoraire de la Ville, 
l'éditeur du Livre des Bouillons et des tomes II et III de Vlni^en- 
taire sommaire de la Jurade, l'auteur du tome I de l'Inventaire 
des archives municipales pour la période révolutionnaire. Ils sont 
partis, laissant, le premier, d'inappréciables collections d'objets 
préhistoriques, de monnaies romaines et gasconnes, de médailles 
et jetons bordelais, que sa veuve a libéralement données à la ville 
de Bordeaux; le second, le tome IV inachevé de VInventaire de 
la Jurade, œuvre posthume qui a été publiée en 1909 par le 
signataire de la présente chronique. 

Le tome V de cet inventaire est en préparation. M. Gaston 
Ducaunnès-Duval, qui a succédé à son père comme archiviste 
municipal, a fait paraître le tome II de l'Inventaire de la périoile 
révolutionnaire; il imprime, pour 1911, le tome III. M. Strowski 
a donné, en 1909, le tome II du Montaigne municipal ; les tomes III 
et IV ont été mis ensemble sur le chantier. Le tome III compren- 
dra le dernier livre des Essais. Le tome IV sera un volume 
d'Excwsus, contenant, entre autres, un relevé complet des sour- 
ces de Montaigne, drossé par M. Villey. Nos publications munici- 



CHRONIQUE. 133 

pales, on le voit, se poursuivent acliveinent. En même temps (jue 
les deux derniers volumes du Monlaiyne paraîtra la reproduction 
pliototypiijue des pages annotées de l'exemplaire de Bordeaux. 
La souscription lancée jtar la maison Hachette a été rapidement 
couverte. Le départ de M. Strowski pour la Sorbonne n'inter- 
ronii)ra aucun des importants travaux sur les Essais, dont 
Bordeaux a été le cenlie depuis quatre ans. 

La Commission de puljlication des documents pour servir à 
riiistoire économique de la Révolution fera paraître, à la fin de la 
présente année, le tome I des dossiers relatifs à la vente des biens 
nationaux dans le département de la Gironde. Ce volume est dû 
à M. Marion, qui avait déjà mis largement à profit les documents 
de nos archives départementales dans son beau livre sur La venle 
des biens nationaux. 

AL Jullian a quitté sa chaire d'histoire locale et régionale à la 
Faculté des Lettres pour la chaire d'antiquités nationales au Col- 
lège de France. Mais à Paris il n'a pas oublié Bordeaux : sur son 
initiative et grâce à une subvention par lui prélevée sur le fonds 
Peyrat (donation Arconati-Visconti), des fouilles ont été faites, 
pendant l'hiver 1909-1910, par la Faculté des Lettres, aux allées 
Damour, sur l'emplacement de l'ancien cimetière de Saint-Seurin. 
Ces fouilles, subventionnées par la Ville et l'Académie de Bor- 
deaux, par l'Institut et par le Ministère de l'Instruction publique, 
ont donné des résultats appréciables. La nécropole primitive a été 
retrouvée intacte; la première inscription chrétienne authentique 
de Bordeaux a été découverte; des substructions antérieures à 
l'an 300 ont été mises au jour. Les résultats ont été ou seront 
publiés dans la Revue des études anciennes. Il est regrettable que 
des nécessités de voirie n'aient pas permis de pousser plus loin les 
rechei'clies. Le service des monuments historiques annonce son 
intention de fouiller méthodiquement un autre point du cimetière 
de Sainl-Seurin. 

A la Faculté des Lettres, M. Cartailhac, chargé de cours à l'Uni- 
versité de Toulouse, a bien voulu donner, en 1908, une série de 
conférences sur la préhistoire. Elles ont été particulièrement goû- 
tées dans une ville où viennent si naturellement aboutir les belles 
découvertes faites en Périgord et -en Espagne. 

L'histoire locale n'a pas été oubliée au cinquième meeting de 
l'Association franco-écossaise, tenu à Bordeaux en octobre 1009, 
ni lors des visites faites à l'Université par les professeurs espa- 



134 ANNALES DU MIDI. 

gnols en février 1909 et en juin 1910. Une conférence a été donnée 
sur Les Ecossais en Gascogne et les Gascons en Ecosse, et les pro- 
fesseurs bordelais ont fait les honneurs de la ville à leurs hôtes. 

A la suite du Congrès tenu à Pau, en septembre 1908, par les 
Sociétés savantes de la région, une « Uirion historique et archéolo- 
gique du Sud-Ouest » a été fondée. Elle a son siège à Bordeaux. 
Elle publie, depuis juillet 1909, un bulletin trimestriel, véritable 
revue de bibliograpliie régionale, qui rend aux travailleurs des 
services déjà appréciés. 

Depuis la disparition de la Revue catholique, Bordeaux n'avait 
plus de revue dliistoire locale. La Revue historique de Bordeaux 
et du dépavlemenl de la Gironde a été créée en janvier 1908. Son 
eune fondateur, le docteur .Jean Barraud, a disparu en juin 1909, 
emporté par une implacable maladie. Mais l'œuvre reste : elle 
groupe aujourd'hui tous les érudits girondins. A côté de la Revue 
philomathique, plus générale, elle est l'organe spécial des histo- 
riens et des archéologues. 

L'Académie de Bordeaux, qui fêtera en 1912 son bicentenaire, 
s'associe à l'hommage qui sera rendu, ^ en 1911, à l'un de ses 
membres les plus illustres du xviiie siècle, le physicien de Romas, 
dont on inaugurera la statue à Nérac, par la publication d'un 
volume, contenant un choix de ses oeuvres, une étude biogra- 
phique et des documents inédits. Elle a mis au concours, pour 1910, 
l'éloge du peintre Pierre Lacour, et pour 1911 celui de l'armateur 
Abraham Gradis. 

La Société des Archives historiques delà Gironde publiera, dans 
son prochain volume, entre autres documents, la seconde série des 
arrêts du Parlement de Bordeaux rendus contre les réformés, 
qu'a réunis M. Patry, et le registre des délibérations de la Société 
populaire de Libourne, transcrit par M. Gorbineau. La Revue his- 
torique de Bordeaux donnera, en 1910, la thèse d'Ecole des 
Chartes de M. Barennes sur la viticulture en Bordelais au moyen 
âge, comme elle a déjà imprimé, en 1909, celle de M. Gebelin sur 
le maréchal de ^latignon en Guyenne. 

La Société archéologique a réussi, en 1907, à faire classer l'hôtel 
de ville de Libourne, dont la municipalité avait décidé la démo- 
lition. Il faut la féliciter de ce succès. Elle a été moins heureuse 
dans ses efforts pour obtenir que la ville de Bordeaux installât un 
musée d'objets anciens et d'art industriel à l'ancien archevêché. 
11 a été transformé en hôtel pour le préfet de Ja Gironde, et les 



CHRONKJUE. 135 

coUoclions niiinioip;i]('s r<'!s!ent toujours «''pnrses, le musée (ranli- 
ques logé provisoirement au rez-de-chaussée de la Bibliothèque 
qui un jour ou l'autre l'expulsera, les musées d'armes et d'art 
industriel exilés à la campagne, dans le domaine de Carreire. 

A la Faculté des Lettres, M. Lhéritier a fait, pour le diplôme 
d'études supérieures, un bon mémoire, qui sera prochainement 
pul)lié, sur les rapports de la Chambre de Commerce de Bordeaux 
avec les intendants, le Parlement et les jurais. Un mémoire 
en vue du même diplôme, sur le dernier intendant de Bordeaux, 
Le Camus de Néville, est en préparation pour 1911. 

Trois thèses pour le doctorat en droit, passées en 1909 et 1910, 
ont traité des sujets d'histoire bordelaise ; ce sont celles de 
M. Mabille, sur La condition des enfants trouvés au xviiic siècle 
dans la généralité de Bordeaux, de M. Brouillard sur Les impo- 
sitions extraordinaires sur le revenu pendant la Révolution 
à Bordeaux, de M. Harlé sur Les padouens en Bordelais. Une 
thèse sur les parères de la Chambre de commerce est en prépara- 
tion. Cette orientation des étudiants en droit vers les études loca- 
les, due à rinitiative de MM. les professeurs Benzacar et Ferradou, 
mérite d'être signalée. 

On annonce des thèses de doctorat es lettres sur le comte de 
Tournon, préfet de la Gironde sous la Restauration, et sur le 
grand négociant bordelais Balguei'ie-Stuttenberg. M. Brutails va 
mettre à l'impression un important volume sur les églises giron- 
dines; M. Céleste, la correspondance de Montesquieu. Un volume 
de mélanges, consacré à Elle Vinet et auquel ont collaboré [ilu- 
sieurs érudits bordelais, va paiaitre, commémorant le souvenir 
du quatrième centenaire du grand humaniste, célébré à Barbe- 
zieux en juin 1909. 

L'hypothèse de M. le docteur Armaingaud sur Montaigne et le 
Contr^un a provoqué des réfutations de MM. Strowski, Bounefon 
Villey, Barckhausen, Barrère, Hauser. M. le docteur Armaingaud, 
))lus convaincu que jamais de la solidité de son hypothèse, l'a de 
nouveau exposée dans un volume spécial. La polémique est-elle 
close? Souhaitons-le, sans y trop compter. Paul Coukteault.. 



Chronique de Vaucluse. 

Les trois années qui viennent de s'écouler ont été particulière- 
ment fécondes pour le département de Vaucluse; les publications 



136 VNXALES DU MIDI. 

d'histoire, d'art et d'archéologie qui l'intéressent se sont multi- 
pliées avec une abondance tout à fait remarquable. 

La restauration du Palais des papes s'est poursuivie activement 
sous l'intelligente direction de M. Nodet, architecte des monuments 
historiques. Après avoir dégagé la salle d'audience et la grande 
chapelle pontificale, dont on a retrouvé la porte monumentale 
avec ses sculptures, hélas! bien mutilées, on s'est attaqué aux 
parties immédiatement voisines, surtout aux bâtiments qui fer- 
ment, à l'ouest, la cour d'honneur. On a sondé les murailles et fait 
sauter le badigeon un peu partout, on a reconnu bien des dispo- 
sitions anciennes qu'on ne soupçonnait pas, on s'est principale- 
ment rendu compte que le palais avait été édifié au petit bonheur, 
sans plan régulièrement établi et suivi; souvent, des travaux 
commencés avaient été interrompus pour être repris sous une 
autre conception; dès le xive siècle, de très nombreuses modifica- 
tions avaient été exécutées. Et, depuis cette époque, les chantiers 
avaient été fréquemment rouverts pour satisfaire les goûts de tel 
ou tel résident, légat ou vice-légat. De telle sorte qu'à chaque pas 
se posent des problèmes archéologiques, que les documents publiés 
jusqu'ici permettent difficilement de résoudre. La conclusion à 
tirer, c'est qu'il est désirable qu'une personne compétente suive 
journellement et très attentivement les ouvriers, pour noter, dessi 
ner ou photographier tous les vestiges anciens qui apparaissent, 
les repentirs, reprises et reconstructions, pendant que les histo- 
riens fouilleront les archives du Vatican, non seulement pour le 
xiye siècle, mais encore pour les époques subséquentes. Il y a lieu 
de relever avec non moins de soin les textes relatifs aux modifica- 
tions opérées depuis 1791 par les diverses administrations : les 
documents, publiés par M. L. Duhamel dans ï Annuaire de Vaic- 
cluse, en 1908, sont à cet égard fort suggestifs. 

En attendant la réalisation de ce souhait, je dois signaler les 
patientes études que le docteur Colombe a entreprises sur certai- 
nes parties du Palais; sa critique a porté, jusqu'ici, sur la grande 
fenêtre faisant face à la porte d'entrée de la chapelle pontificale, 
qu'il propose d'identifier avec la fenêtre des indulgences, et sur les 
prisons à l'époque des massacres de la Glacière i. 

L'architecte ne se contente pas de dégager, il rebâtit quelquefois 

1. Revue du Midi, ]'JU9, p. 791; Mémoires de l'Académie de Vau- 
cluse, 1910, p. 115. Il e.\iste des tirages à part de ces deu.x articles. 



CHRONIQUE. 137 

en s'aidant scrupuleusenienl des témoins anciens; il a refait déjà 
des fenêtres, il a relevé des voûtes. Demandons-lui de rester extrê- 
mement prudent. 

On demeure dans l'incertitude sur l'utilisation de ces immenses 
locaux; si l'on a transporté dans quelques salles des tal)leaux 
provenant d'établissements religieux abandonnés, si le plus illus- 
tre peintre de la région, M. Paul Vayson, a donné pour leur déco- 
ration son grand triptyque de S. Gens, il manque toujours une 
initiative sérieuse qui entreprenne d'y créer le musée jadis rêvé*. 
Soyons trop heureux qu'il soit devenu impossible d'y loger à nou- 
veau des troupes, même temporairement : nous avons craint, l'an 
dernier, d'y voir revenir des soldats. 

La foule des touristes n'a pas lardé à connaître le chemin du 
Palais et à témoigner que le respect des monuments anciens est 
pour une ville une source de richesse. Que cet exemple n'est-il 
médité! A Gavaillon, la municipalité, par dépit politique, projette 
la destruction de la dernière porte qui subsistait des remparts de 
la ville; on a vu aussi l'administration des hospices vendre son 
élégante chapelle, dont les voûtes sont un chef-d'œuvre de stéréo- 
tomie du xvijie siècle, et mettre à l'encan les faïences et verres 
anciens de sa pharmacie^. Heureusement, il se trouve là une 
famille attentive à sauver du naufrage autant que possible ce qui 
est sacrifié si allègrement, mais son action a des bornes. Si jamais 
elle peut réaliser son projet de musée local, il est à souhaiter qu'elle 
y expose les très curieuses inscriptions celtiques nouvellement 
découvertes au mas de Pernix et étudiées par MM. F. Mazauric' 
et E. Espérandieu*. 

L'Académie de Vaueluse poursuit une carrière de plus en plus 
brillante. Ses Mémoires étant analysés dans les Annales, je n'en 
dirai rien, mais je dois noter en passant leur variété et leur intérêt 
soutenu. Ils placent l'Académie en très bon rang parmi les Socié- 
tés savantes de province. On se félicitera aussi que M. Joseph 
Girard, son zélé secrétaire général, continue chaque année la biblio- 
graphie vauclusienne, destinée à rendre tant de services. Si l'Aca- 



L Cf. l'carticle paru dans le Bulletin des Musées de France, 1908, p. 14, 
intitulé : Projet de musée au Palais des x>apes d'Avigno7i. 

2. Cf. Michel Jouve, La pharmacie de l'ancien hôpital de Cavaillon, 
dans la Revue du Midi, 1908, IG août. 

8. Revue du Midi, 1910, p. 45. avec planche. 

4. Bulletin de la Société des Antiquaires de France, 1910, p. 200. 



138 ANNALES DU MIDI. 

demie n'u jjas encore livré au public les Charles du pnys d'Avi- 
gnon, annoncées déjà dans ma dernière chronique, le retard ne 
lui en est aucunement imputable. 

Depuis quatre ans, grâce à la générosité posthume d'un de ses 
membres les plus estimés, ]\I. Paul de Faucher, elle peut décerner 
un prix au meilleur ouvrage paru sur le département. C'est 
^I. Joseph Girard qui l'a obtenu le premier, avec son excellent 
livre sur les Étais du comté Venaissin dejiuis les origines jus- 
qu'à la fin du XV/e siècle. La seconde année, le prix couronna 
V Avignon au XI Ile siècle; puis, il fut attribué à M. le docteur 
V. Laval, pour son édition très copieusement annotée des Lettres 
de Rovère, membre du Conseil des Anciens, à son frère ex-évêque 
eO)istitulionnel de Yauclvse; il le fut enfin à M. Eugène Duprat. 
Al. Duprat n'avait pas écrit de volume aussi compact que les pré- 
cédents, mais la série d'articles très consciencieux qu'il a publiés 
sur les Confluents de la Durance aux temps historiques, l'His- 
toire politique d'Avignon petidant le haut moyen âge, les Ori- 
gines de Véglise d'Avignon, VInscriplion de sainte Casarie et les 
procédés frauduleux de l'annaliste Polycarpe de la Piivière, les 
Mosaïques antiques d'Avignon, la topographie avignonaise et les 
Monnaies d'Avennio, a mis son nom tout à fait en vedelte; elle 
lui vaut l'estime des érudits qui veulent des études approfondies 
et ne se contentent ni de la légende, ni de l'à-peu-près. 

L'Académie de Vaucluse a trouvé des auxiliaires dans les rédac- 
teurs de la Revue du Midi, qui se publie à Nimes depuis 1886. 
Après un manifeste lancé, en janvier 1900, par un groupe de Vau- 
clusiens, la Revue du Midi partagea tous les mois ses pages entre 
les mémoires, documents ou comptes rendus qui concernent les 
départements du Gard et de Vaucluse. Le premier article qu'elle 
inséra (15 février 1909) sur la région vauclusienne fut celui du doc- 
teur P. Pansier, L'ordre de la Merci à Avignon (1434-1574); 
depuis, elle eut l'avantage de publier des études de MM. Duhamel, 
Joseph Girard, Eugène Duprat, Alexis Mouzin, Yrondelle, docteur 
Victorin Laval, Jules Belleudy, Pierre Lauris, docteur Colombe, 
Félix Mazauric, Lucien Gap et Michel Jouve, sur les faits histori- 
ques et les institutions, sur les monuments et les personnages 
des pays qui constituent notre département de Vaucluse. 

D'autres auxiliaires extrêmement précieux se sont recrutés 
parmi les membres de l'École française de Rome et les chapelains 
de Saint-Louis-des-Français. MM. C<oulon, Daumet, Deprez et 



CHRONIQUE. 130 

Lecacheux ont commencé (je n'ai pas à le rappeler) l'analyse ou 
la publication des lettres closes, patentes et curiales des papes 
d'Avignon (de Jean XXII à Urbain V) qui se rapportent à la 
France, pendant que MM. les abbés MoUat et Vidal analysent 
avec une louable ardeur (le premier surtout) les lettres communes 
de Jean XXII et de Benoit XII. Les nouveaux venus r, Rome ont 
entrepris de moins vastes publications, mais leur attention s'est 
api)liquée davantage à la ville d'Avignon et à l'ancien comté Ve- 
naissin. M. Cbarles Samaran (un ancien déjà!) nous a révélé les 
Indiscrétions de Garganello ou la vie galante en Avignon au 
XV/R siècle; M. Claude Faure a exposé les Réparations effec- 
tuées au Palais des papes au temps de Jean XXfll {1413-1415), 
V Entrée du recteur Guillaume de Beaufort, vicomte de]Turennc, 
à Carpentras en 1376, et un Projet de cession du Dauphiné à 
l'Église romaine (1338-1340), tout en préparant son Élude sur 
l'administration et Vhistoire du Comtal-Venaissin du XIII^ au 
X Vfi siècle, qui a vu le jour en 1909. M. Robert Micbel a préludé à 
des travaux plus étendus par ses articles sur Les premières hor- 
loges du Palais pontifical d'Avignon au XIY^ siècle et sur la 
Défense d'Avignon au temps d'Urhiin Y et de Grégoire XI- 
J'ajouterai à cette liste l'édition de la chronique de Martin d'Alpar- 
tils, si importante pour le pontificat de Benoit XIII, et le siège 
du Palais par Boucicaut, que le R. P. Ehrle a donnée en 1906' 
(j'avais oublié jadis de la signaler), et l'article du même ériulit : 
Un catalogo fin qui sconosciuto delta Biblioteca papale d'Avi- 
gnone {1407), dans le recueil dédié à John Willis Clark. 

Ce n'est pas tout : une société, dont le docteur P. Pansier s'est 
constitué l'initiateur et le mécène, s'est fondée, en 1908, à Avi- 
gnon, pour la recherche et la publication des documents sur l'his- 
toire de l'ancienne ville des papes, du comté Venaissin et de la 
principauté d'Orange. Pleine d'ardeur, elle a divulgué le vaste 
programme qu'elle se proposait d'embrasser et annoncé toute une 
série de publications sur l'histoire et l'archéologie. Gomme elle a 
eu soin de s'affilier les érudits les plus actifs et les plus estimés de 
la région, il est certain qu'elle ne maïKjuera pas d'agir utilement . 
Déjà, elle a livré trois volumes : un premier, fort précieux, sur la 
Cour temporelle d'Avignon aux XlVf et XV<> siècles^, est dû à 

1. Elle forme le t. XII des Quellen und Forschungen de la Gôrros- 
Geseilscliaft. 

2. Cf. un compte rendu dans les Annales du Midi, 191i), p. 3G7. 



140 ANNALES DU MIDI. 

MM. Josepli (iii'aril et P. Pitnsier; un deuxième, un [leu li'Op liàti- 
venient rédigé, intitulé : Le Procès du Rhône et les contestations 
sur la propriété d'Avignon {1302-1818), est l'œuvre de M. ]Mau- 
rice Falque; le dernier est l'Étude de M. Fanre, déjà signalée, sur 
l'administralion et l'histoire du Cumtat, surtout au xive siècle. 
Rempli de renseignements puisés dans les archives du Vatican, il 
aurait beaucoup gagné s'il avait utilis(' davantage les archives 
locales. 

Heureux pays que celui-ci! Son histoire a jeté un tel éclat, ses 
artistes ont produit des œuvres si admirées que fatalement tous 
ceux qui s'intéressent au passé se tournent vers lui. M. J. Doucet, 
qui crée à Paris une inappréciable bibliothèque d'art et d'archéo- 
logie, commencée il y a quelques années, voulant entreprendre 
une série de publications documentaires, a eu l'heureuse idée de 
s'adresser à M. le chanoine Requin pour lui faire rédiger le dic- 
tionnaire des artistes avignonais, comtadins et provençaux, que 
nous attendons depuis si longtemps. L'apparition de cet ouvrage 
(combien de volumes comptera-t-il?) sera tout un événement. 

C'est l'intérêt exceptionnel de cette région qui a motivé la tenue 
à Avignon en 1909 du Congrès archéologique de France. A vrai 
dire, sa date a été avancée de quelques années : la Société fran- 
çaise d'archéologie avait projeté de tenir ses assises solennelles 
de 1909 dans le Périgord; mais les difficultés qui se présentèrent 
au dernier moment lirent qu'on dut se résoudre à un autre parti. 
Le signataire de ces lignes s'étant engagé à seconder le directeur, 
M. E. Lefèvi'e-Pontalis, surtout en rédigeant le Guide qui devait 
être distribué avant la première réunion, le Congrès d'Avignon fut 
presque improvisé. Faute de temps, le Ciiide ne put être complet; 
malgré cela, il compta plus de 200 pages in-8° et il eut la préten- 
tion de rénover l'histoire des principaux édifices décrits, romans 
ou gothiques. Le Congrès s'ouvrit à Avignon le 18 mai par la 
séance hal>ituelle d'inauguration. Après avoir étudié les monu- 
ments de la ville, il se transporta à Orange, Vaison, Saint-Paul- 
Trois-Chàteaux, Saint-Restitut, Villeneuve-lez-Avignon, Montma- 
jour, Saint-Gilles, Aiguesmortos, Arles, Cavaillon, Saint-Remy, 
Saint-Gabriel, Tarascon, Beaucaire, Venasque, Carpentras, Per- 
nes et le Thor. On trouvera peut-être que les huit jours consacrés 
à l'exploration d'un pays aussi riche que celui-ci, où se pressent 
tant d'édifices d'époques si diverses, étaient bien courts. Sans 
doute; ils suffirent cependant à faire apprécier la caractéristique 



CTTRONTOUE. 141 

de r-architecture et de la décoration. Et puis, avec le Guide com- 
plété et illustré, avec les nombreux mémoires archéologiques pré- 
sentés par les membres du Congrès, qui vont paraître incessam- 
ment, on aura le moyen d'approfondir davantage l'étude des 
divers monuments. Un Congrès suivi par deux cent cinquante ou 
trois cents personnes ne peut pas se livrer à un examen trop 
détaillé; il ne peut qu'enregistrer des résultats acquis, surexciter 
le zèle des savants locaux et préparer de nouveaux travaux. 

Celui d'Avignon a donné lieu à plusieurs publications : je cite- 
rai les Propos de Congressiste i, légèrement irrévérencieux, mais 
d'autant plus amusants, de M. Eugène Duprat, et le Congrès 
archéologique d'Avignon du 18 au 26 mai 1909, de M. L. Quarré- 
Prévost^. D'autre part, M. Jules Formigé, qui s'était fait l'aimable 
cicérone des visiteurs de la Chartreuse de Villeneuve (il en avait 
mesuré et dessiné les moindres constructions pour le service des 
Monuments historiques), a imprimé à cette occasion le Rapport 
descriptif qu'il avait rédigé sur ce monastère. Sa brochure com- 
plète heureusement le Guide, accompagné de notes historiques, 
que M. l'abbé L. Valla avait publié en 1908 sur Villeneuve-lez- 
Avignon. 

Le 25 juillet 1810, mourait à Avignon le D'' Esprit-Claude-Fran- 
çois Galvet, qui par testament léguait à sa ville natale sa « biblio- 
thèque pour la rendre publique, ainsi que ses cabinets d'histoire 
naturelle et d'antiquités ». Ce fut l'origine du Musée Calvet. Le 
centenaire de cet événement aiu'ait donc dû être célébré en 1010. 
On y avait songé; les préoccupations politiques ont été cause 
qu'on ne le fit point. Mais le projet a été repris et doit s'exécuter 
au printemps prochain. A celte occasion, la Société vauclusienne 
des x\mis des arts organisera une exposition rétrospective d'art 
provençal, et l'Académie de Vancluse couronnera les auteurs des 
meilleurs mémoires sur Calvet. Il est à souhaiter qu'il s'en trouve 
un qui démêle le caractère vrai de ce bi<'nfaiteur de la ville d'Avi- 
gnon. Car, pendant longtemps, on n'eut sur lui que l'opinion qu'il 
avait voulu lui-même imposer, en faisant valoir au mieux, dans 
son autobiographie, ses manuscrits et son testament, sa personne, 
ses œuvres et ses collections. Mais depuis l'époque où je publiais 
une étude sur lui (1891), de nouveaux documents ont été mis au 



L Revue du Midi, 1909, p. lIC 
'l. r.illft, Danel, 19I(l, in-«". 



142 ANNALES DU MIDI. 

jour (on les découvrira facilement dans le Catalogue des manus- 
crits de la Bibliothèque d'Avignon), qui donnent une impression 
assez dilïérente. Il eut des défauts et aussi des qualités, qui le 
rapprochent davantage du commun des mortels. 

Il fut surtout ennuyé par la création à Avignon d'une bibliothè- 
que publique formée avec les livres et manuscrits des établisse- 
ments religieux supprimés, car il voulait être le seul à en établir 
une. Aussi l'a-t-il dénigrée avec assez d'amertume. Tout ce qu'il 
a écrit, même dans son testament, n'em]3êche cependant pas qu'en 
1809 le Catalogue de celte bibliothèque fût achevé et que la salle 
de lecture fût fréquentée par un public à peine moins nombreux 
que celui d'aujourd'hui. Il est bon de le rappeler encore, car on 
l'oublie trop facilement. 

Sa fondation mérite grande reconnaissance, tant à cause des 
collections qu'il légua, qu'en raison des revenus qu'il lui assura 
pour son accroissement. Il est à regretter qu'on n'ait pas respecté 
sa défense formelle de mêler ses livres avec ceux de la bibliothè- 
que de la ville déjà existante et que la municipalité de 1820-1826, 
tournant la difficulté par une donation au Musée Calvet de ses 
collections beaucoup plus importantes (les manuscrits les plus 
précieux et presque tous les incunables en proviennent), se soit 
déchargée de ses devoirs. L'émulation qui aurait dû exister entre 
les deux établissements pour le plus grand profit du public fut 
supprimée: la ville ne se préoccupa que des économies à réaliser. 
Parfois même, elle mit à la charge de la fondation Calvet des 
dépenses que celle-ci n'avait pas à supporter. Par contre, les pres- 
criptions que Calvet avait édictées pour sa bibliothèque et dont 
plusieurs paraissent depuis longtemps quelque peu surannées, ont 
été appliquées à l'ensemble des collections et continuent à l'être. 
Il y aurait eu tant d'avantages à laisser à l'établissement munici- 
pal la plus grande liberté d'accommodation! Que l'on en juge par 
l'état extrêmement florissant des bibliothèques et des musées des 
villes voisines qui, dépourvus de dotation analogue, mais libres 
d'entraves, ont pu mieux compter sur l'initiative de leurs biblio- 
thécaires ou conservateurs. 

Pendant ces trois dernières années, le Musée Calvet, qui com-^ 
prend, comme on le sait, des .collections d'archéologie et d'art 
moderne aussi bien que des livres et des manuscrits, a continué à 
s'enrichir. .Je signalerai principalement la Vierge gothique de la rue 
Grande-Fusterie qu'il a recueillie. M. Joseph Girard nous a donné 



CHRONIQUE. 143 

en 1909 une édition nouvelle, entièrement refondue, du Catalogue 
de ses tableaux, aquarelles, dessins, etc. Q(iant aux manuscrits 
donnés ou acquis depuis la publication en 1902 d'un premier 
supplément au Catalogue, leur inventaire, rédigé par M. Joseph 
Girard et par l'auteur de ces lignes, va très prochainement être 
livré au public; il remplira la deuxième partie du t. XLIV du 
Catalogue général. Ces nouveaux manuscrits sont au nombre 
de 3<S6, ce qui porte le chiffre total à 4329 (la Bibliothèque d'Avi- 
gnon se trouve donc celle des Bibliothèques de province qui pré- 
sente le plus de numéros). On remarquera dans ce deuxième sup- 
plément les précieuses archives des Villeneuve-Martignan, des 
Levieux de r>averne, des Boulin de Valouse, plus une longue série 
de registres de notaires remontant à lo'tS et les dossiers de Charles 
Cottier, l'auteur des Notes historiques concerna7it les recteurs du 
comté Yenaissin, le cartulaire du prieuré de Montant, etc. 

Il me reste encore beaucoup de publications à signaler, mais, 
comme je dois me hâter, je ne ferai que les énumérer rapidement. 
C'est tout d'abord l'édition en trois volumes de l'ouvrage de 
J. Fornéry, Histoire du comté Yenaissin et de la ville d'Avi- 
gnon, qui a attendu prés d'un siècle et demi sa mise sous presse. 
Elle est due à iSI. L. Duhamel. Oserai-je dire qu'elle aurait rendu 
plus de services qu'elle n'en rendra, si elle avait été mise au point, 
rectifiée et complétée? Puis, c'est le livre attraj^ant, débordant 
d'admiration (ailmiration justifiée d'ailleurs) que M. André Hallays 
a consacré à Avignon et au comté Venaissin dans les Yilles d'art 
célèbres. Ensuite, l'ouvrage beaucoup plus littéraire que juste au 
point de vue historique et archéologique, intitulé, par I\I. André 
Godard, les Madones comtndines ^. 

Sur les antiquités du département, après les articles déjà cités 
de M. Eugène Duprat et ceux de M. Sautel sur Vaison, parus dans 
les Mémoires de VAcadémie de Yaucluse, j'ai plaisir à mention- 
ner l'important volume de M. Louis Châtelain sur les Monuments 
romains d'Orange, qu'il a décrits avec compétence, les articles de 
M. Salomon Reinach sur l'arc de Carpentras^ et sur la date de 
celui d'Orange^, enfin les magnifiques tomesl et U du. Recueil géné- 
ral des bas-reliefs de la Gaule romaine, par M. É. Espérandieu. 

1. Compte rendu dans les Annales du Midi, 1910, p. 57:3. 

2. Revue archéologique, 1908, juillet-août, p. 186. 

3. Comptes rendus des séances de l'. Académie des inscriptions et 
belles-lettres, 11)19, p. 5i;5. 



144 ANNALES DU MIDI. 

Les pages consacrées aux monuments de Vaucluse sont indispen- 
sables pour qui veut connaître notre région. 

Le livre de M. G. de Manteyer, La Provence du ier au XII« siè- 
cle, publié en 1908, est non moins utile. S'il est précieux par les 
éclaircissements qu'il donne sur les limites et les partages succes- 
sifs de la Provence et sur ses différents maîtres, il l'est encore plus 
pour la région d'Avignon, qui a été spécialement étudiée afin de 
montrer la subdivision des pouvoirs, l'élévation et la disparition 
des familles investies de l'autorité de vicomtes, juges, viguiers et 
châtelains. 

En même temps que cet ouvrage, paraissaient les Étals du 
comté Venaissin, de M. J. Girard et l'Avignon au XIIl^ siècle, 
dont il a déjà été question ; le recueil de documents du D^ Le Pileur 
sur La ProsliluLion du XIIl^ au XVIlIe siècle à Ayignon, dans 
le comté Venaissin et la Principauté d'Orange; l'Inventaire, par 
M. Jean Cordey, des archives des ducs de Crlllon conservées chez 
M. le marquis de Gramniont, l'Histoire, très incomplète et peu 
critique, par M. Antonin Rousset, de la ville el de la baronnie du 
Thor dans le comté Venaissin. 

Quelques mois auparavant, M. Robert Caillet avait donné un 
volume sur V Université d'Avignon et sa Faculté des droits an 
moyen âge [1303-1503), le Dr Th. Schrader avait tiré des comp- 
tes des agents envoyés par la ville de Hambourg à Avignon de 
très curieux renseignements sur les conditions de la vie en celte 
cité de 1338 à 1355; enfin M. J. Delmas avaitédité, non sans lacu- 
nes et sans erreurs, une Notice historique sur l'instruction pri- 
maire à Apt dp. 1377 à nos jours, et M. Horace Delaroclie-Vernet 
avait livré à l'Imprimerie nationale ses Recherches généalogiques 
sur Horace Vernet et sa famille. 

En 1909, M. Noël "S^alois, dans ses deux volumes Le Pape et le 
Concile [1418-1450) qui constituent une suite si heureuse à son 
Grand Schisme, écrivait des pages savoureuses sur le rôle tenu 
par la ville d'Avignon dans le conflit qui mit aux prises le pape 
Eugène ÏY et le concile de Bâle. Les Avignonais, ne se consolant 
pas d'avoir perdu la cour pontificale, avaient essayé d'attirer 
chez eux par compensation les Pères d'un concile oecuménique; 
mais leur conduite fut si peu adroite qu'ils durent perdre tout 
espoir. 

Au début de l'année 1910, M. Hyacinthe Chobault a soutenu 
avec succès devant le jury de l'École des chartes une thèse sur les 



CttRONIQtJË. 145 

Insiilulions municipales dans le comlé Venaissin, qu'il a em- 
brassées depuis les origines jusqu'en 1790. 

Énumérerai-je maintenant les nombreux articles qui ont paru 
dans divers périodiques sur la monnaie de Sorgues et le mon- 
nayage avignonais du pape Urbain VIII; ceux du D' Pansier sur 
les rues d'Avignon au moyen âge, la réorganisation de la Faculté 
de médecine de cette ville en 16U3, les médecins juifs d'Avignon 
aux xiiie, xive et xve siècles; de M. Julesde Terris sur la noblesse 
avignonaise et comtadine; de M. Marc Deydier, sur les œuvres 
d'art conservées en l'église de Gucuron; de M. Jules Belleudy sur 
des artistes du xviiie (Bitlechou, Duplessis) et du xixe siècle 
(V. Baslet, Paul Vayson); enfin, les publications dans lea Archi- 
ves de l'art français des documents sur les Vernet, les Mignard, 
Balechou, etc.? Mais on trouvera tout cela énuméré soit dans les 
dépouillements des Annales, soit dans la Bibliographie vauclu- 
sienne de M. Joseph Girard*. 

Au lecteur, maintenant, de juger si j'avais raison, au début de 
cette chronique, de signaler l'abondance, la variété et l'intérêt des 
travaux qui se publient sur le déparlement de Vaucluse. Si l'on 
songe que ce département est un des plus petits de France, qu'il 
ne possède pas d'Université ni même d'écoles spéciales, on esti- 
mera qu'il est peu de pays aussi privilégiés, mais aussi qu'il en est 

peu qui méritent autant leur bonne fortune. 

L.-H. Labande. 



1. Pour être complet, je me permettrai de signaler encore les articles 
intitulés : Les chartes de l'évéché et les évêques de Cavaillon au 
XIII' siècle, que j'ai publiés, en transcrivant les documents les plus im- 
portants, dans la Revue d'histoire de l'Église de France, 1910, p. S2, 
188 et 316; ainsi que le volume illustré que j'ai consacré à un des meil- 
leurs artistes de Vaucluse, Jules Laurens (Paris, libr. Champion, 1910, 
in-8»). 



ANNALES DU MIDI. — XX III 10 



VKKS ANNON(;iW SOMMAIREMENT 



AuDOUARD (J.). Un conflit entre le Parlement Maupeou et la 
sénéchaussée dWix [avril 1774). Paris, Daragon, 1909; in-8" de 
15 pages. (Extrait de la Revue de Provence et de Langue d'Oc 
juin-juillet 1909.) — Cet incident qui se rattache aux affaires du 
président d'Entrecasteaux, dont M. A. s'est fait Tliistorien, montre 
aux prises le lieutenant de la sénéchaussée crAix,qui avait refusé 
une communication de sacs de procédure à l'ordre des avocats et 
aux gens du roi, avec le Parlement Maupeou qui ordonne au lieu- 
tenant de faire la communication demandée. Le lieutenant déso- 
béit formellement, ce qui lui vaut une réprimande. C'est là un épi- 
sode des luttes qui accueillirent [lartout les nouveaux magistrats. 
]\I. A. le raconte d'après les documents des archives du Parlement, 
mais son récit intéressant donne parfois, en l'absence de réfé- 
rences précises, l'impression d'une œuvre d'imagination. 

Fr. Galabert. 

BouRCiEZ (E.). Éléments de linguistique romane. Paris. 
Klincksieck, 1910; in-12 de xxi-697 pages. — En attendant le 
compte rendu détaillé que nous espérons donner bientôt de ce 
livre, je crois utile d'en faire connaître les grandi s lignes et d'en 
signaler l'importance et la valeur. 

Il est divisé en trois parties : dans la })remière, l'auteur étudie 
le latin (ou plus exactement l'évolution qui fit sortir le latin popu- 
laire du latin classique); dans la seconde, les langues romanes 
considérées dans leur phase prélittéraire; dans la troisième, l'his- 
toire de ces langues elles-mêmes. Chacune de ces parties est divisée 
en cinq chapitres, où sont passées en revue les conditions histo- 
riques de leur développement, les sons, les mots, les formes, la 
phrase. C'est donc en somme, condensée en 700 pages et réduite à 
ses éléments essentiels, une grammaiie complète des langues 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 147 

romanes. Le moment était venu d'abréger ou de filtrer les grands 
ouvrages de Scliuchardt, de Mohl, de Meyer-Lûbke, de dégager 
les résultats positifs de tant d'études de détail. Nous nous réjouis- 
sons que ce soit chez nous que la tentative ait été faite, et consta- 
tons qu'elle a pleinement réussi : il est difficile de rêver un exposé 
plus méthodique, plus clair, plus attrayant. Cette clarté n'est pas, 
je me hâte de le dire, obtenue au prix de l'originalité. M. B., en 
effet, n'est pas un simple compilateur : fréquemment il s'écarte de 
l'opinion de ses devanciers; plus fréquemment il les complète 
(notamment dans les chapitres consacrés à la sémantique et à la 
syntaxe). Par son Précis de phonétique française , M. B. avait 
déjà rendu un grand service à nos études, en ajoutant à des 
manuels très recommandables un manuel éminemment commode 
et pratique; aujourd'hui il leur en rend un autre, plus signalé, en 
comblant une lacune qui était très vivement sentie. Je ne crois 
pas m'avancer beaucoup en prédisant que son livre se trouvera 
également sur la table des débutants, dont il facilitera les premiers 
pas dans une carrière jusqu'ici fort ardue, hi sur celle des profes- 
sionnels qui y recourront à chaque instant pour rafraîchir, pré- 
ciser, et, souvent aussi, pour enrichir leurs connaissances. 

A. Jeanroy. 

Cavaillés (H.). I. Note sur les syndicats de communes dans 
les vallées pyrénéennes. Paris, Imp. nationale, 1910; in-S» de 
11 pages. (Extrait du Bulletin des sciences économiques et socia- 
les du Coniiié des travaux historiques et scientifiques, 1908.) — 
II. L'association 2xislorale dans les Pyrénées. Paris, Rousseau, 
1910, in-S". (Extrait du Musée social, Mémoires et Documents, 
1910, pp. 45-80.) — La première brochure est une très intéressante 
et trop courte notice sur une curieuse institution due à la nécessité 
d'exploitei- un domaine collectif, pâturages, forêts, carrières. L'au- 
teur prend la plupart de ses exemples dans les Hautes-Pyrénées; 
il montre comment ces syndicats, qui se trouvent surtout dans les 
anciens pays d'Etats, correspondent à des vallées, des « pays » 
ayant une unité géographique, et sont la survivance des anciennes 
communautés qui s'étendaient sur toutes les paroisses (aujour- 
d'hui communes) de la vallée Partout où les biens de la vallée 
ont été morcelés entre les communes copropriétaires (surtout 
dans les pays d'élections), l'organisation syndicale a disparu. 

Une Commission syndicale composée de syndics élus par les 



148 ANNALES DU MIDI. 

Conseils mmiicipaux administre ces biens indivis, afferme les bois 
ou pi\tai-ages, eaux thermales (vallée de Barèges), fait faire les 
travaux nôcessairos, partage les bénéfices entre les communes. 
Les domaines indivis entre communes non administrés par un 
syndicat sont le plus souvent dégradés, tandis que les propriétés 
des syndicats, très bien entretenues, donnent de gros revenus. 
Nous avons déjà eu l'occasion, à propos d'une étude sur la mine de 
Rancié, de signaler un autre exemple dans l'Ariège de ces associa- 
tions de communes pour l'exploitation d'un bien collectif. 

Dans la seconde brochure qui se rattache à la môme question, 
M. G. étudie les syndicats destinés à entretenir et exploiter les 
canaux d'irrigation de la vallée de Gampan, et les associations 
laitières du pays de Foix, du Saint-Gironnais et des Pyrénées 
occidentales. G'est toujours la même survivance d'anciennes insti- 
tutions, due à des nécessités économiques et géographiques et 
reposant, en ce qui concerne les irrigations de Gampan, sur des 
actes du xvi^ siècle. M. C. donne sur toutes ces questions d'inté- 
ressants détails peu connus, notamment sur l'organisation des 
troupeaux communs dans les pâturages de la haute montagne, sur 
la fabrication des fromages par le berger « majorai », etc. — Gf. un 
récent article de M. Gavaillès, Une fédéralion pyrénéenne sous 
l'ancien régime. Les traités de lies et de passer les (Rev. histori- 
que, t. GV, pp. 1 et 241). Fr. Galabert. 

Correspondance de Bory de Saint-Vincent, p. p. Ph. Lauzun. 
Agen, impr. moderne, 1908; in-S» de 360 pages. - Que de nos 
jours un jeune homme rédige, à dix-huit ans, des mémoires de 
botanique, qu'à vingt et un ans, sous un haut patronage, il soit 
attaché comme botaniste à une expédition autour du monde et en 
profite pour explorer l'Ile de France, Bourbon, Sainte-Hélène, les 
Ganaries, qu'il se lie d'amitié avec des savants notables ou illus- 
tres, et nous verrons en lui un futur professeur au Muséum ou à 
la Sorbonne, un futur académicien. Bory de Saint- Vincent, né à 
Agen en 1778, fut en effet un savant précoce, correspondant de 
l'Institut dès 1802, mais aussi un capitaine de dragons, qui prit 
une part continuelle aux grandes guerres de l'Empire; car Tar- 
mée alors attirait à elle toutes les forces vives de la nation. De là, 
dans sa vie et dans ses lettres, un singulier mélange de curiosité 

1. Cf. Aiviales, t. XXI, p. 521 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 149 

scieiitiûque toujours éveillée et d'esprit guerrier, parfois soldates- 
que. II herborise sous les balles; c'est en courant après les enne- 
mis en déroute qu'il va visiter les établissements scientifiques de 
Vienne, de Berlin; l'invasion française en Espagne — où il resta 
de 1809 à 1813 — lui fournit l'occasion de la première description 
géographique valable de la péninsule. A Berlin, en 1806, le fameux 
naturaliste Wildenow le reçoit comme un Linné; malheureuse- 
ment le fils du savant prussien, ayant tiré par hasard le sabre du 
Français, le voit encore sanglant; ce fâcheux spectacle jette un 
fioid, et l'on manque de se brouiller : « II ne conçoit pas com- 
ment je suis militaire», écrit Bory de Saint-Vincent. 

Aventureux, insouciant jusqu'à l'imprudence, toujours endetté 
— il prit en 1825 pour trois ans le chemin de Sainte-Pélagie, — 
mari déplorable, mais véritable charmeur, séduisant par la variété 
de ses dons et par une aptitude élonnante à parler à chacun le 
langage qui convient, avec cela homme de son temps par l'irréli- 
gion voltairienne et l'esprit révolutionnaire, il mourut colonel 
d'état-major et membre de l'Institut. En 1828, il avait dirigé la 
mission scientifique de Morée; en 1834 et années suivantes des 
missions en Algérie. 

En quoi intéresse-t-il le Midi? D'abord par ses origines et son 
éducation première, par ses relations et de vives amitiés, notam- 
ment avec le médecin landais Léon Dufour, à qui la plupart des 
présentes lettres sont adressées; puis par son rôle pendant et 
après la retraite en France de Soult, qu'il admirait. Après la 
bataille de Toulouse, il se rend à Agen, y organise une force 
armée, y maintient la paix, si bien qu'aux Cent jours il est nommé 
député de Lot-et Garonne. Il était libéral, partisan d'une constitu- 
tion limitative du pouvoir impérial, mais nettement bonapartiste, 
f irt hostile aux alliés et aux Bourbons qu'ils ramenèrent. Aussi, 
de 1815 à 1820, sa vie se passe-t-elle en exil, principalement aux 
P.jys-Bas. Il est traqué par la police, obligé à certain moment pour 
lui échapper de se réfugier dans une carrière abandonnée, près de 
Maéstricht. La révolution de .Juillet lui valut derechef, de ses 
concitoyens, un mandat de député qu'il ne garda pas, ayant mieux 
à faire (1831). 

Nous devons à M. Lauzun de vifs remerciements pour les très 
intéressantes lettres qu'il a réunies, éditées, et pour l'excellente 
préface qui précède sa publication. 

Paul DOGNON. 



150 ANNALES DU MIDI. 

Delabordr (H. -François). Elude sur la conslilution du Trésor 
des Charles. Paris, Pion, 1909; in-4o de 4-cgxxiv pages. — Le Tré- 
sor (les Chartes est sans doute le fonds le plus célèbre parmi ceux 
qui constilueiit aiijoiu'd'hui les Archives nationales. 

« Mais, pour le bien connaître, il faut de longs travaux, » 

disait vers 1790 un des commissaires du Bureau des titres préposés 
à son classement. Ces longs travaux, M. Delaborde les a entrepris 
et menés à bonne fin. Il en a donné le résultat en un volume in-4'' 
de plus de deux cents pages, qui constitue une magistrale intro- 
duction à la publication du Supplément des layettes du Trésor des 
chartes. Nous sommes désormais fixés sur le rôle joué par tous 
ceux qui, depuis Pierre d'Etampes et Gérai'd de Montaigu jusqu'à 
Dupuy et Godefroy, ont travaillé à l'inventaire et au classement 
des pièces conservées à la Sainte-Chapelle. Si les pays de langue 
d'Oc ne paraissent avoir fourni aucun garde au Trésor — à l'excep- 
tion de Pierre Julien (1325-1333), qui était de Poitiers, — certaines 
séries de documents relatifs au Midi sont venus, à une époque 
ancienne, grossir le fonds des archives royales. A ce litre, indé- 
pendamment de l'intérêt qu'il présente pour l'histoire de France 
en général, le volume de M. Delaborde devait être signalé ici. En 
12G9, les actes concernant les domaines du roi en Languedoc firent 
l'objet d'un travail de classement effectué par Barthélémy de 
Pennautier, juge mage de la sénéchaussée de Carcassonne. Ces 
actes étaient nombreux, puisqu'on laissa de côté les titres non 
scellés, et qu'il se trouva encore plus de trois cents pièces pour- 
vues de leurs sceaux, que Barthélémy répartit en six coffres. Une 
transcription de ces documents, exécutée peu de temps après ce 
classement, et aujourd'hui contenue dans le registre JJSO'^, servit 
de base au Regislrurn curie dont la composition a jadis été étudiée 
par A. Molinier. En 1271, la mort d'Alfonse de Poitiers réunissait 
,e comté de Toulouse au domaine royal, mais il ne semble pas que 
toutes les archives du défunt aient été immédiatement centralisées 
à Paris. Si le transfert fut effectué pour celles de l'Agenais, du 
Quercy ou du comté de Poitiers, celles du Toulousain même 
paraissent être demeurées beaucoup plus longtemps dans le Midi, 
Jusqu'à la fin du règne de Jean le Bon. R. Poupardin. 

Fage (R.). L'église de SoUgnac. Caen, Delesques, 1910; in-8 
de 34 pages. (Extrait du Bull, monumenlal.) — Cette étude 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 151 

ai'cliéologiquu d'une des plus importantes églises romanes du 
Limousin, laissera peu à dire à quiconque s'occupera désormais 
du même sujet. Si l'auteur n'a pas précisé certaines dates essen- 
tielles, c'est que les documents ne le permettent point; s'il ne se 
prononce pas nettement sur certains points de technique, c'est 
que les éléments d'information lui manquent. Et c'est bien là la 
vraie méthode historique. Les huit photographies ou dessins qui 
accompagnent le texte donnent au monument, dans l'esprit du 
lecteur, une réalité qu'il n'avait point dans la notice, excellente 
mais pourtant vieillie, que l'abbé Texier a publiée sur Solignac 
il y a une soixantaine d'années. J'ajoute que cette étude si compé- 
tente est précédée d'un court résumé de l'histoire de l'abbaye 
depuis saint Eloi. Mais peut être quelques-unes des dates données 
par M. R. F. pour les faits antérieurs à l'an mil paraîtront-elles 
suspectes aux modernes éditeurs des Annales carolingiennes. 

A. Leroux. 

J. FouRNiER. La Chambre de commerce de Marseille d'après 
ses ai-chives hisloriques. Marseille, Barlatier, 1910; in-4o de 
47 pages et 7 planches. — Nous avons eu déjà l'occasion de signa- 
ler la conférence faite par M. Fournier le 16 décembre 1909 au 
sujet des arcljives de la Cliambre de commerce de Marseille (ju'il 
est en train de classer et de cataloguer i. Cette conférence vient 
d'être luxueusement éditée par les soins de la Chambre de com- 
merce. On y trouvera non seulement l'historique de la Chambre 
de commerce de Marseille, la plus ancienne de France, puisqu'elle 
s'est constituée le 5 août 1599, sous forme d'une commission spé- 
ciale de quatre députés formée au sein du Conseil communal. 
En 1017, on adjoint à ces quatre députés renouvelables par moitié 
chaque année, huit assistants qui participent aux délibérations. 
C'est seulement en 16Û0 que la Chambre de commerce, compreiuint 
quinze députés, reçoit sa forme définitive et, séparée du Conseil 
de ville, jouit d'une entière indépendance. Sur l'exemple donné 
par Marseille, la royauté, en 1701, établit des Chambres de com- 
merce dans les principales villes de France. Après ce court histo- 
rique, M. F. montre le triple rôle de la Ghaml)re de commerce de 
Marseille : rôle consultatif, rôle administratif, rôle d'intervention 
et d'arbitrage, et donne enfin un aperçu de la richesse de ces archi- 

1. Voir les Annales du Midi, 1910, p. 5G3. 



152 ANNALES DU MIDI. 

ves pour l'histoire du commerce français dans le bassin de la 
Méditerranée, dans le Levant plus particulièrement. On pourra se 
rendre compte de ces richesses, à peine soupçonnées jusqu'à pré- 
sent, lorsque paraîtra le premier volume du catalogue auquel 
.M. F. travaille présentement. 

V. L. BOURRILLY. 

FozTÈRES (B. de). La chapellenie de la Trellhe en l'église Saint- 

Geniès de Lodève (1462-1789). Le Vigan, imp. Bausinger, 1910; 

in-8o de 24 pages. — C'est l'histoire d'une fondation faite en 1462 

]iar .lean de la Trellhe, chanoine, neveu d'un évêque de Lodève- 

Les 800 livres consacrées au service de cette chapellenie sont pla. 

cées sur diverses communautés moyennant une rente perpétuelle 

annuelle qui n'est pas toujours payée. Curieux détails à ce sujet 

ainsi que sur la démolition du jubé et des chapelles de l'église au 

xviiie siècle; liste des chapelains. D'après les archives privées de 

l'auteur. 

Fr. Galabert. 

Gerig (John-L.). Le Collège de la Trinité à Lyon avant 1540, 
avec une notice sur Jean Raynier dWngiers. Paris, 1910; petit 
in-4'' de 36 pages. (Extr.'de la. Revue de la Renaissance.) — Très 
intéressante histoire du collège à partir de 1530 (pour la période 
antérieure, v. Rev. de la Renaissance, 1908); elle est pleine de 
détails curieux sur l'enseignement et sur les humanistes d'après les 
documents des archives communales toujours indiqués avec exacti- 
tude. Les échevins de Lyon ne prennent guère soin du collège, logé 
prés d'une fonderie de canons dont le bruit des marteaux couvre la 
voix des professeurs; les écoliers n'ont ni bancs ni sièges et doi- 
vent s'asseoir « stu* des bottes de paille, les cartons sur les genoux 
et l'encrier pendu à la ceinture. )> I^es échevins font venir de ]NL\con, 
pour remplacer Canappe, le régent du Verger, auteur d'une gram- 
maire latine célèbre au xvF siècle, qui au bout d'un an abandonne 
Lyon, vu que l'on n'y tient aucun compte de ses plaintes. Raynier, 
qui le remplace et attire à Lyon de nombreux élèves, quitte aussi 
la ville. Claude de Cublize s'attache alors des mailres de premier 
ordre qui rendent célèbre le collège; mais la discipline se relâche, 
et six ans après, un meurtre s'étant commis dans le collège, les 
échevins remplacent Cublize par Aneau. Sur tous ces humani.'stes 
et sur leurs œuvres, notamment sur Raynier et ses amis, Dolet, 
Bigothier, Boyssonné, professeur de droit à Toulouse et conseiller 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 153 

au Parlement de Ghambéry, etc., M. G. donne des détails abon- 
dants avec de nombreuses citations; ces citations sont d'ailleurs 
insérées dans le texte d'une façon qui n'est pas toujours très heu- 
reuse et les fautes d'impression y sont assez fréquentes. 

Fr. Galaberï. 

G[GOBD (E. de) S. J. Les Jésuites d'Aubenas (1601-1762). Paris, 
Picard [1910] ; in 8o de 504 pages, une carte, 2 plans et 22 gravu- 
res. — Un premier état de cet ouvrage avait paru de 1904 à 1907 
dans la Revue du Yivarais. Il en a été rendu compte ici-môme V 
L'auteur a remanié son travail; il l'a allégé de certains détails, en 
les supprimant ou en les rejetant à la fin du volume; il l'a d'au- 
tre part augmenté et a continué jusqu'à nos jours l'histoire du 
collège d'Aubenas ; il a rendu l'ensemble plus clair en modifiant 
la division des chapitres; il a enfin renouvelé l'illustration, et 
nous expliquerons tout à l'heure pour quelles raisons il convient 
de l'en féliciter. 

Nous croyons que le P. de G. a épuisé toutes les sources où il 
pouvait trouver des renseignements sur son sujet; il en a cherché 
jusqu'à Rome et il a dépouillé lui-même, outre les archives dé- 
partementales de l'Ardèche et municipales d'Aubenas, celles de 
l'évêché de Viviers et un certain nombre de collections particu- 
lières. Cette abondance de documents pourrait sembler parfois 
excessive, et l'on serait tenté d'y voir un effet de la piété filiale de 
l'auteur pour son sujet; mais l'ouvrage est parfaitement digéré, il 
est écrit dans un style sobre et agréable, et la lecture en est facile. 

Les Jésuites apparurent à Aubenas de 1588 à ICOl, comme mis- 
sionnaires envoyés par le collège de Tournon. Ils y étaient appe- 
lés par le marquis de Montlor, seigneur d'Aubenas. L'événement 
le plus saillant de cette première période est le martyre du P. Sa- 
lez et du F. Sautemouche. Le P. de G. s'est contenté de résumer 
à ce sujet les travaux de MM. J. Blanc et Mazon et de reproduire 
en appendice quelques pages de ce dernier. 

C'est le marquis de Montlor qui obtint, en 1601, la fondation de 
la résidence. Le collège, établi en 1603 dans une maison donnée par 
le cardinal de Joyeuse, ne fut d'abord qu'un très motleste établis- 
sement, qui ne comprenait que deux classes de grammaire. En 
1617, une troisième classe fut ajoutée, grâce à une rente de 200 li- 

1. Annales du Midi, XVII, 273; XVIII, 256; ot XIX, 308. 



154 ANNALES DU MIDI. 

vres as'^urée par le clergé et les notnbles d'Aubenns, et grâce sur- 
tout au don du prieuré de Sainte-Croix-sous-Aubenas, qui fut uni 
au collège par une bulle de Paul V, de la même année. Dès lors, 
le P. Général Mutio Vitelleschi consentit à transformer la rési- 
dence en collège (16'2t). Un acte du 17 septembre 1638 et une let- 
tre du P. Général, du 24 juin 16'i4, reconnaissent à Marie de 
Montlor, maréchale d'Ornano, le titre de fondatrice du collège 
d'Aubenas. 

L'auteur établit avec raison que la réalité est un peu différente : 
Marie de Montlor, qui tint à se faire décerner le litre de fondatrice 
du collège, n'en a été que la bienfaitrice. Sa sœur Marguerite de 
]\Iontlor, femme de François d'Ornano-Mazargues, ne fut guère 
moins généreuse, et, plus qu'elles encore, le pays de Vivarais, 
par l'organe de ses Etats, témoigna d'une grande libéralité à 
l'égai'd des Jésuites d'Aubenas. 

Sur l'église du collège, monument d'un goût peut-être discuta- 
ble, mais intéressant par son unité de stj'le et précieux dans un 
pays si pauvre en œuvres d'art, le P. de G. donne un excellent 
chapitre. Après avoir montré (p. 156, p. 183 et suiv.) que la maré- 
chale d'Ornano ne fit pas construire l'église, il met en relief les 
deux hommes « qui ont occupé la plus grande place dans ce col- 
lège depuis son origine jusqu'à sa suppression » : le P. François 
Deydier et le P. Antoine-Hercule de Rochecolombe, qui apparte- 
nait à la maison de Vogué. Ce dernier fut l'architecte de l'église. 
La première pierre en fut posée le 7 mai 1659. Les i)eintures du 
dôme et des voûtes sont l'œuvre de François Sevin^, peintre de 
Tournon (p. 195), qui les exécuta vers 1064. Trois autels en bois, 
remarquables par leurs sculptures, furent exécutés assez long- 
temps après; le P. de G. n'a trouvé de renseignements que sur 
l'un de ces trois autels, celui de saint Ignace : le principal auteur 
des riches boiseries qui l'ornent est un sculpteur du Puj', nommé 
Crouzet, qui vint à Aubenas en 1719 (p. 254). Le collège lui-même 
fut reconstruit en 1731 et 1732. 

Bien que l'auteur se plaigne de la pauvreté de ses documents 
touchant l'histoire littéraire du collège, il donne sur l'enseigne- 
ment, la bibliothèque, le service médical et même sur la cuisine 
des détails qui, pour être brefs, n'en sont pas moins d'un véritable 
intérêt. 

1. Cf. les articles de M. E.-L.-G. Charvet, sur la vie et l'œuvre des 
peintres Sevin, dans la Revue du Vivarais (1891-1890). 



LIVRES ANNONCÉS SOM^FATREMENT. 155 

Après l'expulsion des Jésuites (1763), le collège fut administré 
par des ecclésiastiques ; la Révolution en lit une école primaire où 
l'on conserva seulement les professeurs nécessaires pour recevoir 
« les jeunes citoyens... sachant déjà épeler les mots, v Réorganisé 
en 1803 avec une direction presque constamment ecclésiastique, le 
collège retrouva son ancienne prospérité. Remplacé en 1852 par 
un petit Séminaire, une école de Frères y fut installée peu après 
(1866) et céda elle-même la place à une école municipale de filles 
(1879), qui fut établie ailleurs en 1904. Le collège fut depuis lors 
laissé à l'abandon, l'église étant soustraite au culte dès 1898. 

Depuis la publication de l'ouvrage du P. de G., la municipalité 
d'Aubenas a décidé la démolition totale de l'église et du collège. 
Les boiseries ont été déposées dans l'église paroissiale (et il faut 
souhaiter qu'on les y laisse définitivement) ; mais les fresques de 
François Sevin disparaîtront. Le P. de G., qui vient de nous don- 
ner une histoire définitive du collège d'Aubenas et de son église, a 
donc été bien inspiré en faisant reproduire les boiseries et surtout 
les peintures de cette église. Les regrettables événements présents 
donnent aux excellentes illustrations ' de son livre une réelle va- 
leur documentaire. A. Le Sourd. 

Lamouzéle (Ed.). Essai sur l'administration de la ville de 
Toulouse à la fin de V Ancien Régime (1783-1790). Paris, V. Giard 
et E. Brière, 1910; in-S» de 138 pages. — Suivant les indications 
de l'auteur lui-même, ce travail est tiré de la seule étude des cinq 
volumes intitulés : Tableaux de V administration municipale de 
la ville de Toulouse et contenant les procès-verbaux des Conseils 
et des Commissions pour les années 1783 à 1790. Cette source 
officielle est assurément très précieuse; mais on peut regretter 
qu'elle ait été la source unique de M. L. Il est probable, en efïet, 
qu'en publiant ces documents, les capitouls ne s'appliquaient point 
à y montrer les mauvais côtés de leur administration. Et en admet- 
tant qu'ils n'y ont inséré que des vérités, leur témoignage aurait 
gagné à être confirmé par ailleui-s. 

L'organisation municipale de Toulouse avait, dit M. L., son 
principe dans l'arrêt du 26 juin 1778. Peut-être eût-il fallu ajouter 
que cet arrêt fut successivement modifié par ceux du 8 janvier 1780, 

1. Ce sont des phototypies, plus grandes et plus nettes que celles qui 
avaient paru dans la Revue du Vivarais ; la reproduction des fresques 
de la coupole est particulièrement remarquable. 



156 ANNALES DU MIDI. 

du 2 février 1781 et du 25 octobre 1783. (M. L. a cité, sans doute par 
erreur, à propos de la durée des pouvoirs capilulaires, un arrêt du 
6 octobre 1783.) La période qui va de 1778 à 178ifut assez agitée à 
Toulouse, et les arrêts que nous venons de rappeler méritaient d'au- 
tant plus d'être cités qu'ils étaient destinés à résoudre les très gra- 
ves questions des rapports des dilïérentes classes entre elles et de 
l'administration municipale avec le Parlement. 

C'est le fonctionnement habituel de cette administration renou- 
velée que M. L. nous a montré dans son étude, et cela ne manque 
certes point d'intérêt. On y voit le mécanisme électoral, le manie- 
ment des finances; à retenir dans ce chapitre l'intéressante ques- 
tion des octrois, la situation spéciale de Toulouse devant la taille, 
les exemptions de charges, etc. Le chapitre des travaux publics 
nous offre un utile tableau des bâtiments communaux à cette 
époque, ainsi qu'un curieux programme de travaux; certaines 
questions de ce temps, telles que celles des eaux et celle des inon- 
dations de la Garonne sont encore, hélas! des questions d'aujour- 
d'hui. Notons aussi l'état de la voirie, la gestion du domaine privé 
communal, les différents modes de l'assistance publique, la part 
prise par la ville à l'instruction publique dans les quatre écoles 
paroissiales où l'on établit en 1785 les frères Ignoràntins, dans le 
Collège royal et celui de l'Esquile, à l'Ecole de chirurgie, à la 
Faculté de droit, à l'Ecole du génie et à l'Académie des arts. Vien- 
nent ensuite les différents services de la police, de l'éclairage ou 
« illumination » de la ville, des incendies, des marchés, un des 
principaux soucis des capitouls. Un exposé des litiges qui occu- 
paient alors l'administration municipale, la description de quel- 
ques fêtes, l'intervention des capitouls en 1788 eu favevu- des 
parlementaires, leur attitude en 1789, la transmission des pouvoirs 
en 1790 terminent cet intéressant travail. La conclusion en est 
assez favorable aux administrateurs de jadis. Peut-être cela tient-il 
un peu à ce qu'on n'a entendu que leur propre témoignage i. 

L. DUTIL. 

Monumenla Gernianiae hislorica. Scriptovuni reruni Mero- 
vingicarum, tomus V. Hanovre et Leipzig, Hahn, 1910; gr. in-4o 



I. Un travail fait d'après les sources, et qu'il aurait été facile à M. L. 
de consulter, est le suivant : L. Dutil, L« réforme du capitoulat toulou- 
sain au XVIII' siècle {Atinales du Midi, 1907, pp. 306-63.) — N. D. L.R. 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 157 

de viir-834 pages et ^2 pi. — Krusch et son nouveau collaborateui* 
Levison ont édité, dans ce cinquième et avant-dernier volume des 
écrivains de l'époque mérovingienne, vingt-six vies et passions 
d'évéques, moines et saints du vue siècle, avec le soin et la com- 
pétence qui distinguent toutes les publications des Momcmenta 
Germanine. La plupart de ces textes se rapportent au centre, au 
nord et à l'est de la France. La région méridionale a fourni les 
vies de saint Ménélé, abbé de Ménnt (Puy-de-Dôme), de saint 
Erembert, évêque de Toulouse, du roi des Wisigoths Wamba ; la 
passion de saint Praejectus, martyr et évoque d'Auvergne; la vie 
de Vincentianus, de Saint-Viance (Corrèze), dont Le Cointe et 
Mabillon n'avaient publié que des fragments et qui est éditée pour 
la première fois en entier d'après le manuscrit de Glermont. 

Ch. Lécrivain. 

PiHEiN (André). La seigneurie de Montfovt en Iveline, depuis 
son origine jusqu'à son union au duché de Bretagne (xe-xive siè- 
cles). Paris, Champion, 1910; in-S» de 364 pages. — La monographie 
consacrée par INI. Pihein à un chapitre de l'histoire féodale de l'Ile- 
de-France n'intéresse pas en principe les lecteurs des Annales du 
Midi. 11 peut être cependant utile de la leur signaler comme four- 
nissant des notices précises sur divers membres d'une famille dont 
les destinées se trouvèrent mêlées durant quelques années à celles 
des pays de Langue d'Oc, et comme apportant quelques additions 
au catalogue d'actes de Simon et d'Amauri de Montfort jadis 
dressé par A. Molinier. 11 s'agit, du reste, surtout de documents 
intéressant les possessions septentrionales de ces deux personnages. 
Sans doute, aussi, des méridionaux n'estimeront-ils pas que 
« l'anarchie morale et religieuse dans laquelle sombrait la civili- 
sation mériilionale nécessitait une prompte et énergique lépres- 

Sion. » R. POUPARDIN: 

Yie du R. P. Charles Frémon, réformateur de V ordre de 
Grandmonl el premier vicaire général des religieux reform.es 
du m,ê7ne ordre, par J.-B. Rogheas, religieux de son observance. 
P. p. M. le chanoine A. Lecler. Limoges, Ducourtieux et Goût ; 
in-8o de viii-432 pages {Archives historiques du Lim,ousin, série 
ancienne, t. XI, 1910). — Cette publication d'un manuscrit de la 
Bibliothèque communale de Limoges sera bienvenue auprès de 
tous ceux qu'intéresse le mouvement monastique du xviie siècle. 



158 ANNALES DT- MIDI. 

L'œuvre du P. Rochias n'est pas seulement une biographie de 
Ch. Fréinon (1611-89) écrite par un de ses contemporains, d'un 
style assez clair, sans recherche du merveilleux, sinon de Tédifica- 
tion; c'est encore l'histoire de tout l'ordre de Grandmont à un 
moment critique de son existence, spécialement de la maison-mère 
et des « celles » d'Epoisses, Macheret et Vieux-Poux en Champa- 
gne, Grandmont-lez-Rouen en Normandie, Thiers et Chavanon en 
Auvergne, Bassy en Forez, Saint-Michel-de-Lodève en Langue- 
doc, etc. Le manuscrit de Limoges donne également les Statuts de la 
réforme en latin, imprimés à Lyon en 1692 (pp. 3(38-406 de l'édit. 
Lecler) et quelques renseignements complémentaires sur Frèniou 
et ses successeurs rédigée vers 1724 (pp. 406-11). Enfin, M. Lecler 
a placé en tête du volume un résumé de la vie deFrémon et une 
liste des prieurs et abbés de Grandmont, de 1076 à 1787; à la fin, 
une longue note (pp. 412-22) sur la destruction de l'ordre de 
Grandmont au xviiie siècle, d'après l'ouvrage bien connu de Louis 
Guibert. — Cette publication est instructive, mais on doit regretter 
que l'annotation en soit si peu abondante, les tables si incom- 
plètes, les épreuves si mal corrigées, et que la nécessité s'impose 
d'une nouvelle collation du manuscrit et d'une étude critique sur 
le mode de composition de cette biographie. Qu'est-ce, en particu- 
lier, que cet « historien » de l'Ordre auquel Rochias renvoie à plu- 
sieurs reprises sans le nommer? Il y aurait aussi, au milieu de cette 
prose édifiante, bien des détails profanes à relever, entre autres 
celui où il est dit que Frémon changea la position première de son 
prieuré réformé de Thiers parce que la solitude et la tranquillité 
en étaient troublées par le perpétuel « caquet » des paysannes qui 
lavaient au voisinage (p. 205). Il n'y aurait à cet égard rien de 
changé au xx^ siècle. Ajoutons, pour la gouverne du lecteur, que 
Grandmont, situé aujourd'hui dans la commune de Saint-Sylvestre 
près Limoges, faisait partie de la Marche limousine, et non de 
l'Auvergne ni du Poitou, comme le répètent beaucoup de diction- 
naires, et encore moins de la Haute-Garonne, comme on le lit dans 
la Topobibliographie de M. Ul. Chevalier. Alfred LiiROUX. 



PUBLICATIONS NOUVELLES 



Arnaud d'Agxel (al)l)é G.). Les comptes du roi René, publiés 
d'après les originaux inédits conservés aux archives des Bouches- 
du-Rhône. T. III. Paris, Picard, 1910; in-H" de 517 p. 

Adhémar Labaume (G.-J. d'). Adliémar de Monteil, évêque du 
Puy, légat d'Urbain II, 1079-1098. Le Puy, inip. Peyriller, Rou- 
clion et Ganion, 1910; in-8'3 de iii-55 p. 

Angles (A.). L'abbaye de Moissac. Paris, Laurens, s. d. ; petit 
in-8o de 96 p^ges, avec grav. et plan {Petites monographies des 
grands édifices de la France). 

Balmain (J.). Les franchises et la communauté d'Aitou (Savoie). 
Grenoble, Rey. 1910; in-S" de 212 p. et plan {Collection d'études 
sur l'histoire du droit et des institutions dans le sud-est de la 
France par un groupe de professeurs et d'étudiants de l'Univer- 
sité de Grenoble, II). 

Benoit XII (1334-1342). Lettres communes analysées d'après les 
registres dits d'Avignon et du Vatican, par J.-M. Vidal, fin du 
t. Il; 5e fasc, t. III. Paris, Fontemoing, 1910; in-4o, pp. 457-72, 
1-160 {Bibliotlièqne des écoles françaises d'Athènes et de Rome). 

Brouillard (R.). Des impositions extraordinaires sur le revenu 
pendant la Révolution (contribution patriotique, emprunts forcés) 
et de leur application dans la commune de Bordeaux. Bordeaux, 
imp. Cadoret, 1910; in-S» de viii-210 p. 

Le capitaine Gerheaud (1773-1799). Les volontaires de la Creuse 
en 1791. L'expédition en Sardaigne. La captivité en Espagne. 
Occupation de Rome. Les campagnes d'Egypte et de Syrie. Docu- 
ments publiés et annotés par M. Mangerel, avec portr. et fac- 
sim. Paris, Pion, 1910; in-8o de xi-391 p. 

Cartulaires des abbayes d'Aniane et de Gellone, publiés d'après 
les manuscrits originaux. Cartulaire d'Aniane, par l'abbé Cassan 
et E. Mevnial. Tables des noms de personnes et des noms de lieux 
(2e et dernier fasc. des tables). Montpellier, Imp. générale du 
Midi, 1910: in-'io à 2 col., pp. 549-688 {Société archéologique de 
Montpellier). 



160 ANNALES DU MIDI. 

Caitulaire de l'nhhaye de Silvanès, p.p. P. A. Verlaguet. 
Rodez, Carrère, 1910; in-8° de xcvi-6'iO p., avec grav. et fac-sim. 
{Ardiives historiques du Roiiergne, I). 

Catalogue général de la librairie française, continuation de 
l'ouvrage d'Otto Lorenz. Tome XX (Table des matière.s des tomes 
XVill et XIX, 1900-1905, i" fasc. : A. — Egypte), et tome XXI 
(Période 19UG-1909, Isr fasc. : A. — Chamard), rédigés par D. Joa- 
BELL. Paris, Jordell, 1910, 2 vol. in-8» à 3 et 2 col. de 240 et 
240 p. 

Catalogne général des livres imprimés à la Bibliothèque natio- 
nale. Actes royaux, par A. Isnard. Tome Jer ; depuis l'origine 
jusqu'à Henri IV. Paris, Imp. nationale, 1910; in-8» à 2 col., 
col. i-ccxxii, 1-852. 

Catalogue général des livres imprimés de la Bibliothèque natio- 
nale. Auteurs, tome XLI : Dollfus-Drioux. Paris, Imp. nationale, 
1910 ; in-8o à 2 col., col. 1-1272. 

Chronique des règnes de Jean II et de Clharles V, p. p. R. Dela- 
chenal. Tome Je'-, 1350-1364. Paris, Laurens, 1910; in-S^^ de 352 p. 
{Les grandes Oironiques de France). 

Dictionnaire d'archéologie clirétienne et de liturgie, p. p. Dom 
F. Cabrol. Fasc. 21 : Catéchuménat-Cella. Paris, Letouzey et Ané, 
1910; gr. in-8o à 2 col., col. 2593-880, avec grav. et plans. 

Documents sur le soulèvement des paysans du Bas-Rouergue, 
dits « Croquants », au commencement du règne de Louis XIV, 
p. p. U. Cabrol. Rodez, Carrère, s. d.; in-16 de vni-203 p. [Bi- 
bliothèque aveyronnaise). 

EsPÉRANDiEU (E.). Recueil général des bas-reliefs, statues et 
bustes de la Gaule romaine. Tome III : Lyonnaise, Ire partie. 
Paris, Leroux, 1910; in-4o à 2 col. de vii-476 p. avec grav. 

Fay (Dr H. -M,). Histoire de la lèpre en France. I. Lépreux et 
cagots du sud-ouest. Notes historiques, médicales, philologiques, 
suivies de documents. Paris, Champion, 1910; in-8o de xxvi-786 
p. avec grav. 

Gadave (R.). Les documents sur l'histoire de l'Université de 
Toulouse et spécialement de sa Faculté de droit civil et canonique 
(1229-1789). Toulouse, Privât, 1910; in-8o de xiii-381 p. 

Gatian de Clerambault (E.). Le château de Tournoël (Auver- 
gne). Les seigneurs, le château, la seigneurie. Paris, 1910; in-4o 
de vi-308 p. avec planches. 

Le Gérant, Éd. PRIVAT. 



loulouse, Imp. Douladouke-Privat, rue S'-Korae, ?9. — 8904 



NOTES SUR LES TROUBADOURS 

GUILLEM ET GAUCERAN DE SAINT-DIDIER 



Il n'y a peut-être point de troubadours au sujet desquels 
les provençalistes aient commis plus d'erreurs et se soient 
contredits davantage les uns les autres. 

Jehan de Nostredame' et son neveu César ^ semblent faire 
mourir Guillem vers 1185, auprès d'Alphonse II, roi d'Aragon 
et comte de Provence, tandis que le Moine de Montaudon 
le montre vivant encore en 1194^. 

Millot^, se fondant sur la pièce El temps quan vei cazer 
foillas e flors (234. 10), en fait un poète de la seconde moitié 
du xiiio siècle, ignorant, sans doute, que le Dauphin d'Au- 
vergne avait vécu de 1150 à 1234. 

Diez% à qui la vie du Dauphin est connue, ainsi que le 
sirventés du Moine, replace Guillem au xii^ siècle, le fait 
chanter de 1180 à 1200, mais adopte, pour la pièce 234. 10, 
l'interprétation de Millot. Il enlève donc ce poème à Guillem 
et le donne à son petit -fils Gauceran, qu'il fait vivre ainsi 
à tort en 1265-1268. 

Millot est aussi suivi par Milà y Fontanals", qui formule 
pourtant quelques timides réserves; mais M. P. Meyer' adopte 
l'opinion de Diez et enlève même à Guillem le chant Aissi cum 
a sas faisws (234. 2), ainsi que les pièces 234. 8, 234. 13 
et 242. 3. 

' Les Vies des plus anciens poètes provensanx, etc., Lyon, 1575; p. 38. 

* Histoire et chronique de Provence, Lyon, 1G14; 2» partie, p. 134. 

^ Pièce J'ois Peire d'Alvergn'a chantât (cobla II). 

'• Histoire littéraire des Troubadours, 1774; t. III, p. 122. 

^ Lebcn und Werke der Troubadours, \'"' édition, pp. 329-32. 

^ De los Trovadores en Espana, pp. 197 et 240, note 20. 

"> Les Derniers Troubadours de la Provence, p. 2G. 

ANNALES DU MIDI. — XXIII. 11 



162 C. FABRE. 

Balaguer^ suit Milà y Fontanals et Diez, sans reproduire 
les réserves de son compatriote. 

Et depuis, tous les provençalistes, jusqu'à M. Anglade^, 
considèrent le problème comme délinitivement résolu. Cha- 
baneau seul met un point d'interrogation après l'attribution 
de 234. 10 à Gauceran de Saint-Didier^. 

Cependant, sur cette première question de dates et d'attri- 
butions, tout le monde se trompe. Si Diez voit à peu près 
juste en faisant écrire Guillem de 1180 à 1200, il a le tort 
de lui enlever la pièce 234. 10, qu'une lecture attentive et 
l'histoire auraient dû lui faire placer en 1180. Elle est même 
la seule pièce qui justifie d'une manière précise la mention 
de cette année -là. 

Mais Diez se trompe surtout en donnant ce chant à Gau- 
ceran, et en faisant ainsi vivre ce dernier troubadour en 1265- 
1268. Il était mort dès 1258. 

Je ne parle que pour mémoire de l'étude de Mandet^ Cet 
historien, toujours peu précis, a suivi Nostredame et fait vivre 
Guillem de 1160 à 1185^ Quant à Gauceran, il le mentionne 
simplement (p. 306) dans le tableau imaginaire d'une cour 
d'amour qui aurait été tenue au Puy en 1265, au milieu d'un 
cortège de poètes qui ont vécu les uns en 1170, comme Garin 
le Brun, et d'autres, comme Guiraut Riquier, plus d'un 
siècle après. 

Les provençalistes se sont aussi trompés sur le pays natal 
de Guillem. Nostredame avait bien vu qu'il était du Velay; 
Millot était du même avis, mais ni l'un ni l'autre n'avaient 
identifié la châtellenie de Saint- Didier. Les modernes se pré- 
occupèrent de la question. Raynouard (Choix, V, 207) trans- 
forma le mot Veillac des biographies en celui de Noalhac 
(= Nolhac). Mahn en fit autant dans ses Werke (II, 40), 

1 Los Trovadores, 2« édition, t. III, p. 72. 

2 Le Troubadour Guiraut Riquier, pp. 107 et 108, note 2. 

3 Biographies. Index. 

'' Histoire du Velay. — Récils du moyen âge. Le Puy, Marchessou, 
1861, t. III, pp. 237-248. 
^ La Mure et ses éditeurs faisaient aussi vivre Guillem de 1252 à 1285. 



NOTES SUR GUILLEM ET GAUCERAN DE SAINT-DIDIER. 163 

et Mandet admit cette interprétation avec d'autant plus d'em- 
pressement que Nolhac est à quelques kilomètres à peine de 
Polignac*. 

Ghabaneau rétablit le mot Veillac^; mais, trompé par 
DonioP, il assigna pour lieu d'origine à Guillem, au lieu 
d'une localité du « Velay » et de « l'évêché du Puy », Saint- 
Didier-sur-Doulon^, qui se trouvait en Auvergne et dans le 
diocèse de Clermont. 

Les indications des provençalistes ne sont pas moins con- 
tradictoires en ce qui concerne les autres personnages men- 
tionnés dans la biographie de Guillem et dans les razos de ses 
poèmes. 

Nostredame (Jehan), qui n'a pas su traduire les razos, 
a inventé un récit dramatique où la vicomtesse de Polignac 
n'est plus l'amante volontaire et d'un jour d'Hugo Marescalc, 
mais chasse celui-ci de son château pour préserver sa vertu, 
et l'envoie lever un « revenu en quelqu'une de ses places », 
où le malheureux fut « murtri » par les paysans du lieu. 

La vicomtesse elle-même n'est sûrement identifiée par per- 
sonne. Baluze^ suggéra qu'elle est la même personne que Na 
Saïl de Claustra : il n'avait trouvé dans ses documents qu'une 
sœur du Dauphin d'Auvergne et non deux. Maus'' répète im- 
perturbablement cette interprétation et écrit : 

vers 1181 , Éracle III, de Polignac, f 1201 ; 
après 1201 , Béraud 1<^'", de Mercœur. 



Na Saïl épousa 



1 Nolhac est un hameau de la commune de Saint-Paulien , chef-lieu de 
canton de l'arrondissemont du Puy. 11 est en vue et à cinq kilomètres de 
Polignac. 

2 Hisl. grnér. de Languedoc, édit. Privât, t. X, p. 272. 

3 H. Doniol, Les J'atois de la Basse-Aurergne. Editions de la Revue des 
langues romanes. M. Doniol était d'une famille originaire d'Auzon (arron- 
dissement de Brioude) et réclama Guillem pour sa petite patrie au lieu de 
le laisser en Velay. 

■* Aujourd'hui commune de IGOO hahitants, du canton de Paulliaguet, 
arrondissement de Brioude (Haute-Loire). 

•' Histoire généalogique de la Maison d'Auvergne, I, 05. 

''< Peire Cardenals Stroplienbau , Marhurg, 188i ; p. 93. La même opi- 
nion se trouve exprimée dans l'Art de véri/ier les dates et dans Dom Vais- 
sete, Ilist. gén. de Languedoc, édit. Privât, VI, 1)8. 



164 C. FABRE. 

Chabaneau* se rencontre, sans le savoir, avec Mandet et 
admet, comme Baluze, que la vicomtesse peut être, non une 
sœur, mais une belle -sœur du Dauphin. 

M. A. Restori- reprend l'examen de la question et voit dans 
la vicomtesse la Marqueza de la biographie et une sœur de 
Robert, Dauphin; mais il reste fort incomplet sur les dates 
et se permet une hypothèse séduisante en transformant Mar- 
queza en abbesse de l'Esclache en 1199. Quant à Na Saïl, 
M. Restori la fait mourir avant 1199, après l'avoir mariée 
en 1150-1160, Il la dit fille de Jeanne de Calabre, une dame 
purement imaginaire que Baluze, d'ailleurs, mariait à peine 
trois ans plus tôt, après 1147. 

On comprend que, devant de pareilles divergences, il soit 
utile de réunir en un faisceau très simple les preuves qui 
peuvent éclairer d'un jour sûr la biographie de Guillem, ainsi 
que celle de Gauceran, et permettre d'interpréter leurs œuvres. 

J'avais tenté l'entreprise dès 1905, dans une longue étude 
qu'avait bien voulu accueillir la Revue forézienne^. Mais ce 
périodique disparut avant que mon travail eût pu voir entière- 
ment le jour. Il manque surtout à cette première publication 
ce qui concerne Gauceran. D'autre part, le caractère de la 
Revue forézienne, qui excluait les recherches d'érudition, ne 
m'avait pas permis de mentionner les preuves avec une pré- 
cision suffisante. Enfin, depuis, des publications savantes 
nouvelles ont paru et fournissent quelques données qui 
m'étaient inconnues. 

Je résume donc ici, comme dans une simple table ana- 
lytique, tout ce qu'il est indispensable de connaître sur la 
question. 

Date de 1180. — Une date de la vie de Guillem, celle de 
1180, est fournie par la pièce 234. 10. Celle-ci, je l'ai démontré 

1 Hist. gén. de Languedoc, édit. Privât, X, 272, notes. 

2 A. Restori, Perla storia musicale dei Trovalari provenzali. Turin, 
fratelli Bocca, 1895; p. 70, note f. 

3 Voir les numéros de janvier (pp. 49-57), février (152-164), mars (233- 
242), et avril (307-312). 



NOTES SUR GUILLEM ET GAUCERAN DE SAINT-DIDIER. 165 

dans une étude concernant Pons de Chapteuil', est bien de 
Guillem. J'ajoute seulement à mes premières remarques une 
nouvelle preuve. La pièce ne peut pas être de son petit- fils, 
puisque celui-ci est mort au plus tard en 1258 (V. plus loin). 
D'autre part, la pièce ne peut être placée, à cause des noms 
propres qu'elle contient, qu'en 1180 ou en 1265-1268. La pre- 
mière date s'impose, et Guillem a prêché la croisade confor- 
mément aux instructions du pape Alexandre III, qui fit appel 
au monde chrétien en faveur de Jérusalem par deux lettres 
datées de Tusculum, le 16 janvier 1180'-. Guillem fut écouté 
dans le coin de terre où il écrivait: Gui II, comte du Forez 
(1137-1210), prit la croix à Citeaux, avec Gauthier II, évêque 
d'Autun, Richard de Dampierre, Guy de Conflans, Hugues 
de Coligny et « plusieurs autres ». Il passa la mer en 1182, 
s'illustra en Esclavonie (Palestine, région d'Ascalon), dans 
le fief confié à son neveu Guy de Lusignan, et revint en Europe 
en 1184^ 

Puisque Guillem est l'auteur de 234. 10, il faut lui rendre 
aussi la pièce Aissl cum a sas falssos (234. 2). M. P. Meyer la 
lui avait enlevée parce que « c'est une chanson purement 
religieuse, qui n'est guère dans la manière de G. de Saint- 
Didier ». 

Date de 1194. — Une seconde date est fournie par le 
sirventés bien connu du Moine de Montaudon. Ce sirventés 
est de 1104 {Jahrh., XIV, 12), et Guillem (cobla II) y est men- 
tionné comme encore vivant, chantant volontiers et ayant 
déjà produit une œuvre abondante : a chantar pro d'avinen, 
« il a [produit] beaucoup de chanter agréable. » (Leçon du 
ms. A.) 

Date de 1200. — Diez avait indiqué la date de 1200 comme 
celle de la fin de la carrière de Guillem, non parce qu'il avait 
trouvé la mention de la mort du troubadour, mais parce que 

1 C. l'^abre, Le troubadour Pons de Chapteuil, etc., Le Puy, Marchcssoti, 
1907; p. 25, note. — Cf. Annales du Midi, XIX, p. 151. 

2 L'analyse des deux lettres pontificales sn trouve dans Floury, Histoire 
ecclésiastique, t. XV, p. 493. Alex, epist., 59, 60. 

3 La Mure, Histoire des ducs de Bourbon et comtes du Fore:, édit. R. C, 
livre II, chap. iv, p. 160. 



166 C. FABRE. 

le sirventés du Moine de Montaiidon lui paraissait être de 
cette année-là. 11 se fondait, comme plus tard Philippson% 
sur la l'ohla qui concerne Folquet de Marseille, et ne fai- 
sait entrer ce troubadour au cloître qu'après la mort de 
tous ses protecteurs, dont le dernier indiqué était Ilichard 
Cœur-de-Lion (f 1199). Il faut conserver la date, mais pour 
une toute autre raison : un document que j'analyserai plus 
loin mentionne Gauceran comme baron de Saint- Didier, dès 
1200. 

Première conclusion. — Ainsi, Guillem écrit sûrement 
dès 11<S0 ; il écrit encore en 1194; il est certainement mort 
en 1200. 

Guillem était originaire de Vévêché du Pu;/ et haron de 
Saint-Didier-La Séauve. — La première partie de cette affir- 
mation est confirmée par la biographie du troubadour : 
Guillems de Saint-Leidier fous ries castellans de Veillac, de 
l'evescat del Poi Sainta-Maria. Elle l'est encore par la biogra- 
phie de son petit-fils Gauceran : Gaucerans de Saint-Leidier 
si fo de Vevescat de Velaic. La biographie de Pons de Ghap- 
teuil fournit une seconde confirmation : Pons de Capdueil si 
fo de Veveschat don fo Guillems de Saint-Leidier. Or, Chap- 
teuil est à 18 kilomètres à l'est du Puy, a toujours fait partie 
de l'évêché d'Anis et devint même propriété directe de cet 
évêché à partir de 1284. 

Dès lors, Guillem ne peut pas être originaire de Saint- 
Didier-sur-Doulon, comme le voulaient Doniol et Chabaneau. 
Saint-Didier-sur-Doulon (canton de Paulhaguet, arrondisse- 
ment de Brioude) était une localité de l'Auvergne et du dio- 
cèse de Glermont ; elle n'eut jamais de seigneurs particuliers 
et dépendait des chanoines-comtes de Brioude. 

Guillem était baron de Saint-Dider-la-Séauve- (chef-lieu de 

1 Der Momch von Montaudon, Halle, Niemeyer, 1873; p. 72. 

2 Le mot de La Séauve a été joint à celui de Saint-Didier pour les besoins 
de l'administration communale actuelle. La Séauve est un village de 
500 habitants, à trois kilomètres à l'ouest de Saint-Didier. Son nom lui vint 
d'une abbaye bénédictine de femmes appelée Silva Benedicta, dont on 
trouve des traces dès 1223 [Gall. Chr., II, 780). 



NOTES SUR GUILLEM ET GAUCERAN DE SAINT-DIDIER. 167 

canton de l'arrondissement d'Yssingeaux), sur les limites du 
Forez. Gela est certifié par les documents qui montrent son 
petit-fils Gauceran baron de ce Saint-Didier dès 1200. (V. plus 
loin.) 

Gette donnée acquise, nous avons trois autres dates delà 
vie de Giiillem. 

Date de 1165. — En 1165, le 20 juillet, dans une bulle ' 
datée de Montpellier, le pape Alexandre III (1159-1181) 
énumère les localités vassales de l'évéché du Puy, et men- 
tionne notre baron : hi quihus hic propriis duximus expri- 
menda vocahulis... ecclesiam et villam de Retornac, Linhio, 
ecclesiam Sanctœ-Sigolense, ecclesiam. de Bas, hurgwn et 
castrimi de MonistroP, ecclesiam et castrum sancti Desi- 

DERII ET QUICQUID W. SANCTI DeSIDERII IN EPISCOPATU AnI- 

ciensi habebat. La même mention se retrouve, avec les 
mêmes termes, dans une bulle du pape Glément IV, ancien 
évêque du Puy, en 1267, et cette fois le nom de Guillem 
(Guillermus) est écrit en toutes lettres. Le mot hahehat ne 
saurait laisser croire que le Guillaume dont il s'agit est mort 
avant 1165. Nous allons le retrouver dans un autre docu- 
ment, qui montre que le baron était devenu vassal des Poli- 
gnac et s'était ainsi soustrait à la suzeraineté de l'évêque qui 
protestait. 

Date de 1171. — Guillem est, en effet, mentionné de nou- 
veau dans un traité de paix conclu à Paris, le 31 juillet 1171, 
entre l'évêque du Puy, Pierre IV (1157-1189), et les vicomtes 
de Polignac, Pons III et Éracle III (celui-ci, fils du premier). 
Les vicomtes y renoncent à divers hommages, entre autres 
à celui du liaron de Saint-Didier ; Hominia, fidelitales et 
sacramenta qux ab hominihus episcopi exegerat vel acceperat, 
a Gtiillelmo scilicet Jordani et Guillelmo sancti Desiderii 

' Nova Gallia Christiana, II, 706. — A. Chassaing, Le Livre de Podio, 
Le Puy, pp. 76-78. — A. Jacotin, Preuves de la Maison de Polignac, I, 
sous la date du 20 juillet 1165. 

2 Je mentionne les localités de Retournac, Lignon, Sainte-Sigolènc, Bas 
et Monistrol, parce qu'elles forment un groupe qui a son éloquence : elles 
entouraient la baronnie de Saint-Didier, au nord, à l'ouest et au sud; seule 
la limite du côté du Forez n'est pas indiquée. 



168 C. FABRE. 

cl aliis quos episcojjus dicet ci, dimisit et quittavit et eos 
absolvil '. 

Dates de 1173 et 1174. — Le traité, conclu par les soins 
de Thibaud, comte de lUois et de Maurice de Sully, arche- 
vêque de Paris, est approuvé par Louis VIT (le Jeune), à Fon- 
tainebleau, en 1173-, et ratifié par le pape Alexandre III 
en 1174 ^ 

Conclusions. — Ainsi Guillem était déjà baron de Saint- 
Didier en 1165 et avait rendu hommage aux vicomtes de 
Polignac, Pons III et Éracle III. En 1171, les vicomtes 
renoncent à son hommage au profit de l'évêque. Il est visible 
que notre poète avait déjà l'âge d'homme à ce moment. Il 
était donc né au moins vingt ans avant 1165. Il mourra après 
1194, mais avant 1200. Le voilà donc nettement situé dans 
l'histoire de sa province et dans celle des troubadours. Il fut 
réellement le contemporain du Dauphin d'Auvergne (1169- 
1234), comme le veut sa biographie, et vécut, au moins, une 
cinquantaine d'années^. 

Identifions maintenant : i° le vicomte de Polignac dont 
Guillaume a aimé la femme ; 2" Na Saïl de Claustra ; 3° la 
marquise de Polignac. 

Éracle III, vicomte de Polignac. — Ce seigneur, que 
Mandet a confondu avec Armand II, le Grand (1112-1165), en 
était le petit-fils ; il était fils de Pons III (1165-1189), mais fut 
de bonne heure associé à l'administration de son père. Il est 
nommé pour la première fois dans une charte de 1169 ^ Il est 
conduit, par le roi Louis VII, et par la route de Montbrison et 

' Bibliothèque nationale. Baluze, 46, fol. 145-155. — Baluze, Hist. 
gcnéal. de la Maison d'Auvergne, II, preuves, pp. 66 et sq. — Reruni 
Gallicarum et Francicarum scriptores, XIV, pp. 465 et sq. — A. Jacotin, 
Preuves de la Maison de Polignac, I, charte 60. 

2 Baluze, ibid., II, 68. — A. Chassaing, Le Livre de Podio , I, 71-72. — 
A. Jacotin, ihid., charte 64. — Cf. Luchaire, p. 301, n» 639. 

3 Note de M. Jacotin. 

* C'est là un âge minimum. En 1200, son petit-fils lui a succédé à Saint- 
Didier et n'a pas de tuteur; il est donc âgé d'une vingtaine d'années. 

5 Baluze, preuves, II, 65. — A. Jacotin, Preuves de la Maison de Poli- 
gnac, I, à la date de 1169. 



NOTES SUR GUILLEM ET GAUCERAN DE SAINT-DIDIER. 169 

de l'abbaye de Savigny *, prisonnier à Paris : Ludovico, Dei 
gratta régi Francorum, quàndo rediil de Podio Sanctce Marix, 
cum secum duxit captos vicecomitem de Pollignac et filium 
Ejus Heraclium. 

Le traité de 1171 le mentionne à son tour avec son père 
et rappelle le nom de son grand- père Armand {Arnian- 
dus). 

Il est encore nommé, avec son père et l'un de ses frères, dans 
la charte suivante que je rapporte textuellement, parce qu'elle 
est en provençal et uniquement connue par une publication 
devenue très rare : 

« Noscant huniversi qu'eu, Pois, lo vescoms de Poauniac, 
doue a Deu et a la maiso del Temple tôt aquo qu'eu ei a Chan- 
tocn^^, ni om i a de me. Aiso a autreiat Erailz, sos filz, e' Nz 
Esteves^. Garentia : lo prior de Podemnac, Pons Truc e Poîis 
Chauderassa, e Dalmas de Fraisenet, Armans sirvens. E, per 
aiso donar e autreiar, escuseron rtii L marcx d'argent de la 
laissa de mon paire ^. » 

En 1179, Éracle saccage Brioude et Saint-Germain-Lam- 
bron% mais doit faire amende honorable à la collégiale de 
Saint-Julien le 31 août 1181, Ses méfaits et sa pénitence sont 
relatés tout au long dans une charte avec appendice que 
M. Jacotin a publiée dans les Preuves de la Maison de Poli- 



' Canton de l'Arbresle, arrondissement de Lyon. 

"- Il y avait deux Chanloen : l'un était en Auvergne, non loin de Clermont, 
et possédait un couvent que les Dauphins enrichirent (V. Jusfel et Baluze, 
preuves); l'autre était près du Puy, dans la commune actuelle de Bains, 
c'était un domaine de champs de blé et de pâturages. C'est de ce Chantoen 
qu'il s'agit. 

3 Estève (de Rochesavine, arrondissement d'Ambert, Puy-de-Dôme) était 
le frère d'Éracle; on lui en connaît un second, Hugues, qui devint chanoine 
de Brioude et doyen du Puy {Gall. Chr., II, col. 742). 

< La charte en parchemin se trouve aux arch. dép. du Rhône, fonds 
Ordre de Malte, (h-and prieuré d'Auvergne , rouleau Chantoin, n" 15. 
A. Chassaing, qui Ta publiée dans le Carlulaire des Templiers du Puy, 
Paris, Champion, 1882, charte I, lui donne la date approximative de 1170. 
Mais il est visible que les vicomtes de Polignac sont réconciliés avec 
l'Église; il est donc probable qu'elle est postérieure aux traités de 1171- 
1174. A. Chassaing rappelle, d'ailleurs, ces traités en note, mais en leur 
donnant aussi la date approximative de 1170. 

^ Chef-lieu de canton du Puy-de-Dôme, arrondissement d'Issoire. 



170 C. FABRE. 

r/uac (t. T, date, r51 août 1181-18 juillet 1201) '. Dans ce docu- 
ment, Guillaume (VII), comte de Montferrand, est qualifié 
de heau-ipère d'Éracle. 

Celui-ci est mort dès 1198. Cette année-là (juin), le Dauphin 
d'Auvergne cède à son fils, Pons YS (1198-1230), le château 
de Salazuit- (diocèse de Çlermont). Il traite Pons IV de 
vicomte et l'appelle son neveu. 

Le décès d'Éracle III est, d'ailleurs, indiqué dans l'appen- 
dice de la charte du 18 juillet 1201. 

Na Saïl de Claustra. — M. Marcellin Boudet a consacré 
à cette dame un chapitre de son étude sur les Mercœur 
(Revue d'Auvergne, 1905, t. XXII, p. 250 ss.). Il montre 
qu'elle était fille, comme le Dauphin, de Marquèze d'Albon et 
de Guillaume VII, et qu'elle est mentionnée pour la première 
fois en 1163. Elle est alors loin de son mari, Béraud III (1173- 
1219), qui la réclame. C'est elle qui fut aimée par Peirol, pro- 
bablement de 1183 à 1190. M. Boudet mentionne (p. 259) 
qu'elle se retira à Ventadour et y mourut en 1202. Baluze a 
vu à Tulle l'obituaire où elle est commémorée (p. 281). 

La marquise de Polignac. — C'est la femme d'Éracle III 
et l'amante de Guillem et d'Hugo Marescalc. On n'est pas 
définitivement fixé sur son nom. M. Jacotin ne le donne point 
dans les Preuves de la Maison de Polif/nac, mais m'a écrit, 
sans m'indiquer de référence sûre : « Elle s'appelait « Bélis- 
sende de Çlermont », et était lille de Guillaume VIT et de 
Marquèze d'Albon. » Ce nom de Bélissende a été signalé aussi, 
sans indication de référence, par Ghabaneau ^. Guillem semble 
confirmer le nom dans le chant Aissi cinn es bella cill de cui 
chan (234. 3) en jouant sur la première syllabe : Vuoill mas 
cohlas tofas movan en bel (v. 4). En tout cas, son nom de 
Marqueza, qui est aussi celui de sa mère, et que fournit le 
manuscrit E, n'est plus contesté. Chabaneau et M. Restori 



' Baluze, II, 63. - Gall. Christ., II, Instrumenta, 134-136. 

- Aujourd'hui Salzuit, canton de Paulhaguet, arrondissement de Brioudc, 
Haute-Loire. 

3 Le nom de Bélissende a été signalé par Justel et rappelé par Baluze. 
Hist. généal. de la Maison d'Auvergne, I, p. 168. 



NOTES SUR GUILLEM ET GAUCERAN DE SAINT-DIDIER. 171 

(/. c, 70, note /") l'admettent et pensent qu'il a fait traiter la 
vicomtesse de marquise par les contemporains et par les 
bioi^raphes provençaux. Guillem lui donne ce titre à la tor- 
nade du chant 234. 4 : 

A la Marquesa vci son prctz montar 

Cm ieu sut hom, e serai, o jase (vv. 53-54). 

Cette marquise avait épousé Éracle III avant 1181, puisque, 
dans un document du 31 août de cette année, Guillaume (VII), 
comte de Montferrand, est qualifié de beau-père de son 
mari : Consilio Willelmi, comitis Montisferrandi, soceri sui. 
Son fils, Pons IV, est à la croisade, à Acre, en 1191'. Elle 
vivait encore en 1199 (juin) : M. Restori (l. c. 70, note f) pense 
avec raison (il n'y avait qu'une vicomte en Auvergne, celle de 
Polignac) qu'il faut voir cette dame dans la vicecomitissa 
signalée par le testament de la femme du Dauphin, G. Com- 
tesse de Montferrand (Baluze, II, 256, 258). 

Conclusions. — Ainsi sont résolues toutes les difficultés 
concernant l'identification de Na Saïl de Claustra et de Mar- 
queza. Ces noms désignent bien deux dames distinctes, l'une 
et l'autre sœurs du Dauphin d'Auvergne, filles de Guillaume VII 
et de Marquèze d'Albon. Na Saïl était la femme de Béraud III 
de Mercœur (1173-1219) et n'a jamais été celle d'Éracle III de 



1 La charte qui mentionne le futur Pons IV à Acre se trouve à la Biblio- 
thèque nationale, ms. latin no 17803, fol. 36 et 140, no^ 150 et 413. 
M. A. Jacotin l'a publiée dans les Preuves de la Maison de Polignac, I, 
p. 131, charte 77. Le parchemin est muni d'un sceau en cire jaune, repré- 
sentant d'un côté un chevalier armé de toutes pièces et, au conirescel, l'écu 
des Polignac, qui portait trois fasces. Je reproduis le texte parce que le 
document est nouveau et que les Preuves de la Maison de Polignac sont, 
en somme, une publication d'ordre privé. 

Notiim sit univet'sis presenteni paglnani inspecturis quod ego, Pondus, 
vicecomes de Podemniaco, constilui me plegium et debitorem de centuni 
unciis auri per Sisnwndum Refignaruni , Januenseni , et ejus socios 
mutuatis dilectis meis Petro de Roda (aujourd'hui commune de Saugues, 
Haute-Loire), Poncio de Motta (la Mothe-les-Brioude), cl Petro de Bourne 
(près de Polignacj, armigeris; in qua solutione si deficerent terminis per 
ipsos nolatis, ego, dicto Sismundo gralum stitwi facereni de dicta pecunie 
summa infra menscni reguisitionis sue. Quod, ut ralum sit, presenteni 
paginant stgillo meo feci sigillari. Actum in castris juxta Accon anno 
Incarnati Verbi M'>C°XCI, mense junio. 



172 C. FABRE. 

Polignac'. Marqueza portait le nom de sa mère et celui de 
Bélissende ; elle était qualifiée de marquise, épousa Éracle III 
à une date inconnue, mais avant 1181, et en eut un fils, 
Pons (IV), qui se rendit à la croisade, en Palestine, en 1190- 
1191, et qui fut vicomte de Polignac dès 1198. Son mari mou- 
rut avant elle, puisqu'elle est à Clermont un an après et se 
trouve mentionnée dans le testament de sa belle-sœur, G. de 
Montferrand. 

Hugo Marescalc. — Sur ce cowpaing de Guillem, l'his- 
toire ne nous a encore rien appris de précis. Mais, du 
moment que Guillem était baron de Saint- Didier- la- Séauve, 
il est probable que Marescalc était d'Aurec, une localité toute 
voisine-'. Là, des Mareschal sont mentionnés dès le XF siècle 
dans une charte concernant la fondation d'un prieuré ^. L'abbé 
Fraisse'' est de mon avis et signale aussi des Mareschal, avec 
le prénom de Hugues, à Apinac (Loire). Cette dernière localité 
était, comme Aurec et Saint-Didier, réclamée par l'évêque du 
Puy aux Polignac en 1171 ^ 

La comtesse de Roussillon (en Viennois). — Cette 
comtesse, mot hcJa e mot ensenhada , à qui tiig U gran senhor 
e haro portavon mot gran onor et En Guillems mais que tug , 
doit être identifiée avec Alix de Glane, femme d'Artaud III, 
comte de Roussillon, attesté de 1202 à 1227 \ L'âge et la date 
du mariage de cette dame ne sont pas mentionnés dans les 

1 On a aussi voulu que Na Saïl fût le même personnage qu'Alazaïs d'An- 
duze, chantée par Pons de Chapteuil. Mais la confusion n'est plus possible, 
comme je l'ai montré dans mon étude sur Pons de Chapteuil (p. 5, note 3), 
et comme M. Boudet Ta établi à son tour. 

- Aujourd'hui commune du canton de Saint-Didier-la-Séauve. 

3 Un Mareschal est témoin dans la charte concernant la fondation du 
prieuré d'Aurec, à l'époque de Rodolphe (le Fainéant), roi de Bourgogne. 
Le texte de la charte se trouve, avec une traduction, dans les Châteaux du 
Velay, de l'abbé Theillière, p. l.")^. 

* Tablettes du Velcnj, I, p. 498. 

^ Il n'y a pas à tenir compte de l'opinion de Mandet, qui fait de 
Mareschal un page de la marquise de Polignac. 

^ La généalogie de la famille comtale de Roussillon est connue justement 
à partir d'Artaud IIL Elle a été établie dans une étude soigneusement 
documentée de M. Vachez {Revue du Vivarais, IS'.io, pp. 538-551,596-611, 
et 1896, p. 1-15). C'est cette étude que je suis, quand je ne donne point 
de référence. 



NOTES SUR GUILLEM ET GAUCERAN DE SAINT-DIDIER. 173 

documents, mais on peut les fixer approximativement à 
l'aide de l'histoire de son mari et de ses descendants. 

M. Vachez laisse entendre qu'Artaud III se maria avant 
1202. En tout cas, ce comte meurt en 1228, après avoir, dès 
l'année précédente, associé à son administration son fils aîné, 
Artaud IV. Celui-ci sera très âgé en 1260, et cédera alors 
à son fils Guillaume tout son comté, ne s'en réservant que 
l'usufruit et la faculté de prendre des dispositions en faveur 
de ses autres enfants. Il mourra dix ans après (1270), et tous 
ses fils seront morts eux-mêmes en 1284; l'aîné, que nous 
trouvons majeur en 1251, meurt en 1277, laissant un héritier, 
Artaud V, qui sera majeur à son tour en 1280; Amédée, 
évêque de Valence et de Die, meurt en 1282, après dix ans 
d'épiscopat (il avait auparavant été abbé de Savigny) ' ; Aimar, 
archevêque de Lyon, meurt en 1284, dix ans après son élec- 
tion. 

Ainsi, les petits-fils d'Alix ne vivront pas, même les cadets, 
après 1284, quatorze ans après le décès de leur père, et les 
arrière-petits-fils seront majeurs dès 1280. Pour que cela ait 
pu se réaliser dans une famille où les petit-fils étaient au 
nombre de six au moins et sont tous parvenus à un âge que 
leurs fonctions ou leurs descendants indiquent comme assez 
avancé , Alix de Glane avait dû se marier avant 1200 et avoir 
été très heureuse en ce qui concerne la santé et la longévité 
de ses fils. 

D'autres remarques viennent aussi à notre aide. Le fils aîné 
d'Alix", Artaud IV, se maria deux fois, et sa seconde femme 
était fille de Gui III'^, comte du Forez. Or, ce comte se rendit 
à la croisade de 1202 et mourut à Acre en 1203. En admettant 
même que la femme d'Artaud IV fût la dernière fille de 
Gui III, il est donc nécessaire de la faire naître en 1202, au 



1 Gallia christlana. 

2 L'Art de vérifier les dates et M. Vachez donnent à ce comte le nom de 
Guy IV. Je conserve le numéro que lui attribue La Mure, pour faciliter 
l'intelligence des renseignements qui suivent et qui sont tous empruntés à 
cet écrivain {Histoire des ducs de Bourbon, comtes dit Forez, édit. R. C, 
livre I, chap. xi à xiv). 



174 C. FABRE. 

plus tard. Mais elle ne semble pas avoir été la dernière fille 
de Gui III : La Mure, qui ne la cite pas, remarque, d'après 
une charte de Justel, qu'en 1210 il ne restait plus qu'une fille 
de Gui III « à loger » (reliqua fiUa); c'était Éléonor, qui 
épousa Guillaume de Baffie. Artaude, femme d'Artaud IV, de 
Roussillon, aurait donc été mariée à cette date, et son mari, 
déjà veuf et père d'une fille% devait bien avoir au moins 
vingt ans en 1210. Ainsi, Alix de Glane se serait mariée 
avant 1190, au moment où Guillem de Saint-Didier « chante 
volontiers ». Bien des synchronismes conduisent à cette 
conclusion : Renaud, archevêque de Lyon, oncle d'Ar- 
taude, meurt en 1227, en même temps que le mari d'Alix 
lui-même; or Renaud, cadet de Gui III, devait être 
relativement âgé à cette date ; il avait été élevé au siège 
archiépiscopal de Lyon en 1195, c'est-à-dire trente-deux ans 
auparavant. En vain remarquerait -on que Gui IV, frère 
d' Artaude, n'atteignit l'âge de raison qu'en 1205 et ne fut 
émancipé qu'en 1212. Il était né de la seconde femme de son 
père, Alix de Suilly ; la première épouse de Gui III avait été 
répudiée sous prétexte de parenté, parce qu'elle ne donnait 
pas d'héritier mâle au Forez ^. 

Ainsi, Alix de Glane, tout bien considéré, avait approxima- 
tivement l'âge de son mari et des parents et des oncles de ses 
brus. Elle n'est plus mentionnée comme vivante après 1220, 
et s'était mariée avant 1190. Or, cette date est celle où la 
rupture entre Guillem de Saint-Didier et la marquise de Poli- 
gnac est déjà consommée. Le chant Si tôt me soi un petit mal 
ananz^ nous l'apprend. Il est de 1189 et signale que cette 
année-là, à Pâques, des Anglais et des Normands passèrent à 
Polignac (cobla v) ; ces hôtes inattendus étaient des compa- 



1 II avait épousé une fille de Guillaume II, comte de Genève (12'26-i252). 
M. Vachez, que je suis, veut que ce mai-iage soit antérieur à l'autre. Ce 
n'est pas absolument prouvé , mais vraisemblable. Artaude , la fille qui est 
issue de ce mariage, semble être l'aînée de la famille par son nom et par 
son âge (P. Anselme, Vil, 195 A et 204, A). 

2 Ce dernier renseignement n'existe pas dans La Mure. Il est donné par 
l'Art de véri/ier les dates, édit. de 1774, II, 469). 

3 Ms. Campori. Bertoni, Studj di /ilulogia ronianza, VIII, p. 444. 



NOTES SUR GUILLEM ET GAUCERAN DE SAINT-DIDIER. 175 

gnons de Richard Gœur-de-Lion qui se rendaient de Poitiers 
à Marseille, où ils devaient s'embarquer pour la croisade. Ils 
devaient prendre en passant le fils de Bélissende-Marquèze, 
Pons (IV), qui, on l'a vu, se trouve à Acre en 1191 avec ses 
(( dilectis armigeris » Pierre de la Roue, Pons de la Mothe 
et Pierre de Borne. Or, le chant est violemment injurieux 
pour la marquise de Polignac : Guillem accuse son ancienne 
amante de légèreté et même de vénalité : 

E dizon tut qe drutz a no sai qanz (v. 4). 

Ama totz cels cui en penra talanz (v. 12). 

A71Z volria c'ames sin cenz Braimanz (v. 23). 

E, qant aures plena la borsa e'is ganz... (cobla vi du ms.). 

On comprend que Guillem, trahi par la marquise et son 
com-paing, descende à ces injures; mais l'on comprend aussi 
qu'il esforset se fort de servir la comtessa de Rossilho. Peut-être 
est-ce à cause du nom de cette nouvelle dame de ses pensées 
(Alix = Aelis, Élis) que le poète songe à Élis, la comtessa 
de Flandres, dans son poème 234. 13 (v. 36) ^ 

1 Ce dernier chant a été enlevé à Guillem et donné à Guiraut de Calan- 
son par M. P. Meyer {Derniers Troubadours de la Provence, p. 26). Mais 
M. P. Meyer ne fonde son opinion que sur les attributions des mss. C et R 
et rejette celle de I parce qu'elle est unique ou plutôt parce que À' et d 
ne feraient qu'un avec I. M. Canello {La Vita e le opère del trovatore 
Arnaldo Baniello, p. 41) adopte, sans la discuter, l'opinion de M. P. Meyer. 
Mais Bartsch se prononce pour l'attribution des mss. IKd et, par consé- 
quent, pour Guillem. Il en avait été de même de Raynouard {Lexique 
roman, III, 388, et V, 277), et de Mahn {Werke , II, 56). Le sens général 
du poème donne raison à ces derniers. Il répond exactement aux don- 
nées des razos des chants de Guillem. Le poète rappelle (vv. 5 et 6) « les 
maux d'amour qui le faisaient languir près de la mort quand il aimait 
ailleurs ». A la tornade il dit encore qu'il « laisse les maux qu'il a éprou- 
vés ailleurs ». Ces allusions à la séparation cruelle de Guillem et de la 
marquise de Polignac sont très probantes. Il n'y a pas lieu d'oublier non 
plus que le chant d'Arnaut Daniel qui correspondait à celui de Guillem 
semble être postérieur et constitue une critique très line ainsi qu'une imi- 
talion heureuse de la chanson de notre troubadour : Guillem avait célébré 
sa dame par des comparaisons outrées; le poète de Ribérac avoue ironi- 
quement qu'il ne peut en faire autant pour la sienne, tant ses mérites sont 
au-dessus de toute expression : 

Arnaulz non sap contar sas grans ricors, 
E d'aussor sen li auria ops espandres. 

Notons encore qu'Arnaut a ajouté à la série des rimes rares en andres 



176 C, FABRE. 

Gauoeran de Saint-Didier. — Les documents connus 
concernant Gauceran, le petit-fils de Guillem, ont été ana- 
lysés par l'abbé Fraisse dans les Tablettes du Velay (Le 
Puy, Marchessou, t. I, pp. 499-502). Ils appartenaient à 
M. James du Peloux de Saint-Romain '. Depuis, les Preuves 
de la Maison de Polignac ont apporté une simple mention de 
plus. 

Date de 1200. — Le premier document analysé par 
l'abbé Fraisse établit que Gauceran est seigneur de Saint- 
Didier dès 1200. Les exemplaires des Tablettes du Velay étant 
devenus très rares, je reproduis le texte in extenso : 

« Le second vendredi après la fête de saint André Apôtre, 
en 1200, messire Jausserand, seigneur de Saint-Didier, acheta 
aux chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, pour le 
prix de onze livres, une rente de neuf sous viennois et deux 
gelines censuelles qu'ils percevaient à Montmariol et à Mont- 
sarrazin ; ces deux mas étaient situés dans le mandement de 
Saint -Didier et confrontaient d'une part avec le mas de la 
Raynaudeuse, d'autre avec le Montsobeyra, d'autre enfin avec 
laPinatella-. » (P. 500.) 

Dates de 1200 à 1258. — Le deuxième document analysé 
est le testament d'Alexandre, seigneur de Saint -Didier de 
1308 à 1332. Le testament est du 7 avril 1327 ; il mentionne 
Jausserand comme aïeul d'Alexandre et dit « qu'il avait jadis 
légué vingt sous viennois, deux setiers de seigle et quelques 
maisons aux prêtres qui desservaient l'église de Saint- 
Didier ». (Pp. 511-512.) 

Jausserand est encore nommé dans le testament de son 
quatrième successeur, Jausserand III (1332-1367), au sujet 
d'un legs de trente sous viennois, sous des conditions qui ne 

le joli mot de noigandres, que nous ne connaissons que par lui. Pourquoi, 
si le poème 234. 13 était de Guiraut de Calanson, c'est-à-dire postérieur, 
Guiraut aurait-il rejeté cette seule rime du chant imité? Il est bien plus 
logique d'admettre qu'Arnaut a écrit le dernier et a voulu dépasser un 
rival en ingéniosité. 

* Commune de Saint-Romain-la-Chalm, arrondissement d'Yssingeaux, 
canton de Saint-Didier-la-Séauve (Haute-Loire). 

2 On retrouve ces localités ou terroirs entre Saint-Didier et Prège, vil- 
lage à cinq kilomètres au sud de Saint-Didier. 



NOTES SUR GUILLEM ET GAUCERAN DE SAINT-DIDIER. 177 

s'étaient pas réalisées. Le testament est du 23 janvier 1367. 
(Pp. 517-518.) 

Date de 1258. — Jaiisserand mourut avant 1258. Cette 
année- là, le jour de la fête de sainte Agathe, Guigon, sei- 
gneur de Saint-Didier, « fit une transaction avec messire 
Duchamp, prêtre, au sujet d'une maison bâtie près des fossés 
de la ville de Saint-Didier et qui fut destinée à servir plus 
tard de maison curiale. » (P. 502.) 

Or Guigon, le nouveau seigneur , est fils de Jausserand. Il 
est ainsi qualifié dans une charte des Preuves de la Maison de 
Polignac (t. I, p. 54). Par cette charte, Guigon, «fils de Joucc- 
rand, » vend, en 1270, à l'évêque du Puy, Guillaume de la 
Roue, le château de Monistrol-sur-Loire avec son mandement 
et ses dépendances. Guigon vécut jusqu'en 1274. 

Fils de Gauceran. — Jausserand eut deux autres fils, 
Jausserand et Artaud. Le premier est cité dans le testament 
de son neveu, Jausserand II, seigneur de Saint-Didier de 1285 
à 1304. Le testament est du 3 décembre 1299, et Jausserand II 
établit pour ses exécuteurs testamentaires son frère Alexandre 
et (( son oncle paternel Jausserand ». (P. 509.) 

Artaud est signalé dans un acte de 1274, le samedi après 
l'Ascension. Il vend à son frère Jausserand le mas du Champ, 
près de Saint -Just^ (P. 504.) 

Conclusion. — Gauceran de Saint -Didier a donc bien été 
le contemporain de Béatrix de Montferrat, la fille de Guil- 
laume IV, qui a épousé André d'Albon le 20 novembre 1219, 
est devenue veuve en 1237, et a gouverné le Dauphiné pen- 
dant la minorité de son fils Guigue VI. La pièce Pois fin' amors 
mi torn' en alegrier (168. 1) lui appartient donc sûrement et 
se trouve postérieure à 1219. Mais il faut lui enlever et rendre 
à Guillem le chant 234. 10. 

Armes des Saint-Didier. — Au bas du dernier acte que 
j'ai mentionné était appendu le sceau de Guigon : « Une croix 



1 Aujourd'hui chof-lieu de la commune de Saint-.lust-Malmont, canton 
do Saint-Didier-Ia-Séaiive. 

ANNALES DU MIDI. — XXIII. 12 



178 C. FABRE. 

de Saint-André fleurdelisée à chaque bout. » Cependant, 
Ségoing, Aubais et le Nohiliaive universel donnent pour armoi- 
ries aux Saint-Didier a d'azur au lion d'argent, à la bordure 
de gueules, chargée de huit fleurs de lys d'or ». (P. 496.) 

La marquise de Polignac et Hugo Marescalc à Saint - 
Didier. — L'identification de Saint-Didier fournit une preuve 
d'authenticité pour le récit de la biographie de Guillem qui 
relate la vengeance de la marquise de Polignac et son union 
avec Hugo Marescalc à Saint -Didier même, sous le toit et 
dans le lit du troubadour. La véracité de ce récit scabreux 
a été mise en doute par Ginguené {Histoire littéraire de la 
France, XV, 449). Ce critique, pourtant circonspect, préoc- 
cupé, comme Nostredame, de défendre la bonne morale, 
remarque qu'une aventure semblable est racontée dans la 
biographie de Gaucelm Faidit. Il y trouve aussi un pèleri- 
nage, un héros du nom de Hugues (Hugues X, de Lusignan), 
et conclut que le récit de l'aventure de la vicomtesse de Poli- 
gnac a été copié sur celui de l'esclandre de la vicomtesse 
d'Aubusson. Évidemment, les deux récits se ressemblent. 
Cependant celui qui concerne la vicomtesse de Polignac est 
antérieur à celui qui concerne Marguerite d'Aubusson *, et, si 
l'une des deux dames avait fait école auprès de l'autre ou pour 
son biographe, ce serait probablement la plus ancienne. En 
tout cas, Saint- Didier -la- Séauve est bien sur le chemin de 
Polignac et du Puy à Vienne et à Saint- Antoine (arrondisse- 
ment de Saint-Marcellin, Isère)-. C'était la première étape 
naturelle du voyage que la vicomtesse faisait à cheval avec 
ses (( demoiselles et ses cavaliers ». Saint-Didier, par la route 
moderne du Puy à Vienne et à Lyon, est à 50 kilomètres de 
Polignac et à une distance un peu moindre de Vienne. 

Richesse des barons de Saint -Didier. — L'identification 
de Saint-Didier permet aussi de se faire une idée de la puis- 

1 Raynaud VI, vicomte d'Aubusson et mari de Marguerite, régna de 1201 
à 1245. Le texte dit qu'il était déjà vicomte. L'aventure fut donc postérieure 
à '120L V. Chabaneau, Biographies, notes. 

2 Saint-Didier-sur-Doulon, où Doniol et Chabaneau faisaient naître Guil- 
laume, est juste dans une direction opposée, à quarante kilomètres vers 
l'ouest. 



NOTES SUR GUILLEM ET GAUCERAN DE SAINT-DIDIER. 179 

sance et de la richesse des seigneurs de cette ville. Il résulte 
des bulles des papes Alexandre III et Clément IV, ainsi que 
des hommages rendus aux évêques du Puy% que la baronnie 
comprenait tout le canton actuel de Saint-Didier-la- Séauve, 
ainsi que Dunières- et quelques localités du Forez, du Viva- 
rais et même du Valentinois. Or, Saint- Didier avait vingt 
taverniers en 1325^. Aujourd'hui, la population de la ville, 
qui est un centre manufacturier de rubannerie, dépasse 
cinq mille habitants ; le canton en a plus de seize mille. 
Guillem était donc un ries castellans, comme le dit sa biogra- 
phie, et Gauceran un gentils castellans. L'un et l'autre pou- 
vaient faire agréer leurs hommages par de puissantes et 
nobles dames, le premier par la vicomtesse de Polignac, sœur 
du Dauphin d'Auvergne , et par la comtesse de R.oussillon ; le 
second par une comtesse plus puissante encore, Béatrix de 
Montferrat, Dauphine du Viennois. 

G. Fabre. 



1 Adrien Lascombes , Répertoire général des hommages de l'évêché du 
Puy. Le Puy, Bérard-Rousset, 1882; pp. 387-390. — Les hommages con- 
cernant Saint-Didier ne sont malheureusement relatés qu'à partir de 1269, 
sous le règne de Guigon, fils de Gauceran. 

2 Aujourd'hui commune importante du canton de Montfaucon , arrondis- 
sement d'Yssingeaux (Haute-Loire). 

3 L'abbé Fraisse, ouvr. cité, p. 510. 



UN PROCÈS DU CHAPITRE DE CARCASSONNE 

AU XV« SIÈCLE 



Au début du xv^ siècle, un long différend divisa le chapitre 
cathédral de Saint-Nazaire et les consuls de la Tourrette', 
alliés au procureur du roi à Garcassonne. Cent quatre-vingt- 
dix-huit articles d'(( écritures » en deux rouleaux de parche- 
min ^ nous ont conservé du débat une relation circonstanciée, 
jusqu'à ce jour inédite^. L'affaire, — une mauvaise querelle 
de légistes greffée sur une transaction financière, — serait, par 
elle-même, d'ordre assez commun, si elle ne tirait un intérêt 
particulier, non seulement de l'acuité même du conflit et de 
la qualité des parties en cause, mais encore et surtout de l'in- 
tervention passionnée des gens du roi. A cet égard, c'est un 
épisode saisissant de la rivalité qui, au xv" comme au 
xiv^ siècle, continuait de dresser en Languedoc, en face de la 
féodalité de main morte, l'organisme puissant d'une fiscalité 
soupçonneuse, oppressive et habile à masquer, sous des 
apparences de légalité, les plus tortueux agissements. 



Le village de la Tourrette, bâti sur un mamelon de la Mon- 
tagne Noire, près du ruisseau de Goufolens, affluent de l'Or- 

1 La Tourrette, canton de Mas-Cabardès, arrondissement de Garcas- 
sonne, Aude. 

2 Cotés G 78 et G 79 aux archives de l'Aude. Le premier, formé de treize 
peaux de parciiemin, mesure 7™, 65 de long sur 0'",3'2 de large; le second, 
de quatre peaux seulement, n'a que 2™,55 sur O^jSl. Dans le cours du 
récit qui va suivre, G 78 est désigné par la lettre A, et G 79 par la lettre B. 
Les chiffres qui accompagnent chacune des deux lettres renvoient à l'un 
des 150 ou 48 articles qui forment respectivement la matière des deux 
pièces. 

3 A peu de chose près; cf. les analyses de M. Laurent, dans Inventaire 
sommaire des archives départementales de l'Aude antérieures à 1790, 
t. 111 (séries G et H), Garcassonne, 1900, p. 125-127. 



UN PROCÈS DU CHAPITRE DE CARCASSONNE. 181 

viel ', était, au déclin du moyen âge, un assez « poure petit 
lieu », presque entièrement enclavé dans les terres capitu- 
laires de Miraval, Mas-Cabardès, Mas de Rels et Mas de 
Reillols (A 5) -. « Assis en très maigre et poure pais, » 
entouré « d'un très petit territoire et moult petites apparte- 
nances » (A 8), il était naturellement de « moult petite 
revenue » (A 6). Ses habitants, peu nombreux, menaient 
l'existence précaire des pâtres et des bûcherons, à l'abri d'une 
chétive « clousture )> en palissades qu'ils avaient édifiée de 
leurs mains ^, et que dominait, en manière de donjon, ce une 
meschante tour rompue comme ung colombier » (A 130)'*. 
C'était là tout leur château. Ils ne possédaient pas davantage 
de (( mandement, sceel ne tabellionye pour passer contraulz 
ne autres choses appartenans » (A 77). Vers le milieu du 
xive siècle, le lieu figurait sur les rôles de la viguerie du 
Cabardès pour trente feux d'imposition qui furent taxés sept 
livres dix sols au moment de la levée du subside de 1340, et 
trente livres tournois deux ans plus tard, en 1342^. Avant de 
passer dans la directe du chapitre , la Tourrette appartenait 
en propre à la couronne. Le produit des droits de toute sorte 



' Mahul, Cartnlaire et archives des communes de l'ancien diocèse et de 
l'arrondissement administratif de Carcassonne, t. III, p. 154. 

2 Aux formes du manuscrit Mas du Rolz, Mas de Rullols correspondent 
les dénominations Rels et Reilhols, portées aujourd'hui par deux « métai- 
ries » du territoire de Miraval-Cabardès. Ibid., p. 106. 

3 Comme sujets du roi, les liabitants de Pradelles- Cabardès étaient 
tenus, en temps de guerre, de munir le château de Cabaret de palissades 
semblables qu'ils devaient prolonger « jusques au puy de Fournes ». Ibid., 
p. 113. 

* La tour en question est indiquée, avec la désignation clocher, comme 
s'appuyant à la façade occidentale de l'église paroissiale, dans la planche I, 
n" 84, des « Plans géométriques de la seigneurie de Latourrette, relatés 
avec les nouvelles reconnaissances consenties en faveur du vénérable cha- 
pitre de l'église cathédrale Saint -Nazaire de la cité de Carcassonne, 
seigneur directe (sic) dudit lieu, les années 1763 et [1764], devant 
M'5 Varennes et Peyre, notaires de Carcassonne ». Archives de l'Aude, 
E18. — Mahul mentionne cette tour « dont le premier étage forme, dit-il, 
le sanctuaire de l'église paroissiale », t. 111, p. i^ô. 

s Arch. nat., K498, n» 2. — Il n'est pas impossible d'appliquer à la 
Tourrette {Turreta) la forme Trajeta proposée, non sans hésitation d'ail- 
leurs, par Mahul, t. III, p. 154, d'après un passage du Recueil des ordon- 
nances. 



i82 JOSEPH POUX. 

perçus par le roi et versés à la caisse du clavaire de Carcas- 
sonne s'élevait, bon an mal an, à seize livres tournois (A 7). 

Le chapitre paraît avoir d'assez bonne heure formé le projet 
d'incorporer la terre de la Tourrette à son patrimoine du 
Cabardès. Il espérait ainsi, disait- il, couper court aux rui- 
neux litiges que cette communauté ne cessait de lui susciter 
(A 12, 29), en matière de pacages surtout, sous le couvert et 
avec l'assistance des officiers de la sénéchaussée (A 83) ^ 
Contre cette prétention les gens de la Tourrette s'insurgeaient 
bruyamment, au nom de leur indéfectible attachement à la 
couronne. Mais l'expression de ce loyalisme, plus véhémente 
que sincère, déguisait mal, en réalité, chez ces fidèles sujets 
du roi, un désir inavoué de « s'eslargir » aux dépens des vas- 
saux capitulaires (A 10), et de donner libre cours à leur 
humeur tracassière qui, suivant une pittoresque expression 
de la procédure, leur mettait sans cesse « le libelle en une 
main et l'appellation en l'autre » (A 9). 

A la faveur d'une courte trêve qui marqua, au début du 
xv« siècle, la fin d'une interminable affaire de pâturages entre 
les communautés de la Tourrette et de Miraval (A 13) -, les 
chanoines firent au roi les premières ouvertures (A 14, 15). 
Ils possédaient depuis plus de cent ans (B 6), à Narbonne et 
à Cuxac-d'Aude ^, plusieurs rentes et revenus qu'ils offrirent 
d'échanger contre la seigneurie royale de la Tourrette (A 30). 
C'étaient d'abord cent sept sols deux deniers tournois, assis 
sur divers immeubles ou fonds au chef-lieu de la vicomte et 
dans sa banlieue, auxquels s'ajoutait, à chaque mutation, le 
sixième du prix total de vente (A 16). La perle du lot, la belle 

1 Voici comment procédaient les gens de la Tourrette. Ils laissaient 
entendre au procureur du roi à Carcassonne que le chapitre tenait du 
roi, sur leur territoire, un ou plusieurs lopins de terre soumis au paye- 
ment d'un cens quelconque et presque insignifiant. Le magistrat affectail 
de les croire, « legierement et sans information. » Là-dessus, il ouvrait sur- 
le-champ contre les chanoines une action, dans laquelle les dénonciateurs 
se gardaient bien d'intervenir ; contraint de se défendre, le chapitre expo- 
sait des frais où se gaspillait le plus clair de son revenu (A 12). 

2 Miraval-Cabardès, canton de Mas-Gabardès, arrondissement de Carcas- 
sonne, Aude. 

3 Cu.xac-d'Aude, canton de Coursan, arrondissement de Narbonne, Aude. 



UN PROCÈS DU CHAPITRE DE CARCASSONNE, '18:3 

place de la Courtade Saint-Nazaire, s'étendait entre l'arche- 
vêché et l'enceinte de la ville jusqu'aux quais du port, le long 
de l'Aude*. Les bailleurs observaient que sur cet emplace- 
ment le roi pourrait édifier, à peu de frais, des « botiques ou 
estaulx », et créer ainsi des entrepôts ou des magasins d'un 
revenu assuré de cinquante à soixante livres par an (B 37). 
Les avantages assignés sur le bourg de Guxac n'étaient pas 
moins appréciables. Ils consistaient en une rente en argent 
de sept livres six sols quatre deniers une obole, augmentée 
du produit éventuel des lods et amendes (A 17), et en deux 
censives : l'une, payable en froment, de trois émines (A 18); 
l'autre, payable en orge, de cinq setiers une quartière et une 
pugnère (A 19). Le froment représentait quinze sols tournois, 
au prix moyen de dix sols le setier ; la valeur de l'orge, cal- 
culée sur le prix minimum de cinq sols le setier, atteignait 
vingt-six sols six deniers une obole tournois (A 20). Le pro- 
duit total des offres du chapitre équivalait donc, en principal 
seulement, à quatorze livres quinze sols un denier. Joint aux 
revenus casuels, ce produit rachetait et au delà les seize 
livres tournois de revenu que le roi tirait à grand'peine de 
ses manants de la Tourrette (A 7). Il fut pourtant et de prime 
abord jugé insuffisant par les magistrats chargés des intérêts 
de la couronne (A 30), et le chapitre avait déjà retiré sa pro- 
position, lorsqu'un événement imprévu permit de reprendre 
les négociations sur des bases nouvelles. Un certain Jehan 
Juglar, notaire, décédé sur ces entrefaites, au mois de 
mai 1404, donna par testament aux chanoines de Garcassonne 



' « ... Une belle place appellée la cortade de monseigneur Saint-Nazaryn, 
laquelle place est située oiidit Narbonne, tenant à l'ostel de l'arcevesque 
de Narbonne et aux murs de la ville et à la rivière de l'Aude, sur le port 
de ladite ville... » (B 37). Cette courtade occupait donc l'emplacement 
actuel de la terrasse du jardin du Musée et le long de la rue de la Répu- 
blique (magasins de la ville). Mon confrère et ami J. Tissier, arcbiviste 
municipal, n'en a pu retrouver trace, sous cette dénomination, dans les 
documents du temps ; mais il pense qu'elle doit être identifiée avec la 
courtade d'en Rogier, mentionnée dans la sentence arbitrale de lî&i sur la 
limite des juridictions respectives de l'archevêque et du vicomte. G. Mouynès, 
Inventaire des archives de la ville de Narbonne, annexes de la série AA, 
p. :J49. 



184 JOSEPH POUX. 

la totalité des rentes et revenus qu'il possédait au lieu de 
Villeflou^e^ Le legs comportait, dans l'ensemble, la jouis- 
sance en propre de seize livres annuelles de cens et services 
féodaux, plus les quatre dixièmes de la haute justice, soixante 
sols sur la moyenne justice et quelques autres menues rede- 
vances (A 31). Le chapitre en évaluait le produit net, chaque 
année, à trente et une livres cinq sols sept deniers tournois, 
tant en espèces qu'en nature (A 28), et l'état détaillé de cette 
évaluation accusait effectivement les éléments suivants : 
1" deux rentes de huit livres dont l'une pour les champars, 
non compris les produits casuels, tels que lods et ventes ou 
amendes (A 22, 23) ; 2° dix sols pour le droit de forestage 
exigible de tout propriétaire d'une bête de bât qui, aux termes 
delà coutume du lieu, était astreint à rendre une charge de 
bûches dans la cité de Garcassonne (A 24)- ; 3° quatre dixièmes 
de la haute et moyenne justices, deux autres coseigneurs, 
Pons de Ghâtillon et le roi, se partageant les six dixièmes res- 
tants (A 25, 26) ; 4^ enfin quatre parties sur cinq de la basse 
justice (A 27). 

L'événement inattendu de ce riche héritage fut qualifié de 
providentiel par les bénéficiaires (A 32). Assurés que le roi 
n'hésiterait plus désormais à troquer sa seigneurie de la 
Tourrette contre les revenus réunis et deux fois supérieurs 
de Narbonne, Cuxac et Villefloure, les chanoines s'empres- 
sèrent de renouveler leurs offres. Effectivement, le roi parut 
ébranlé. Le 10 septembre 1404, il manda au sénéchal et 
au trésorier de Garcassonne de procéder, sans délai, à l'esti- 
mation comparative des objets à échanger, et d'adresser, 
sous pli scellé, en y joignant leurs observations respectives, 

1 Villelloure, canton de Saint-Hilaire, arrondissement de Limoux, Aude. 
11 convient de remarquer en passant que Mahul, t. III, p. -13U, fixe au 
20 mai 1402, d'après un inventaire du château de Leuc, la cession par le 
roi au chapitre de la seigneurie de la Tourrette, en échange du fief de 
Jouclar, à Villefloure. Le rédacteur de cet inventaire, M. AiroUes, a évi- 
demment commis une confusion de date, puisque Juglar mourut seule- 
ment en mai 1404. 

2 Un usage analogue imposait aux habitants de Pradelles-Cabardès, 
sujets du roi, l'obligation annuelle de porter à Garcassonne « deux sau- 
mades de faux ou brandes ». Mahul, t. III, p. 113. 



UN PROCÈS DU CHAPITRE DE CARCASSONNE. 185 

le dossiei^ de l'affaire à la Chambre des comptes, chargée de 
statuer sur le fond (A 33). 

Au moment où les chanoines firent présenter le mandement 
royal à la cour du sénéchal, celui-ci était occupé aux affaires 
de l'armée*; il dut confier ses pouvoirs à Durant Fabre, 
viguier royal de Narbonne (A 34)--, de son côté, le trésorier 
empêché délégua pour instruire la cause en son nom Jehan 
Maistre, contrôleur de la recette à Garcassonne (A 35). C'étaient 
là, de l'aveu unanime, « gens notables, saiges et preudens, 
très ydoynes et suffisans à ce faire » (A 36). Ptégulièrement 
assistés de Pierre de Urbion , substitut du procureur du roi, 
et de Guillaume Blosmat, notaire (A 85), les commissaires se 
transportèrent à Narbonne, Guxac et Villefloure (A 37). Dans 
chacune de ces localités, ils procédèrent sur place à la recon- 
naissance et à l'évaluation rigoureuse des droits utiles que le 
chapitre affirmait lui appartenir. Non contents d'examiner les 
preuves écrites, ils appelèrent en témoignage les tenanciers 
des fonds grevés et recueillirent leurs déclarations sous la foi 
du serment (A 38). L'enquête close, ils y joignirent la liste des 
possessions royales à la Tourrette (A 39), après avoir poussé 
le souci de l'exactitude jusqu'à dépouiller aux archives de la 
recette à Garcassonne les comptes originaux de la seigneurie, 
afférents aux seize dernières années (A 100, B 23) ^. 

* Le sénéchal Robert de Caylus se disposait à prendre part aux opéra- 
tions militaires en Guyenne , sous les ordres de Jean de Bourbon , comte 
de Clermont. Accompagné de plusieurs hauts barons des pays de l'Aude, il 
rejoignit l'armée du capitaine général à Toulouse, à la fin du mois de jan- 
vier 1405. Histoire de Languedoc, édit. Privât, t. IX, p. 995. 

2 Durant Fabre, viguier royal de Narbonne, reçoit en cette qualité l'ap- 
pel fait au Parlement le 3 décembre 1400 par les consuls de Narbonne des 
lettres du sénéchal de Garcassonne ordonnant l'exécution des lettres de 
provision données en faveur d'Agde, dans un procès pendant entre Agdo 
et Aigues-Mortes. A. Blanc, Le livre des comptes de Jacme Olivier, 'mar- 
chand narhonnais du xiv^ siècle, p. 1018. — Au titre de viguier Durant 
Fabre joint celui de seigneur de Gasparets, dans un acte du 26 février 
1428 w. st. Archives de Narbonne, AA 111, fol. 93. 

3 Les extraits en question n'en furent pas moins traités plus tard par les 
défendeurs de pièces de complaisance. Le chapitre s'éleva contre cette 
façon cavalière de mettre en doute la bonne foi des deux praticiens inté- 
ressés, Jeiian Maistre et Guy de Tnrmissio, « qui pour riens, disait-il, ne 
vouldroient faire contre vérité et loyaulté » (B 23). 



I8G JOSEPH POUX. 

Le dossier fut ensuite déposé au greffe du sénéchal (A 40) 
et transmis sans retard à Jehan de Lamanhania, Hcencié en 
lois, juge au criminel ', chargé de rapporter l'alTaire devant le 
conseil de la sénéchaussée (A 86). A la séance où la cause fut 
appelée (A 41, 86), se trouvèrent groupés autour du conseiller 
rapporteur : Pierre Boyer, docteur en décrets, lieutenant du 
sénéchaP; Pierre de Saint- André, procureur du roi, et 
l'avocat général Pierre de Tillio, licencié en lois; Jehan 
Cabardès, licencié en lois, juge ordinaire de Carcassonne; 
Jehan le Crieur, trésorier'*, et Jehan Maistre, contrôleur de la 
recette à Carcassonne; Jacques Dieulefé, licencié en lois, juge 
royal de Limoux; Guy de Turmissio, licencié en lois, et plu- 
sieurs autres notables légistes. Après avoir ouï et discuté les 
conclusions de Jehan de Lamanhania, le conseil fut d'avis que 
l'échange proposé par le chapitre ce estoit bon et prouffitable 
au roy » (A 4'2, B 29). Il estima, de plus, qu'il était utile 
d'appeler l'attention de la Chambre des comptes sur la situa- 
tion légale qui allait résulter pour Villefloure du contrat à 



' Jehan de Lamanhania assiste le 23 octobre 1375, avec le simple titre de 
licenciatus in legibus Narhone, à la visite d'un navire catalan à Leucate. 
Vingt-cinq ans plus tard^ le 19 décembre 1400, il est juge criminel en la 
sénéchaussée de Carcassonne, au moment des négociations pour le port de 
Leucate, auxquelles il est mêlé en qualité de procureur du sénéchal. 
A. Blanc, op. cit., p. 903 et 1048. 

^ Pierre Boyer, coseigneur d'Aragon, figure, dans la même affaire, parmi 
les trois procureurs du sénéchal. A. Blanc, op. cit., p. 1048. — En 1414, il 
était mort, car c'est son fils et héritier, Bernard Boyer, chevalier, qui, le 
21 juillet, prête serment au commissaire du roi, le sénéchal Robert de 
Caylus, pour la coseigneurie d'Aragon. Mahul, t. I, p. 50. 

^ C'est ce même Jehan le Crieur ou Lecrieur qui avait fait don à l'église 
de Carcassonne de la châsse d'argent dans laquelle fut déposée le 25 mars 
1398 la relique de la main droite de sainte Anne, conservée dans la cathé- 
drale Saint-Nazaire. Mahul, t. V, p. 575. — Le trésorier royal est présent 
le 6 décembre 1400 au débat soulevé par les consuls de Narbonne à propos 
du projet de port de Leucate. Les 25 et 26 février 1401 n. st., il fait partie 
du groupe de notables en présence desquels les consuls de Carcassonne se 
déclarent prêts à nommer des députés qui se joindront à ceux de Narbonne 
et iront à Toulouse pour délibérer avec les capilouls sur le projet en ques- 
tion. A ses côtés figurent, avec les titres et qualités qu'ils ont ici : Pierre 
de Saint-André, Pierre de Tillio, Guy de Turmissio, Pierre de Urbion. Ce 
dernier était depuis le 17 novembre précédent l'un des onze procureurs de 
l'avocat du roi dans l'affaire de Leucate. A. Blanc, op. cit., p. 1043, 1046, 
1048. 



UN PROCÈS DLT CHAPITRE DE CARCASSONNE. 187 

intervenir, puisqu'après n'avoir appartenu au roi qu'en 
partie ^ , le lieu passait désormais tout entier dans la mou- 
vance de la couronne (A. 43, 44). 

Saisie de l'avis motivé de la cour de Carcassonne ainsi que 
des pièces de l'enquête contradictoire (A 45), la Chambre des 
comptes approuva le projet d'échange, non sans avoir entendu, 
au préalable, les défenses des consuls de la Tourrette, et pris 
connaissance d'un mémoire justificatif du chapitre, appuyé 
de « certaines autres lettres roiaulx » (A 46, 142, 145) "^ En 
vertu de la sentence des magistrats de Paris et par lettres 
patentes du mois d'avril 1405 « après Pasques » (A 49)^, 
Charles VI fit don, en toute seigneurie, au chapitre de Car- 
cassonne, du lieu de la Tourrette, avec ses cens, rentes et 
facultés de toute sorte, en échange des avantages abandonnés 
par les demandeurs et énumérés par eux dans leur requête 
(A 47). La cession fut consentie sans aucune réserve, à titre 
perpétuel, et avec exonération expresse de toute obligation 
envers le trésor (A 48). En outre, la Chambre des comptes et 
la cour du sénéchal de Carcassonne furent chargées concur- 
remment d'assurer au chapitre la jouissance paisible de sa 
nouvelle possession (A 49). 

Enregistré à la Chambre des comptes (A 50), l'accord était 
à quelque temps de là présenté à l'audience du sénéchal, aux 
fins d'entérinement et d'exécution (A 51), lorsque l'avocat du 
roi requit avec humeur qu'il lui fût délivré copie des lettres 
patentes. On s'empressa de déférer à son désir. Mais aussitôt 
Pierre de Tillio fit entendre une autre antienne. Il reprocha 
avec âpreté au chapitre d'avoir mis la main sur certaine 
« bastide » ^ ayant jadis appartenu à un nommé Jehan Daude, 
et qu'il affirmait, lui, faire retour à la couronne (A 52). Les 



* Depuis le 1" décembre 1271, la moilié de la justice haute, moyenne et 
basse du lieu de Villefloure appartenait au roi, en vertu d'une transaction 
conclue avec Annettede Cliauderon, femme de Gaufret de Varennes. Mahul, 
t. V, p. 13'J. 

* Au sujet de ces lettres, voir plus loin, p. 192. 
3 Du 20 au 30 avril, par conséquent. 

* Bastide est évidemment synonyme ici de domaine ou métairie. Malgré 
nos recherches, l'emplacement de la bastide en question reste incertain. 



188 JOSEPH POUX. 

chanoines qui appréhendaient de voir s'arrondir le total, déjà 
lourd, des frais exposés, s'empressèrent de déguerpir l'héri- 
tage litigieux (A 53). Là-dessus, nouvelles tracasseries de 
l'intraitable avocat qui, sans craindre de laisser paraître une 
défiance excessive et même injurieuse, obligea les deman- 
deurs à garantir sur leurs biens propres les cens et revenus 
attribués au roi par la récente transaction (A 54). 

C'est après toutes ces vicissitudes que les chanoines 
obtinrent enfin de la cour la désignation d'un commissaire 
pour procéder à l'investiture respective des objets échangés 
(A 55). Jehan de Lamanhania, qui fut choisi à cet effet, com- 
mença par mettre le procureur du roi en possession réelle 
des profits et revenus cédés à la couronne (A 56). Après quoi, 
il vint à la Tourrette, investit solennellement le représentant 
du chapitre de la seigneurie du lieu, et assista à la cérémonie 
du serment de fidélité prêté par les consuls entre les mains 
de leurs nouveaux maîtres (A 57, 141). 

Il semblait à ce moment que rien ne pût prévaloir contre 
les effets d'un contrat librement accepté de part et d'autre et 
exécuté. Par malheur, les gens de la Tourrette ne l'enten- 
daient pas ainsi. Avec l'assistance du procureur du roi qui, 
de son propre aveu, liait partie avec les adversaires du cha- 
pitre (A 61), ils se jetèrent à corps perdu dans la chicane, 
pour essayer de se soustraire aux obligations que leur impo- 
sait leur situation nouvelle (A 58, 59, 60). Sous couleur de 
sauvegarder les droits des parties engagées dans de nouveaux 
procès, Jacques Bataille, agissant pour le juge de Garcassonne, 
prononça, à la requête des consuls, la mise sous séquestre du 
lieu de la Tourrette, et, nonobstant l'effet suspensif de l'appel 
interjeté par le chapitre contre cette décision arbitraire, la 
sentence ainsi obtenue fut exécutée par surprise. A cette 
intervention aussi prompte qu'injustifiée le roi du moins 
avait tout profit, puisque sans rien perdre de ce qu'il avait 
reçu à Narbonne, Guxac et Villefloure, il reprenait dans sa 
main, pour un délai qu'il appartenait à lui seul de limiter, 
l'administration provisoire de son ancien fief aliéné (A 62). 



UN PROCÈS DU CHAPITRE DE GARCASSONNE. 189 



Depuis la ratification de l'échange par le roi, deux années 
avaient été consumées en débats stériles et coûteux, quand le 
chapitre obtint le dessaisissement du sénéchal et l'évocation 
de l'afTaire par le Parlement de Paris. Afin d'éviter d'inutiles 
complications, la Cour suprême résolut fort sagement de 
porter la cause sur un terrain neuf, et de ne se point embar- 
rasser de la procédure instruite à Carcassonne ou ailleurs , 
qui fut annulée d'office (A 63). Le 13 mai 1407, le procureur 
du chapitre, M^ Aymeri du Buisson, affirma sous serment 
devant le conseiller enquêteur Guillaume de Gaudiac ^ cent 
cinquante articulats^ renfermant un minutieux historique du 
débat ainsi que la justification en droit, pressante et serrée, 
des quatre chefs de la demande : 1° contraindre le procureur 
du roi à acquiescer formellement aux clauses de l'échange 
d'avril 1405 ; '2'^ lui imposer la restitution au profit des deman- 
deurs des revenus de la Tourrette échus ou à échoir depuis 
l'occupation de la terre par le chapitre jusqu'à la levée du 
séquestre; 3° obliger la communauté rebelle à reconnaître les 
chanoines pour seigneurs, à leur payer tous cens, rentes et 
revenus qu'ils acquittaient, avant 1405, entre les mains du 
clavaire royal de Carcassonne, ainsi qu'à se soumettre aux 
officiers et magistrats institués par eux; 4" faire condamner 
les consuls à des dommages-intérêts et à la totalité des frais 
exposés. Me Jehan Catalan, procureur de la communauté de 
la Tourrette et commissaire en cette partie du procureur 
général, répondit, dans les formes requises, les 13, 14, 16 mai 
et 3 juin. Un peu plus tard, le chapitre joignit à ce premier 
factum un supplément de quarante -huit articles de « salva- 



1 D'intéressantes notes biographiques sur ce personnage ont été publiées 
par F. Aubert, Le Parlement de Paris de Philippe le Bel à Charles VII, 
p. 53, note 2 et p. 147, 148. 

- On lit au dos de G 78 : « Articles par faiz contraires pour les chanoines 
et chappitre de Teglise de Carcassonne, demandeurs, contre le gênerai 
procureur du Uoy, nostre sire, et les consulz, manans et habitans de la 
ville de Laturrele, deffendeurs. » 



190 JOSEPH POUX. 

tiens », pour préciser certains points de la demande et ruiner 
diverses allégations des consuls et du procureur ^ 

Une reprise ab ovo remettait forcément en discussion tous 
les éléments de la première instruction. Le chapitre dut se 
résigner à emboîter le pas aux défendeurs, à travers le dédale 
d'une controverse passionnée et, en général, déloyale. Mais 
auparavant, en manière de protestation, il tint à poser les 
bases inébranlables de son droit (A 64 à 67). L'échange, disait- 
il, s'est accompli par la volonté du roi et de la Chambre des 
comptes, à la suite d'un mûr examen (A 68). Il a été précédé 
d'une estimation contradictoire des objets (A 69), d'où ressort 
à l'évidence le caractère avantageux pour la couronne de 
l'opération (A 70). Les oppositions, légalement reçues, des 
gens de la Tourrette n'ont pu sur aucun point entamer la 
conviction des magistrats (A 71). La tradition réelle des objets 
échangés s'est effectuée normalement (A 72). Ainsi exécuté un 
contrat appartient aux parties qui, seules, peuvent tomber 
d'accord de le révoquer (A 73, 74, 75). En violant leur ser- 
ment de fidélité et en s'associant, « par voyes obliques et 
mauvaises, » aux entreprises du procureur royal, les consuls 
attentent gravement aux intérêts, solidaires en l'espèce, du 
chapitre et du roi (A 76). 

De telles déclarations, strictement justifiées en droit comme 
en fait, ne pouvaient manquer d'impressionner favorablement 
la Cour. Il y a lieu, tout au moins, de croire qu'elles furent 
plus sérieusement accueillies que le préambule pompeux qui 
les précède et dans lequel les chanoines bavardent sans dis- 
crétion sur la haute antiquité de leur église, la richesse et 
l'étendue de leur patrimoine foncier, la multiplicité de leurs 
offices et bénéfices, la suite ininterrompue de leurs prélats, 
dignitaires et clercs (A 1 à 4). 

La discussion du détail de l'affaire fut menée, du côté de la 
défense, sans un soupçon de bonne foi, suivant une dialec- 

• On lit au dos de G 7!) : « Salvacions pour les honorables et discrètes 
personnes messeigneurs les chanoines et chappitro de l'église de Carcas- 
sonne, demandeurs, contre les consulz et habitans de Laturrette et le pro- 
cureur du Roy, deffendeurs. » 



UN PROCÈS DU CHAPITRE DE CARCASSONNE. 191 

tique captieuse, avec l'évidente préoccupation de surprendre 
la religion des juges. Affirmer que le lieu de la Tourrette était 
une (( notable ville », siège d'une châtellenie et source de 
revenus appréciable « à cause des confiscations etforfaittures », 
était déjà hardi, puisque en réalité le lieu était misérable, 
(( mal cloz, petitement habité » (A 77), et que les amendes 
pour forfaiture n'étaient point perçues en pays de droit écrit 
(A 78) ^ On ne s'explique pas non plus qu'au seul consulat 
de la Tourrette pût être attribuée une grosse part sur le pro- 
duit des contraventions en matière de dépaissance, lorsque 
pour tout le district de Garcassonne il n'entrait point de ce 
chef au trésor soixante livres tournois par an (A 79, 80). Mais 
où l'audace des gens de la Tourrette passait les bornes, 
c'est quand ils proclamaient leur résolution de déserter leurs 
foyers, afin de rester fidèles au roi (A 81). A cette orgueilleuse 
menace les chanoines répondirent sans s'émouvoir qu'à l'ex- 
ception d'une minorité intéressée à entretenir l'agitation pour 
en tirer « pasture », la partie saine de la population s'accom- 
modait fort bien de leur autorité (A 82). 

En matière de défenses, un système qui procède unique- 
ment par affirmations ou dénégations présente des dangers 
multiples. Consuls et procureur du roi purent en faire l'expé- 
rience. Ils s'étaient ligués pour révoquer en doute l'impartia- 
lité des commissaires enquêteurs désignés en exécution de 
l'ordre royal du 10 septembre 1404. Jehan Maistre, disaient-ils, 
est le « compère » des chanoines , il a été gagné par eux à prix 
d'or (B 14) ; quant à Durant Fabre, c'est le gendre du tréso- 
rier le Crieur, l'un des principaux artisans du complot. Or, il 
fut établi que Maistre n'avait pas reçu un denier au delà de la 
juste rémunération de ses vacations et déplacements (B16), 
et que le prétendu gendre du trésorier avait, en réalité, 



1 La même règle est formulée deux cents ans plus tard par le juris- 
consulte Gérauld de Maynard : « Par forfuicture commise du vivant du 
testateur, n'est acquis droict aucun au fisc... » Notables et singulières 
questions du droit escrit, decises ou préjugées par arrests mémorables 
de la cour souveraine du parlement de Tholose..., Paris, 1608, in-i», 
3« édit., p. 3'JO. 



192 JOSEPH POUX. 

épousé la fille du sire de la Palme ^ , acquis au parti des 
défendeurs (B 17). Les accusations portées contre la con- 
duite du juge criminel au moment de l'enquête n'obtinrent 
pas plus de créance. On affirmait que le magistrat s'était 
inspiré, dans la circonstance, des avis de son frère, ecclé- 
siastique notable et grand ami des chanoines. Il fut prouvé 
que le frère en question était mort, à l'époque où, hors de 
la présence de Jehan de Lamanhania d'ailleurs, Maistre et 
Fabre remplissaient la commission dont ils avaient été char- 
gés (A 87). 

Divers cas de nullité tirés de la non -assistance du procu- 
reur du roi à la séance du conseil de la sénéchaussée et de 
l'intervention auprès du roi de Simon de Cramaux, adminis- 
trateur perpétuel du diocèse de Garcassonne (A 91) -, furent 
écartés sans difficulté. En ce qui touchait le procureur, on 
démontra, pièces en mains, que son substitut, Pierre de 
Urbion, avait suivi toute l'enquête (A 85, 88, 89), et que devant 
le conseil réuni, sur l'audition du rapport, Pierre de Saint- 
André avait à son tour élevé la voix pour déclarer le projet 
d'échange « faisable, utile et prouffitable au roy » (A 86, 90, 
123, 124). Pour Simon de Cramaux, voici par quel concours 
de circonstances il avait été amené à écrire à la Cour. Lorsque 
la procédure instruite par le sénéchal parvint à la Chambre 
des comptes, plusieurs conseillers, gardiens jaloux du « stille » 
et des usages, s'étaient étonnés que le mandement du 10 sep- 
tembre 1404 eût été expédié à Garcassonne sans qu'ils en 
eussent été régulièrement instruits. Sur quoi, ils invitèrent le 
chapitre à fournir des éclaircissements. Les chanoines s'exé- 
cutèrent aussitôt; mais, fort émus de l'incident, ils chargèrent 
l'administrateur perpétuel d'en faire tenir un mot au roi. 
Charles VI daigna rassurer Simon de Cramaux, et il fit man- 
der à ses magistrats de passer sur le « deffault de stille » et 



' La Palme, canton de Sigean, arrondissement de Narbonne, Aude. 

2 Simon de Cramaux, évêque de Poitiers dès 1388, patriarche d'Alexan- 
drie depuis 1390, fut nommé en 1391 par le papo Clément VII adminis- 
trateur perpétuel, spirituel et temporel, de révéclié de Carcassunne. Il rési- 
gna cette fonction en 1409. Mahul, t. V, p. 459 et 4(50. 



UN PROCÈS DU CHAPITRE DE CARCASSONNE. 193 

d'approuver l'échange, s'ils l'estimaient avantageux pour la 
couronne (A 92). 

Les défendeurs espéraient décourager le Parlement en allé- 
guant que les frais exposés par le receveur de Garcassonne, au 
cours de ses tournées à Narbonne, Cuxac etVillefloure, seraient 
disproportionnés avec le produit de la perception. On leur fit 
observer que le roi entretenait déjà un clavaire spécial à Nar- 
bonne, et que l'extension du ressort financier confié à ce fonc- 
tionnaire aurait, au contraire, pour conséquence d'alléger les 
charges qui pesaient de ce chef sur le trésor (A 93, 94). 

Battus de ce côté, ils tentèrent d'ergoter sur l'équivalence, 
inexistante selon eux, des avantages échangés de part et 
d'autre. Les chanoines affirmaient que les seuls revenus ordi- 
naires de Narbonne, accrus du sixième des lods et de la foris- 
cape , rapportaient plus en sept ans que l'entier domaine de 
la Tourrette en vingt années. La défense fit répondre que lods 
et foriscape étant tout un • ; la disjonction des deux groupes 
de revenus était strictement illusoire. Par contre, elle ne put 
sérieusement contester le chiffre de trente- deux livres opposé 
par le chapitre, comme montant assuré de ses possessions, 
aux seize ou dix-sept livres tirées, bon an mal an, par le roi 
de la Tourrette (A 100). 

Évincés sur tous les points de fait, consuls et procureur du 
roi se retranchaient derrière les arguments de droit. Aux 
termes du testament de Jehan Juglar, la part du fief de Ville- 
floare cédée en 1404 au chapitre devait faire retour aux 
enfants d'un notaire de Garcassonne nommé Bernard Soubz, 
si dans le délai d'un an, à compter du décès du testateur, l'hé- 
ritage n'était point amorti. On sait que l'amortissement est le 
droit que les gens de main -morte étaient tenus de payer au 
roi pour obtenir l'autorisation de posséder des biens immo- 

1 C'est aussi la doctrine du jurisconsulte Maynard, telle qu'elle ressort 
d'un passage de son traité déjà cité, p. 279 : « Pareillement en quelques 
autres desdits titres , principalement de la Province de Carcassonc, lesdits 
droicts de lods sont désignez par ce rnot Foriscapes, eo quod, comme nous 
avons tousiours estirné, foris capiantur : id est, extra pretium, c'est-à- 
dire hors le prix de la vente, qui faut que demeure en deniers francs au 
vendeur... » 

ANNALES DU MIDI. — XXlli. 13 



194 JOSEPH POUX. 

biliers. Une ordonnance d'octobre 1402 venait de fixer le tarif 
(( à la tierce partie d'autant comme vaudroient et monteroient 
les terres, rentes et possessions » auxquelles la perception 
était applicable \ L'expédient avait été imaginé pour diminuer 
le patrimoine des établissements de main-morte et augmenter 
le domaine de l'État. Sur interpellation de leurs contradic- 
teurs, les chanoines durent confesser qu'en cette matière, la 
volonté de Juglar n'avait point été exécutée (B 7). Mais, tout 
en exprimant leur surprise de voir soulever une telle excep- 
tion par d'autres que les héritiers substitués, seuls qualifiés 
en l'espèce (A 101), ils se déclarèrent prêts à dédommager le 
fisc royal , s'il y avait lieu (A 102). Pour le surplus, ils invo- 
quaient la règle portant exonération des taxes d'amortisse- 
ment pour tout « ce qui est baillié au roy » (A 103, 127). Ils 
observaient, d'autre part, qu'en exécution des lettres de 
septembre 1404 et d'avril 1405, le lieu de la Tourrette ayant 
été amorti , celui de Villefloure avait bénéficié du même trai- 
tement, en vertu de l'adage : Quod non refert quid de equi- 
pollentibus fiât (A 104 à 109). 

Restait l'offre des gens de la Tourrette de payer au roi cent 
sols, voire même dix livres de rente annuelle, pour être main- 
tenus sous sa juridiction. Par bonheur, en droit strict, la pro- 
position était inacceptable parce que tardive (A 111, 114) et 
de tous points étrangère au débat qu'elle prétendait solution- 
ner (A 112, 113, 115). En fait, d'ailleurs, elle n'offrait pas 
pour la couronne d'avantage appréciable, attendu que les 
revenus joints de Narbonne, Guxac et Villefloure se trouvaient 
excéder notablement le produit de la terre de la Tourrette, 
accru de cette contribution volontaire (A 116). 

A bout d'arguments, les défendeurs laissaient du moins 
s'exhaler leurs plaintes. Voulait- on les livrer sans secours au 
ressentiment de leurs adversaires? Les juges consommeraient- 
ils la pernicieuse entreprise d'arracher à leur roi de fidèles 
serviteurs ? « S'ilz laissoient passer ledit eschange, ilz ne 



1 Prost de Royer, Dictimmaire de jurisprudence et des arrêts, Lyon, 
t. IV (1784), in-4o, p. 677. 



UN PROCÈS DU CHAPITRE DE CARCASSONNE. 195 

seroient pas bons François. » Sur quoi, les chanoines répli- 
quaient avec modération qu'ils n'étaient les ennemis de per- 
sonne : (( Si nous plaidons, disaient-ils, c'est pour défendre 
nos droits méconnus (A 117). A la fin du procès, nos contra- 
dicteurs retrouveront en nous de vrais amis (A 118). » Et, 
non sans fierté, ils ajoutaient : « Nous sommes, s'il plaît à 
Dieu, aussi bons Français que quiconque. Nous et nos pré- 
décesseurs n'avons jamais failli au service du roi. Notre 
église, nos demeures sont assises dans la Cité de Carcas- 
sonne qui est la plus notable forteresse du pais de langue d'oc 
et la garde et clef dudit pais (A 119). Vrays suhgiez du roy, 
nous avons été par lui et ses prédécesseurs comblés de bien- 
faits ; tout ce que nous possédons est en France et soumis 
aux lois du royaume » (A 120, l'21). 

Ainsi maintenus, non sans brusquerie, dans les limites du 
débat, consuls et procureur du roi en étaient réduits à ergoter. 
Un instant, ils tentaient de nier l'authenticité de divers actes 
versés au procès, notamment des lettres patentes d'avril 1405, 
d'un bail d'accensement du l^r mars précédent, et de la mis- 
sive adressée à Charles VI par Simon de Cramaux. Malheu- 
reusement pour eux, le premier de ces documents était scellé 
en cire verte sur lacs de soie et portait la mention de la véri- 
fication par la Chambre des comptes (B 33) * ; le second était 
muni du seing manuel de Folquet Lautard, notaire royal de 
la Cité de Carcassonne (B 42), et le sceau prétendu suspect du 
troisième correspondait fidèlement à la matrice en usage à la 
cour spirituelle de Carcassonne pendant toute la durée des 
services du patriarche d'Alexandrie comme administrateur 
du diocèse (B 40)-. L'instant d'après, ils affirmaient que le 

' C'étaient par conséquent des lettres patentes en forme de charte, ou, 
tout au moins, de grandes lettres patentes. Cf. A. Giry, Manuel de diplo- 
matique, p. 766, 767. 

2 Le sceau en question n'est pas connu ; G. Demay a publié seulement 
le sceau de Simon de Cramaux, évoque de Béziers, d'après un acte du 
2 mars 1385 n. st., dans Inventaire des sceaux de la collection Clairam- 
bault,t. 1, n» 996. — MM. H. Mullot et H. Sivade, auteurs d'un Arrnorial 
des archevêques de Nar bonne et des évêques de Carcassonne, Alet, Mire- 
poix et Saint-Papoul (sous presse), m'ont très obligeamment informé qu'ils 
avaient déchiffré les armes de Simon de Cramaux sur une clef de voûte. 



196 JOSEPH POUX. 

conseil de la sénéchaussée n'avait point délibéré dans le local 
ordinaire de ses réunions, et que plusieurs dignitaires en 
avaient été systématiquement écartés (A 123, 125, B 25) \ 
Cette fois encore, le procès-verbal de la séance leur infligeait 
un double démenti. De guerre lasse, ils revenaient sur la 
question Juglar, assurant que, si le procureur du roi exerçait 
sa souveraineté sur la portion du fief léguée par le notaire 
défunt, c'était en vertu d'un acte de substitution à lui con- 
senti, à titre onéreux, par les héritiers Soubz (A 126 à 129). 
En réalité, la cession avait été faite au roi par la chapitre 
en 1405, et le prétendu achat aux héritiers de Juglar n'était 
qu'un leurre (A 113)-. 

Du laborieux entassement d'arguties, de contre-vérités et 
d'erreurs qui constitue, dans l'ensemble, le système de défense 
présenté par la communauté de la Tourrette et par le procu- 
reur du roi, le Parlement semble s'être désintéressé dès 
l'abord. L'arrêt rendu dans les premiers jours de 1411 n. st., 
le 17 janvier, sanctionna l'accord d'avril 1405 sur les bases 
ratifiées autrefois par la Chambre des comptes ^. Le chapitre 
fut mis en possession de la seigneurie de la Tourrette dans 

dans la sacristie de l'église Saint-Nazaire à la Cité de Carcassonne. La 
description qu'ils en donnent est la suivante : d'[azifr], à ime bande d'[or], 
accompagnée de six canettes en orle. Très vraisemblablement , ces armes 
ont figuré sur le sceau de l'administrateur perpétuel du diocèse de Car- 
cassonne, de 1391 à 1409. 

^ Ils prétendaient aussi que, si l'échange était consommé, le bail de la 
viguerie royale du Cabardès serait sensiblement déprécié. A quoi le cha- 
pitre répondait « que ledit bail n'en seroit ja plus petit d'une maille », et 
que même si cette éventualité venait à se produire, le roi aurait encore, 
tout compte fait, « grand prouffit oudit eschange » (A 122). 

2 Le chapitre faisait remarquer aussi que le legs Juglar avait été fait à 
charge de prières, et que la substitution des fils Soubz aux droits de 
l'église de Carcassonne aurait pour effet de frustrer éventuellement le tes- 
tateur des avantages spirituels attachés à la fondation (A 137 à 139). 

3 Archives de l'Aude, G 80. — L'original scellé de cette pièce est demeuré 
jusqu'à la fin de l'ancien régime dans les archives du chapitre de Carcas- 
sonne ; il paraît aujourd'hui perdu. C'est d'après cet original produit par 
le chanoine Jacques Malves, syndic du chapitre, que le secrétaire Béli- 
chon exécuta sur papier, le 16 août 1734, l'expédition coUationnée que nous 
avons analysée ici. Cette transcription précède l'extrait d'une ordonnance 
de Claude Anceau de Lavelanet, grand maître des eaux et forêts de Lan- 
guedoc, prononçant, sur visite des lieux, au profit du chapitre, la réunion 
du bois de la Clause à la forêt de Gramentés (24 mai 1727). 



UN PROCÈS DU CHAPITRE DE CARCASSONNE. 197 

les formes stipulées par le premier contrat. Comme corollaire 
de cette investiture, le procureur du roi reçut l'ordre de révo- 
quer la main-mise qu'il avait jadis fait prononcer, et d'opérer 
la restitution des fruits de la seigneurie à compter du jour de 
la saisie. Les habitants furent tenus d'acquitter à l'avenir 
entre les mains du trésorier capitulaire les droits utiles qu'ils 
payaient auparavant au fisc royal , et de reconnaître formelle- 
ment la souveraineté des chanoines, ainsi que l'autorité des 
magistrats institués par eux. lis durent, en outre, en manière 
de sanction pénale, sui)porter toute la charge des dépens. 

De si longs débats eurent du moins pour résultat, peut-être 
à raison même de leur ampleur, d'assurer par la suite un 
caractère inviolable et perpétuel à la chose jugée. A partir 
de '1411 jusqu'à la fm de l'ancien régime, les chanoines de 
Carcassonne ont possédé paisiblement la seigneurie de la 
Tourrette^ En dehors de la date historique qu'il détermine, 
le récit qui précède porte témoignage de l'énergique résis- 
tance qu'opposaient les communautés placées dans le domaine 
royal à toute tentative faite pour les en séparer. Leur souci le 
plus pressant fut toujours de rester dans la directe du protec- 
teur puissant et lointain qu'était pour elles le roi de France : 
assez puissant pour les défendre contre tous, assez éloigné 
pour ne pas agir, comme tant de seigneurs particuliers, en 
maître avide, exigeant, jaloux de ses droits et même, au besoin, 
usurpateur des droits d'autrui. Cette affaire témoigne aussi 
des abus incessants qu'engendrait, en matière fiscale, le zèle 
turbulent et peu scrupuleux des agents royaux du xv^ siècle. 
Et dans un ordre d'idées différent, elle comporte les plus inté- 
ressants aperçus sur les attributions du conseil de la séné- 
chaussée à la même époque, ainsi que sur la procédure 
compHquée qui réglait, en matière de transactions féodales, 
les rapports de la royauté avec ses vassaux. 

Joseph Poux. 



• En 1575, le chapitre afferme le domaine de la Tourrette et Mira val, 
consistant en terres nobles et droits seigneuriaux, savoir : la première 
année à 575 livres, et à 800 livres pour chacune des autres. Mahul, t. 111, 
p. 82. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS 



SUR LE SIRVENTES HISTORIQUE D AUSTORC DE SEGRET 

Dans un intéressant « Mélange », récemment publié ici 
même', M. Gh. Fabre a eu le mérite de dater exactement 
cette pièce, de la replacer dans les circonstances qui en 
expliquent la composition, de fournir sur son auteur pro- 
bable des renseignements précis, d'identifier enfin un des 
personnages qui y sont nommés. Mais il me paraît, en revanche, 
se tromper dans l'interprétation d'un passage important, et il 
présente comme certaine une autre identification, qui me 
semble hypothétique. 

Selon M. Fabre, c'est d'Edouard I", roi d'Angleterre, qu'il 
s'agirait dans la strophe à laquelle il assigne arbitrairement 
la quatrième place. Sur ce point, il me paraît avoir décidément 
tort. Il n'y a aucune raison de ne pas laisser cette strophe au 
rang (le troisième) qu'elle occupe dans le manuscrit, et le roi 
dont il y est question (v. 25) est sûrement le roi de Sicile, 
Charles d'Anjou. Il est tout naturel que le poète parle de lui 
à cette place, et développe les reproches qu'il lui a adressés 
dans la strophe précédente : dans celle-ci il est question de 
deux autres rois, Louis IX et Philippe le Hardi; mais le pre- 
mier est récemment défunt, et les paroles du poète s'appli- 



1 Annales, XXII, 467 et XXIII, 56. J'eusse désiré, comme cela était 
naturel, ajouter ces brèves remarques à l'article même de M. Fabre; mais 
j'en ai reçu trop tard les épreuves. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 199 

queraient aussi mal à Philippe qu'elles s'appliquent bien 
à Charles. Qu'on relise ces vers : 

« Jamais nous ne vîmes que le roi fût vaincu ; nous l'avons vu , 
au contraire, gagner par les armes et conquérir tout ce qu'il a voulu 
avoir; mais maintenant il a été abaissé, et c'est bien droit, car il a 
failli à Dieu, et celui qui faillit à Dieu en demeure bafoué; car 
jamais autant que par Charles la chrétienté n'a été honnie, jamais 
elle n'a subi plus grand dommage. » 

Ces vers ne peuvent pas convenir à Edouard l^^, plus qu'au 
nouveau roi de France. Edouard n'a fait aucune conquête. 
Bien loin de là, dans son propre pays il a triomphé à grand' 
peine de vassaux rebelles, dont il a même été le prisonnier; 
en Terre sainte, il a été, à peine débarqué, blessé par un 
fanatique, et n'a eu ni le temps ni le moyen de signaler sa 
valeur. Enfin à ce moment même il court risque de perdre, 
en Guyenne , des domaines qui reviennent légitimement à sa 
famille. Ces vers ne seraient-ils pas, surtout alors, une 
cruelle ironie*? Serait-il naturel que le poète insultât celui-là 
même auquel il veut faire accepter ses conseils? N'est- il pas 
manifeste enfin qu'il s'agit, dans ces huit vers, du même per- 
sonnage, et que, par conséquent, le « roi » du v, 25 est iden- 
tique à Charles (v. 31)? Ils conviennent en effet parfaitement 
au prince dont la fortune inespérée, dont les conquêtes presque 
fabuleuses avaient frappé tous les contemporains et dont Adam 
de la Halle pouvait dire : 

« De quanqn'il ot empris ot il victoire aquise ". » 

Et ne venait- il pas, ce favori de la fortune, d'éprouver 
à Tunis un terrible échec et de recevoir du Ciel un avertis- 
sement? 

Je n'affirme pas avec la même assurance que M. Fabre se 
soit trompé en identifiant JSTHaenric (v. 18) à Henri d'Alle- 



' Dans los pages (XX[II, .'T sq) qno M. Fabre consacre à Edouard, je 
vois la mention d'apanages, d'investissements, je ne vois trace d'aucune 
conquête, sauf de celle « du surnom de Longues-Jambes ». 

2 Dou Roi de Sezile, v. 37; éd. de Coussemaker, p. 284. 



200 ANNALES DU MIDI. 

magne. Il ajoute lui-même que le personnage ici visé pourrait 
bien être le fameux Henri de Castille, frère d'Alphonse X, 
et il me semble, à la vérité, que cette hypothèse est plus vrai- 
semblable. Je n'insiste pas sur le fait que ce prince, cheva- 
leresque et aventureux, eut, parmi les troubadours, une 
<( excellente presse »^ La question est plutôt de savoir, ce me 
semble, quel est celui des deux Henri envers lequel Charles 
d'Anjou avait le plus de torts, puisque c'est sur Charles que 
le poète excite le roi d'Angleterre à venger « le meilleur de 
ses parents ». Or la réponse n'est pas douteuse : le seul tort 
du roi de Naples envers Henri d'Allemagne était d'avoir 
rempli avec quelque mollesse des fonctions d'arbitre, dans 
une affaire qui intéressait sa mémoire, tandis qu'il retenait 
Henri de Castille prisonnier depuis sept ans, et qu'il n'avait 
pas hésité à l'exposer dans une cage de fer, à la risée de ses 
ennemis'-. 

Encore un mot à propos du destinataire de la pièce. 
M. Fabre a montré qu'il était tout naturel que celle-ci fût 
adressée à Oth de Lomagne, qui avait le plus grand intérêt 
à ce que le roi d'Angleterre s'opposât aux prétentions de la 
France sur la Guyenne et le Quercy. Je crois qu'il faut aller 
plus loin, et penser, comme au reste M. Fabre paraît le faire 
lui-même un peu plus bas, que la pièce a été écrite à la 
requête même du prince gascon, mieux placé encore que le 
poète pour savoir où étaient ses vrais intérêts : elle aurait été, 
comme tant d'autres sirventés politiques, « inspirée. » Ce qui 
reste obscur, même après les explications de M. Fabre, ce sont 
les raisons qui poussèrent le chanoine d'Anis, le haut digni- 
taire d'une abbaye du Velay, à intervenir dans cette querelle 
lointaine, — d'autant plus que la reprise des hostilités entre 
la France et l'Angleterre devait fatalement retarder cette 
guerre sainte, qui a l'air de lui tenir tant à cœur. 



1 Voy. Fabre, p. r>6, et G. Michaelis de Vasconcellos , dans Zeitschrift 
fur rom. Phil., XXVII, 153. 

2 L'imparfait era, employé aux v. 19 et 20, ne me choque pas; on pouvait 
parler au passé de la valeur et de la sagesse de ce prince , parce qu'elles 
étaient alors impuissantes et paraissaient devoir létre longtemps. 



MÉLxiNGES ET DOCUMENTS. 201 

Si l'hypothèse exposée pkis haut est exacte, Gui de Montfort 
n'a rien à voir dans ce sirventés et son nom ne devait pas 
s'y trouver. M. Fabre a réussi à l'introduire dans une resti- 
tution à la merveilleuse habileté de laquelle je me fais un 
devoir de rendre hommage, mais il est évident qu'il n'y a pas 
là l'ombre d'un argument. 

En voici au reste une preuve palpable : M. Fabre a restitué, 

avec le même Jjrio, le dernier vers, censé manquant, de la 

strophe IV. Le vers de M. Fabre est correct, aisé*, et comble 

admirablement un vide qui, j'ai le regret de le lui apprendre, 

n'existe pas. Le vers est tout au long dans le manuscrit et n'a 

rien de commun — que le sens général — avec le brillant 

({ rifacimento » de notre collaborateur^. Je n'irai pas jusqu'à 

dire, en parlant de ce vers : Ab uno disce omnes. Mais ce 

petit accident prouve tout de même que le vraisemblable 

peut quelquefois n'être pas le vrai. 

A. Jeanroy. 



II 

LE CHANSONNIER PROVENÇAL DE ROBERT d' ANJOU 

Ce prétendu chansonnier a préoccupé quelques critiques 
depuis que Matteo Caméra a publié en 1860, dans les An- 
nali délie due Sicilie (t. II, p. 404), quelques lignes sur son 
compte. Caméra rapporte que le roi Robert d'Anjou aimait la 
lecture de Dante et qu'il était fier d'avoir dans sa biblio- 
thèque les œuvres des poètes provençaux, « le di cui opère 
erano state raccolte dal medesimo sovrano Roberto per la sua 
biblioteca et vedevansi superbamente ligate in copertina cre- 
misi con fmimenti d'argento. » Venait ensuite une liste de 
soixante- douze troubadours. 

M. V. Crescini, qui a découvert l'original de la lettre de 

' Il fallait seulement écrire forniida et non fornida. 
2 On lit très distinclernent : Crestiantalz ni près tan gran falhida. C'est 
évidemment par distraction que M. Appel a signalé là une lacune. 



202 ANNALES DU MIDI. 

Jean de Nostredame à Scipion Cil)0 ^ , et qui en a fait l'objet 
d'un intéressant article, avait démontré, à la fin de son tra- 
vail, combien étaient étroits les rapports qui apparaissaient 
entre la liste donnée par Caméra et celle qui est formée par 
la série des troubadours qui ont une notice dans les Vies de 
Jean de Nostredame. La parenté de ces rapports lui paraissait 
confirmer l'hypothèse que le chansonnier du comte de Sault 
n'était pas un mythe. 

M. de Bartholomseis s'était déjà occupé du même chanson- 
nier de Robert d'Anjou et avait même fait imprimer une note 
qui ne fut alors distribuée qu'à quelques amis ^. 

Il revient maintenant sur le même sujet, et le titre seul de 
son mémoire en annonce à l'avance les conclusions néga- 
tives : Di un presunto canzoniere provenzale di Roherto 
d'Angiô ^. 

Il a remarqué que la liste donnée par Caméra n'était autre 
que la liste imprimée par César de Nostredame, neveu de 
Jean, dans son Histoire et Chronique de Provence (p. 378- 
379). Non seulement Caméra suit dans sa liste l'ordre de 
César de Nostredame, mais les quelques lignes qui précèdent 
sa liste sont traduites de l'historien mensonger de la Pro- 
vence. La démonstration de M. de Bartholomseis est lumi- 
neuse et se passe de commentaire. Il faut faire notre deuil de 
ce prétendu chansonnier. 

M. de Bartholomseis se demande d'où César a pris que 
Robert d'Anjou avait le goût de la poésie provençale. Il aurait 
pu l'inventer, dit-il; mais il est probable, ajoute-t-il, que 
César avait trouvé cette notice dans les papiers de son oncle 
Jean. Ceci se trouve être exact. On lira la liste, tirée du ma- 
nuscrit de la Chronique de Provence de Jean de Nostredame, 

1 V. Crescini, Un autografo di Jehan de Nostredame , Padova. Società 
cooperativa tipografica, 11)07 [Estratto dal " Bollet. del Museo civico di 
Padova », n. 3-4, a. x (1907)]. On trouvera cette lettre dans réditioti Chaba- 
neau (p. 260-263), d'après une copie de la bibliothèque de Sienne. 

2 Sul canzoniere provenzale di Roherto d'Angiô, Perugia, 1902. 

3 Memoria... letta il 22 marzo 1909 alla classe di Scienze morali délia 
R. Academia délie Scienze dell' Istituto di Bologna. Estratto dalla Série I, 
Tomo IV, délie Memorie délia R. Accademia délie Scienze dell' Istituto di 
Bologna, Classe di Scienze morali, Sezione storico-filologica (14 p.). 



MÉLANGES ET DOCUMENTS, 203 

dans l'édition Chabaneaii, p. 239 et suivantes. Voici ce qu'il 
dit de Robert et de son goût pour la poésie provençale : et II 
a aymé les poètes qui ont escrit en leur langue vulguere et 
maternelle, ainsi que François Pétrarque, poëte tuscan, avec 
lequel prenant plaisir bien souvent deviser, led. roy Robert 
luy disoit qu'il aymoit mieux ses livres que sa propre coronne, 
et qu'il tenoit plus chère la doctrine et la science par luy 
acquise en la lecture des bonnes lettres que les honneurs et 
richesses de son royaulme. Il a prins souvent grand plaisir 
à lire les œuvres de Dante, poète tuscan, et autres poètes vul- 
gueres, tant en ytalien que en provensal, desquelz il avoit 
toutes les œuvres, et mesmes des poètes provensaulx. » 

Suit la liste \ qui se compose de quatre-vingt-neuf poètes, au 
lieu de quatre-vingt-sept que donne César de Nostredame. 
Celui-ci a supprimé Loys Eimeric, qui se place entre Ozil de 
Cadars et Peyre Hugon, el Luquet Rodillat, qui doit se placer 
entre Raymond de Brignolle et Manuel Balb. Enfin deux 
ou trois noms sont intervertis. Jean de Nostredame donne : 
Peyre Milhon, Bernard Marchis, Peyre de Valieres; César 
écrit : Peyre de Valieres, Peyre Milhon, Bernard Marchis. 

Mais si le chansonnier de Robert d'Anjou est un mythe, il 
n'en est sûrement pas de même de celui du comte de Sault. 
Ce que j'en puis dire ici, c'est que l'ordre des trouba- 
dours n'y était pas le même que celui que Jean de Nostredame 
et César, qui l'a copié, ont adopté dans leur liste : il suffit de 
citer la série des dix premiers noms de troubadours du chan- 
sonnier de Sault : Giraud de Borneil, Bernard de Ventadour, 
Raimbaud de Vachères, Boniface Calvo, Arnaud de Meyrueil, 
Bertran de Pessardz, Cuillien Figuière, Guillem de S. Dey- 
dier, Guilhem de Cabestan, Elias de Barjols. Mais tout ceci 
sera étudié plus au long dans l'étude sur le chansonnier de 
Sault que Chabaneau avait préparée et que j'ai terminée 
(décembre 1910). Elle paraîtra incessamment. ' 

J. Anglade. 

' Cette liste est précédée des lignes suivantes : « Les noms des poètes 
provensaulx qui ont escrit en leur langue maternelle provensalle, les 
œu\Tes desquels estoyent parmy la bibliothèque du roy Robert. » 



204 ANNALES DU MIDI. 

III 

BERTRAN DE BORN OU RIGAUT DE BARBEZIEUX? 

La célèbre pièce -Si tuit li clol elhplor elh marrimen^ , écrite 
pour la mort du « jeune roi anglais » Henri II (11 juin 1183), 
se trouve uniquement dans deux manuscrits ; T et c. Bien que 
dans celui-ci elle soit attribuée à Peire Vidal, personne n'a 
songé, jusqu'à présent, à contester l'autorité de T (ms. du 
xv^ s.)'" en ce qui concerne l'attribution de notre poésie 
à Bertran. On n'y a pas songé, à mon avis, parce que le plmili 
ne pourrait être mis sur le compte du troubadour toulousain 
P. Vidal sans rencontrer de réels et graves inconvénients^. 
Or, il est intéressant de savoir que le manuscrit a enregistre 
cette pièce comme étant d'un gracieux poète, auteur d'un 
tout bref chansonnier, Rigaut de Barbezieux^. C'est cette attri- 
bution que je chercherai à rendre vraisemblable dans cette 
courte note. D'ailleurs, la gloire de Bertran de Born, fondée 
sur tant de pièces de premier ordre, n'en soulïrira guère, 
tandis que le bagage poétique de Rigaut s'enrichira, par là, 
d'un petit joyau littéraire, qui a l'avantage, entre autres, de 
nous permettre de fixer, avec certitude, une date dans la car- 
rière d'un troubadour sur lequel les renseignements histo- 
riques ne sont ni sûrs ni nombreux ^ 

Je commence par remarquer que l'ancien auteur des razos 
de Bertran de Born ne connaissait qu'un seul planh de celui-ci 
sur la mort du roi Henri, et n'avait aucun soupçon qu'il en eût 
pu composer un autre. Il écrit : Lo planh: qu'en Bertrans de 



1 Bartsch, Gnmdriss, 80, 41. 

2 Voir cependant Stronski, Folq. de Mars., Cracovie, 1910, p. XII. 

3 Surcems., voir Grôber, dans Romanische Studien, II, p. 522. Ce ms. 
m'a paru avoir été écrit, en tout cas, dans la première moitié du xv« siècle. 

* C'est bien Rigaut, et non Ricaut, qui est le nom du troubadour, ainsi 
que l'a montré M. A. Thomas. V. un travail de M. Anglade sur notre poète 
dans la Revue de Saintonge et d'Aunis, XXVIII (1908), p. 198. 

s P. Meyer, Romania, XXXIX, 103. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 205 

Born fetz ciel rei jove no porta altra razo si no quel reis joves 
era lo melher oni del mon e'n Bertrans li volia melhz qu'a orne 
del mon e plus lo crezia que orne del mon... E per la valor 
quel reis joves avia e per lo gran dol qu'en fo a tota la gen 
el fetz lo planh que ditz : Mon chan fenisc. Cette belle pièce 
qui débute en efîet : 

Mon ehan fenisc ab dol et ab maltraire 

est vraiment écrite, du commencement à la fin, dans le style 
vigoureux de Bertran de Born, tandis que l'autre, que l'an- 
cien commentateur n'avait pas lue, est composée dans une 
forme beaucoup plus simple et, disons -le, beaucoup plus 
molle que celle à laquelle nous a habitués le grand troubadour 
de la Dordogne. C'est ce qu'a bien vu M. A. Thomas : « Peut- 
être, a-t-il écrit, la valeur de cette pièce est -elle un peu sur- 
faite. En tout cas, c'est moins par la force de la pensée que 
par l'heureux choix du rythme qu'elle se recommande'. » 
En réalité, qu'on lise la pièce dans les éditions de Stimming 
ou de Thomas, ou bien dans celle que Koschwitz nous a donnée 
dans la nouvelle impression de la Chrestomathie de Bartsch-, 
on remarquera aisément que le style n'y est pas aussi net 
et vivant que celui, si personnel et suggestif, de Bertran de 
Born. La forme, plus douce et plus simple, est douée de cette 
grâce charmante qu'ont d'ordinaire les compositions de Bi- 
gaut. Et rien ne s'oppose, ce me semble, à ce que celui-ci soit 
bien l'auteur de la pièce. Il vécut vers la fin du xiF siècle 
et le commencement du xiiF, ainsi qu'il nous est prouvé non 
seulement par la razo qui le concerne^, mais encore par une 



' Poésies complètes de Bertr. de Born, Toulouse, 1888, p. xxviij. 

2 Marburg, 1904, col. 124. 

' La razos nous dit : « cl s'en anet en Espaigna, al valen baron Don 
Diego e lai visquet e lai mori. » C'est ce qui a fait écrire à Diez (L. u. W., 
p. .03.")) que le troubadour a dû mourir au commencement du xni» siècle. 
Don Diego Lopez de Haro mourut en Itil."). Cbabaneau {Biogr., 381) place 
l'activib- de Rigaut entre 1200-1210. On peut reculer encore ces dates. 
Rappelons -nous que la razos de Rigaut nous fait savoir q'el s'enumoret 
d'una domna, moiller d'en Jaufre de Taonai, la fille de Jaufre Rudel. Or, 
Jaufre de Taonai mourut en 1220 (Cbabaneau, 2.51, n. 3), et il est très pro- 
bable que sa femme a élé célébrée ou aimée par Rigaut quand elle était 



200 ANNALES DU MIDI. 

poésie, jusqu'ici inédite, sur la mort du comte de Provence 
Alphonse II (1209). Cette pièce est un véritable -planh que 
nous ferons connaître au public érudit dans une publication 
prochaine'. Ici, nous nous bornerons à dire que le troubadour 
y célèbre la valeur et la bonté du comte, ainsi que la sagesse 
de la comtesse Garsenda-. C'est un document à la fois histo- 
rique et littéraire, dont voici la première strophe : 

En chantanz^ [ieu] plaing e sospir 
Lo gran dan qu'a Proenza près , 
Qe mortz es lo meiller dels très 
Q'el mond pogues nuls hom chauzir. 

Ailas! quant ai sovinenza 

Del pro Comte de Proenza 
Qon era francs e fis e debonaire, 
Lo cor mi part ; per q'ieu nom puesc estraire 
Non plagnal mal , qi qe n'estia mutz , 
Qu'a mantener Dieu s'era faitz escutz. 

Pour en revenir à notre planh sur Henri II, je dirai que 
M. Anglade a eu bien raison d'écrire que l'œuvre de Rigaut 
ne doit pas nous être parvenue dans son intégrité, et qu'il est 
vraisemblable que le poète a composé un certain nombre de 
pièces perdues ou égarées. On peut ajouter, si nous sommes 
dans le vrai, qu'une, tout au moins, lui a été enlevée par un 
copiste qui , sachant que Bertran de Born avait écrit un planh 
sur le « jeune roi », a cru devoir lui en attribuer un autre : 
Si tuit li dol, etc. Heureusement, le chansonnier a nous 
a indiqué l'auteur probable de la pièce, dont nous allons 



encore « gaia, plazens « et « bella », comme le dit la razos, c'est-à-dire 
dans la fleur de l'âge. Somme toute, l'activité poétique de Rigaut me parait 
devoir être placée plutôt à la fin du xif siècle. 

1 Nous avons réservé cette pièce aux Mélanges qu'on va publier en 
l'honneur de M. P. Rajna. 

^ Sur Garsenda, v. Stronski, Notes sur quelques troubadours et protec- 
teurs des troubadours , extraites de la Revue des langues romanes, 1907, 
p. 18. 

3 Je ne corrige pas : En chantan. La forme en chantans se trouve à la 
rime dans une pièce de Raimon Gaucelm (1268) : en c/iantans : duptans 
(nom, sing.) (Azaïs, Troub. de Béziers, 33). 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 207 

reproduire les strophes les plus intéressantes, d'après le nou- 
veau manuscrit. 

Ricartz de Berbeziu. 

(a, p. 425). 

1. Si tuit li doi^ eil plor eil iiiarrimen 
E las dolors eil dan eil chativier'^ 
C'om hanc agues en est segle dolen 
Fossem ensems , semblerous tuit leugier 

5. Contra la mort del ioven Rei engles, 
Don reman près e iovenz doloiros , 
Escurs e tieins e negr' e tenebros, 
Sems de tôt ioi , pleinz de tristor e d'ira. 

On peut déjà conclure, d'après cette première strophe, que 
la leçon se rattache à celle qui nous est représentée par T. 
Au V. 3, T a : com âges {c, com anc auzis), et le vers 7 est 
dans T : Escurs e tintz e nègre doloros (c, el mous oscars, etc.). 
Évidemment, cette leçon est corrompue. Nous avons, dans la 
strophe V, un autre passage corrompu : 

V. Celui cui plac per nostre salvamen 

Venir ^ eP mond e nos trais d'encombrier, 
E receup mort per nostre garimen 
Qom a segnor humil e vertadier... 

T et c ont marrhnen au lieu de salvamen et remplacent 
garimen par salvamen. Gomme nous avons marrimen dans 
tous les premiers vers des strophes, on peut accepter, en 
toute confiance, la leçon de deux manuscrits T et c. Nous 
reproduisons encore la strophe III : 

III. Estenta mortz, plena de marrimen, 
Vanar te potz qe'l meillor cavaillier'' 
As tout del mond, c'anc fos de nulla gent. 
Qar non es res® q'a pretz aia mestier 

' Ms. doil. 

- Le i de -ier a été exponctué. 

' Corrigé sur nerar. 

* El tiré de es. 

* Ms. -er. 
^ Ms. retz. 



208 ANNALES DU MIDI. 

Qe tôt non l'os el iovcn Rci engles ; 
E fora miels, s'a Dca plagues razos, 
Qos cl visquos qe maint aulr'enoios 
O'anc non l'eiron als pros mas dol e ira. 

Cette pièce, si elle était vraiment du poète berbézilien, 
jetterait un rayon de lumière sur la vie de Rigaut. On savait 
déjà qu'il avait fréquenté la cour des comtes de Provence 
et s'était rendu chez Diego Lopez en Espagne; mais on igno- 
rait qu'il eût eu aussi des rapports avec d'autres personnages 
illustres de son époque. Peut-être ses pérégrinations et ses 
relations furent- elles plus nombreuses que ce que nous in- 
dique la razos provençale. 

Giulio Bertoni. 

IV 

CAPIOTO ET L'HAUSANO 

Pastorale limousine du XVII«' siècle , 

d'après le «is. 1531 de la Bibl. munie, de Bordeaux. 



L'érudit D"' J.-B. Noulet (de Toulouse), l'auteur de VEssai 
sur l'iiistoire littéraire des patois du Midi aux XVI^ et XVII^ 
siècles, publié en 1859, parle en ces termes de la Pastorale 
limousine qui va nous occuper : 

(P. 169). ÏNous avons en patois limousin une sorte de comédie en 
cinq actes intitulée : Capiote ou Pastorale limousine. Cette pièce , com- 
posée à la fin du xvii" siècle^ , eut encore une édition au commence- 
ment du xviiie-. Elle fut attribuée à Cortète de Prades^ par Beau- 

1 Plus probal:ilement vers le milieu de ce siècle, comme nous l'indi- 
quons plus loin. 

2 Dans l'appendice de la page 231-232, M. Noulet cite en réalité trois édi- 
tions : l'une à Bordeaux cliez Delpech, sans date, proljablement de 1084; la 
seconde à Agen, de 1700, inconnue de Brunet; la troisième à Limoges, 
chez Gabriel Farne, s. date. — Ajoutons que Gabriel Farne exerça son art 
à Limoges de 1686 à 1708. 

'•> François de Cortète, seigneur de Cambes el de Prades, poète patoisant 
de l'Agenais, florissait à la lin du xxii'^ siècle. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 209 

champ ^ dans ses Recherches sur les théâtres, et cette opinion a pré- 
valu. Nous la croyons erronée : Capiote s'éloigne tellement par 
l'idiome, par le canevas, par le style, par le ton, des œuvres de 
Cortète, que tout y est disparate et en complète opposition. Tandis, 
en effet, que la distinction et la retenue, au double point de vue des 
convenances morales et de la manière , étaient le propre du seigneur 
de Prades, l'auteur de Capiote n'a ni l'une ni l'autre de ces qualités : 
sa pièce sans intrigue est conduite au hasard, offrant continuelle 
ment des surcharges obscènes, crues, messéantes. Au reste, le tout 
est si pauvrement versifié et rimé, que l'on ne peut l'attribuer à 
un poète d'élite, quel qu'il soit. 

L'auteur inconnu a placé, en tête de la troisième édition, un 
avertissement au lecteur où il dit, sans plus de façon, « que sa pièce 
est parfaitement bonne et qu'il souhaite qu'elle ait la même réussite 
qu'elle a eue ci-devant, le souhait qu'il forme n'étant que par rapport 
à l'inclination qu'il a de contribuer, en quelque manière , à divertir 
ceux qui se donneront la peine de le lire. » 

Avouons que Capiote était tout à fait dans le goût de l'époque , fixé 
par les auteurs français, témoignant si peu de respect pour la 
décence parlée , ce qui peut atténuer jusqu'à un certain point les 
reproches que mérite notre anonyme. Telle qu'elle est, sa Pastorale, 
si pastorale il y a, ne peut aujourd'hui nous inspirer qu'un profond 
dégoût, les licences qui s'y font fréquemment remarquer n'étant 
jamais même amoindries par un talent qui aurait su se faire valoir. 

Nous n'aurons donc pas à nous appesantir sur l'analyse de cette 
comédie ; qu'il nous suffise de dire , pour faire comprendre ce que 
nous en reproduirons, que deux vieux soldats, deux paysans, deux 
forgerons de village, Capiote amoureux , et la famille de sa maîtresse, 
avec valet et servante, et le notaire, sont les personnages mis en jeu. 
Tout ce monde est d'accord pour vouloir le mariage de Capiote et 
de Hauzane; on se demande donc à quoi bon tant d'acteurs, sinon 
à allonger démesurément, nous ne disons pas l'intrigue, il n'y en a 
point, mais la pièce. 

Suit la reproduction d'une scène, p. 170 à 172 : 

Si ma fille lou veau, et qu'eou vailhe ma fille 
Quante per mon regard quoy cliauze fort facile 



1 Godard de Beauchamps, donl les BecJt. sur les th. de France parurent 
en 17:5."). 

ANNALES DU MIDL — XXIII. 44 



210 ANNALES DU MIDI. 

Nous avons signalé l'erreur principale où est tombé le 
D"" Noulet lorsqu'il attribue cette pièce à la fin du xviF siècle, 
en se fondant uniquement sur la date de la première édition. 
Par contre, notre auteur a le mérite d'enlever à Gortète la 
paternité qu'on lui attribuait indûment. Si Noulet, au lieu de 
disserter sur l'une des éditions imprimées, s'était enquis du 
manuscrit de cette Pastorale, il eût davantage avancé la ques- 
tion, comme nous le verrons tout à l'heure. 

2. 

Quelques années plus tard, vers 1866-67, un historien bor- 
delais bien connu, Jules Delpit, projetait une édition de notre 
Pastorale et présentait à la Société des bibliophiles de Guyenne, 
sur un manuscrit dont il était possesseur, un rapport que 
nous jugeons utile de publier ici, malgré la forme défectueuse 
sous laquelle il nous est parvenu : 

La pièce dont je vais vous entretenir paraît inédite ^ Elle remonte 
au commencement du règne de Louis XIII^, et le manuscrit que nous 
possédons^ pourrait être l'original, car on y remarque plusieurs 



' Erreur grave, comme nous le rappelons plus haut. D'ailleurs, M. J. Del- 
pit a écrit en interligne cinq noms : Brunet, Noulet, Ardant (à l'encre), 
Burgaud des Marets, Brunet à Payen (au crayon), qu'il se réservait sans 
doute de consulter et qui l'eussent vite tiré de son erreur. Je n'ai pas à 
identifier Gustave Brunet ni le D"" Noulet. Le troisième est probablement 
Maurice Ardant, archiviste de la Haute-Vienne, f ISGT. Burgaud des Marets 
est un auteur patoisant de la Saintonge , qui llorissait de 1849 à 1864. (Voir 
Lorenz, Catal. gén. de la libr. franc, I (1867).) 

2 Ou plutôt à la fin de ce règne, comme nous le disons plus loin. 

3 Ce manuscrit appartient aujourd'hui à la Bibliothèque municipale de 
Bordeaux {n° 1531), a laquelle il a été donné par M. Jules Delpit. C'est un 
cahier in-S", de 35-|-2 feuillets papier, d'une bonne écriture du xvn« siècle. 
Il fait partie d'un dossier comprenant, outre ce manuscrit, une copie 
moderne qui en fut faite pour le compte de M. Delpit, et enfin le brouillon 
du rapport que nous reproduisons. Ce brouillon n'est point signé, mais 
l'écriture est de M. Delpit sans conteste possible. Quant à la date approxi- 
mative du ms., elle est fournie par l'allusion à la guerre de 1866 et par la 
proposition finale. — A noter que les cinq premiers feuillets (sur quarante- 
quatre) de la copie sont de la main de Jules Delpit; ils portent en marge et 
dans les interlignes des additions et des cori'ections au texte du manuscrit. 
D'où proviennent ces additions ? Probablement de l'une des trois éditions 
connues. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 211 

ratures qui ne paraissent pas toujours destinées à réparer les dis- 
tractions d'un copiste. 

L'auteur y fait usage d'une ortliographe qui essaye de ne tenir 
compte que du son des mots sans se préoccuper de leur étymologie, 
et, sous ce rapport, cette pièce présente un intérêt de plus. Presque 
jamais l'auteur n'emploie Vs au pluriel ni au singulier à la fin des 
mots, où elle ne doit pas être prononcée; il écrit bra, pa, ca, pour 
bras, pas, cas, etc. Malheureusement l'habitude d'une autre ortho- 
graphe lui fait souvent perdre de vue la règle qu'il s'est imposée, et 
son orthographe ressemble souvent, sans qu'il l'ait voulu, au langage 
d'un de ses personnages qu'il a fait exprès parler une langue mélangée 
de français et de limousin. 

Du reste, le vers est facile; il marche avec aisance et sans chevilles 
vers une rime toujours exacte et souvent heureuse. La césure est soi- 
gneusement observée et même habituellement indiquée par une vir- 
gule. 

Comme dans toutes nos anciennes pièces, l'action est, pour ainsi 
dire, nulle; c'est une succession de scènes juxtaposées ou de dia- 
logues divisés en cinq actes pour se conformer à l'usage, mais sans 
motif. 

La pièce commence par un monologue qui sert de prologue, et 
continue ainsi par une succession de scènes qui finissent et recom- 
mencent sans but ; le seul mouvement dramatique qui semble annoncé 
dès le début est ensuite oublié , au point qu'on pourrait supposer 
qu'il y a une lacune dans le manuscrit. 

Un capitaine rodomont, pillard, vantard, etc. S assisté de deux 
confidenls qui ressemblent à leur maître, est jaloux d'un forgeron, 
fier-à-bras bien réel, assisté de deux valets. Cependant les deux 
rivaux finissent par se rencontrer; le capitaine boit le vin payé par 
le forgeron ; le forgeron donne quelques coups au capitaine , et sou- 
dain , sans qu'on sache pourquoi, comme dans la guerre de l'Italie 
contre l'Autriche ^, le fier-à-bras tombe à genoux devant le battu, qui 
de son cùté promet de favoriser les amours de son antagoniste. 

Il y a cependant une apparence d'intention scénique : dans un des 
monologues qui commencent la pièce^, la mère de la jeune pre- 
mière raconte, on ne sait pas trop pourquoi, qu'elle a fait casser par 
l'évoque de Limoges un mariage contracté par sa fille avec un 

' La Trolio. 

2 Allusion probable à la guerre de 186G. 

'•> Acte II, se. u. 



212 ANNALES DU MIDI. 

impuissant. Les lecteurs sont ainsi prévenus qu'ils n'auront pas 
affaire à une bergère genre Florian. Et plus tard, lorsque cet 
infortuné mari, déguisé en homme d'armes, est pris, dépouillé et 
interrogés son interrogatoire donne le temps moral (ou immoral), 
nécessaire à l'ingénus et à son amant, de quitter la scène sans être 
apperçus {sic) pour aller se mettre au lit derrière la décoration. 

Nous voici déjà au dénouement, et je vous ai cependant raconté 
la pièce ^. 

Le capitaine et ses camarades, le forgeron et ses compagnons, le 
père, la mère et leur jeune fille sont venus successivement débiter 
leurs monologues; puis l'amoureux s'est rencontré avec sa belle, 
favorisés par les parents ; ils ont envoyé chercher du vin ; le capitaine 
le boit, il est battu par l'amoureux, mais les rivaux se réconcihent. 
Le notaire^ arrive; pendant qu'il rédige le contrat, on amène un 
soudar {sic) pris à la maraude; il est interrogé, et pendant ce temps 
les amoureux vont se mettre au lit. 

L'action est complètement nulle; mais les dialogues successifs ne 
manquent pas d'intérêt : l'auteur s'est moins proposé de construire 
un drame que de peindre les mœurs de son temps, et, sous ce rap- 
port, sa pièce ofl're plusieurs sortes d'intérêt : intérêt de langage , de 
style, d'orthographe, d'histoire, de mœurs, de pensée, etc. Quelque- 
fois les tableaux présentés sont d'un réalisme et d'une vérité qui 
n'est pas sans grâce. Permettez-moi de citer un passage un peu décol- 
leté, mais non pas au delà de ce qu'on trouve dans Molière. 

Capiote le forgeron se trouve avec Hauzane, son amoureuse, qu'il 
vient de faire danser; il s'approche d'elle et, en présence de la 
mère et des autres acteurs, pour s'assurer si elle sue, il porte la main 
sur son sein. L'amoureuse le repousse en lui disant [acte II, se. m]" : 

Qu'avé aqui perdu ? 
Voii diria que iou sey quauquo lilio empruntado. 
Né se vou pa conten dé m'avé prou beysado 
Ses veny qui toucha? 

C'est le naturel pris sur le fait, et l'on entendrait encore la même 
réflexion dans nos danses de vendanges. 

Du reste, l'auteur ne s'est pas borné à peindre la grossièreté des 



1 Acte V, se. ni, sous le nom de La Marselo. 

~ Les mots déjà et cependant ont été ajoutés au crayon dans l'interligne. 
^ Halary. 

< L'orthographe adoptée par M. J. Delpit n'est pas tout à fait conforme à 
celle du manuscrit. Nous la rectifions. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 213 

amours au village; il a complète autant qu'il a pu son tableau des 
mœurs de l'époque. Ainsi, quoique gentilhomme, il n'oublie pas de 
fronder la noblesse. Écoutez le dialogue d'un vieux paysan avec son 
gendre : 

Suit le dialogue de Rougan avec Capiote, commençant par ces mots : 

Veyci dé mus mousur en our muta dé chi... 

[Acte V, se. u] 

Çà et là, il (l'auteur) a décoche beaucoup de traits de ce genre. 
Au cinquième acte , le premier mari d'Hauzane, devenu homme 
d'armes et pillard, est pris et interrogé. Cette scène est une véritable 
gazette rimée où l'auteur, qui déjà a cité le plus qu'il a pu des faits 
et des noms historiques , donne réellement un bulletin des dernières 
guerres ^ 

Suit une longue citation du cinquième acte, se, m : 

Tueren y tan dé gen coumo y fan d'eyfa... 

L'auteur semble avoir pris à tâche d'insérer dans ses vers le plus 
de renseignements historiques possible. Laissez-moi, vous compren- 
drez pourquoi, vous citer encore cet exemple [acte III, se. i] : 

LÂTRELIO 

Quan iero deu soudar dé mousur Pueyferra, 
Vou auria pré plasé tan j'avio y bouno mino ! 

Il en est de même pour les noms de lieux. Le sieur de La Feuillade 
prouve, pour ainsi dire à chaque scène , qu'il connaît parfaitement 
le Limousin. 

Il me reste, avant de conclure, à vous entretenir d'un sujet des 
plus délicats. L'Hauzane, comme toutes les pièces de son époque, est 
remplie, et vous avez déjà pu vous en appercevoir {sic), d'expressions 
et d'idées qui nous paraissent peu chastes. Cependant, il faut rendre 
cette justice à l'auteur, il n'emploie jamais les mots techniques que 
la pruderie moderne a bannis de notre langage ; presque toujours 
les choses obscènes y sont voilées par des circonlocutions; mais par 
une compensation malheureuse, arrivé au dénouement, il a divisé, 
comme nous le faisons encore aujourd'hui, la scène en deux parties : 
dans l'une les acteurs restent en vue, et dans l'autre l'amoureux et 
sa maîtresse sont derrière le rideau. Le dialogue qu'ils laissent 

' Celles de 1621 et 1628, à ce qu'il semble, puisqu'il parle de Soubise. 



214 ANNALES DU MIDI. 

entendre par les spectateurs est évidemment un dialogue plus que 
risque, et lorsque les acteurs reviennent sur la scène pour avaler la 
soupe à l'oignon , le dialogue est la reproduction exacte des choses 
qui se disent dans ces cérémonies indécentes qui ont tant amusé nos 
pères. Est-ce un motif pour en empêcher l'impression? Pour moi, 
je ne le pense pas. Il faut n'avoir jamais lu les poètes ou les conteurs 
du moyen âge pour s'olTusquer de pareilles licences. Cependant, 
comme nos publications se font en province, et quoiqu'elles soient 
destinées à un public spécial, quoique la langue même dans laquehe 
cette pièce est écrite puisse un peu, comme le latin, braver l'honnê- 
teté, il serait peut-être possible de supprimer, en indiquant la suppres- 
sion, les dix ou douze vers qui rendent difficile pour nos habitudes la 
lecture d'une pareille conversation. 

Je crois encore que, si cette pièce, qui sera imprimée par nous ou 
par d'autres , doit faire partie de nos collections , elle devra former 
un volume à part et attendre un certain laps de temps pour ne pas 
laisser croire que nous ahons publier principalement des pièces de 
ce genre. 

Jules Delpit erre à son tour en considérant cette Pastorale 
comme inédite et en plaçant sa composition au commence- 
ment du règne de Louis XIII. Mais comme il en possède le 
manuscrit, il a le faible mérite d'avoir pu donner le véritable 
nom de l'auteur : lo sieur Lafuliado , gentiUiomé Ihnoiisi. 



Le savant professeur de Montpellier, Camille Chabaneau, 
a lui aussi parlé de notre Pastorale dans sa notice sur 
La langue et la littérature du Limousin (1892); mais, con- 
trairement à ses habitudes, il en a parlé sur la foi d'autrui, 
sans avoir vu ni le manuscrit ni aucune des trois éditions 
parues : 

(P. 28) La seconde de ces Pastorales [en dialecte limousin^ est ano- 
nyme^ ; elle est intitulée « Capiote, pastorale limousine », et la scène 
est à Nontron. On en connaît trois éditions, dont aucune, paraît- il. 
n'est datée ^. L'ouvrage aurait été composé, dit-on, vers 1680; les 



1 Le ms. de Bordeaux rectifie ceUe opinion. 

2 A rectifier par ce qui est dit ci-dessus, p. 208, note 2. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 215 

allusions qui s'y rencontrent à des faits historiques de l'an 1621 nous 
portent à la considérer comme plus ancienne. » 

Ghabaneau, si bien informé d'ordinaire quand il parle de 
littérature méridionale, ignore que l'édition d'Agen est de 1700. 
Il ne sait rien de l'auteur; il a seulement entendu dire que la 
pièce contient des allusions à des faits historiques de l'an- 
née 1621 , et il y voit à bon droit un motif suffisant pour la 
considérer comme plus ancienne que la fin du xyii^ siècle. 



Le lecteur sait maintenant jusqu'où nos prédécesseurs ont 
poussé l'examen des questions préalables que soulève cette 
curieuse Pastorale du xvii" siècle. Sans avoir la prétention 
de les résoudre entièrement, nous croyons pouvoir fournir 
quelques précisions. 

Dans les trois éditions connues, cette pièce est intitulée 
Capiote ; dans le manuscrit de Bordeaux, elle est intitulée 
l'HaiisaAio. Puisqu'il s'agit bien incontestablement chaque fois 
de la même, nous proposons, pour éviter tout malentendu, de 
l'appeler désormais Capioto et VHausano, du nom de ses deux 
principaux personnages, comme on dit Pierrot et Colomhine, 
Aucassin et Nicolette. 

L'écriture du manuscrit de Bordeaux (que l'on peut,. avec 
M. Delpit, considérer comme original, sinon comme auto- 
graphe) est celle du milieu du xvii" siècle. J'ai sur ce point 
l'adhésion de mon confrère, M. Jean de Maupassant, sous- 
consérvateur de la bibliothèque. La pièce aurait donc été 
écrite dix ou quinze ans après les guerres civiles de 1621-28, 
auxquelles elle fait si clairement allusion. La date tardive de 
la première édition (1684, si Brunet voit juste) s'expliquerait 
par le fait que l'auteur aurait gardé sa pièce en portefeuille 
par des scrupules de convenance, analogues à ceux qui firent 
supprimer son nom sur chacune des trois éditions posthumes 
que nous connaissons. 

Cet auteur, nous en savons aujourd'hui le nom, grâce au 
manuscrit de Bordeaux; mais son identité reste profondément 



216 ANNALES DU MIDI. 

obscure. Le nom de Lafeuillade ou La Feuillade est si fré- 
quent en Limousin \ qu'il est malaisé de se prononcer à cet 
égard en toute sûreté. 

La scène où se joue cette Pastorale est en Limousin, à Non- 
tron. C'est peut-être de ce côté qu'il conviendrait de recher- 
cher la trace de l'auteur. Si on l'y trouve, bien que Nontron 
fit alors partie du diocèse et de la vicomte de Limoges et que 
la pièce soit écrite dans le plus pur dialecte limousin, on 
peut s'attendre à ce que les Périgourdins en disputent l'hon- 
neur aux Limousins, sous prétexte que Nontron et le Non- 
tronais faisaient alors partie de la sénéchaussée du Périgord. 

Un détail intéressant qu'ont omis Noulet, Delpit et Chaba- 
neau, c'est que cette Pastorale, d'environ mille huit cents vers, 
ne comporte pas moins de treize personnages, encore que 
l'action soit très faible. En voici l'énumération - : 

L'Hausano del sieur Lafuliado, gentilhome limousi. 
Lus acteurs. 



RouGAN, pero d'Hausano. 

Marguerito, mero d'Hausano. 

Hausano 

Capioto, amourou d'Hausano. 

i ararcous dé Capioto. 
LOUBUJO \ ^ ' 

La Trelio, rival dé Capioto. 

^ ( garcous dé La Trelio. 

BiROUNEU S " 

Marion, chamberiero dé Marguerito. 
Froudet, bergié. 
La Marselo, soudar. 
Et Halary, noutary. 
La sceno ey en Lemousy. 



RouGEAN, pay d'Hauzane. 
Marguarite, may d'[Hauzane]. 

Servitou d'Hauzano. 

[PiATOU], falgeyrou. 
LoMBUGE, falgeyrou. 
Latreilhe, viey soudar. 
Riche paisant. 
Servante de Rougean. 
Frondet, veylet de Rougean. 
Lamarzelle, soudar qui vouleren. 

La scène ez à Nountron. 



M. Clément-Simon possédait un exemplaire imprimé de cette 
pièce et méditait, paraît-il % d'en donner une réédition. Il est 

• Notons cependant qu'il y avait un petit fief de ce nom du côté de 
Brive (Corrèze). 

2 Dans la première colonne nous reproduisons les indications du manus- 
crit original; dans la seconde, celles de M. Jules Delpit, prises sur la 
copie qu'il a jointe au manuscrit de Bordeaux. 

3 Nous devons ce renseignement à M. Ducourtieux, l'éditeur de Limoges 
qui a imprimé dans son Bibliophile limousin tant d'érudits travaux du 
regretté M. Clément-Simon. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 217 

fâcheux que la mort ne lui ait point laissé le temps de réaliser 
ce dessein et de montrer, une fois de plus, les grandes qua- 
lités de critique et de goût qu'il portait dans ces sortes de 
travaux. Il est vraisemblable, en raison de ses relations avec 
Jules Delpit, que l'existence du manuscrit de Bordeaux ne lui 
était pas inconnue *. 

Ce que Jules Delpit et Clément-Simon n'ont pu faire, un 
autre voudra sans doute le tenter en reproduisant non point 
l'une des éditions signalées, mais le manuscrit même. La 
valeur littéraire de Capioto et l'Hausano n'est certainement 
pas très haute, mais sa valeur historique est incontestable. 
C'est un des rares documents où nous autres Limousins 
pouvons prendre idée des mœurs rurales de ce temps. Elles 
sont loin d'être édifiantes, et je ne croirais pas, pour ma part, 
utile de les divulguer à nouveau si l'idiome dont se sert l'au- 
teur ne limitait cette divulgation à un petit nombre d'érudits. 
Comme il n'y a point d'odeurs pour le chimiste, ni de « terres 
en défens » pour le médecin, ni de secrets pour le confesseur, 
il n'y a pas non plus d'écrits prohibés pour l'historien. 

Alfred Leroux. 



1 A noter que Pierquin de Gembloux ne parle point de Capiote dans son 
Hist. Uttér., philol. et bibliogr. des patois (nouv. édit., 1858). 



COMPTES RENDUS CRITIQUES 



Eduard Wechssler. Das Kulturproblem des Minnesangs. 
Band I : Minnesang und Ghristentum. Halle, 1909, in-8o de 
XII -504 pages. 

Voici un livre qui mérite de retenir l'attention. Le dessein princi- 
pal de l'auteur, en l'écrivant, a été d'expliquer comment s'est consti- 
tuée l'idée de l'amour courtois, telle qu'elle a fleuri chez les trouba- 
dours et les minnesinger à l'époque des croisades. Dans cette intention, 
et considérant que toute forme nouvelle de pensée ou d'art doit en 
partie sa naissance aux formes préexistantes, M. Wechssler a entre- 
pris d'examiner les rapports de l'esprit courtois avec les éléments 
essentiels de la civilisation antérieure, c'est-à-dire, d'une part, avec 
l'idéal spirituel et ascétique de l'Église, et, d'autre part, avec l'idéal 
temporel et guerrier de la Chevalerie. Et l'ensemble de la question 
sera trailé dans deux volumes, le premier intitulé Minnesang und 
Ghristentum, le second Minnesang und Bittertiim. 

De ces deux volumes, le premier seul a paru. 11 se divise en deux 
parties. Dans la première, qui s'ouvre par deux chapitres sur l'idéal 
chrétien au temps des croisades (chap. i) et l'idéal courtois à la même 
époque (chap. n) , l'auteur s'est appliqué à dire ce qu'était au juste la 
chanson d'amour du poète en service dans une cour. Il montre d'abord 
quelle était la condition des femmes auxquelles s'adressait la chanson, 
qu'elles avaient dans le midi de la France une situation plus relevée 
qu'ailleurs (chap. in), et qu'elles y recevaient, du moins celles qui 
étaient de haute naissance, une culture poussée (chap. iv). Il montre 
aussi quelle était la condition des poètes qui composaient la chanson 
(chap. v), et quelle était leur formation intelleclucUe, la plupart étant 
des clercs (chap. vi). Et cette double base une fois posée, après avoir 
expliqué, en outre, comment le mouvement individualiste qui se 
manifeste dès le temps de la première croisade a favorisé l'éclosion 
du lyrisme (chap. vu), il peut expliquer quel était l'usage véritable de 
la chanson d'amour, et que, chanson d'éloge en l'honneur de la 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 219 

dame (chap. viii), hommage officiel d'un vassal au service d'une suze- 
raine (cliap. ix), simple fiction et déclaration d'un amour convention- 
nel (chap. x), elle n'avait d'autre signification, d'autre valeur, qu'un 
exercice, qu'un jeu de l'imagination. 

Dans la seconde partie du livre, M. Wechssler aborde ce qui est, 
dit-il, le problème véritable de son premier volume : il étudie l'esprit 
de la chanson courtoise, l'idée de l'amour, qui en est l'âme. Cette 
idée, il en définit successivement les rapports avec certaines formes 
de la pensée ou des institutions chrétiennes. 11 considère, en diffé- 
rents chapitres, l'amour et le spiritualisme chétien (chap. xi), l'amour 
et la mystique chrétienne (chap. xii) , le respect des femmes et le 
culte des saints (chap. xiii), l'amour et la charité (chap. xiv), l'amour 
courtois et l'amour platonicien (Eros) (chap. xv), l'amour et la scolas- 
tique (chap. xvi). Et ce que M. Wechssler prétend montrer par son 
analyse, c'est que l'inspiration des troubadours provençaux et des 
minnesinger allemands se rattache à la doctrine chrétienne de leur 
temps, et qu'elle porte la marque de leur formation scolastique. Les 
chapitres xvii et xviii, qui terminent le volume, sont consacrés l'un au 
conflit de l'amour de la femme et de l'amour de Dieu, l'autre à la 
conciliation de ces deux formes de l'amour dans les chansons de la 
Vierge en France, et dans les poèmes du « dolce stil nuovo » en Italie. 

On éprouve, à la lecture du livre que je viens d'analyser briève- 
ment, une sorte d'inquiétude, d'embarras et de gêne; l'esprit n'en 
demeure pas satisfait ; on en garde l'impression désagréable de 
quelque chose qui n'est pas clair. Et si j'en cherche les raisons, j'en 
trouve la principale dans la confusion constante qu'a faite l'auteur 
entre le point de vue de la philosophie, qui est (pour user d'un terme 
philosophique) une étude statique des idées, et celui de l'histoire, qui 
en est une étude dynamique. L'une cherche à établir des rapports 
logiques; l'autre, faisant intervenir la notion de temps, prétend 
découvrir les rapports de filiation qui unissent entre elles les idées de 
différentes époques. Toutes deux sont légitimes ; mais il importe de 
ne pas les mêler. Et c'est pourtant ce qu'a fait M. Wechssler. Je me 
demande, par exemple, quand il s'agit d'expliquer historiquement la 
formation d'une certaine attitude de la pensée au xii'" siècle, ce que 
vient faire un parallèle, d'ailleurs bien risqué, entre la situation du 
monde chrétien au moment des croisades et celle du monde grec 
après les guerres médiques (voy. p. 104-5) : si un tel rapproche- 
ment a une valeur explicative, c'est seulement en tant qu'il favorise 
l'intelligence 2>/t*'oso;j/ii(/Me de telle pensée ou de tel sentiment. — Et 



220 ANNALES DU MIDI. 

je pourrais faire plus d'une observation de môme nature. Je m'en 
tiendrai aux deux suivantes, qui suffiront à me faire comprendre. 
Un chapitre du livre de M. Wechssler est intitulé Minne und Erus 
(chap. XV, p. 356-371). 11 s'ouvre parla remarque que toutes les des- 
criptions de l'objet aimé, chez tous les poètes courtois, présentent 
une singulière uniformité (p. 356) : le fait y est expliqué par le pla- 
tonisme, et les pages 359-371 sont consacrées à étudier les rapports 
qu'il y a entre la notion de l'amour chez le philosophe grec et cette 
même notion dans les chansons du xii" siècle. On peut être surpris de 
voir, dans le chapitre, l'analyse de la doctrine platonicienne occuper 
le premier plan; mais, ce qui est le plus étonnant, c'est que 
M. Wechssler, qui met un soin complaisant à relever les ressemblances 
de deux conceptions, ne se soit pas préoccupé davantage de recher- 
cher dans quelle mesure l'une pouvait tirer son origine de l'autre. 
En dix-neuf lignes, il explique que Platon, sauf quelques exceptions, 
n'a pas été connu directement du moyen âge , mais que les éléments 
de sa doctrine ont été transmis par les Pères de l'ÉgHsc, qui lui avaient 
fait de larges emprunts. La difficulté historique ne se trouve pas 
résolue. Ce qui m'aurait intéressé, ce n'est pas de savoir ce qu'il y a 
de commun entre la philosophie platonicienne et la doctrine de 
l'amour courtois, mais, à supposer que celle-ci doive quelque chose 
à la première, de savoir avec précision comment, par quels intermé- 
diaires, sous quelle forme, à quel moment, et pourquoi alors, les 
poètes courtois ont subi l'inQuence d'un philosophe grec mort 
quatre siècles avant la naissance du Christ. — Et voici encore une 
seconde et brève observation. C'était une excellente idée de consacrer 
un chapitre aux rapports de la notion courtoise de l'amour et de la 
scolastique : M. Wechssler l'a fait (chap. xvi) ; mais pourquoi s'en 
est-il tenu à des rapprochements d'idées, à des analogies globales, à 
une analyse philosophique? pourquoi n'a-t-il pas montré de quelle 
façon, dans quelles circonstances, sous l'action de quelles causes pro- 
chaines, la doctrine scolastique est passée dans la poésie? pourquoi 
n'a-t-il pas distingué des époques? Il est permis de le dire : il y avait 
là des faits de très grande importance à signaler. 

Ainsi la philosophie fait oublier l'histoire. Les ayant confondues, 
M. Wechssler a l'air d'interpréter, non d'exprimer la réalité; et son 
livre se présente comme une construction, brillante à la vérité, 
mais enfin une construction. — Le défaut apparaît dès les deux pre- 
miers chapitres, qui sont de magnifiques propylées, mais d'un luxe 
superflu, et qui ne sont pas d'une utilité immédiate pour la solution 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 221 

du problème que s'est posé M. Wechssler. Et comme s'il fallait qu'il 
s'aggravât sur la fin, le livre s'achève, non plus sur un développe- 
ment inutile, mais, ce qui compte davantage, sur une fausse symé- 
trie. Les deux derniers chapitres s'intitulent, en effet, Der Widcrstreit 
zwischcn Fraucnminne und Gotlesminne et Der Ausgleich ziuischcn 
Frauenmlnne und Gottesminne. Or le parallélisme indiqué par ces deux 
titres est purement formel et verbal : il n'existe point entre les faits 
que contiennent les deux chapitres. Car, si on y regarde d'un peu 
près, dans le premier, il s'agit surtout de l'amour comme principe 
directeur, comme force morale, qui pousse l'homme vers un objet 
donné, tandis que dans le second, il s'agit surtout de la forme revêtue par 
le sentiment, et il n'est pas question, à proprement parler, de l'accord 
de deux amours, mais des ressemblances d'aspect qu'ils finissent par 
prendre. — On le voit par ce dernier exemple, construction n'implique 
pas rigueur logique; et l'ouvrage de M. Wechssler ofTre , plutôt que 
le développement fortement articulé d'une thèse ou la continuité 
d'une étude historique , une série de points de vue, d'aperçus, sou- 
vent, ingénieux , parfois un peu aventureux, et qui ne sont pas tou- 
jours étroitement liés entre eux, ni subordonnés assez strictement au 
propos principal du livre. Leur lien, on le devine plutôt qu'on ne le 
voit ; et en le dissimulant, on ne sait pas si l'auteur a usé de coquet- 
terie littéraire ou s'il a dû s'incliner devant les difficultés d'un sujet 
peu commode à organiser. 

Je me rends bien compte que mes réserves sur le livre de 
M. Wechssler, si elles sont fondées, vont assez loin. Mais néanmoins, 
je crois un tel travail tout à fait respectable. Il soulèvera de nom- 
breuses critiques; et pour ma part j'aurais beaucoup à dire touchant 
non seulement la méthode, mais la doctrine, c'est-à-dire touchant la 
valeur de certaines observations , de certaines explications et de cer- 
taines preuves : ce ne sera pas une raison pour qu'il soit mauvais. 
Il faut louer M. Wechssler d'avoir conçu une œuvre de vaste enver- 
gure, qui, à tout le moins et indépendamment des résultats, suppose 
un réel effort de pensée. Sa culture, son information sur l'histoire des 
idées et des systèmes, donnent de la distinction à ce qu'il écrit; son 
horizon est large, et il aime à se donner de l'air : il tient de l'explora- 
teur plutôt que du mineur. Son goût et sa faculté de généraliser, sa 
manière de considérer, dans le sujet qu'il traite, moins les initiatives 
individuelles que les grands mouvements sociaux, révèlent une 
hardiesse, une personnalité, qui, de quelque façon qu'on les juge, ne 
peuvent laisser indifférent, Edmond Fakal. 



222 ANNALES DU MIDI. 

V. Crescini. Canzone francese d'un trovatore provenzale. 

Padoue, 1910; in -8'^ de 43 pages. (Extrait des Atti e Memorie 
de l'Acad. des sciences, lettres et arts de Padoue, t. XXVI.) 

M. Crescini est le premier à faire remarquer que la chanson Quan 
vei reverdir les jardis de Gaucelm Faydit est en français ; il en donne 
une édition critique et un commentaire détaillé, auquel il joint de 
précieuses remarques sur les chansons de croisade de Faydit, sur les 
échanges poétiques entre la France du Nord et celle du Midi, et enfin 
sur le célèbre passage d'une chronique normande, déjà étudié par 
M. P. Meyer*, qui nous rapporte, dans son texte original, un curieux 
propos d'Eléonore de Guyenne. Comme dans tout ce qu'écrit M. Cres- 
cini sur la poésie provençale, il y a dans cette savante dissertation 
beaucoup d'observations curieuses et nouvelles ; mais je ne crois pas 
que l'auteur ait réussi à y démontrer sa thèse principale, à savoir 
qu'il y aurait dans cette chanson une allusion à Boniface de Montfer- 
rat; cette allusion serait fort inattendue au milieu d'une banale des- 
cription de printemps, et l'hypothèse se fonde uniquement sur la res- 
titution très problématique du vers 5 : e nos citant dont li marchis ; 
mais, outre que marchis n'est que dans le plus mauvais des trois 
manuscrits (les deux autres, C R, ont maryis), tous sont d'accord 
pour donner un verbe et un article au pluriel; j'avoue au reste 
que je n'arrive pas à restituer le substantif, qui a manifestement 
été estropié par les trois manuscrits'^. Je crois que M. Crescini a tort 
aussi d'attribuer à l'auteur quelques exemples d'un barbarisme fré- 
quent dans les textes poitevins et qui consiste à substituer, à la finale, 
ier à -er , dans des mots où le provençal présentait -ar {chantier, 
pensier, etc.). Ces formes, au reste absentes du manuscrit V, ne sont 
pas attestées par la rime, qui exige au contraire des finales en é pur. 
— Je n'accepte pas non plus la restitution proposée pour la strophe II : 
« La belle, disait le poète, m'a envoyé outre mer, chassé de son pays 
et fait aller si loin que je n'ai pas ici requis son amour; et c'est pour- 
quoi il faut que je retourne auprès d'elle, d Le plus ou moins d'éloi- 
gnement ne fait rien à l'afTaire, et la conclusion ne s'impose pas. 
M. Crescini a ici tenu trop de compte des leçons du manuscrit V , 



1 Notices et Extraits des manuscrits, XXXII, n, p. 68-70. 

2 On pourrait songer à mauvis, la mention de cet oiseau étant fréquente 
dans les descriptions de ce genre; le mot, inconnu au provençal, a pu 
embarrasser les scribes méridionaux. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 



223 



qu'il a presque partout, et avec raison, écartées; voici le texte des 
deux autres manuscrits, que j'ai soigneusement coUationnés^ • 



La biele de qui son amis 
ma fait passier desai lamier 
em desaiziiiet mon pays 
pero tan luenh nos fai aler 
que samor no nay sai requis 
por quai vis m'est os retornier 
quen tel daime pauzet mon cuer 
don muer e viu et viu e muer. 



R 

La bêle de cui soi amis 
ma fait passer de sa lamier 
ez (e lildé) desaizinet mon pays 
por ora (o, a lildës) luenh nos fai 

[aler 
que samor no (tilde) a sa requis 
por cal vis mest os retornier 
quen tel damey. 



La restitution suivante me paraît s'imposer (j'emploie la graphie 
courante du francien) : 

La bêle de cui sui amis 

M'a fait passer de ça la mer 

E dessaisoné 2 mon païs, 

Mais tant loin ne me fait [ou a fait) aler 

Que s'amours ne m'ait ça requis ; 

Pour ce a li m'estuet retorner, 

Qu'en tel dame ai posé mon cuer 

Dont muer et vif et vif e muer 3. 

A. Jeanroy. 



Henri Courteault. Le Bourg- Saint- Andéol. Essai sur la 
constitution et l'état social d'une ville du midi de la France 
au moyen âge. Introduction à l'histoire de la maison de 
Nicolay, rédigée et publiée sous les auspices de M. le marquis 
de Nicolay et d'après les documents recueillis par M. A. de 
Boislisle. Paris, Champion, 1909; 1 vol. in -4" de xxiv- 
287 pages et 6 planches. 

Le livre de M, Courteault est un exemple remarquable de tout le 
parti que l'historien peut tirer du dépouillement des registres de 



' Le ms. Va. fortement provençalisé le texte, remanié en maint endroit. 
Les ms. C et fi se sont tenus beaucoup plus près de leurs originaux res- 
pectifs, dont ils ont conservé des traits caracti-ristiques : l'original de C 
devait être picard ou wallon (biele, nien, humililiet, etc.), celui de R lor- 
rain ou bourguignon (pozei, bontey, etc.). 

2 Pour le sens de dessaisoner, cf. Godefroy, S. v». 

' M. Crescini, reprenant le sujet dans une récente dissertation (Per la 
canzone di Gaucelm Faidit, dans AlU del R. Islituto venelo, tome LXX, 



224 ANNALES DU MIDI. 

notaires. L'auteur a utilisé les archives communales du Bourg-Saint- 
Andéol ; mais sa principale source a été les 203 registres de notaires 
conservés aujourd'hui dans les archives de M. de Nicolay. 

Cette documentation presque exclusivement notariale présente 
assurément des dangers. Si, en effet, les recueils d'actes privés sont 
le champ tout indiqué des recherches généalogiques , il est quelque 
peu ahusif de les donner comme base essentielle à une étude de ser- 
vices publics '. Mais M. Courteault n'est pas responsable de la prédo- 
minance qu'a prise dans son livre l'investigation des sources nota- 
riales sur la documentation municipale. Ce manque d'équilibre doit 
être imputé à l'absence de registres consulaires pour la période anté- 
rieure au xvn« siècle. Il est peu de villes vivaroises qui , à l'exemple 
de Largentière, puissent produire des registres de délibérations remon- 
tant à l'année 1541 ^, tant il est vrai que les guerres de religion n'ont 
laissé subsister que bien peu de chose des monuments du passé. 

A propos de la disparition des registres consulaires du Bourg, dont 
le plus ancien remontait jusqu'en 1 543, M. Courteault déplore que cette 
perte nous ait privés « d'un précieux instrument pour l'étude de la 
langue vulgaire ». Par langue vulgaire, M. Courteault veut sans doute 
parler de vieux français , puisqu'il ajoute un peu plus bas qu'à partir 
de 1533 le français devint au Bourg-Saint-Andéol la langue officielle 
des actes (p. 221). Les sources qui permettent d'étudier le français 
ancien sont par ailleurs assez nombreuses pour qu'il n'y ait pas lieu de 
se lamenter outre mesure sur la perte des premières délibérations du 
Bourg. Combien plus regrettable serait cette lacune pour les philo- 
logues, si ces délibérations avaient été rédigées en provençal ! Mais, 
chose curieuse, le provençal n'a été que très rarement, en Vivarais, la 
langue des actes, soit publics, soit privés. Que l'on examine les actes 
municipaux de Tournon ou ceux de Largentière, on constate qu'avant 
1533 l'emploi du latin est général. M. Courteault signale pourtant 
quelques notes d'affaires privées 'écrites en langue du pays dans 



p. 267-88), renonce à l'hypothèse qui faisait le principal objet de son pre- 
mier article , revient sur la question des rapports poétiques entre trouba- 
dours et trouvères et publie un jeu parti (Raynaud, 1187) échangé entre un 
certain André et un roi d'Aragon , qui ne saurait être que Pierre II ; une 
allusion au récent mariage de celui-ci permet de situer la pièce en 1204. 

1 Nous n'ignorons pas que les notaires étaient souvent appelés à dresser 
les actes des seigneurs, des prélats, des communes ; mais, malgré tout, la 
grande majorité des actes qu'ils avaient à rédiger étaient des actes privés. 

2 Le plus ancien des registres de délibérations de Tournon conservés 
aujourd'hui aux Archives de l'Ardèche est de l'année 1566. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 225 

un registre des premières années du xvic siècle venant du notaire 
R. Verchanti (p. 219). 

Malgré l'insuffisance de sources consulaires, le livre de M. C. n'en 
reste pas moins un tableau presque complet de l'existence médiévale 
de la petite cité bourguésane. Après quelques pages sur la fondation 
de la ville, l'auteur nous promène à travers son territoire; puis, nous 
ramenant à l'intérieur de l'enceinte, il nous en décrit les églises, les 
couvents, les écoles. 11 examine ensuite les différentes institutions 
urbaines : œuvres charitables, gouvernement coseigneurial, organi- 
sation judiciaire, administration municipale proprement dite, impôts 
et péages, biens communaux, classes sociales, grandes familles, 
notaires, police, mœurs, usages, commerce, industrie, agriculture. 

Tel est, sommairement résumé, le contenu du livre de M. Cour- 
teault. Le lecteur vivarois en trouvera une analyse beaucoup plus 
détaillée au tome XVIII (1910) de la Revue du Vivarais , p. 193-211*. 

Dans l'étude des modes de possession, il nous semble que les dis- 
tinctions établies par M. Courteault entre certains genres de tenures 
sont un peu trop subtiles (p. 91). La caractéristique du franc fief, 
c'est-à-dire du fonds exempt de toute redevance et de toute prestation, 
celle du fief non franc , fonds de terre assujetti à l'albergue seule- 
ment, sont assurément assez évidentes. Mais était-il absolument 
nécessaire de distinguer une classe de feudataires roturiers afin d'y 
ranger les tenanciers astreints au payement d'un cens annuel? 

N'aurait-il pas été plus simple de les assimiler aux tenanciers cen- 
sitaires? On comprend à la rigueur que le fief soit franc ou non de 
prestations ou services, qui sont, généralement d'ailleurs, de caractère 
noble. Mais si le fief est soumis à des redevances et prestations 
roturières et si, d'autre part, il ne comporte pas de vassalité, ce n'est 
plus un fief, c'est une censive. Il nous paraît également que M. Cour- 
teault s'exagère la différence entre le bail à cens et le bail emphytéo- 
tique. Ce que les actes méridionaux désignent sous les diverses 
appellations de nouvel acapt ou d'emphytéose perpétuelle n'est le 
plui souvent qu'un renouvellement de bail à cens ou de bail à portion 
de fruit. A côté du bail à cens et de l'emphytéose, M. Courteault 
signale encore le bail à location perpétuelle. Dans la réalité, tous ces 
modes de tenures se confondent et s'équivalent. M. Courteault est bien 
obligé de constater lui-même, un peu plus bas (p. 92), que les for- 



' A. L[e] S[ourd], Le Bourg-Saint-Andéol au moyen âge {d'après une 
publication récente). 

ANNALES DU MIDI. — XXlll. 15 



226 ANNALES DU MIDI. 

mules do ces baux sont souvent mélangées dans les actes. Si elles 
sont mélangées, c'est qu'elles sont tenues pour synonymes'. — 
P. 128, M. Courleault a donné une traduction un peu vague du mot 
ijindagiitm. Le guidage n'est autre chose qu'un sauf-conduit, qui 
comporte dans certains cas l'octroi d'une escorte, chargée tout autant 
de protéger que de ijuider. 

Ces critiques de détail adressées au livre de M. Courteault ne dimi- 
nuent en rien la valeur de l'ensemble. L'œuvre de M. Courteault est 
solidement construite et artistement éditée. Il serait exagéré de lui 
faire grief des lacunes existant dans nos arcliives publiques viva- 
roises. Comme compensation, les archives notariales lui offraient une 
riche moisson de documents. Force lui était donc, s'il voulait mener 
à bonne fin son étude sur les institutions médiévales du Bourg, de se 
résigner à l'utilisation presque exclusive d'actes privés , et , somme 
toute, il est juste de reconnaître qu'il était difficile d'en faire meil- 
leur emploi. 

Jean Régné. 



Claude Faure. Étude sur l'administration et l'histoire du 
Comtat Venaissin du XIIP au XV^ siècle (1229-1417). 
Paris, Champion; Avignon, Roumanille, 1909; in-8'^ de 
230 pages. {Recherches historiques et documents surArignon, 
le Coudai Venaissin et la 2^^'incipaiité d'Orange, 111.) 

Cette intéressante étude, qui précise d'une façon minutieuse nos 
connaissances sur le Comtat médiéval et sur les origines de la domi- 
nation pontificale, est fondée sur les comptes annuels du trésorier du 
Comtat Venaissin, que l'auteur, membre autrefois de l'École de Rome, 
aujourd'hui archiviste de la Drôme, a pu aisément consulter et 
dépouiller au Vatican et à Avignon. Il donne la liste importante et 
rassurante de ceux qu'il a utilisés. 11 faut y joindre des bulles pontifi- 
cales, des lettres du camérier et divers comptes de la chambre apos- 
tolique. La description de ces sources d'archives et la bibliographie 
des sources imprimées qui paraît complète forment l'introduction très 
serrée du livre. C'est, à vrai dire, une seconde introduction que le 



1 M. .l.-A. Brutails, dans son Etude sur la condition des populations 
rurales du Eoussillon au moyen âge, Paris, 1891, in-S», n'a pas été dupe 
de cette niulliplicilé apparente de lenures roturières. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 227 

premier chapitre, qui raconte succiiictomeiit, en douze pages, l'his- 
toire du Conitat depuis son acquisition par l'Église (au traité de Paris 
de 1229), jusqu'à sa restitution par Philippe 111 au pape Grégoire X, 
c'est-à-dire sous la seconde période de domination de Raymond VII 
jusqu'en 1249 et d'Alphonse de Poitiers, dont l'administration finan- 
cière et judiciaire, confiée à un sénéchal, est brièvement exposée. 
L'auteur a soin d'indiquer les réclamations infructueuses de Cécile des 
Baux, comtesse de Savoie, quand les commissaires du pape viennent 
prendre possession du pays : réclamations intéressantes moins pour la 
maison des Baux que pour la couronne de Savoie. C'est au chap. ui 
(p. 33) que l'auteur aborde son véritable sujet. Un excellent chapitre 
de géographie historique montre d'abord comment s'est formé lerri- 
torialement leComtat Venaissin ; quelle est l'étendue du domaine tou- 
lousain en 1253 ; comment le pape acquiert les domaines des hospi- 
taliers de Saint-Jean de Jérusalem, deValréas, de Carpentras, de Visan, 
de Pont-de-Sorgues ; dans quel conflit avec le dauphin du Viennois 
l'engagent ses prétentions sur Saint -Maurice, Bouchet, Cairanne, 
Villedieu et Guillon ; comment Benoît XII étend son pouvoir jusque 
sur Montélimar. Cette politique acharnée d'agrandissements territo- 
riaux explique le manque d'unité du territoire pontifical; son état 
reste chaotique et inorganique, avec des enclaves comme celle de 
Valréas en plein territoire français. Les papes se sont moins souciés de 
former une unité domaniale géographique que d'étendre un champ de 
revenus. Trois chapitres sont consacrés au tableau de l'administration 
pontificale. Le chef en est, à l'époque des papes d'Avignon et du 
schisme, le recteur, qui réunifies pouvoirs judiciaires et administratifs, 
la direction des affaires militaires et des travaux publics ; il a pour auxi- 
liaires le vice-recteur, le sénéchal, le viguier général. L'importance 
de sa fonction est diminuée par la création du vicaire général ou 
temporel dans le Comtat Venaissin et la ville d'Avignon, et encore plus 
par celle du légat. La justice est une de ses attributions essentielles. 
Le pape Benoît XII divise le Comtat en trois judicatures : Carpentras, 
risle et Valréas, dont les juges sont renouvelés chaque année. Le 
tableau de la juridiction criminelle est très fouillé ; l'auteur insiste sur 
la révolution fiscale qui substitue des amendes pécuniaires aux peines 
corporelles pour plusieurs délits graves : vol, fausse monnaie, blas- 
phème, coups et blessures, concubinage, adultère. Ce goût de la fis- 
calité est caractéristique de la papauté avignonaise, et il est naturel 
que les pontifes l'aient appliqué à leur domaine immédiat. L'adminis- 
tration financière y est admirable d'organisation. Au recteur, Jean XXII, 



228 ANNALES DU MIDI. 

le pape banquier, ajoute un trésorier et des clavaires, destinés à per- 
cevoir les recettes : arrérages et revenus de la juridiction, revenus 
généraux (souvent donnés en adjudication à des fermiers juifs ou 
lombards), droits de sceau (scel aux contrats, sceau du rectoral, sceau 
de la cour de Carpentras). Les dépenses ordinaires comprennent les 
gages du personnel administratif, les frais de bureau et de voyages du 
trésorier, l'entretien des édifices civils et militaires; l'excédent est 
versé à la chambre apostolique et au collège des cardinaux et non pas 
employé au progrès économique du Gomtat. Ajoutons les finances 
extraordinaires, les tailles levées pour les guerres (135a, 1358, 1362, 
1375, sous Clément VII, 1392) : tout l'argent du Comtat est ainsi 
drainé vers la cour pontificale. Après un siècle de cette mise en 
coupes réglées, analogue à l'administration de l'Amérique par les 
Espagnols, le Venaissin est complètement ruiné. 

Cette administration rapace et coûteuse n'assure pas même la sécu- 
rité au Comtat, malgré quelques améliorations qu'y introduisent 
Jean XXII et Benoît XII. Les malheurs fondent sur le Comtat devenu 
terre d'église : c'est d'abord la grande peste de 1348, puis le passage 
de l'archiprêtre Arnaud de Cervole,des grandes compagnies qui prennent 
Pont-Saint-Esprit, puis de Duguesclin, des routiers bretons en 1375, 
enfin de ce Raymond de Turenne, dont le nom a donné naissance à 
un proverbe populaire. Le schisme met au comble la « désolation » du 
Comtat : Alexandre V et Benoît Xlll s'y disputent l'obédience; série de 
troubles et émeutes à Carpentras , Pont-de-Sorgues , Saint-Saturnin , 
Richerenches. Commedansledomainelatindu Saint-Siège, on voitappa- 
raître dans le Comtat des tyrans locaux : il faut guerroyer pour enlever 
Malaucène aux héritiers de Bernardon de Serres. C'est grâce à l'éner- 
gie et à la promptitude du camérier François de Conzié que l'auto- 
rité du pape s'y rétablit. D'après les suppliques publiées par Denifle, 
la misère était encore grande dans le Venaissin pendant la première 
moitié du xv'' siècle. 

La condition du Venaissin sous le pontificat d'Avignon a donc été 
médiocre et souvent mauvaise , tant du fait des institutions que du 
fait des événements. 

Les soixante dernières pages du livre sont remplies par d'utiles 
tableaux ; 1° état territorial du Comtat en 1319, d'après le compte de 
la taille levée pour l'achat de Valréas (nomenclature française et 
latine des villes classées par vigueries) ; 2° catalogue du personnel 
administratif du comtat (recteurs, vice-recteurs, régents, lieutenants 
du recteur, trésoriers, procureurs du comté, procureurs en cour de 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 229 

Rome, juges-mages, juges des causes majeures (criminels), juges des 
appellations , juges de Carpentras , de Tlsle, de Valréas) avec renvois 
aux sources et notes bio- bibliographiques, et par un choix intéres- 
sant de pièces justificatives de 1274 (protestation de Cécile des Baux) 
jusqu'en 1417. 

Par l'abondante et précise érudition dont il témoigne, par la valeur 
des critiques et le choix des sources citées, par la juste et inflexible dis- 
crimination des traditions légendaires locales, le livre de M. Claude 
Faure est une contribution des plus utiles à l'histoire du Comtat, et 
un instrument de travail indispensable aux futurs historiens. 11 
fait grand honneur à son jeune auteur et à la collection qui l'a 
accueilli. 

L.-G. Pélissier. 



J. Sahuc. Un ami de Port-Royal. Messire Picrre-Jean- 
François de Percin de Montgaillard, évêque de Saint-Poiis 
(1633-1665-i7i3). Paris, E. Lechevalier, 1909; in-S» de 
332 pages. 

M.J. Sahuc, qui a déjà consacré plusieurs monographies estimables 
au diocèse de Saint-Pons, a publié, en 1909, une étude documentée 
sur l'un de ses évêques : Pierre-Jean-François de Percin de Mont- 
gaillard. Ce prélat est une des plus éminentes figures de Fépiscopat 
français au xwf siècle. A l'heure où le haut clergé était trop disposé à 
subir aveuglément l'action de l'esprit de cour, grand niveleur de 
caractères et suborneur de consciences, l'évêque de Saint-Pons, 
comme ses illustres amis Pavillon et Caulet, fut un modèle de stricte 
observance évangélique : dur aux puissants comme à lui-même, ami 
des humbles, et, par-dessus tout, invinciblement hostile aux erreurs 
du siècle. 

Par le contraste de leur intransigeance avec la frivolité déconcer- 
tante de leurs contemporains, par le spectacle de leur austérité en 
conflit brutal avec la corruption ambiante , par la fougue de leur 
apostolat en lutte ouverte contre l'inertie d'une foi relâchée qui glisse 
au libertinage, de tels hommes semblent fouler à plaisir la société 
dans laquelle ils se meuvent. Aussi ne peut-on s'étonner de trouver 
leur empreinte sur tous les événements considérables de leur époque. 

Né très probablement au château de Montgaillard, dans le diocèse 
de Lectoure, Pierre-Jean-François avait à peine cinq ans lorsque son 



2r50 ANNALES DU MIDI. 

père fui décapité pour avoir rendu la place de Brème. Après un court 
séjour chez son grand oncle Anne de Murviel, cvêque deMontauban, 
le jeune orpliolin se rendit à Paris et entra au séminaire de Saint- 
Sulpicc. Il y prit les ordres et en sortit en 16S3 pour aller auprès de 
Nicolas Pavillon, évêque d'Alet. A l'école de ce milieu austère, l'abbé 
de Monlgaillard contracta des habitudes de rigorisme qui ne firent 
que s'accentuer par la suite et qui dominèrent toute sa vie. Un peu 
plus tard , l'éclat de ses études en Sorbonne lui valut l'estime de ses 
maîtres ainsi que l'honneur d'être délégué, à vingt-sept ans, par la 
province de Guyenne, à l'assemblée générale du clergé de 1660, dans 
laquelle on savait qu'il serait agité des questions sérieuses et contro- 
versées. 11 fit partie de la commission chargée de discuter les moyens 
de combattre le jansénisme, et rédigea la déclaration doctrinale de la 
Faculté de Paris touchant « la hiérarchie de l'Église et la souveraineté 
des princes ». 

ÎNommé à l'évêché de Saint-Pons en 1664, l'abbé de Monlgaillard 
allait passer les quarante-huit années de sa longue carrière épiscopale 
à se débattre au milieu des controverses théologiques ou morales qui 
troublèrent la seconde partie du règne de Louis XIV. Avant de par- 
courir les étapes successives de la vie du prélat, correspondant à l'ap- 
parition des divers « errements de conscience » qui, sous les noms de 
quiétisme, gallicanisme, jansénisme et protestantisme, contribuèrent 
si puissamment à la déroute de l'esprit religieux en France, M. Sahuc 
esquisse un tableau de la situation matérielle et morale du diocèse de 
Saint- Pons au milieu du xvu'^ siècle. Pour ma part, j'aurais souhaité 
que, sur cet objet, son essai fût un peu plus poussé. Il importait 
beaucoup plus, semble-t-il, aux progrès de l'histoire provinciale, 
voire même à la gloire de M. de Montgaillard, de caractériser l'œuvre 
du prélat et de l'administrateur au milieu de ses ouailles que de 
tenter un exposé, par certains côtés fastidieux, de la répercussion des 
querelles religieuses du temps sur un ancien docteur de Sorbonne, 
confiné dans l'exil d'un diocèse lointain et « crotté ». L'erreur, selon 
moi, de M. Sahuc est d'avoir cru de bonne foi qu'à l'instar de Caulet 
et de Pavillon, son personnage avait joué un rôle décisif dans l'im- 
broglio politico- religieux de son époque, alors qu'en réalité son nom 
seul s'y trouva mêlé. Peut-être, à ce sujet, l'auteur a-t-il subi le pres- 
tige de ce caractère puissant et obstiné qui pouvait, à la rigueur, faire 
illusion, comparé avec ceux des évoques de Pamiers et d'Alet. De ses 
confrères en apostolat, Montgaillard eut assurément la loi robuste, 
l'invincible ténacité, l'abnégation totale; mais le singulier génie qui 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 231 

inspirait Caulet et Pavillon se mue, chez l'évêque de Saint-Pons, en 
un entêtement d'assez courte vue, et tels des actes de sa carrière pas- 
torale apparaissent à l'analyse comme d'assez cliétives boutades. 
Ajoutez à cela d'irre'mcdiables travers de caractère qui rendaient 
l'homme de commerce difficile, même pour ses proches, et la 
silhouette de M. de Montgaillard se réduit, en définitive, aux propor- 
tions médiocres, tout au moins strictement humaines, d'un évêque 
zélé, mais parfois malheureux, dans l'exercice de son ministère de 
conciliateur. 

M. Saliuc paraît avoir démontré que ce janséniste de mœurs, sinon 
de doctrine, fut un gallican irréductible. En matière de protestan- 
tisme, lorsqu'il s'agissait surtout de répression, l'humanité de 
M. de iVlontgaillard le porta souvent à transgresser les ordres royaux, 
ce qui attira sur sa tête une disgrâce aussi persistante qu'imméritée. 
11 se consola par la pratique constante de la charité. C'est ici qu'on 
peut regretter que AI. Sahuc ne soit pas entré dans de plus longs 
développements. Vingt-cinq pages environ sur trois cent trente-deux 
qu'en comporte l'ouvrage pour énumérer les établissements et les 
œuvres de toute sorte qui furent créés ou dotés par l'évêque de Saint- 
Pons, c'est, à coup siir, trop peu. Peut-être l'auteur a-t-il craint de 
reproduire sans profit la matière de ses publications antérieures. L'his- 
toriographie régionale s'accommode pourtant fort bien de redites 
de ce genre. 

A mon sentiment , le récit des dernières années du prélat est la 
meilleure partie de l'ouvrage. C'est également la plus neuve. La 
copieuse correspondance échangée entre M. de Montgaillard et la 
marquise d'Huxelles nous fait connaître, par le menu, les relations 
nombreuses et les amitiés solides que l'évêque conserva toute sa vie, 
soit à la cour, soit en Sorbonne. Malheureusement M. Sahuc procède 
toujours par courts extraits. Il ne f.ait que nous laisser deviner le 
commerce assidu qui ne cessa de subsister entre M. de Saint-Pons et les 
plus illustres personnages du temps , tels que le cardinal de Noailles, 
Bossuet, le grand Arnaud, l'archevêque de Toulouse, les évêques 
de Rieux et de Montpellier, du côté homme, et, du côté dames : 
M"" de Longueville, M"" de Vertus, M""' de Colondres et M"" d'Hzès, 
pour ne citer que les plus connues. La bonté naturelle de M. de Mont- 
gaillard s'épanche dans ces lettres en toute simplicité , et le style, 
bien qu'un peu âpre, ne manque ni de tour ni d'apprêt, en dépit 
d'un certain archaïsme qui tient évidemment à la rigueur d'esprit de 
l'ancien logicien de Sorbonne. 



232 ANNALES DU MIDI. 

La fin de cet homme de caractère indépendant, qui n'avait voulu 
avoir de complaisance pour personne et qui mécontenta , de parti 
pris, amis et adversaires, laissa indifférentes les cours de Rome et 
de Paris. Suivant l'observation de M. Sahuc , « on se hâta de réagir 
avec énergie, dans le diocèse, contre son esprit et sa mémoire. On 
n'eut qu'une préoccupation : faire l'oubli et le silence autour de sa 
tombe. » Et on y était si bien parvenu, qu'il a fallu toute la pa- 
tiente sagacité de M. Sahuc pour exhumer de la poussière des archives 
cette originale figure de prélat. 

Dans la liste des sources explorées par l'auteur, j'ai vainement 
cherché le fonds départemental de l'Aude. Cependant, sous la cote 
B 404, notre dépôt renferme l'historique d'un conflit assez piquant, 
survenu entre M. de Montgaillard et les auteurs d'un libelle difTama- 
toire à l'adresse de l'évêque. L'affaire se dénoua en 1685 devant le 
juge criminel de la sénéchaussée de Carcassonne. Les détails de la 
procédure ne m'ont pas paru, je l'avoue, concorder exactement avec 
la réputation de modération et de générosité que M. Sahuc semble 
disposé à attribuer, sans restriction, à M. de Saint -Pons, dans ses 
rapports avec ses adversaires. Mais peut-être n'est-ce là qu'une 
exception propre à confirmer la règle. 

Joseph Poux. 



REVUE DES PÉRIODIQUES 



PÉRIODIQUES FRANÇAIS MÉRIDIONAUX 

Alpes - Maritimes. 

Annales de la Société des Lettres, Sciences et Arts des Alpes 
marilimes, tome XXI, 1909. 

P. 1-42. J. CoMBKT. Les fêtes révolutionnaires à Nice, 17i>'2-lt9. [Liste et 
description. Toutes les fêtes prescrites par les décrets, fêtes patriotiques, 
politiques, même les fêtes philophiques (Liberté, Jeunesse, Vieillesse, etc.), 
qui eurent à Paris peu de succès, furent célébrées à Nice avec l'éclat et la 
gaieté des peuples méridionaux ; seules les l'êtes décadaires étaient peu 
suivies.] — P. 43-62. F. Mader. Sur quelques noms de localités des Alpes- 
Maritimes. [Origine des noms de divers quartiers de Nice, étymologies 
proposées pour Beaulieu , la Turbie, Menton, ïourrette, Sallagriffon.] — 
P. 63-70. J. M.\LAUS.SKNA. Un prélude do la constitution civile du clergé à 
Saint-Jeannet (Alpes-Maritimes), 11 avril 1790. [.\ la mort de leur curé, 
les habitants do cette localité se réunissent pour procéder à l'élection du 
successeur; texte des considérants par lesquels ils justifient cette inno- 
vation.] — P. 71-153. G. Doublet. L'ancienne cathédrale de Grasse. 
[Étude historique et archéologique.] — P. 155-316. H. MoRis. L'abbaye 
de Lérins, son histoire, ses possessions, ses monuments anciens. [Troi- 
sième partie de ce très important travail. Histoire militaire: attaque du 
monastère par les Sarrasins, les Génois ; occupation des îles sous Fran- 
çois I" et Louis XIII par les Espagnols, en 1746 par les Impériaux. His- 
toire littéraire : l'école de Lérins au v siècle, écrivains du xiii' au 
xvii« siècle. Élude archéologique avec gravures sur les monuments de 
File Saint - Honorât : monastère, chapelles, inscriptions romaines.] — 
P. 329-44. Abbé J. Rance-Bourrey. Nouveaux documents sur le pas- 
sage de Pie Vil à Nice en 1809. [Rapport du conseiller de préfecture 



234 ANNALES DU MIDI. 

remplaçant le préfet au conseiller d'État chargé de la police] — P. ;^7-69. 
D' Balesthk. Deux artistes provençaux. Fragonard. La Saint-Val. — 
P. 371-420. .1. CoMBET. La société populaire de Nice (2 octobre 1792- 
18 fructidor an III). [D'après les procès-verbaux de la Société ; organisa- 
tion, règlement, finances ; son action s'exerce dans tout le département, 
et elle contribue à la réunion de Nice à la France; propagande républi- 
caine, instruction et éducation du peuple; affiliations.] — V. i47-58. 
Table générale des tomes 1 à XX. 

Fr. G. 



Ardèche. 

Revue du Vivarais, t. XVIII, 1910. 

P. 2-11». A. Mazon. Une page de l'histoire d'Aubenas. [Rôle du colonel 
d'Ornano à la cour pendant la minorité de Louis XIII.] — P. 20-33. 
B|en()it d']E[ntrevaux]. Gourdon. [La roche de Gourdon a été certaine- 
ment occupée par un poste militaire. La tour de Suzon était une <( tour 
signal ». Quelques mots sur le château de Corbières et l'église de 
Gourdon.] — P. 34-46 et 126-34. E. NicoD. Livre de raison de Daniel de 
La Croix, chirurgien à Annonay (1598-1648). [A côté de renseignements 
purement privés, détails très précieux sur les guerres civiles et les mou- 
vements de troupes.] — P. 97-11.Ô, 212-27, 275-9, 316-30, 422-6, 472-6, 
521-7. A. Roche. Essai de bibliographie voultaine. [Suite de cette impor- 
tante contribution à la bibliographie du Vivarais. Renseignements bio- 
graphiques très détaillés.] — P. 116-8. E. Reynier. Émancipation du 
fils par le père. [Acte du 7 juillet 1692.] — P. 119-25. 0. de Flossac. La 
vallée du Rhône et les tremblements de terre. [Suite et fin.] — P. 135-41, 
187-9. P. GouY. Les Arabes et les Carlovingiens en Vivarais. [Considéra- 
tions trop générales. Les références font absolument défaut.] — P. 142. 
Vivariana. [Contrat campanaire du 3 octobre 1427 entre la communauté 
de Privas et Thomas Gales, fondeur du Puy.] — P. 145-68, 363-81, 
433-48, 529-49. A. Mazon. Une page de l'histoire d'Aubenas, les Ornano 
et Marie de Montlor. [Sous ce titre, M. A. Le Sourd met en œuvre des 
documents recueillis par feu M. Mazon relativement à la carrière de 
Jean-Baptiste d'Ornano, au rôle de François d'Ornano-Mazargues en 
Vivarais pendant les troubles religieux de 1627-1629. Le mausolée du 
maréchal d'Ornano, à Aubenas, est l'œuvre d'un Génois. Le dernier cha- 
pitre est consacré à l'histoire des enfants d'Ornano-Mazargues, à celle 
d'Aubenas pendant la Fronde et la révolte de Roure. Il se termine par 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 235 

quelques mots sur le troisième maréchal d'Ornano, mort en 166;}. Cette 
étude très documentée présente un grand intérêt pour l'histoire géné- 
rale.] — P. 169-8^4. Un CHERCiiEun. Le vingtain à Boffrcs. [Publication 
d'un mémoire intitulé : « Titres et raisons sur lesquelles on établit que 
le vingtain n'est pas et ne peut être compté au rang des droits féodaux 
supprimés sans indemnité par les décrets de l'Assemblée nationale. »] 
— P. 185-6. B|enoit d'JE[ntrevauxJ. Gourdon. Notes complémentaires. 
[Analyses d'actes de 1410 à 1547.] — P. 190-1. Vivariana. |Acte de 
baptême du 26 juin 1766, concernant Andéol Vincent, de Vallon, peut- 
être l'auteur de r« Histoire des guerres du Vivarais », parue à Privas 
en 1817. Lettre du cardinal d'Armagnac du 18 mars 1577.] — P. 193-211. 
A. L[e] S[oiird]. Le Bourg-Saint-Andéol au moyen Age. [Analyse du 
livre récent de M. H. Courteault sur Le Bourg.] — P. 228-36. H. de 
Lestrange. Dom Augustin de Lestrange, abbé de la Trappe. 1 1754-1826. 
Extrait de !'« Histoire généalogique de la maison de Lestrange », sous 
presse.] — P. 237. X. Une mine de débris historiques à Lagorce. (Entre 
autres pièces, médaille à l'effigie d'Antonin le Pieux.] — P. 241-55. 
A. Vellot. Notes sur la famille de Flossac [Étude généalogique]. — 
P. 256-74. C. DU Besset. Les habitants de Privas en 1427-28. [Inventaire 
des minutes d'Antoine de Brion du 27 mars 1427 au 20 mars 1428.] — 
P. 287. Vivariana. [Lettre de Saint-Martin, député de l'Ardèche au 
Corps législatif, du 4 pluviôse an VIII.] — P. 289-99. H. Vaschalde. 
L'abbaye des Chambons et ses dépendances. [Fondé en 1177, ce monas- 
tère relevait de l'ordre de Cîteaux réformé. Les biens en furent vendus 
au profit de la nation, le 19 mai 1790.] — P. 300-3. B[enoit d']E[ntre- 
VAUx]. Notes sur une branche de l'a famille de Fages. [A propos d'une 
sorte de livret de naissance rédigé par César Defages, caporal à Besan- 
çon (1704-1770).] — P. 304-10. Un chercheur. Sentence arbitrale déter- 
minant les limites du mandement de Boffres et de Chalancon, 
30 juillet 1317. — P. 337-59. H. de Lestrange. Le château de Boulogne 
et ses seigneurs. [Étude généalogique et archéologique. Description des 
ruines intéressante.] — P. 360-2. B[enoit d']E[ntrevaux]. Une mauvaise 
année (1790). [Publication d'une « Adresse du directoire du département 
de l'Ardèche à l'Assemblée nationale pour lui demander un fonds d'in- 
demnité sur le trésor public, relativement aux dommages particuliers 
soufferts dans ce département, du 29 novembre 1790 ».| — P. 385-400. 
B[enoit n']E[NTREVAux]. Ajoux. [Notice agréable à lire sur les seigneurs, 
le château et l'église d'Ajoux.] — P. 401-5. Un chercheur. Délibération 
des Etats particuliers du Vivarais sur la révolte de Roure à .Vubenas, 
27 avril 1674. [Celte délibération, ainsi que celle des régents d'Aubenas 



236 ANNALES DU MIDI. 

du 5 octobre 1670, qui suit, ayant été déjà publiée par M. R. de Vissac 
(voir sa brochure sur Anthoine du 'Roure), il n'était pas très nécessaire 
de les insi'rer l'une et l'autre dans la Revue. J — P. 416-21. R|enoit 
d']E[ntrevau.x]. Les descendants de maître Jacques Comte, notaire royal 
à Privas sous Louis XIII. [Généalogie des trois descendances.] — P. 449-62. 
C. DU Besset. Le chevalier de Chauvins ou la carrière militaire d'un 
gentilhomme vivarois. (Envoyé au Canada en mai 1756, mort au régi- 
ment de la Sarre le 12 août 1778, après une carrière d'officier pauvre.] 

— P. 463-70. Tournon en 1783. [Reproduction d'une description géogra- 
phique et historique publiée à cette date par le marquis de AVargemont.J 

— P. 481-94. De Montp.avel. Launay d'Antraïgues. | Étude généalogique 
de cette famille depuis 15.50. L'auteur aurait donné plus d'ampleur à sa 
notice s'il avait consulté la série E des Archives de l'Ardèche.] — 
P. 475-502. Un chercheur. Délimitation du domaine temporel du prieuré 
de Thueyts, le 24 oct. 1285, d'après un vidinius du 16 janvier 1497. [De 
quelles archives ce document fait-il partie? L'éditeur oublie de nous le 
dire.] — P. 503-9. B[enoit d']E[ntrevaux| et De Moistravel. Le château 
de Rochebonne. — P. 510-20. A. Vellot. Documents vivarois. [Analyses 
d'actes des Archives de l'Isère concernant le Vivarais de 1257 à 1697. 
A suivre.];— P. 550-8. V. Chareton (F. de Privas). Architecture militaire et 
fortifications féodales dans le Vivarais. Considérations générales sur l'or- 
ganisation défensive du Vivarais au temps de la féodalité. [Épilogue d'un 
travail très remarquable sur le système de défense des places féodales. 
Hypothèse fort séduisante d'après laquelle le mur d'enceinte d'une ville, 
« ligne continue de défense passive », aurait été « doublé extérieurement 
d'une ligne discontinue d'observation et de défense active jalonnée par 
des châteaux forts habilement disposés ».] — P. 559-63. Un chercheur. 
Noblesse d'André de Vernoux, chanoine de Saint-Pierre de Vienne. 
[Mémoire justificatif de noblesse avec pièces à l'appui.] — P. 564-70. 
B[enoit d']E[ntrevaux]. Un montagnard ardéchois, officier de la Grande 
Armée. Le capitaine Souteyran. [Né au Béage en 1785 ; après avoir com- 
battu à léna, Eylau, Friediand et pris part à l'expédition d'Espagne, le 
capitaine Souteyran revient dans son pays, où il meurt en 1864.] — 
P. 571-76. A. L[e] S[ourd]. Contrats d'apprentissage. [Analyses d'actes 
relatifs aux apprentis cordonniers, chaussetiers, barbiers, blanchisseurs, 
chirurgiens, joueurs de violon, organistes, baladins. Association entre 
soldats du 20 septembre 1700. Intéressant.] 

J. R. 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 237 

Bouches - du - Rhône. 

Revue de Provence et de Langue d'Oc, nouvelle série, 1909^. 

P. 10-20, 48-53, 61-71. L. Batcwi!:. Esquisse d'une histoire de la littérature 
béarnaise. [Solide étude. M. L. B. trace à larges traits le tableau de la 
littératura d'une région qu'on n'a pas en vain appelée le pays des chan- 
sons. Ion pays de las cantes.^ — P. 28-40. E. Lefèvre. Bibliographie de 
l'année 1908. [Bibliothèque de langue d'oc; renseignements précieux; 
M. E. L. notant soigneusement, à leur date d'apparition, les brochures, 
articles de revues ou de journaux, plaquettes ou tirages à part souvent 
introuvables, qui ont trait à la langue d'oc] — P. 41-6. J.-B. Astier. 
Clément Galicier, poète français et provençal. [Biographie intéressante, 
déparée par un style empliatique qui avait cours vers 1830, et par des 
comparaisons un peu osées. C'est ainsi que, sous la plume de M. J.-B. A., 
Galicier devient un « oiselet ».] — P. 57-61. L. Serre. Châteaux de Pro- 
vence : le château de Pierredon. — P. 74-80. D"" Hans Weiske. Impres- 
sions de voyage en Provence ; une excursion à Aiglun. [Récit alerte d'une 
visite aux ruines du château d'Esterelle (Calendau).] — P. 98-116. E. Le- 
FÈVRE. Le cinquantenaire de Mireio; notes bibliographiques et iconogra- 
phiques (1859-1909). [Nouvelle et excellente contribution à la bibliogra- 
phie mistralienne, dont M. E. L. s'est fait une spécialité.] — P. 117-25. 
M. Galfard. La sériciculture en Provence. [Historique succinct de l'in- 
dustrie de la soie en Provence ; M. M. G. publie diverses délibérations 
des procureurs du pays, relatives aux encouragements à donner à la 
sériciculture, notamment celle du 22 octobre 1762.] — P. 125-32. J. Bel- 
LEUDY. Comment Th. Aubanel fut décoré. [Souvenirs amusants, racon- 
tés avec verve par un préfet qui se souvient d'avoir été journaliste.] — 
P. 132-3. Document sur le trisaïeul de M. Lucien Estrine (1758). [Certi- 
ficat de citadinage en faveur de sieur Nicolas Estrine , marchand fabri- 

^ Cette revue continue, avec des modilications fort avantageuses, la /{evî/e 
de Provence qui, après une première et fugitive apparition en 1895 {Annales, 
t. VII, 462 et IX, 118), avait été réorganisée en 189'.), et avait fourni une 
carrière de dix ans, soit dix tomes, de 1899 à 1908 (Marseille, Huât). 
Comme elle n'offrait sous sa seconde forme aucun intérêt au point de vue 
de l'érudition, nous n'en avons pas rendu compte. 

Il ne faut pas confondre la Revue de Provence avec la Revue Idstorique 
de Provence, publii'e d'abord par le baron du Roure, ariêtée au t. II en 1894 
( Annales, t. IV, 118), puis rappelée pour deux ans à l'existence, 1901 et 
1902 {Annales, t. XV, 90, 5.'i4), et finalement transformée (1904) en Annales 
de la Société d'Etudes provençales ou (depuis 1909) Annales de Provence. 
Nous avons donné de ces Annales un dépouillement régulier. 



238 ANNALES DU MID[. 

cant cotonnier, natif de Martigues.J — 1*. 138-47. J. Audouard. Un con- 
flit entre le Parlement Maupeou et la sénéchaussée d'Aix (avril 1774). 
[D'après des documents inédits des archives du Parlement de Provence 
et le Journal de nouvelles du marquis d'Albertas.] — P. 148-51 , 190-9. 
J. GouRBiN. Les Anglais à Marseille en 1815. [Page d'histoire locale peu 
édifiante sur l'attitude de la municipalité marseillaise de l'époque.] — 
P. 159-76. E. Lefèvre. Petit dictionnaire des félibres. [Œuvre excellente, 
à l'achèvement de laquelle on ne saurait trop encourager M. E. L., qui 
réunit, sur le félibrige et sur les écrivains de langue d'oc, des notices 
bio-bibliographiques d'un haut intérêt.] — P. 177-84. J. Ronjat. La 
langue provençale, ses limites géographiques, ses dialectes. [Résumé de 
V Histoire de la langue et de la littérature néo -provençales , ouvrage 
fait avec la collaboration de M. le professeur Bertuch.] — P. 184-9. L de 
VouLX. Un immeuble historique, l'hôtel d'Espagnet à Aix. [M. I. de V. 
reproduit, avec plus ou moins d'exactitude, Roux-Alphéran (iît<es d'Aix, 
p. 176^et s.) ; il ne nous donne aucun renseignement sur le dernier con- 
seiller de Maurel de Mons-Villeneuve et paraît ignorer les aventures gro- 
tesques de son fils, l'avocat général de Calissane.] — P. 199-213. J. Plan- 
TADis. Esquisse historique de la littérature limousine. [Remarquable 
aperçu, solidement documenté.] — P. 218-9. Une lettre inédite de Frédé- 
ric Mistral. [Adressée à M. Edmond Lefèvre , au sujet de l'apparition de 
son Repertori de la lengo et de la Causo prouvençalo , bibliographie des 
œuvres en langue d'oc] J. A. 

Corrèze. 

I. Bulletin de la Société des Lettres, Sciences et Arts de Tulle, 
1909. 

P. 5-51, 201-18. V. FOROT. Mines et minières delà Corrèze. [Suite et fin.] — 
P. 53-68, 177-91, 331-49. J.-P. Poulbrière. Inventaire des titres du châ- 
teau de Pompadour, fait en 1765. [Suite et à suivre.] — P. 69-84. R. Fage. 
Le Collège d'Ussel. [Suite et fin.] - P. 85-101, 193-200, 351-67. J.-B. Cham- 
peval. Tulle et ses intérêts municipaux au xvif siècle. [Suite et à 
suivre.] — P. 103-26, 467-95. J. Plantadis. L'agitation autonomiste de 
Guienne et le mouvement fédéraliste des Girondins en Limousin 
(1787-1793). [Suite de cette intéressante étude. En 1789, le Limousin, la 
Marche et même la vicomte de Turenne manifestent des tendances plu- 
tôt particularistes. Dès le commencement de 1793, dans la Haute-Vienne 
et surtout dans la Corrèze , des mesures sont prises en vue de l'organi- 
sation de forces départementales destinées à venir au secours de la Con- 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 239 

vention menacée par la Montagne. A suivre.] — P. 135-76. G. Mathieu. 
Courte chronique, écrite à Ayen (1560-1585). [Cf. Annales, t. XXII, p. 432.] 

— P. 219-22. A. Faugère. Château de la Cliapoulie, commune de Cor- 
nil. [Procès-verbal constatant l'état de ruine dans lequel se trouvait ce 
château en 1669.] — P. 223-4. E. Rombal. Addition au second rapport sur 
les fouilles du Puy-du-Tour. — P. 23'.»-8*J. E. Rombal. Anciens chemins 
et voies romaines d'Argentat et de ses environs. [Une planche. L'auteur 
supplée à l'insuffisance dos documents par sa parfaite connaissance des 
lieux.] — P. 291-319. D. Confortini. La force départementale de la Cor- 
rèze et le i" bataillon de volontaires nationaux en 1793. [Son origine, 
son organisation, sa transformation. Bonne étude, rapidement menée.] 

— P. 321-9. L.-J. Rivière. Testament de Jean de Labroux, marchand 
des Rosiers. |1459. Texte et traduction.] — P. 371-465. V. Fohot. Le club 
des Jacobins de Tulle , juin 1790 à mars 1795. [Publication abrégée des 
registres de délibérations de cette société.] — P. 497-523. Clément-Simon. 
Recherches de l'histoire civile et municipale de Tulle. [Suite. Pièces jus- 
tificatives avec notes et commentaires.] A. P. 

II. Bulletin de la Société scientifique , historique et archéolo- 
gique de Brive, 1909. 

P. 17-34. J.-B. Champevâl. Généalogie de la famille de Bar, jadis Molceau 
et de Monceaux. [Les références font parfois défaut.] — P. 35-144. 
V. FoROT. Les sculpteurs et peintres du Bas-Limousin et leurs œuvres , 
aux xvii" et xviiP siècles, [l^^ partie. Portrait et gravures. L'auteur donne 
le résultat de ses consciencieuses recherches sur les Mouret, sculpteurs 
sur bois, de Tulle. Il décrit d'abord leuz's œuvres, qui d'ailleurs ont 
presque toutes disparu, puis étudie leur famille; ce qui ne semble pas 
très logique. A noter qu'au xvir- siècle, il n'y avait pas de moines béné- 
dictins à Tulle (p. .51), mais des religieuses bénédictines.] — P. 145-59. 
L. de Saint-Germain et L. de Nussac. Notes relatives à la biographie, par 
L. de Nussac, du savant naturaliste Latreille. — P. 161-98. H. de Mar- 
QUESSAC. Notice sur la maison de Malemort. [Extrait de VHislolre des 
Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem , publiée par cet auteur en 1866. 
Gravures.] — P. 199-292, 301-89. J. Lalande. Procès de la ville de Brive 
contre M. le duc de Noailles, au xyiii« siècle. [Conclusion de la première 
partie de cette étude : la seigneurie et la haute justice de Brive apparte- 
naient avant 1361 , — date d'une transaction intervenue à ce sujet entre 
le vicomte de Turenne et le seigneur de Malemort, d'une part, le prieur 
et les consuls de Brive, d'autre part, — et avaient toujours appartenu au 
rui. Cela n'est nullement prouvé. (Juelques pièces intéressantes, iné- 



240 ANNALKS DU MIDI. 

dites ou non; beaucoup d'érudition confuse et plus qu'incertaine.] — P. 
293-300. J. DE S.mnt-Germain. Le baptême d'une cloche à Brive, en 1777. 
[Notes biographiques sur les personnages qui prirent part à la cérémo- 
nie.] — P. 391-419, 449-88. L. de Nussac. Bio-bibliographie des natura- 
listes originaires du Limousin. Le capitaine Gaspard Michaud (1795-1880). 
[Portraits, gravures. A suivre.] — P. 421-47. J. de Saint-Germain. Les 
Limousins dans la Maison rouge. Les gendarmes de la garde du roi. 
[Liste des gendarmes d'origine limousine, de 1688 à 1787.] — P. 489-502. 
J.-B. Champeval. Inventaire des titres des vicomtes de Comborn. 
[Publication d'un inventaire du xvi<' siècle. A suivre.) — P. 503-55. 
E. Roche. (Juarante ans de vie municipale à Turenne. [D'après un 
registre d'arrêtés municipaux, de 1812 à 1844.] — P. 557-66. R. Fage. 
Les origines du petit séminaire de Brive. [Établit que le petit séminaire 
de Cublac a été le berceau de celui de Brive.] 

A.P. 

Gard. 

Bulletin du Comité de l'Art chrétien de Nîmes, t. IX, 1909. 

N» 60. P. 209-49. H. Brun. Les ordres religieux du diocèse de Nîmes 
(suite et tin). [Ursulines. Visitandines, Hospitalières de Saint-Joseph, 
Sœurs de Notre-Dame du Refuge, Religieuses du Saint-Enfant-Jésus, du 
Verbe-Incarné, Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, de la Providence et du 
Sacré-Cœur de Jésus, de Nevers ; Frères Maristes, de Saint-Viateur et 
du Puy, Pères Maristes, Lazaristes et Trappistes; Sulpiciens; Sœurs de 
la Présentation du Bourg-Saint-Andéol , de Saint- Joseph , de Vagnas et 
de Saint-Régis, de Besançon, de l'Adoration, de l'Assomption', 'jObla tes et 
Maristes, Trinitaires, de Saint-Tiiomas , de Saint-Charles; Petites Sœurs 
des Pauvres, Sœurs de la Sainte-Famille de Lyon, Franciscaines, Sœurs 
Gardes-malades, Victimes, Augustines.J — P. 250-60. C'« de Montravel. 
Deux documents du xiv siècle à Vers-du-Gard. [Il s'agit de la présence 
au château de Saint-Privat, en 1380, d'Arnaud, évèque de Mirepoix, de 
la maison de La Trémoille ; puis du testament de Pierre de Baunes, 
recteur de Vers, en 1361.] — P. 261-4. C'-^ de Balincourt. Deux recon- 
naissances féodales du xiw siècle à l'église et prieuré d'Uchau. 

N» 61. P. 273-6. F. Durand. Un tableau de Simon Vouet à Nîmes. [L'attri- 
bution est à peu près certaine. Le sujet est le colloque de Jésus en croix 
avec Marie de Magdala.] — P. 277-91. H. Brun. La paroisse de ïhéziers 
pendant la Révolution. [Le curé Sauvage, prêtre réfractaire, partit en 
septembre 1792. Vint alors le curé constitutionnel Barrière, qui partit à 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 241 

son tour en 1793. L'église resta deux ans à l'abandon.] — P. 292-306. 
F. Durand. Le testament de Paumier à Nîmes (1392). fil s'agit d'un avo- 
cat du Roi de la sénéchaussée.] — P. 307-46. G. Nicolas. La Réforme à 
Saint-Gilles depuis ses débuts jusqu'à nos jours. [Suite. Se continue dans 
le n° 62, que ce travail occupe tout entier. Il s'arrête en 1902. | 
N" 63. P. 437-.524. A. Durand. Les ordres religieux des trois diocèses de 
Nîmes, d'Uzès et d'Alais à la fin de l'ancien régime. [L'auteur étudie 
successivement la crise des ordres religieux, les Bénédictins, dont l'his- 
toire dans la sénéchaussée est particulièrement intéressante , les Char- 
treux, les Carmes, les Dominicains, les Franciscains, les Augustins, les 
Minimes, les chanoines réguliers de Saint-Augustin, le grand prieuré de 

Saint-Gilles et les abbayes de femmes.] 

E. B, 



Garonne (Haute-). 

Revue de Comminges , t. XXV, 1910. 

P. i-xxxviii, 1-248. S. MoNDON. La Grande Charte de Saint-Gaudens. [Texte 
roman de 1203, avec introduction et traduction. Nombreuses notes du 
texte et de la traduction. Glossaire et deux reproductions phototypiques 
de fragments des copies de 1345 et 1.544 conservées aux Archives de 
Saint-Gaudens. Avec plusieurs documents des xvi« et xyii» siècles publiés 
comme annexes : dénombrements, élection des consuls, limites du ter- 
roir.] — P. 249-65, 313-27. B. Sarrieu. Les « Thermes des Onésiens » 
d'après A. Camoreyt. [D'après cet auteur, les thermes n'auraient été ni à 
Ludion, ni à Capvern, mais peut-être au village d'Ozon, près Tournay. 
M. B. S., qui publie son travail, penche au contraire pour Luchon.] — 
P. 266-80, 368-76, 396-407. J. Bourdette. Notice du pays et des seigneurs 
de Larboust. (Période de 1080 à 1443. Suite et à suivre.] — P. 289-97, 
333-48, 385-95. J. Lestrade. Un curieux groupe d'évèques commingeois. 
Notices et documents. [Période de 1644 à 1693. Suite et à suivre.] — P. 
298-302. G. CouoET. Un érudit provincial, commingeois d'élection. [Notes 
sur M. Paul de Castéran et ses travaux.] — P. 303-11, 360-7, 377-84. 
S. MoNDON. Coutumes de Montsaunès (5 avril 1288). [Deux textes gascons, 
l'un de la fin du xiiF ou du commencement du xiv» siècle, l'autre de la 
fin du xv ou du commencement du xvi% conservés aux Archives de la 
Haute- Garonne ; avec la traduction. A suivre.] — P. 328-32. J.-J. DE 
Lahondk-S. Le vieux pays : Saint -Bertrand de Comminges. [Notes d'ar- 
chéologie et d'histoire sur les églises de Valcabrère et de Saint-Bertrand 
et sur la région.] — P. 408-19. J. Décap. Le cahier des doléances de la 
ANNALES DU MIDI. — XXIII. 10 



242 • ANNALES DU MIDI. 

communauté de Capens, au diocèse de Rieux (mars 4789). [Texte de ce 
cahier, avec introduction et notes sur chaque question traitée.] — P. 
420-32. L. Roques. Les religieux hospitaliers d'Aubrac et l'hôpital Sainte- 
Quitterie de L'Isle-en-Dodon. [Étude sur un accord passé en 1299 entre 
Bernard VIII, comte de Comminges, et Bernard de Sénaret, religieux 
d'Aubrac. Avec le texte latin de l'accord et un procès-verbal de visite de 
cet hôpital en 1665.] L. V. 



Gironde. 

Société archéologique de Bordeaux, t. XXX, 2^ fascicule, 
1908. 

P. 72-85. P. Rambié. Compte rendu des travaux des années 1906-1907. — 
P. 85-100. F. Thomas. Congrès de Pau. [Compte rendu du Congrès tenu 
à Pau en 1908 par les sociétés savantes du Sud- Ouest.] — P. 101-5. 
0. Servan. Excursion de la société à Cadarsac, Nérigean, Génissac et 
Moulon. — P. 107-16. P. Fourché. Divers documents officiels pour servir 
à l'histoire de la porte des Salinières ou porte Bourgogne. [A Bordeaux. 
Suite.] — P. 116-44. J. Labrie. Les Gallo-Romains au centre de l'Entre- 
deux-mers. [Relevé des vestiges gallo-romains de cette région, avec 
carte.] — P. 145-54. Documents relatifs aux démarches faites par la 
Société pour obtenir le classement de l'hôtel de ville de Libourne et 
l'installation d'un musée d'objets anciens et d'art industriel dans l'ancien 
archevêché de Bordeaux. [Le premier projet a réussi; le second a 
échoué.] — P. 155-6. L. Trochon. Vase ancien découvert à Vignonet. 
[Époque néolithique ou commencement de l'âge de bronze.] — P. 156. 
A. GiRAULT. Fragment de poterie trouvé à Bordeaux par M. Maziand. [Cf. 
l'étude du même, Soc.archéol., t. III, et C. JuUian, Inscriptions romaines 
de Bordeaux, t. II, p. 56-62.] 

Tome XXXI, l^r fascicule, 1909. 

P. 31-48. F. Dalbau. Silex à retouches anormales de la station de La Ber- 
tonne ou La Rousse, commune de Peujard (Gironde). [Excellente étude; 
8 planches.] — P. 49-81. P. Fourché. Divers documents officiels pour 
servir à l'histoire de la porte des Salinières ou porte Bourgogne. [Suite. 
Tentative avortée de transformation de cette porte du xviii« siècle en 
arc triomphal à la gloire de Napoléon ^^ PI. — Cf. t. XXX, 1" fascicule 
1908, p. 25-50. P. C. 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 243 

Isère. 

I. Annales de l'Université de Grenoble, t. XXII, 1910. 

P. 441-94. Petit -DuTAiLUS, P. Morillot, Th. Colardeau. Université de 
Grenoble, Centenaire de la Faculté des Lettres (1810-1910). [Créée par 
décret du 17 mars 1808, la Faculté des Lettres de Grenoble fut inaugurée 
le 26 mai 1810. Supprimée le 31 octobre 1815, elle ne reparut qu'en 1848. 
M. Morillot a retracé ce qu'avaient été son existence et ses progrès, sur- 
tout depuis la loi de 1896 qui a créé les Universités. M. Colardeau a 
raconté quelques traits de la vie de Dubois-Fontanelle, qui, né à Gre- 
noble en 1737, fut tour à tour secrétaire d'ambassade dans les Provinces- 
Unies, directeur de la Gazette de Deux- Ponts, puis de la Gazette de 
France, et auteur dramatique. L'une de ses œuvres, Éricie ou la Ves- 
tale, fut jugée subversive et interdite ; une autre, Léridan, n'eut qu'une 
représentation. Pendant la Révolution, Dubois-Fontanelle revint à Gre- 
noble, et, en 1810, il fut nommé doyen de la Faculté nouvelle. Il mou- 
rut en 1812.] R. C. 

IL Bulletin de l'Académie Delphinale, 5^ série, t. III, 
1909. 

P. 35-78. Éd. SiLVY. Notes pour servir à l'histoire de Grenoble en 1494. 
[Le 23 août 1494, Charles YIII, allant en Italie, passa à Grenoble, accom- 
pagné d'Anne de Bretagne. Les comptes des consuls de Grenoble nous 
renseignent sur les dépenses que fit la ville à cette occasion ; l'on put 
éviter de payer à la reine le don de joyeuse arrivée. Autres renseigne- 
ments fournis par les comptes consulaires : voyage de Hugues Marc, con- 
sul de Grenoble, à Lyon, pour traiter des affaires d'Espagne; menaces 
de peste; défen.ses contre les inondations du Drac ; liste des bourgeois 
qui ont payé en 1494 la taxe due pour le pesage des farines (387 noms) ; 
anciennes auberges de Grenoble mentionnées dans ces comptes.] — 
P. 79-179. Cl. Faure. Les franchises de Buis-les-Baronnies. [Ces fran- 
chises, qui se trouvent dans un ms. du xiv« siècle de la Bibliothèque de 
Carpentras, ont été octroyées le 8 mai 1288 par Raimond de Mévouillon 
aux gens du Buis, représentés par trois syndics, en échange d'une somme 
de 1000 livres de coronats, dont il avait besoin pour payer ses dettes. 
Elles contiennent 50 articles, donnant aux habitants le droit de nommer 
des consuls et des agrimessores (sic), limitant l'exploitation seigneuriale, 
réglant les successions, les saisies, les gages, etc. Articles nouveaux 
accordés, le 26 janvier 1331, par les deux « enquêteurs et réformateurs » 



244 ANNALES DU MIDI. 

envoyés par le Dauphin Ilumbert II dans les Baronnies. Statut relatif à 
la vente du vin , fait par les gens du Buis le 10 juillet 1346.] — P. 181- 
225. Éd. SiLVV. Un épisode dauphinois de l'histoii'e de Lyon pendant la 
période révolutionnaire. [A la suite des excès commis à Lyon par les 
contre-révolutionnaires et les Compagnons de Jésus, la Convention ren- 
dit , le 19 prairial et le (i messidor an III , deux décrets renvoyant les 
coupables devant le tribunal criminel de l'Isère. Mais , après le vote de 
la Constitution de l'an III, ces décrets parurent inconstitutionnels. Un 
certain nombre de prévenus furent remis en liberté; puis, sur un rap- 
port de Dumolard , le Conseil des Cinq-Cents ordonna que les quelques 
prisonniers lyonnais encore incarcérés à Grenoble seraient relransférés 
à Lyon.] — P. 227-396. Abbé Luc Maillet- Guy. Les paroisses anto- 
niennes de l'ancien diocèse de Vienne. [Élude détaillée sur les diverses 
églises relevant de l'abbaye de Saint-Antoine en Viennois. Droits de 
l'abbé vis-à-vis de ces églises : droit de patronage, dîmes, rentes, droits 
féodaux divers. Portée de l'exemption de l'abbaye vis-à-vis de l'arche- 
vêque de Vienne; procès relatif au droit de visite de celui-ci, et arrêt du 
Conseil privé, du 17 avril 1668, maintenant le droit de visite et la juri- 
diction de l'archevêque sur les paroisses dépendant de l'abbaye. Prieuré 
de Saint-Pierre de Marnans : son union avec Saint-Antoine à la lin du 
xiiF siècle ; paroisses qui en dépendent. Église et couvents de Saint- 
Marcellin. L'archiprêtré de Saint-Marcellin, créé au début du xviP siècle, 
comprit dans sa circonscription la plupart de ces églises.] — P. 397-420. 
Mélanges. [L. de Miribel : Une lettre inédite de Lesdiguières, le 
3 sept. 1593, à Château -Queyras, alors que, désespérant de défendre 
le Dauphiné et de protéger Cavour contre les troupes de la Savoie, 
il apprend tout à coup qu'une trêve est conclue et va lui permettre 
de sauver Cavour. Tableau généalogique de la parenté de M™* de 
Lesdiguières, née Claude de Bérenger. — A. -M. : Un récit de voyage 
en Dauphiné à la fm du xviiF siècle ; souvenirs du baron de Fré- 
milly, qui traversa le pays en 1787. — L. Caillet : Tentative d'envoû- 
tement contre Louis XI , faite par Antoine Socii ou Soucy , dit Maman , 
religieux de Saint-Antoine en Viennois (1466). Lettre de Louis XI à son 
lieutenant en Dauphiné, Soffrey Alleman, lui prescrivant de remettre le 
coupable aux mains de l'abbé de Saint-Antoine. Lettres patentes déchar- 
geant ce dernier de tout soupçon de complicité dans le crime commis. 
Lettre de Soffrey Alleman, enjoignant au châtelain de Chàteauneuf d'ef- 
fectuer la remise ordonnée par le roi.] R. C. 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 245 

III. Bulletin de la Société de Statistique de l'Isère, 4*^ série, 
t. XI (XXXVII« de la collection), 1910. 

P. 5-44. J. DE Beyué. Lettres inédites de Mounier et de ses amis (1789-1801). 
[Lettres du comte de Yirieu, des 2, 10 et 12 mars 1789. Lettres de Savoye 
de RoUin, avocat général au Parlement de Grenoble, des 29 juillet, 3 sep- 
tembre et 4 octobre 1789, donnant quelques renseignements sur les 
troubles de Grenoble, critiquant les projets de Constitution et de Décla- 
ration des Droits, réclamant la suppression des Parlements. Fragment 
d'une lettre du P. Ventura, de l'Oratoire, 4 mars 1789, sur la procédure 
aux États généraux, le vote par tète, etc. Lettres de Doussony , notaire à 
Saint- Vallier, 23 janvier 1789, et de Charlon, avocat à Valence, 5 mars 1789, 
demandant la suppression des droits féodaux sans indemnité , et l'égalité 
de toutes les terres devant l'impôt. Lettre de Farconnet, 3 oct. 1789, sur 
les troubles de Grenoble. Deux lettres de Mounier, écrites au Belvédère, 
près de Weimar, 20 février et 24 avril 1801 : l'une à M. de Perrégaux, au 
sujet de l'éducation de son fils, dont Mounier s'était chargé ; l'autre écrite 
par Mounier à son père, au moment où il va rentrer en France.] — P. 
45-.55. J. DE Beyué. Contribution à l'histoire de la Presse sous la Révo- 
lution (le Logographe). [Document indiquant quelles doivent être les ten- 
dances politiques et l'utilité de ce nouveau journal , fondé à la fin de 
1790. Ce texte a peut-être pour auteur Barnave ; il fut saisi chez lui au 
moment de son arrestation.] — P. 57-76. G. Vellein. Recherches sur 
Béatrix de Savoie et le Dauphin Jean 1". [Étude sur le règne de ce prince. 
Pendant la minorité de ,lean, le pouvoir fut exercé par sa mère Béatrix, 
fille de Pierre de Savoie et d'Agnès de Faucigny , veuve du précédent 
Dauphin Guignes VU. Elle eut des démêlés avec le duc de Bourgogne, 
qui avait été associé à la tutelle de Jean parle testament de Guignes VII. 
Mais surtout Béatrix, déjà privée par un codicille de son père de presque 
tous les biens paternels, se vit menacée , dans les biens qu'elle tenait de 
sa mère, par le comte de Savoie, désireux de s'emparer du Faucigny et 
de consolider son pouvoir dans la région de Genève. Au traité de Versoix, 
2 juin 1282, une coalition se forma entre Béatrix, son fils Jean, le comte 
et l'évêque de Genève , contre le comte de Savoie. Les hostilités furent 
arrêtées par la mort du dauphin Jean, le 24 septembre 1282, des suites 
d'une chute de cheval. j R- C. 



246 ANNALES DU MIDI. 

Lot - et - Garonne ^ . 

Revue de l'Agenais, t. XXXVI, 1909. 

p. 5-24, 252-74. Ph. Lauzun'. Le château de Laiizun. [Suite et fin d'une 
publication commencée en 1908.] — P. 2.^-36. De Pienne. Les sénéchaux 
d'Agenais Robert de Balzac et Rigault d'Aurelle. [Complément aux articles 
de Tamizey de Larroque consacrés à ces personnages.] — P. 37-57, 160-75, 
367-77, 453-77. Dubois. Les détenus de Marmande sous la Terreur. [Ren- 
seignements généalogiques nombreux relatifs aux citoyens arrêtés sur les 
ordres du Comité de surveillance de Marmande.] — P. 58-61. Marboutin. 
Un Agenais professeur de Napoléon. [D'après un article du Carnet de la 
Sabretache. Il s'agit de Bounetou , de Lauzun, fusilier au régiment de 
Vermandois en garnison en Corse, qui donna des leçons d'écriture aux 
frères Bonaparte.] — P. 62-89, 436-52, 531-40. Broconat. La Roumieu. 
[Suite et fin d'une étude , dont le commencement a paru en 1907, sur 
cette commune du département du Gers.] — P. 97-110. Marboutin. Les 
églises de Laurenque (commune de. Gavaudun). [Sainte-Anne de Castelle 
et l'église du prieuré de Saint-Sardos de Laurenque; la première, des 
XV, xii« et xvi« siècles ; la seconde, de la fin du xv« ou du commence- 
ment du XVI* siècle.] — P. 111-32, 207-21. Bonnat. Le citoyen Delsoert, 
ci-devant Lalaurencie, bibliothécaire de l'École centrale (1768-1829). 
[Biographie du chevalier de Lalaurencie, officier de marine sous 
Louis XVI, émigré rentré en France sous le nom de Delssort et qui finit 
recteur de l'Université, après avoir été dessinateur aux mauvais jours de la 
République, bibliothécaire sous le Directoire et le Consulat, directeur 
de l'école secondaire d'Agen , inspecteur d'académie sous Napoléon.] — 
P. 133-59, 228-47. Couyba. La fondation de l'annonciade de Villeneuve 
d'Agenais. [L'une des publications du regretté docteur Couyba.] — 
P. 193-206, 385-94. Lauzun. Souvenirs du vieil Agen. [Souvenirs de 
l'auteur sur la place du Palais en 1841 ; Étude sur la maison dite de la 
Reine Marguerite.] — P. 222-7. Momméja. Le trésor de Verteuil. [Repro- 
duction d'un article du Journal de Lot-et-Garonne de 1835 sur la 
découverte faite alors de 10 médailles romaines du iii« siècle, par Rozan, 
pharmacien à Tonneins.] — P. 248-51. De Lagrange-Ferrègues. Un 
corsaire agenais : Pierre-Alexandre Marrauld-Dupon , de Castelmoron. 
[Né le 8 novembre 1775.] — P. 278-9. Dubois. François d'Hébrard, 

1 Deux périodiques que nous avions régulièrement dépouillés, l'Ame 
gasconne et le Lot-et-Garonne illustré, ont disparu. 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 247 

1550-1631 (?). [Officier du roi, maître de camp, maître d'hôtel de la reine 
Marguerite.]— P. 288-300. Marboutin. L'autel du Paravis ; église de 
Lamontjoie. [Note archéologique sur un retable monumental du 
xvir siècle, peint en 1635, doré en 1647, vendu 5700 livres comme 
meuble national en l'an III. Cette œuvre d'art est due aux religieuses de 
Fontevrault.] — P. 301-7. Chaux. Une rébellion à Montréal du Gers. [En 
1790, contre M. de Goyon.] - P. 308-24, 395-413. Massif. Émigration des 
Rouergats en Agenais à la fin du xv^ et au commencement du x\i« siècle. 
(Étude très documentée sur les principaux de ces déracinés.] — P. 325-34. 
DuBOURG. L'abbé Jean-Timothée Barrier de Cauparre, ancien curé de 
Lamarque, canton du Mas-d'Agenais, et ses Mémoires relatifs aux événe- 
ments accomplis à l'époque du Concordat de 1801 dans le diocèse d'Agen. 
— P. 335-51. D'" DE Gaulejac. Le service de santé pendant les guerres 
du premier empire.] Conférence faite à l'assemblée générale de la Croix- 
Rouge, à Agen, en 1909.]'— P. 352-58. De Dienne. Antoine de Raffin-Pothou, 
sônéchal d'Agenais, à la canonisation de saint François de Paule. [Raffin fii t 
un des trois ambassadeurs envoyés à Rome par François I*'' pour obtenir 
de Léon X la canonisation du fondateur de l'ordre des Minimes.] — 
P. 359-66. Df CoUYBA. Le chef d'escadre Jean de Barrailh et l'anoblissement 
de sa maison de Savignac (7 mars 1746). — P. 413-21. Momméja. Plumes 
et coquillages héraldiques. [Notes sur les armoiries de Penne, etc.] — 
P. 422-32. De Vivie-Régie. Vues sur le budget d'un propriétaire de 
l'Agenais au commencement du xviif siècle. [Brouillard du livre d'Isaac 
de Peyférié. Inventaire de ses biens, comptes de tuteur.] — P. 433-5. 
CouYBA. La verrerie de Cabanes en Agenais (1744). [Commune de Mon- 
bahus.J — P. 481-519. Marboutin. Le château de Combebonnet. 
[xiii«, xiv« et XVI" siècles, agrandi au xvii''.] — P. 520-30. Ferrère. Un 
projet de langue universelle au xvi« siècle. [Le latin.] 

Tome XXXVII , 1910. 

p. 1-34. Durengues. Notice sur le général Ressayre. [Né en 1809 à Castel- 
sarrasin, simple cavalier en 1828; il fit la campagne d'Algérie, et celles 
de Crimée et de 1870-1871 : général de cavalerie, il prit une part active, 
avec sa division, à la bataille de Coulmiers. Après la guerre, il fut nommé 
inspecteur général de cavalerie et devint l'un des juges du procès Bazaine. 
Atteint par la limite d'âge en 1874, il mourut en 1879. J — P. 35-44. Mar- 
boutin. Vision d'Antoine La Puiade aux dames du Paravis. [Extrait d'un 
ouvrage imprimé en 1604.] — P. 45-8. Payen. Église de Moirax ; restau- 
ration de la coupole. [Restauration de ce monument liislorique par 
M. l'architecte Payen.] — P. 49-54. DuROiRG. Fondation de l'église ou 



248 ANNALES DU MIDI. 

chapelle de Lasmartres , annexe de l'archiprêtré de Saint-Pesserre , dio- 
cèse de Lectoure,en 1482. —P. 54-63, 241-64, 395-420, 481-97. Momméia. 
Les plaques de foyer anglaises, flamandes, françaises et hollandaises dans 
le sud-ouest de la France. [Très intéressant article du conservateur du 
musée d'Agen.] — P. 64-70. Dubois. Délibération prise le 19 décembre 1742 
par le chapitre de Saint -Caprais d'Agen. [Pour remplacer le bréviaire 
romain dont le clergé faisait usage par le nouveau bréviaire de Paris.] — 
P. 71-2. Marboutin. Notre-Dame de Peyragude. [Qui remonte au moins 
au xiv siècle.] — P. 94-145. Dubois , Momméja et Bonnat. Jacques de 
Romas. [Portrait du célèbre physicien à qui la ville de Nérac va édifier 
une statue. Étude sur sa famille ; notes pour servir à l'histoire de sa vie 
et de ses travaux ; récit de ses premières expériences du cerf-volant élec- 
trique, faites par son ami et compatriote, le chevalier de Vivons.] — 
P. 146-72,207-35. Durengues. Lettres du général Ressayre. [Cette corres- 
pendance va de 1854 à 1855.] — P. 173-84, 498-534. Marboutin. Notes his- 
toriques sur Lafox. La juridiction et ses coutumes ; la paroisse de Saint- 
Christophe. Texte et traduction des coutumes de Lafox octroyées en 1254, 
déjà publiées en 1883 par E. Cabié.] — P. 185-9. Du Motey. Une paroisse 
de Saint-Caprais au diocèse de Séez. — P. 193-205. Lauzun. Souvenirs du 
vieil Agen. La Porte-Neuve. — P. 236-40. Marboutin. Monluc au château 
de Laugnac. — P. 323-43. De Dienne. Jasmin en Provence (janvier-février 
1848). — P. 344-350. J. Dubois. Le chapitre de Saint-Caprais d'Agen et le 
droit de joyeux avènement. [Nomination par Louis XV, comme prieur de 
Saint-Caprais, du sieur Antoine de Redon, contre laquelle le chapitre 
s'éleva, mais sans succès.] — P. 351-62. Momméja. La tabatière de 
M"« de Romas. [Il s'agit d'une fort jolie tabatière de dame que Romas offrit 
à sa future femme comme cadeau de fiançailles.] — P. 362-71. Dubois. 
L'exécution de l'Édit de Nantes en Agenais. — P. 385-94. Lauzun. Le livre 
juratoire des consuls d'Agen. [Manuscrit du xiii« siècle ou du commence- 
ment du xiv% richement enluminé, sur lequel les grands person- 
nages et les consuls prêtaient serment de fidélité aux privilèges et fran- 
chises de la ville. Restitué en 1910 aux archives municipales d'Agen , où il 
figurait autrefois , par les héritiers de M. Debeaux , ancien pharmacien 
militaire et botaniste distingué.] — P. 421-49, 535-63. Bory de Saint- 
Vincent. Épisodes de la guerre d'Espagne et de la retraite de France, 
d'après de nouvelles lettres de Bory de Saint-Vincent. [Publiées par 
Ph. Lauzun, elles renferment de très intéressants détails.] — P. 450-2. 
Marboutin. Richesses artistiques religieuses du département de Lot-et- 
Garonne. [Troisième liste des objets religieux de caractère artistique 
conservés dans les édifices réserves au culte.] R. B. 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 249 

Puy-de-Dôme. 

L'Auvergne historique, Littéraire et artistique, 1904. 

P. 1-128. Joui-nal du P. Tiolior, cordelier du couvent de Riom. Recueil 
de diverses choses arrivées en Auvergne ou ailleurs (1731-1770). [Ce 
journal, rempli d'observations météorologiques et de petits faits locaux, 
montre aussi que le moine s'intéressait aux grands événements de son 
époque. On y trouve un résumé de la guerre de Succession d'Autriche 
(p. 13-25), des détails sur l'attentat et le supplice de Damiens (p. 40-48), 
sur l'expulsion des Jésuites, sur la lutte du pouvoir royal et des Parle- 
ments ; l'autour copie les documents qui lui semblent les plus intéressants : 
lettre de Charles III, roi d'Espagne, au pape, après l'expulsion des Jésuites 
(p. 118), lettre de l'impératrice-reine Marie-Thérèse au dauphin, à l'occa- 
sion du départ de Marie-Antoinette pour Versailles (p. 125).] — P. 129-229. 
Journal d'Antoine ^lesseix, habitant de Riom (1743-1782). [Simple chro- 
nique locale, où sont notés au jour le jour les menus faits de la vie rio- 
moise; détails de mœurs intéressants : fêtes données à Riom en 1763, à 
l'occasion de la paix de Paris (p. 156), supplices infligés aux criminels. 
Beaucoup de renseignements archéologiques.] — P. 229-82. Journal de 
Jean Tiolier conseiller, habitant de Clermont (1772-1789). [Encore plus 
sec que le précédent. Véritable registre de l'état civil des familles bour- 
geoises de Riom; petites nouvelles du monde judiciaire, accidents et faits 
divers... « Mon fils a eu un premier accessit de thème » (p. 271). « 11 y 
a eu peu de bestiaux à la foire » (p. 271). A la page 271, l'auteur parle de 
sa femme, récemment décédée, en termes émus et touchants, joli por- 
trait de la bourgeoise pieuse et bonne ménagère.] — P. 283-321. Journal 
de M*** (Farradesche de Gromont), conseiller en la sénéchaussée et 
siège présidial de Riom, gendre de M. Soubrany de Bénistant, aussi 
conseiller. [Depuis janvier 1785 jusqu'en septembre 1790; repris en 
l'an VI. Entrée de madame Adélaïde à Riom (p. 285). Assemblée des trois 
ordres pour la désignation des députés aux États généraux (p. 304). Fête 
de la fédération à Riom (p. 320).] 

1905. 
P. 1-23. GiŒLLET DE LA Devte. Yves d'Allègre. |Riograpliie dun des 
hommes de guerre les plus célèbres de la fin du xv« siècle. Né vers 1452 
au château d'Allègre (Haute-Loire), il fut chambellan de Charles d'Anjou, 
roi de Naples, accompagna Charles VII en Italie, gouverna la iSasilicatc 
pour le roi et défendit Naples contre Ferdinand II d'Aragon, fils et suc- 
cesseur d'Alphonse II, roi de Naples, que M. G. de la D. prend pour 



250 ANNALES DU MIDI. 

Ferdinand le Catholique. Sous Louis XII, Yves d'Allègre guerroya en 
Italie et mourut à la bataille de Ravenne, en 1512. — Gonzalve de Cor- 
douo, cité par M. G. de la D., ne fut jamais connétable, mais fut vice-roi 
de Naples pour Ferdinand le Catholique de 1503 à 1506.] 
1906. 

P. 1-356. M. BOUDET. Les baillis royaux et ducaux des montagnes d'Au- 
vergne, depuis leur, création jusqu'au commencement du xvi« siècle. 
[C'est un catalogue documenté des officiers ducaux et royaux qui ont 
gouverné la Haute -Auvergne jusqu'au xvi^ siècle. M. B. ajoute aux noms 
déjà connus une trentaine de noms nouveaux, et des détails sur les 
principaux officiers des baillis , dont il a retrouvé la trace , le tout très 
bien et savamment documenté, suivant la manière de l'auteur.] — P. 1- 
81. Anonyme. Le Velay et ses anciennes limites. [Copie d'un mémoire 
introuvable ayant pour titre : Certificat authentique et notes histo- 
riques sur icelui (pays de Velay) par M» Dominique Garde des Fauchers, 
notaire royal et ancien premier consul de la ville de Craponne en Velay 
(1777). Ce mémoire renferme des extraits des procès-verbaux des États 
provinciaux, au sujet des limites du pays ; on y trouve des renseigne- 
ments sur la tenue des États (p. 37), sur la maison de Polignac (p. 39). 
Un dénombrement du diocèse du Puy et une étude sur la noblesse du 
Velay terminent cette collection, assez mal ordonnée.] — P. 1-123. De 
DiENNE. Deux Carladésiens célèbres au xviif siècle : Jos. Charles Al., 
comte d'Anter roches, lieutenant général des armées du roi (1710-1785), et 
Alexandre-César d'Anterroches, évéque de Condom, député du clergé aux 
États généraux de 1789 (1719-1793). [La biographie de ces deux person- 
nages comprend 61 pages. L'auteur y a ajouté des détails sur le château 
et la famille d'Anterroches, les preuves de sa noblesse et les branches de 
Peyrusse et de Puy d'Arnac. Lettre inédite sur la bataille de Fontenoy 
(p. 14). Quelques lettres relatives à la guerre de Sept ans. La vie de 
l'évêque de Condom renferme des détails sur son installation dans son 
palais épiscopal, son procès avec la communauté de Condom (p. 56 et 
suiv.) et son séjour en Angleterre après le 10 août.] — P. 1-28. R. Grand. 
Du Guesclin en Auvergne, ses dernières opérations, sa mort, ses funé- 
railles. [Cette courte étude s'appuie principalement sur les Registres de 
comptes consulaires de Saint-Flour et de Montferrand , les premiers 
édités par M. Boudet (Riom, 1900), les seconds dépouillés par M. Teilhard 
de Chardin dans l'Inventaire des Archives municipales de Clermont-Fer- 
rand. C'est l'histoire détaillée de la dernière expédition du connétable. 
L'auteur détruit la légende de la reddition volontaire de Châteauneuf- 
Randon après la mort de Du Guesclin ; le commandant anglais ne se 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 251 

rendit qu'au moment où les Français amenaient les otages sur le fossé 
pour les décapiter. Le Puy eut les entrailles du connétable, Montferrand 
ses chairs, Saint-Denis ses os, et Dinan son cœur. Une carte donne la 
marche de Du Guesclin en Auvergne.] 

1907. 
P. 1-78. M. BouDET. La comtesse Brayére. Légende de l'ogresse. [Une 
curieuse légende du pays de Clermont a inspiré à M. B. le dessein 
d'identifier l'héroïne du conte avec un personnage réel. L'ogresse de 
Montferrand n'est autre que la première comtesse de Montferrand, 
femme du premier dauphin d'Auvergne, qui vécut de 1170 à 1199, fut 
une pauvre malade, probablement lépreuse, fonda la léproserie d'Herbet, 
et se montra charitable plus que dame au monde. Cette étude est un 
petit chef-d'œuvre de science, de logique et de spirituelle simplicité.] 

1908. 
P. 1-100. A. DE Bellaigue-Dukournel. Les grands fiefs d'Auvergne. [Cette 
publication , qui n'est pas encore terminée, a pour objet de reconstituer 
la liste des hommages, aveux et dénombrements de la province d'Au- 
vergne, qui n'a pas été publiée par MM. Huillard-BréhoUes et Lecoy de la 
Marche dans leur Inventaire des titres de la maison ducale de Bourbon. 
La première partie du travail a pour titre : Tableau d'ensemble des inven- 
taires concernant l'ancienne Auvergne et ses grands fiefs. La seconde 
partie : Titulaires de la terre d'Auvergne et ensuite du duché , du xiu" 
au xv!»: siècle (1224-153'2). M. de B. donnera une édition de l'inventaire 
dressé au xvf siècle par Luillier, qui transporta les archives ducales de 
Moulins à Paris. La partie du travail actuellement imprimée constitue 
une introduction historique à l'étude du document lui-même. L'auteur 
commence à l'érection de la terre d'Auvergne en apanage pour Alphonse, 
frère de saint Louis, et va jusqu'au règne de Jean !«'', duc de Bourbon 
(1416-1434). Il est à désirer que ce travail soit continué.] 

1909. 
P. 1-108. Champeval. Le rôle de ban et arrière-ban du Haut-Auvergne 
en 1.^03. [Analyse de deux registres in-folio des archives de M. le comte 
de la Baume à Comblât, près Vic-sur-Cère. Nomenclature féodale; détails 
curieux pour l'histoire du droit seigneurial.] 

1910». 

P. 1-978. E. Clouard. Les gens d'autrefois. Riom aux xv- et xvi'' siècles. 
[Cette énorme publication comprend deux parties distinctes : 1" Une 

1 V Auvergne fdstoriquc cesse de paraître, à cause du décès de son édi- 
teur, M. Jouvet, de Riom. Ce périodique était publié irrégulièrement, par 



252 ANNALES DU MIDI. 

très complète histoire de la ville de Riom, depuis la charte Alphonsine, 
dont M. C. donne une édition critique, jusqu'à la condamnation du 
comte d'Auvergne Charles, bâtard de Valois (1605); 2» Une étude détaillée 
de la ville de Riom, ses monuments, sa législation, ses habitants et 
leurs mœurs. On lira ces chapitres avec intérêt, et on regrettera qu'une 
publication de cette valeur n'ait pas eu l'illustration copieuse et artis- 
tique qu'elle méritait.] — P. i-340. Df de Ribier. Preuves de la noblesse 
d'Auvergne. Preuves des gentilshommes auvergnats admis dans les 
Écoles militaires (1751-1790). [Détails généalogiques sur Desaix (p. 122). 
Mémoire des titres qu'il est nécessaire de produire pour être reçu au 
nombre des élèves de l'École militaire et du Collège royal de La Flèche, 
1778 (p. 323).] G. D. du D. 

Savoie. 

Mémoires et documents publiés par la Société savoisienve 
d'histoire et d'archéologie, t. XLVIII (2^ série, t. XXIII), 1910. 

P. i-vii, 1-530. Ém. Plaisance, dit Pâscalein. Histoire des Savoyens, 
tome I<'^ [Cette histoire, œuvre posthume de Plaisance (1829-1905), a été 
publiée, sous les auspices du Conseil général de la Savoie, par les soins 
de la Société savoisienne. C'est une œuvre de vulgarisation , écrite dans 
un style clair et alerte, d'une lecture attachante. De plus, son auteur est 
d'ordinaire bien informé et au courant des travaux modernes. M. P. avait 
lui-même publié, dans diverses revues savoisiennes, une série de mono- 
graphies sur différents points de l'histoire de la Savoie. Il était donc bien 
préparé à écrire une histoire générale de son pays, et son livre peut 
rendre de réels services. Il est regrettable seulement que l'auteur ou les 
éditeurs n'aient ajouté aucune note bibliographique ni aiicune indication 
des sources. Le plus souvent, ils ne donnent même pas la référence des 
documents cités. Ne pouvant faire ici un compte rendu détaillé de cet 
ouvrage, nous nous contenterons d'en signaler les divisions générales et 
les idées directrices. Un premier livre est consacré aux origines, depuis 
les temps préhistoriques jusqu'à la mort de Rodolfe III et à la chute du 
second royaume de Bourgogne (1032) ; il se termine par un bref exposé 
des institutions féodales. Le deuxième livre est relatif au comté de Savoie 
et à sa formation territoriale, depuis 1032 jusqu'à l'érection de la Savoie 

fascicules formés des feuilles détachées de trois ou quatre ouvrages, dont 
chacun avait sa propre pagination et finissait par constituer un volume à 
part. Les derniers fascicules ne portent même plus le titre d'Auvergne 
historique, mais celui du livre à la publication duquel ils sont consacrés. 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 253 

en duché (1416); c'est l'époque du plein épanouissement de la féodalité; 
c'est aussi l'époque des franchises municipales; mais surtout cette période 
est marquée par l'expansion du comté de Savoie, qui soutient de longues 
luttes contre ses voisins, les Dauphins de Viennois, le comte et l'évèque 
de Genève. Le résultat de cet effort séculaire est la conquête du Fauci- 
gny, du Genevois, du pays de Vaud, du Valais. Avec Amédée VIII, l'État 
arrive à lapogée de son développement. Dans un troisième livre, l'au- 
teur retrace l'histoire du duché créé en 1416. Cette érection en duché, 
qui aurait dû être le point de départ de progrès nouveaux, est suivie au 
contraire d'une période de décadence de la Savoie , sous le duc Louis et 
la régente Yolande. La Savoie tombe sous l'influence française ; Genève 
s'affranchit. Berne, le Valais, Genève et la France se partagent les débris 
de l'ancien domaine des princes de Savoie. François I" et Henri II intro- 
duisent en Savoie les institutions politiques et l'esprit du gouvernement 
de la France. La restitution de la Savoie à ses anciens ducs, par le ti'aité 
du Gâteau -Cambrésis (1559), sert de point de départ à un quatrième 
livre. Emmanuel -Philibert recouvre la Savoie, mais le centre de son 
pouvoir est maintenant en Italie. L'auteur insiste sur ce caractère nouveau 
du « duché de Savoie-Piémont » : désormais la Maison de Savoie devient 
une maison étrangère, italienne avant tout; peu à peu, la Savoie l'aban- 
donnera. Le traité de Lyon de 1603 marque bien les progrés de cette 
situation nouvelle, puisque la France y prend la Bresse et le Bugey, et 
renonce à Saluées. Un siècle plus tard, la défaite des Français à Turin 
par les troupes de Victor -Amédée, en venant fortifier la situation des 
ducs de Savoie en Italie, est « aussi une défaite pour la Savoie ». Ce 
livre se clôt au moment où, par le traité d'Utrecht, Victor-Amédée 
reçoit le titre de roi de Sicile (1713).] 

Tome XLIX (2^ série, t. XXIV), 1910. 

P. 1-348. E. Plaisance. Histoire des Savoyens, t. II. [Suite et fin de cet 
important ouvrage. L'auteur y étudie, dans un cinquième livre, la Savoie 
sous le premier royaume de Sardaigne (1713-1792) ; le livre suivant est 
relatif à l'histoire de l'occupation française pendant la Révolution et 
l'Empire (1792-1815); un dernier livre est consacré au second royaume 
de Sardaigne (1815-1860) : organisation du nouvel État par Victor-Emma- 
nuel l", restauration de l'ancien régime, rétablissement des privilèges 
de la noblesse et du clergé, organisation d'une forte police : c'est le 
buon govefito. Cette réaction a duré jusqu'en 1847 : à ce moment, sous la 
pression de l'opinion, une politique plus libérale se dessine, mais en 
même temps l'antagonisme de la Savoie et du Piémont s'accentue ; les 



254 ANNALES DU MIDI. 

manifestations séparatistes se multiplient en Savoie ; et ainsi se prépare 
la réunion à la France. Dans les derniers chapitres, l'auteur fait l'his- 
toire (le cette réunion ; son livre s'arrête à 1860. L'ouvrage est accompa- 
gné de 58 planches, reproduisant par la photographie des documents 
très divers : anciennes cartes (à une échelle parfois trop réduite et d'une 
lecture difficile), chartes, feuillets de manuscrits, portraits, sceaux, 
monnaies, vues anciennes de villes et de châteaux, etc.] 

R. C. 

Var. 

Bulletin de l' Académie du Var, 1910. 

P. 57-108. D^ J. Regnault. L'École de médecine navale de Toulon (Notice 
historique). [Étude consciencieuse comprenant trois parties : i" un 
historique de la création de l'École, depuis les tâtonnements du 
xviip siècle jusqu'à l'organisation de l'Ecole annexe et de l'École d'appli- 
cation (1895) , avec renseignements sur les hôpitaux , le Jardin bota- 
nique, etc., organes complémentaires de l'École de médecine; 2» une 
étude détaillée sur l'organisation intérieure de l'École : direction, admis- 
sion, chaires; S» des notices biograpliiques succinctes sur les chirur- 
giens, médecins et pharmaciens les plus importants. En appendice , liste 
des chaires avec les noms de leurs titulaires. — Ce fascicule du Bulletin 
contient les deux planches destinées à compléter l'article de MM. Ronnaud 
et Rotlin publié dans le fascicule de 19011. Mieux vaut tard que jamais.] 

V.-L. R. 

Vienne (Haute-). 

I. Le Bibliophile limousiji, 1909. 

P. 1-5. P. DucouRTiEUX. Les filigranes des papiers. — P. 37-43. Id. Con- 
tribution à l'histoire des périodiques limousins. [Suite.] 

A. P. 

II. Bulletin de la Société des sciences et arts de Roche- 
chouart, t. XVII, 1908. 

P. 3-6. D' Marquet. États d'Orléans touchant les ecclésiastiques, sous 
Charles IX. - P. 7-26. E. Rayet. Le Puy. [Suite et fin.] - P. 27-35, 
134-41. P. Gaumy. Études et documents sur les fiefs des paroisses formant 
actuellement l'arrondissement de Rochechouart. [Suite.] — P. 36-50, 
103-33. De Fontaine de Resbecq. Le plateau de Châlus. [Suite.] — 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 255 

P. 97-102. D'' Marquet. Essai sur un chef-lieu de district du département 
de la Haute- Vienne. [D'après un ouvrage anonyme, imprimé en 1790. Il 
s'agit de Saint-Junien.j 

Tome XVIII, 1909. 

P. 3-26, 77-99. De Fontaine de Resbecq. Le plateau de Cliàlus. [Suite. J 
— P. 27-34, 120-31. P. Gaumy. Études et documents. [Suite.] — P. 53-73, 
100-15. A. Masfrând. Histoire de la sépulture et des rites funéraires. 
[Suite.] — P. 116-9. M. Imbiskt. Les mines de la Haute -Vienne. [Fait 
connaître et résume quelques publications anciennes s'occupant des 
mines du Limousin. A suivre.] A. P. 

III. Limoges illustré, 1909, 

lef février. F. Delâge et L. de Nussâc. Dupuytren et le collège électoral 
de Saint-Yrieix. [Sa candidature malheureuse aux élections du 2 octobre 
1831.] — J. Tixier. Les portails limousins. [Portail de l'église de Nedde. 
Gravure.] 

15 mars. E. Saulnier. Burgou. [Jean Gourinchas, dit Burgou, a fait partie 
d'une bande de voleurs dont les exploits dans la région de Rochechouart , 
de 1832 à 1837, ont pris un caractère légendaire. Se continue dans les 
livraisons suivantes.] 

1" juillet. A. Leclek. Henri de la Marche de Parnac, vingt -quatrième 
abbé général de Grandmont. [Portrait.] 

l^i" septembre. P. Ducourtieux. La voie romaine de Limoges à Poitiers. 

15 décembre. A. Lecler. Georges Barny, vingt-quatrième {sic pour vingt- 
et-unième) abbé de Grandmont. [Portrait.] A. P. 



CHRONIQUE 



L'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres a élu pour cor- 
respondant, le 23 décembre dernier, notre très distingué collabora- 
teur, M. Labande, conservateur des Archives du palais de Monaco. 



L'Académie française a décerné le grand prix Gobert à notre émi- 
nent collaborateur M. J. Bédier pour ses Légendes épiques, deux 
volumes sur la formation des chansons de geste, dont les Annales 
ont publié la partie relative au cycle de (kiillaume d'Orange (t. XIX, 
p. 5 et 153). 



L'Académie des Sciences morales et politiques a récompensé, 
entre autres, MM. Lucien Romier, Jacques iVAlbon de Snint- André , 
maréchal de France, 1512-1562; de Cardenal, Le recrutement de l'armée 
en Périgord pendant la période révolutionnaire ^ Gras, Histoire du com- 
merce local et des industries qui s'y rattachent dans la région stéphanoise 
et forézienne. 



M. Bréal, membre de l'Institut, secrétaire de la Société de linguis- 
tique de Paris, nous apprend, avec prière d'en informer le public 
savant, que la Société décernera pour la quatrième fois en 1911 
le prix Bibesco dont elle dispose : « au meilleur ouvrage imprimé 
ayant pour objet la grammaire, le dictionnaire, les origines, l'histoire 
des langues romanes en général et, préférablement, du roumain. » 
Seront seuls admis à concourir les ouvrages écrits en français , en 
roumain ou en latin, et publiés après 1908, année du dernier con- 
cours. Écrire au président de la Société et lui faire parvenir, avant 
le i"'' mai 1911, deux exemplaires au moins de l'ouvrage présenté. 



CHRONIQUE. 257 



On annonce l'apparition du premier volume d'une collection inti- 
tulée : Les Çlassi(/ues fratirai>i thi nioi/en âge (Librairie ("-hampion, 
Paris). Cette collection est publiée sous la direction de M. Marius 
Roques. Le prix des volumes variera de un à trois francs. Voici un 
extrait du prospectus annonçant la collection. 

« 11 est permis de croire qu'une pareille collection ne serait pas 
sans influence sur le progrès et la diffusion des études médiévales. 

« Il nous a semblé que cette œuvre nécessaire était dès' maintenant 
réalisable, et nous avons cru pouvoir réunir autour de nous assez de 
bonnes volontés , trouver en nous-même assez d'ardeur et de i'orce 
de persévérance, pour l'entreprendre utilement: nous espérons que 
nos Classiques français du moyen â<jc répondront aux besoins certains 
que nous venons d'indiquer. 

« L'on voudra bien entendre avec nous le litre de Classiques dans un 
sens large : il indiquera surtout notre désir de ne pas verser dans la 
curiosité et de nous tenir aux œuvres vraiment importantes ; nous 
employons aussi, après d'autres, très largement le mot Français, et 
nous retendons aux œuvres rédigées dans un des dialectes romans de 
la F'rance méridionale. » 

Le premier volume paru est la Chastelaine de Vergi, édité par 
M. G. Raynald. Parmi les poètes méridionaux dont on annonce 
l'édition, signalons : Peire Vidal, édité par M. J. Anglade. Il est pro- 
bable que la collection comprendra aussi : Bertrand de Born , Guiraut 
Riquier, Richart de Barbezieux, etc. Nous souhaitons bon succès à 
une collection dont le besoin se fait impérieusement sentir, surtout 
en ce qui concerne les textes provençaux. Ceux-ci seront accompagnés 
d'une traduction. 



Nous nous bornons à annoncer ici une collection qui intéresse les 
amateurs de littérature espagnole, assez nombreux parmi nos lec- 
teurs. C'est celle des Classiques castillans, qui se publie à Paris, chez 
Champion, en volumes petit in-8" (Éditions de « la Lectura » de 
Madrid). Ont paru en 1910 : Santa Teresa, Las Moradas, et Tirso de 
Molina, Obras, t. ^^ Les textes sont bien imprimés, publiés avec soin 
d'après les manuscrits originaux ou les éditions princeps, et cepen- 
dant fort bon marché, tandis que ceux auquels on était jusqu'ici 
obligé de recourir avaient le double inconvénient d'être incorrects et 
de coûter cher. 

AxNNALES DU MIDI. — XXIII. 17 



258 ANNALES DU MIDI. 

Chronique de l'Ariège. 

Les substantielles études qu'insère périodiquement le KM/Zc/in de la 
Société ariégeoise des sciences, lettres et arts, et dont un compte rendu 
détaillé permet aux lecteurs des A)males du Midi d'apprécier l'abon- 
dance et la variété, attestent mieux que toutes alfirmalions verbales 
quelle activité se déploie dans l'Ariège sous le rapport des recherches 
historiques et combien reste vivace dans ce pays le goût des choses du 
passé; on peut même légitimement espérer que ces manifestations 
d'une curiosité sans cesse en éveil ne feront que se multiplier à 
mesure que s'organiseront, pour se rendre utilisables, les principaux 
dépôts d'archives du département. La ville de Pamiers a donné 
l'exemple ; ses archives, bien qu'ayant déjà été classées et inventoriées 
en 1690, en 1764 et en 1790, offraient depuis longtemps l'aspect d'un 
impénétrable fouillis, cependant que l'absence de tout inventaire et 
un trop facile accès, dénué de toute surveillance, les exposaient à des 
vols, qui, en effet, ne manquèrent pas de se produire. C'est ainsi 
qu'aujourd'hui l'on peut constater de déplorables lacunes dans leurs 
collections, notamment dans les comptes consulaires de la première 
moitié du xvu*^ siècle et dans les registres de délibérations de la période 
révolutionnaire; tel qu'il est, pourtant, le dépôt des archives com- 
munales de Pamiers, par la nature et le nombre des documents qu'il 
renferme, compte parmi les plus riches et les plus importants du 
département tout entier. Nul doute que, consulté avec méthode, 
il ne serve à enrichir de pages capitales l'histoire de Pamiers, que les 
travaux d'Ourgaud et de M. de Lahondès sont loin d'avoir épuisée; 
félicitons donc la municipalité appaméenne et en particulier M. le doc- 
teur Eugène Soula de leur intelligente initiative et souhaitons que les 
villes de Foix et Tarascon ne tardent pas à l'imiter. 

Jusqu'à ce jour, et malgré la pauvreté relative de ses fonds, le dépôt 
départemental lui-même ne laissait pas que de présenter d'assez 
grandes difficultés à une consultation fructueuse et à de méthodiques 
recherches. En effet, en dehors de l'Inventaire sommaire d'une par- 
tie de la série R et de l'État général des fonds qui ne constitue qu'une 
vague indication pour les travailleurs, ceux-ci manquaient totalement 
de répertoires capables de les guider dans leurs recherches en les 
précisant. Cette lacune vient d'être en partie comblée ; un réper- 
toire a été rédigé pour les documents relatifs aux anciennes commu- 
nautés religieuses, dûment classés, et un travail du même genre 
s'effectue pour tout ce qui concerne les titres communaux et fami- 



CHRONIQUE. 259 

liaux. Si l'on songe, d'autre part, que le fonds si important de l'évê- 
ché de Pamiers est dès maintenant complètement inventorié et que 
celui de l'évêché de Mircpoix tire à sa fin, on conviendra que les l'aci- 
lités de travail ne feront plus défaut aux chercheurs de l'avenir, qui 
pourront utiliser plus efficacement un dépôt désormais mieux connu 
et mis davantage à leur portée. 

Comme on l'a fait dans cette même lievue pour les autres départe- 
ments, je voudrais pouvoir dresser ici l'état des travaux entre- 
pris par le Comité ariégeois chargé de la publication et des recherches 
des documents économiques relatifs à la Révolution ; malheureuse- 
ment, ce Comité n'a eu qu'une existence éphémère. Après avoir, 
presque sans succès , tenté de découvrir des cahiers de doléances 
autres que ceux déjà connus , le Comité décida d'entreprendre le 
dépouillement des actes de vente des biens nationaux; une commis- 
sion fut élue à cet effet, qui devait s'acquitter de sa lâche en des 
séances hebdomadaires : des quatre membres , dont ladite commission 
se composait, l'un, tombé malade, n'assista jamais à ses réunions ; le 
deuxième, après avoir quelque temps participé à la besogne commune, 
fut appelé par les devoirs de sa fonction à changer de résidence, et 
quitta le département; le troisième, pour lequel, d'ailleurs, les études 
historiques ne présentaient qu'un attrait modéré, se lassa d'un travail 
que primaient des intérêts plus immédiats. Le survivant, de cette 
équipe continua l'œuvre commencée et mit au jour les ventes des 
biens ecclésiastiques du district de Tarascon et celles des biens d'émi- 
grés pour le district de Mirepoix. La commission ayant déjà dépouillé 
tout ce qui concernait les biens ecclésiastiques de ce dernier district, 
pour avoir une liste des biens vendus sous la Révolution, non pas 
complète, mais du moins telle que les documents échappés à l'in- 
cendie delà préfecture du 29 octobre 1803 permettent de l'étabhr, il 
suffirait maintenant de publier les ventes faites par le district de 
Saint Girons et par le département. Encore que la commission se soit, 
pour ainsi dire, évaporée par la dispersion de ses membres, et que le 
comité ne paraisse avoir depuis longtemps qu'une existence purement 
nominale, il n'est pas téméraire d'espérer que cette publication sera 
un jour menée à bonne fin. Les lecteurs de cette Chronique s'étonne- 
ront peut-être, étant donné le goût, que je signalais tout à l'heure, des 
Ariégeois pour l'histoire de leur pays, qu'un organisme officiel, créé 
en vue d'un but précis de recherche et d'érudition, ait, en somme, 
abouti à un demi-échec; il y a à cela des raisons d'ordre particulier 
et des raisons d'ordre général. On trouvera les premières dans la com- 



260 ANNALES DU MIDI. 

position elle-même de ce comité, où l'on voit figurer trop de person- 
nalités politiques et universitaires, et un nombre insuffisant d'érudits 
locaux ; on verra les secondes dans ce fait qu'en matière de recherches 
historiques le choix du sujet n'est point chose qui s'impose, il dépend 
uniquement des convenances et du goût de chacun : contradiction 
étrange ! Ceux qui ont tenté d'aiguiller les travailleurs des Archives 
vers cette spécialisation de leurs efforts sont précisément les mêmes, 
qui, naguère, ont fait avec chaleur un grief à certains fonctionnaires 
de la prétendue spécialisation des leurs ; serait-ce à dire que la spé- 
ciahsation n'est un bien qu'autant qu'elle porte sur certaines périodes 
de l'histoire? Quoi qu'il en soit et étant admis le but proposé, qui 
était en l'espèce de rechercher et de publier les documents relatifs 
à la vie économique de la Révolution, il y avait, pour atteindre ce 
but, mieux à faire, du moins dans l'Ariège, que de créer une organi- 
sation, dont le caractère officiel n'était pas nécessairement une garan- 
tie de zèle et de compétence; il n'y avait, à notre humble avis, qu'à 
utiliser les bonnes volontés qui avaient déjà fait leurs preuves, et dont 
la Sociétr ariégeoisp drx snei)ce><, li'ffrei^ ci arts constitue l'appréciable 
faisceau. E. Pk lissier. 



Chronique de l'Auvergne. 

Cantal. — Le sol de la Haute-Auvergne reste une terre de prédilec- 
tion pour les préhistoriens, et nous parlerions volontiers, si c'était ici 
le lieu, des travaux de MM. Puech et Terrisse (janvier 1908), et 
Aymar. Les plus heureuses découvertes sont dues à M. Pagès-Allary, 
Ses fouilles à la Roche-Sellée, à Chastel-sur-Murat, lieu que sa position 
fit choisir pour forteresse dès les temps néolithiques, lui ont livré 
quantité de silex taillés (plus de 1 200), toute une série de meules 
qui montrent les perfectionnements successifs du broyage, des objets 
de fer et de bronze, des monnaies, de nombreux fragments de 
poterie. M. Pagès-Allary a particulièrement insisté sur l'importance 
de ces derniers débris pour fixer la chronologie des divers niveaux 
archéologiques. Il nous montre dans un dernier article ce que l'on 
peut retirer de fouilles bien conduites pour l'étude de la céramique 
au moyen âge^ M. H. de la Tour a décrit dans le Bulletin de la société 
'pri'histoiiqw dr France les monnaies recueillies par M. Pagès-Allary. 

Dans un autre ordre d'idées, on a mis à jour, à Chastel-Marlhac, un 

1 Anthropologie, t. XX. 



CHRONIQUE. 261 

sarcophage en pierre , remarquable par ses dimensions ; à Antignac, 
deux coffres centenant des vases cinéraires, et à Mauriac un petit 
cercueil en pierre où l'on a trouvé, à côté d'ossements humains, un 
crâne de cerf. 

On ne peut parler de l'histoire de la Haute-Auvergne au moyen âge, 
et même dans les temps modernes, sans citer le nom de M. Boudet. Sa 
dernière publication en date est certainement la plus importante de 
celles qui seront signalées au cours de cette chronique. La vieille cité 
sanfloraine, dont il connaît si bien le passé, en est naturellement le 
sujet. C'est le Cartulaire du prieuré de Suinl-Flour, recueil de textes 
de plus de 500 p. in-4", luxueusement édité par l'imprimerie de 
Monaco. 11 est précédé d'une magistrale et intéressante introduction, 
Histoire de ce prieuré avant la cr ration de l'évèché. 

M. Boudet a publié en volume son Catalogue des baillis royaux et 
ducaux de la Haute-Auvergne jusqu'en 1560, qu'il a complété à l'aide 
du fonds Hibier - Sartiges , passé récemment de la bibliothèque de 
Clermont aux archives du Puy-de-Dôme, et contenant plus de 
i 140 pièces originales des xni'^ et xv" siècles. 

Vne table générale permet un maniement commode de ce volume, 
où l'on trouve non seulement les noms des baillis , mais aussi de 
leurs officiers, lieutenants, chanceliers, gardes du sceau, procureur 
et substituts. 

M. Oscar de Poli a publié, dans VAmiuaire du conseil héraldique de 
France (1905), deux chartes d'emprunts contractés à Damiette et à 
Saint-Jean-d'Acre par cinq croisés d'Auvergne. M. Stein, dans le Moyen 
âge flOOS, p. 1-13), a étabh l'origine champenoise du célèbre bailli 
des Montagnes, Eustache de Beaumarchais, dont le rôle important 
avait été mis en lumière par M. Boudet. Un hameau de la commune 
d'Othis, Seine-et-Marne, porte encore le nom de Beaumarchais. Mué 
un instant par son attachement pour Saint-Flour en un chimiste très 
expert, M. Boudet nous a donné la formule de la composition du feu 
grégeois, retrouvé par lui dans un registre consulaire de cette ville, 
en 1.380. Une communication de M. L. Caillet, à la Société la Diana 
de Montbrison , ajoute une précision de plus aux faits et gestes des 
routiers qui, pendant la guerre de Cent ans, dévastèrent le pays et dont 
M. Boudet s'est encore fait l'historien. C'est une lettre du bailli du 
Forez aux bourgeois de Lyon leur annonc^ant que 600 hommes de 
troupes anglaises logées à Alleuze en étaient partis pour ravager le 
Forez, le Lyonnais et le Bourbonnais (20 août 1387). A cette occa- 
sion, M. Achalme a lu une note sur le château d'AlIeuze à la fin du 



262 ANNALES DU MIDI. 

Mv*" siècle, dont les éléments sont tires du Château d'Alleuze de 
M. L. Belard, dans Saint-Flour et ses environs. Signalons encore, 
avant de quitter le moyen âge, une notice biographique de Robert 
de Rouvres nommé évoque de Saint-Flour vers la fin du xv'' siècle, 
œuvre de solide érudition due aux patientes recherches de M. l'abbé 
Chaludet. 

Aucun travail d'ensemble sur les derniers siècles de la monarchie 
n'a été publié, si l'on excepte les Notes de géographie éeonondquc sur la 
nautc- Auvergne à la fin de l'ancien régime, publiées par INI. Esquer, 
archiviste départemental, et déjà signalées ici. Espérons que M. Esquer, 
malgré son départ, n'abandonnera pas le projet qu'il avait formé 
d'écrire l'histoire des luttes rehgieuses en Auvergne à la fin du 
xvi" siècle. Par contre, le second volume de l'AH^Vn Raidhac, de 
M. l'abbé Poulhès, relatif à l'organisation civile, nous fait saisir sur le 
vif le mécanisme de la vie publique et privée de l'ancien régime , et 
en même temps les causes profondes qui ont fait la Révolution si 
facile et si rapide. On trouvera d'ailleurs, dans les premiers chapitres, 
une étude intéressante sur la féodalité et les familles nobles de 
Raulhac. M. Poulhès se propose de consacrer un troisième volume à 
l'histoire de cette localité pendant et depuis la Révolution. La Mons- 
setic, de M. Tourrilhes, est la monographie d'un domaine rural depuis 
le début du xiv"^ siècle jusqu'à la fin du xviii". M. Louis Farges a 
présenté, dans VAiinuaire pour 1907 des Gooudots, société amicale 
des enfants des deux cantons d'Aurillac, une monographie de ces 
deux cantons. 

Bredom, sa paroisse, sa seigneurie, son prieuré et ses paroissef^ affiliées 
est en partie une réédition de l'article de M. l'abbé Bouffet paru dans la 
Revue de la Eaute- Auvergne sur le Prieuré de Bredom. Œuvre impor- 
tante, très documentée, elle est l'histoire religieuse d'une partie de 
l'arrondissement du Murât, jusqu'au début du xix^ siècle. Son princi- 
pal défaut est le manque de synthèse. Trois siècles d'histoire locale, Ally 
de 1600 (i tOOO, de M. l'abbé Burin, est une monographie de cette 
paroisse, ou plutôt sa chronique rehgieuse pendant ces trois derniers 
siècles. Agréablement écrit, ce petit livre, sans prétention aucune, se 
lit avec facilité et intérêt. Pénétrant plus intimement dans l'histoire 
reUgieusedupays, M. Rhodes, dans ses Notes siir le pèlerinage de Notre- 
Dame de la Font-Sainte, nous donne, d'après ses papiers de famille et 
les minutes de notaires, quelques renseignements nouveaux sur ce 
pèlerinage, et en particulier sur rinslitiition des « reinages ». 

Deux nouveaux volumes se sont ajoutés à la collection des Preuves 



CHRONIQUE. 263 

de la noblesse d\A.uvergne, de M. le D' de lUbier. Preuves de noblesse 
des pages auvergnats admis dans les écuries du roi ; Preuves de noblesse 
des gentilshommes auvergnats admis dans les écoles militaires. F.a collec- 
tion se complétera des preuves fournies par les demoiselles nobles 
admises à Saint-Cyr et par les chevaliers de Malte, et d'une table géné- 
rale. Cette publication a surtout un intérêt généalogique, mais non 
point exclusivement en raison des nombreux actes : contrats de 
mariages, ventes, testaments, etc., dont elle nous donne l'analyse. Du 
même auteur a paru une Histoire généalogique de la maison de Ribicr. 
— Signalons de M. P. Bugnot une Notice historique et généalogique sur 
la famille Dcstanne de Bcrnis ; de M. F. Chambon , Notes et documents 
sur la famille de Montboissier-Beaufort-Canillac. 

M. le C de Ribier s'est attaché au chapitre d'histoire, généralement 
peu connu, de la médecine d'autrefois. Après avoir réuni en volume 
les notes et documents publiés par lui dans la Franre médicale, sur la 
Médecine dans l'ancienne Auvergne, il a fait dans le même périodique 
deux communications nouvelles sur les Poumirs publics et la prophy- 
laxie des maladie^ contagieuses en Haute- Auvergne au XVir siècle : 
comptes consulaires de Saint- Flour durant la peste de 1629, et sur les 
Vieux Remèdes aiivrrgnats. 

Dans une thèse qui a valu à son auteur les félicitations du jury de 
l'École des chartes, M. R. Plancher a étudié la formation et l'organi- 
sation du département du Cantal (1789-an III). M. E. Rhodes a eu 
l'heureuse fortune de retrouver, dans un des registres de délibérations 
du conseil municipal de Murât, les procès-verbaux des séances , qu'il 
a publiées m extenso , de la Société populaire montagnarde de cette ville 
du 17 germinal au 23 brumaire an II. Il a fait précéder sa publica- 
tion d'un résumé de tous les événements intéressant cette société 
depuis sa fondation jusqu'en germinal an II. M. Louis Meyniel 
prépare un important travail sur .\ndré Coffinhal, vice-président du 
tribunal révolutionnaire de Paris. Par les soins du P. X. Faucher, 
des Frères prêcheurs, l'imprimerie du Vatican a fait paraître une 
troisième édition de la biographie, par M. l'abbé Serres, de Catherine 
Jarrige dite Calinon Menette, qui fut activement mêlée aux événe- 
ments révolutionnaires dans l'arrondissement de Mauriac. M. le 
chanoine Reyt, dans son Livre d'or des Prêtres du diocèse de Saint- 
Fhiur. énumère dans une première 'partie les prêtres qui curent à 
souffrir de la tourmente révolutionnaire. Dans une seconde, il 
nous fait connaître les dix -huit évoques sanflorains du xix" siècle. 

Les premières années du xix" siècle sont déjà considérées comme 



264 ANNALES DU ^[IDI. 

appartenant au domaine de l'histoire, et nos institutions modernes 
sont l'objet de monographies. Signalons donc l'étude de M. H. Clouzot 
sur les Jacquards en Champagne et en Auvergne, les Quelques Notes sur 
le tribunal d'Aurillac, de M. Tourrilhes, Vn Cercle de province à 
travers un siècle (cercle de l'Union à Aurillac), de M. A. Delmas. 

Le premier volume de la série L. des archives départementales , 
qui comprendra le dépouillement du fond du département , sera mis 
sous peu en circulation. Le tome II et dernier de l'inventaire des 
archives d'Aurillac va aussi paraître incessamment. 

Deux petites plaquettes sorties des presses aurillacaises sont venues 
fixer le souvenir de l'érection du monument élevé, à Boisset, au poète 
patoisant Brayat*. M. le D' Vaquier a donné à Paris, à la Société des 
Gooudots, une conférence sur J.-B. Veyre, le poète de Saint-Simon. Une 
plume plus autorisée que la nôtre a déjà signalé ici le beau volume de 
vers : Jous la cluchado, d'Arsène Vermenouze. 

Quelques mois à peine après sa publication , mourait dans sa mai- 
son paternelle de Vielles notre grand poète local, dont la renommée 
avait franchi les limites de la Haute-Auvergne. M. Jean Ajalbert lui a 
consacré quelques pages dans la Nouvelle Revue, et tout récemment, 
sous le patronage du comité qui s'est formé pour lui élever un monu- 
ment, M. le duc de la Salle entretenait pendant une heure ses audi- 
teurs du théâtre d'Aurillac des troubadours d'Auvergne, et surtout de 
Vermenouze, en cette langue meirale que sait si bien manier l'auteur 
du Vœu du routier couronné prix jeux floraux de Cologne, et d'Uno 
Bisito Mistral. E. Delmas. 

Puy-de-Dôme. — La géographie du département a donné lieu 
à quelques publications. M. E. Roux-Parassac a fait paraître, sous 
le titre : Bans la vallée de la Couze (Issoire, Vessely , 1910; xiv-202 
pp. in- 8°), un agréable récit de ses excursions dans ce charmant 
pays; on y trouvera un certain nombre de légendes et de contes 
populaires. M. le D"" Boitelle a consacré sa thèse de doctorat en 
médecine à un travail sur Royat historique (Montpellier, 1900; 
75 pp. in-8°), d'assez mince intérêt. M. Paul Eudel a écrit une 
Bibliographie de Royat (Paris, Le Soudier, 1906; 59 pp. in- 12), qui 
peut rendre des services. M. le lieutenant Maîtrot, dans ses Arabes 



' Inauguration du monument élevé à J.-B. Brayal. Discours du duc 
de La Salle. — J.-B. Broyât. Souvenir de l'inauguration du monument 
Brayat. 



CHRONIQUE. 265 

et Auvergnats (extrait du Recueil des notices et mémoires de la Société 
archéotofjique de Conslantinc, XLIII , 1909), a dressé une liste des 
mots du patois auvergnat qui lui paraissent dérives de l'arabe et voit 
dans ce fait un souvenir des invasions sarrasines du viif siècle. 

La langue auvergnate a été moins étudiée dans le Puy-de-Dôme 
que dans le Cantal; nous avons à signaler une réédition du poème 
de Las Vendcgnas de Laborieux l'aîné, par M. A. Berriat de Saint- 
Prix (Clermont, Imprimerie moderne, 1910, in- 12), et un nouveau 
volume de vers du poète ambertois M. R. Michalias. Ce second vo- 
lume, Er$ dr d'uen paisan ( Ambert , Migeon , 1910, 233 pp.), ren- 
ferme bon nombre de pièces charmantes, d'inspiration toute locale, 
et l'auteur, en se servant du dialecte d'Ambert, écrit une langue 
qu'il possède admirablement. 

L'archéologie nous vaut quelques bonnes études : M. l'abbé 
G. Rochias, Saint- Nectaire et /es Mégalithes (Évreuv, Hérissey et fils, 
1908, 13 pp. in -8°), avec de bonnes photographies des dolmens 
et menhirs de la région (Saint- Nectaire, Saillant, Sapchat et Frey- 
defont); — du même auteur. Les Chapiteaux de l'église de Saint- 
Nectaire, étude iconographique avec un plan et 32 phototypies (Caen, 
Helesques, 1910; 32 pp. in-8°). Quelques déterminations des scènes 
représentées sur les chapiteaux paraissent hasardées. — Anonyme : 
Saint- Alyre au cours des âges. Le « Viens christianorum » , les Béné- 
dictins, les Ursulines, l'Institut de Saint-Alyre ( Clermont- Ferrand, 
1910; 315 pp. in -4", planches). Ce livre contient des détails archéo- 
logiques intéressants sur l'ancienne église de Saint-Alyre, avec plan 
fp. 96), vue en 1800, d'après Gault de Saint-Germain (p. 122). 
La partie relative à l'institution dirigée par les Ursulines, a sa valeur 
pour l'histoire de l'enseignement congréganiste au xix'' siècle. — 
\L Gatian de Clairambault, Le Château de Tournoél. Les seigneurs, 
le château, la seigneurie (Paris, Champion, 1910; in -4" de 308 pp., 
XI. planches) Le château a appartenu successivement aux Bertrand, 
aux Auvergne, au roi, aux Maulmont, aux de La Roche, aux d'Albon, 
aux d'Apchon, aux de Montvallat , aux de Neucaze, aux de Chabrol. 
Très bonne description archéologique (pp. 97-178). Histoire de la 
terre; justice fp. 213); police (p. 229 ); droits féodaux honorifiques 
(p. 237), utiles fp. 235); revenus (p. 282). — iMM. G. IJesdevises 
du Dézert et L. Bréhier, Clermont -Ferrand, Royal, le Puy-de-Dôme 
(Paris, H. Laurens, 1910; in -4° de 148 pp. et 117 gravures ). 

L'histoire d'Auvergne continue à être étudiée et profite des progrès 
scientifiques réalisés depuis trente ans. M. Ronchon, archiviste du 



266 ANNALES DU MIDI. 

Pu\ -dc-Oùmc, vient de publier le tome IV de VInvcntaire des Ar- 
chivrs départementales (Clermont, Montlouis, 1910. in -4"). M- Paul 
Allard a donné à la « Collection des Saints » de la librairie Lecoiïre 
un Saint Sidoine Apollinaire (Paris, 1910; xii-212 pp. in- 12) d'un 
ton peut-être un peu trop hagiographique, mais qui est certainement 
rinstoire la mieux documentée que nous possédions du sénatcur- 
évêque. M. Boudet s'est attaqué à la charte inédite de Coitrnov (Paris, 
Champion, 1009; 203 pp. in -8") et en a écrit une étude conscien- 
cieuse et complète, à laquelle il a ajouté tous les détails historiques 
qui aident à en comprendre la genèse, le caractère et l'importance. 
On y retrouve la science et la lumineuse critique qui distinguent 
M. 1>. entre tous nos érudits d'Auvergne. M. Henri Gazel nous pré- 
sente les Anciens Ouvriers papetiers d'Auvergne (Clermont, Ballet, 19 10 ; 
2S4 pp. in -8°). C'e^t une étude attachante sur une des plus an- 
ciennes industries de l'Auvergne, libre en droit jusqu'en 1671 et ré- 
fractaire au régime corporatif jusqu'à la Révolution. Détails inté- 
ressants sur la vie ouvrière. La journée de travail oscillait entre dix 
et quatorze heures. L'industrie papetière a connu des grèves, 
notamment en 1772; les associations ouvrières, d'esprit assez anar- 
chique et violent, n^' sont pas sans rappeler nos modernes syndicats. 
M. Charles Augée étudie le Droit drs gens mariés en Auvergiw (Cler- 
mont, Dumont, 1908; ix-262 pp.). Pays singulier, où le droit cou- 
tumier et le droit écrit s'enchevôtrent de façon inextricable, l'Au- 
vergne a donné un grand développement au régime dotal et lui 
a juxtaposé des « sociétés taisibles » entre époux, qui furent une des 
origines du régime de la communauté. 

La grande figure de Pascal continue à être très étudiée, et plusieurs 
travaux de valeur lui ont été consacrés. M. Ernest Jovy a publié 
un second volume de son Pascal inédit : Les véritables derniers senti- 
ments de Pascal (Yitry-le- François, 1910; 517 pp. in-8°). Cet 
ouvrage, très documenté, semble prouver que Pascal s'est finalement 
séparé de Port- Royal; d'après le témoignage inédit du P. Reurrier, 
il aurait fait une grande retraite, en dehors de l'influence de Port- 
Royal, deux ans avant sa mort, et aurait fini par penser que « MM. de 
Port-Royal allaient trop avant dans les matières de la grâce » et qu'il 
fallait avoir plus de déférence pour l'opinion du pape. M. Victor 
Giraud, Biaise Pascal, études d'histoire morale (Paris , Hachette, 1010; 
vi-riiifi pp. in-12), se montre un vrai dévot de Pascal; il reprend plu- 
sieurs points de son histoire et les discute avec une critique très 
pénétrante. Citons comme exemple la discussion sur l'accident du 



CHRONIQUE. 267 

pont de Neuilly (pp. :n-ri:^). Il ne veut absolument pas que Pascal 
ait jamais été amoureux (pp. 143-07) et croit évidemment le grandir 
par là; nous préférons <\ cette partie du livre un très intéressant 
chapitre sur .lacqueline Pascal (pp. 213-74). — M. Maurice liarrès, 
L' Angoisse de Paaml (Paris, Dorbon aîné, 1910; in-4° de 06 pp.), 
semble avoir, pour le moins, aussi bien compris le mysticisme 
de Pascal et l'explique en un langage véhément et persuasif. 

Les derniers siècles de l'ancien régime ont donné matière h quelques 
bons travaux. Sous le titre : Gabelews et favx saidnicrs, sur les confins 
du Bourbonnais et de l'Auvergne (Moulins, Crepin-Leblond, 1000; 
145 pp. in-4"), M. Roger Delvaux avait réuni une collection de 
pièces d'archives allant de 1691 à 1713, qui a été publiée par son 
frère après sa mort. M. le D'' de Ribier, La Médecine dans l'ancienne 
Auvergne (Paris, Champion, 1008; 242 pp. in-8'-), nous présente 
des pièces curieuses trouvées par lui dans différents dépôts d'archives 
et publiées dans la France médicale. Citons parmi ces curiosités la 
réclame d'un dentiste à Clermont vers 1760 (p. 18), le registre des 
lettres de maîtrise délivrées par la communauté des maîtres-chirurgiens 
de la ville de Riom fp. 83), le corps médical en Auvergne pendant 
la Révolution (p. 86). M. Jacques Le Griel a étudié le Conseil supé- 
rieur de (Hfrmont-Ferrand, 1771-1774 (Paris, Champion; 280 pp.). 
Il nous trace un bon tableau de l'installation du tribunal érigé par 
Maupeou et de la suppression de la Cour des aides. Il nous donne 
des renseignements sur le personnel et la compétence du Conseil, 
sur ses rivalités avec les autres juridictions; le tribunal subalterne 
qui se montra le plus récalcitrant fut le bailliage de Saint -Pierre- 
le-Moutier; mais il remontait à Philippe-Auguste. M. Louis .lalenques 
a publié un ouvrage très curieux sur les Emprunts forcés sur le revenu 
sous la Révolution , leurs résultats dans l'ensemhle de la France et prin- 
cipalement dans le Puy-de-Dôme et le Cantal (Clermont, Hellet, 1910; 
128 pp. in-8"). La contribution patriotique de 1780 donna dans 
le Puy-de-Dôme 1 livre et demie par tête contre 4 livres en moyenne 
pour la France. L'emprunt forcé de l'an II échoua piteusement. 
L'emprunt de l'an IV n'eut qu'im résultat médiocre dans l'ensemble 
de la France, et particulièrement mauvais dans le Puy-de-Dôme. 
L'emprunt de l'an VIII donna dans le Puy-de-Dôme 75 centimes par 
tète au lieu de 4 francs dans l'ensemble du pays. M. A. de Haye, 
Desaix, étude politique et militaire (Paris, Leroy, 1009; 243 pp.), 
a conçu son livre comme une moralité patriotique; ni notes, ni indi- 
cations bibliographiques. Plus curieuse peut-être serait une plaquette 



268 ANNALES DU MIDI. 

du môme auteur, Un chapitre de l'histoire du géni'ral Desaix (Paris, 
Pichon, 1906; ;{9 pp. in-8"), où il raconte la quatrième campagne 
des Vosges, du 24 décembre 1794 au T' janvier 1796. 

G. Desdevises du Dezert. 



Chronique du Rouergue. 

L'activité des travailleurs aveyronnais s'est manifestée surtout dans 
le domaine de l'histoire et de l'érudition locale, et aussi, comme on 
le constatera par cette chronique, dans les autres branches de la litté- 
rature et des arts. Elle est encouragée par les sympathies d'un miheu 
qui semble s'intéresser plus qu'autrefois aux travaux intellectuels : 
aussi verra-t-on que les productions de l'esprit ne manquent pas de 
variété. 

La Galerie des préfets de l'Avuyron par M. F. de Barrau est terminée 
par la publication des sixième et septième volumes, qui mène jusqu'à 
l'avènement de la troisième République le résumé des faits intéressant 
le département au point de vue politique, administratif, économique 
et agricole. L'auteur laisse à d'autres le soin de continuer ce récit 
pour la période contemporaine. 

Depuis qu'il a fini ce travail, le même auteur n'est pas resté inactif. 
Il a donné une BiO(jraphie de V historien Monteil, dont les principaux 
éléments lui ont été fournis par la correspondance publiée par 
M. M. Constans dans un volume de Documents et dans le tome XVI 
des Mémoires de la Société des Lettres. 

Il se consacre en ce moment à la publication, dans le Journal de 
l'Aveyron, d'une Étude historique sur V époque révolutionnaire en Roueryue 
de 1789 à 1801, d'après les documents laissés par Hipp. et Eugène 
de Barrau. Annoncée au début comme la simple reproduction de ces 
documents , cette étude a dévié de son plan primitif par suite des 
additions et modifications que M. F. de Barrau apporte à l'œuvre de 
ses oncles. Malgré certaines pointes où perce l'esprit départi, elle 
est intéressante parce qu'on y voit défiler les principaux acteurs de 
ce drame complexe, c'est-à-dire les représentants du peuple, les 
membres actifs des sociétés populaires, et se dérouler bien des événe- 
ments tragiques dont le souvenir confus s'était perpétué par des 
traditions vagues ou altérées. 

M. Athané a fait paraître en une petite brochure VHistorique du 
Rouergue, qui n'est que le développement dune conférence faite aux 



CHRONIQUE. 269 

élèves de l'école normale des instituteurs et où sont condensés dans 
l'ordre chronologique les éléments tirés des travaux importants de 
Bosc et de Gaujal. Le même auteur met sous presse une géographie 
historique du département. 

M. P. Henoît a tiré aussi d'une conférence faite devant le même 
auditoire l'idée de donner plus de développement à son exposé et 
d'en faire la matière d'un livre : Mon vieux Rodez. Cet ouvrage, qui est 
actuellement sous presse, prendra sa valeur dans une documentation 
importante pour les xviii'' et xix'" siècles, et particulièrement dans une 
luxueuse illustration , riche en portraits, reproductions d'estampes et 
de plans qui feront passer sous les yeux du lecteur les figures et les 
événements avec les lieux qui leur ont servi de cadre. La représenta- 
tion des monuments disparus ou transformés dans une ville où fut si 
fortement marqué le caractère féodal ou religieux ne manquera pas 
d'offrir un vif intérêt. 

Dans le même ordre d'idées, mais avec des proportions plus 
modestes, M. Toulouse a publié une Petite histoire de la commune de 
Millau, dans un but de vulgarisation scolaire et populaire. 

{.'Esquisse {irn&ialr sur le paxsc et In situation actuelle du département 
de l'Aveyron, par M. Vigarié, est un ouvrage très considérable, encours 
de publication, et dont le titre laisse entrevoir d'abord une œuvre 
d'histoire et ensuite une œuvre économique et sociale. Il sera sans 
doute l'un et l'autre plus tard. Mais jusqu'ici il se contente d'être 
l'étude du sol et du sous-sol, géographie et géologie, hydrographie et 
orographie, questions dans lesquelles l'auteur a une particulière com- 
pétence et s'appuie d'ailleurs sur de nombreux documents officiels et 
administratifs, qui forment en de longs tableaux la solide ossature du 
livre. Travail de longue haleine; mais l'activité et l'âge jeune encore 
de l'auteur donnent l'espérance qu'il sera mené à bonne fin. 

Le Jownal de l'Aveyron commence la publication de documents peu 
connus et relativement courts sur les questions les plus variées de 
l'histoire locale ; ils seront reproduits en langue moderne tout en res- 
pectant scrupuleusement la pensée du texte ancien, afin d'être mis 
à la portée de lecteurs plutôt curieux qu'érudits. Ceux-ci pourront 
d'ailleurs, grâce aux références, se reporter pour leurs travaux per- 
sonnels aux textes eux-mêmes. Plus tard, ces transcriptions seront 
réunies, suivant leurs rapports, en volumes distincts, monastères, 
monuments, hôpitaux, guerres, histoire, fléaux, fêtes, visites royales, 
lettres, religion, etc., et formeront une bibliothèque aveyronnaise de 
documents authentiques. 



270 ANNALES DU MIDI. 

Ce sera une publication parallèle à celle qui se poursuit eu ce 
moment parles soins de la commission des Archives historiques du 
Koucrgue , dont nous avons signalé la constitution dans notre der- 
nière chronique. Cette commission ne reproduit que les textes impor- 
tants, avec l'exactitude qu'exige la critique modenne, en les accompa- 
gnant seulement d'annotations ou exphcations nécessaires à l'intelli- 
gence des textes. Le volume qui inaugure magistralement cette série 
vient de paraître. C'est le Cartulaire de l'ahbaye de SUvani-s, in-8" de 
xcvi-638 pages. II date de l'origine même du monastère, c'est-à-dire du 
xii'' siècle, et comprend 463 actes de donations faites aux moines, en 
langue latine ou romane. Il est précédé d'une importante introduc- 
tion et suivi de la Chronique de Silvanès, écrite en 1161 par un moine 
nommé Hugues. Cet ouvrage, comme tous les cartulaires, apporte une 
contribution notable à l'histoire ecclésiastique du xu' siècle et fournit 
des renseignements curieux sur la géographie ancienne du pays, les 
voies de communication, les noms de personne, l'état social, les 
usages, droits féodaux, en un mot sur la vie même du siècle. On en 
trouvera sans doute une analyse plus détaillée à une autre place des 
Annales du Midi. En attendant, il a fait l'objet d'un remarquable rap- 
port de M. B. Combes de Patris dans le tome XXII des Prorès-ver- 
baux de la Société des Lettres de l'Aveyron. 

Cette série se continuera par les Mémoires d'un calviniste de Millau 
au xvic siècle, qui font revivre les premières luttes religieuses, de 1560 
à 1582, en Rouergue. Publiés par les soins de M. Rigal, ils seront 
suivis bientôt après par les Délibérations des sociétés 'populaires et Clubs 
de la Révolution à Rodez et les actes des représentants du peuple en 
mission. 

En même temps que le Cartulaire de Silvanès paraissaient les deux 
premiers tomes d'une autre œuvre : Coutumes et privilèges du Rouergue. 
Ce sont les chartes constitutives d'une quarantaine de villes et localités 
du Rouergue, recueiUies par M. Verlaguet et publiées de concert avec 
M. Baillaud. Cette publication, qui sera suivie d'un troisième volume, 
mettra à la disposition immédiate des historiens des textes disséminés 
dans les dépôts publics et privés. 

Parallèlement à ces travaux se poursuit, dans les colonnes du Joitr- 
nal de l'Aveyron, celle que MM. Verlaguet et Rigal ont entreprise : 
Notes sur les sources de l'histoire du Rouergue, c'est-à-dire l'inventaire 
de la partie de la collection de Doat qui concerne notre province. Le 
premier des deux volumes est terminé. On sait que la collection Doat, 
composée de 1665 à 1670sur l'ordre de Colbert, comprend 250 volumes 



CHRONIQUE. 271 

in-P, où sont copiés des documents recueillis dans les archives du 
Languedoc, delà (uiyenne et du Béaru ; beaucoup d'originaux sont 
aujourd'hui perdus : aussi l'œuvre du président Doat est d'une valeur 
inappréciable pour l'histoire. 

Le premier i'ascicule du tome XVII des Mémoires de la Société des 
Lettres est consacré aux Procès -verbaux des opérations électorales des 
trois ordres dans les sénéchaussées de Villefranche et de Rodez en 
1789, et à ceux des opérations particulières du tiers État. Il manque 
les procès-verbaux de la noblesse et du clergé, qui sont perdus. Ou a 
reproduit en fac-similé les signatures authentiques des électeurs des 
trois ordres présents à la séance du 17 mars. 

Quand nous aurons enfin signalé une notice de M. B. Combes de 
Patris sur Charrier, le royaliste de la Lozère qui fut arrêté et décapité 
à Rodez en 171»4, un ouvrage de M. le V'*' de Ronald sur F. Chabot, 
l'ex-capucin , membre de la Convention , le Soulèvement des croquants 
du Bas-Rouergue au milieu du xvii'' siècle par U. Cabrol, les Broits 
d'usage sur la forêt domaniale d'Aubrac, thèse de doctorat en droit 
par M. Plagnard, la Biographie de M^' Affre, archevêque de Paris , tué 
sur les barricades en 1848, par M. F. de Barrau, Rolland, le clairon 
de Sidi-Brahim, par M. Goûtai, nous aurons indiqué tous les travaux 
qui ont traita l'histoire des événements ou des personnages marquants 
du Rouergue et qui ont été publiés dans ces deux dernières années. 

Mais il en est d'autres qui n'ont pas une moindre valeur, sinon his- 
torique, du moins littéraire, qui émanent d'écrivains dont le nom est 
plus connu au dehors et qui d'ailleurs ont eu quelque retentissement. 
Notons particuhèrement la Pensée moderne (de Luther à Leibnitz) et 
les Pères de la Révolution (de Bayle à Condorcet), deux gros vol. in-S" 
(Alcan, éditeur), par M. Joseph Fabre, ancien sénateur; les Pages, 
roman de mœurs paysannes, par E. Bouloc; Ascension, par M. Ch. de 
Pomairols; Drnys Puech et son œuvre, par H. Gaudon; deux thèses sur 
Mellin de Saint-Gelais et Octavien de Saint-Gelais, par M. Molinier, et 
enfin les Countes de Vouncte Jonet, par l'abbé Bessou, félibre rouergat 
si connu par le poème d'ual Brès a la Toumbo. Ce dernier ouvrage en 
langue patoise, d'un esprit si pétillant et d'un style si savoureux, nous 
amène à noter aussi la nouvelle édition illustrée des Poésies rouergates 
de Cl. Peyrot, le charmant poète du xvin' siècle. Cette édition, pré- 
cédée d'une introduction critique et Hltéraire par M. Léopold Constans 
et d'une notice biographique très complète par M. Artières, a paru à 
l'occasion du bi-ccntenaire de Peyrot et de l'exécution à Millau , en 
son honneur, d'un monument dû au ciseau du sculpteur millavois 



272 ANNALES DU MIDI. 

M. Malet; l'inauguration de ce monument donna lieu en 1909 à de 
brillantes fêtes, qui furent pre'sidées par M. Rarthou, ministre de la 
justice. 

Quelques mois après, la ville de Hodez inaugurait avec le même 
éclat un musée dont l'initiative est due à M. Denys Puecli, membre 
de l'Institut, pour recevoir et abriter les œuvres de nos sculpteurs et 
peintres rouergats, parmi lesquels quelques-uns ont acquis une renom- 
mée aussi méritée que durable, consacrée d'ailleurs par les plus 
hautes récompenses aux derniers Salons et à l'Institut. 

Le prix Cabrol, destiné à récompenser les écrivains ou artistes 
d'origine aveyronnaise, a été attribué par la Société des Lettres en 
1908 à M. l'abbé Coste, auteur d'un magistral ouvrage sur la Flore 
de la France (Klincsieck, 3 vol. in-8") , en 1909 à M. Eugène Viala, 
poète et paysagiste de grand talent, et en 1910 à M. Malet, statuaire, 
auteur du monument élevé à Claude Peyrot. 

Après les livres et les auteurs, plaçons à la fin de cette chronique 
les découvertes archéologiques. Il n'y en a point eu durant ces deux 
années qui aient fait autant de bruit dans le monde savant que les 
statues-menhirs trouvées précédemment aux environs de Saint- 
Sernin par M. Hermet. Pourtant le même M. Hermet a découvert dans 
la même région d'autres statues-menhirs, offrant une grande ressem- 
blance avec les premières. Elles ont le désavantage de n'apporter 
aucune nouvelle contribution à la connaissance de la période préhisto- 
rique. Notre sol continuellement fouillé a mis au jour des poteries 
samiennes, des monnaies, des ossements, rien en somme de nou- 
veau et de rare, sauf une grosse dent fossile de mammouth (15 centi- 
mètres sur 33) dans un terrain calcaire, près de Nuces, en une région 
où l'on ne s'attendait pas à trouver trace du passage de Velephas pri- 
migenms ; enfin à Rodez, ensevelis à 3 mètres de profondeur, les 
débris d'une statue équestre colossale de l'époque gallo-romaine, un 
pied de cheval en bronze recouvert d'une couche d'or, et à côté une 
main en bronze plus grossier dont il restait trois doigts à demi repliés 
pour tenir un objet : un peu plus loin , un pied humain en bronze 
parfaitement modelé , qui n'appartenait pas au même groupe. 
Y aurait-il eu à Rodez, à l'époque gallo-romaine, un atelier de 
fondeurs en bronze? La discussion est ouverte entre les archéo- 
logues. 

M. CONSTANS. 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT 



BouLAUD (J.). Les aniioiries de Jean Vblaud, comte duBognon,... avec 
notice biographique (1649-1710). Limoges, Ducourtieux et Goût, 1910, 
in-8" de 71 pages. (E\tr. du Bail. Soc. arch. du Limousin, LX.) — Les 
armoiries de ce lieuteiianl particulier au siège présidial de Limoges 
et lieutenant général d'épée du Limousin, n'intéresseront plus qu'un 
petit nombre de gens. Mais la notice biographique des p. 33-61 trou- 
vera plus d'un lecteur. Les éléments en sont généralement empruntés 
aux bonnes sources, et les recherches ont été poussées aussi loin que 
le permet l'état actuel de la documentation locale. Je doute fort qu'en 
1699 on connût en Limousin, encore dépourvu de routes commodes, 
la forme de voiture que nous appelons « calèche » (p. 19, note 1). Il 
eût fallu dire « carrosse ». P. 59, ligne 24, au lieu de Prima il faut 
lire Primas. 

A. Leroux. 

Delage (Franck). Marc-Antoine de Muret, poète français. Limoges, 
Ducourtieux et Goût, 1910, in-S" de 30 pages. (Extr. duBull. Soc. arch. 
du Limousin, LX.) — M. -A. de Muret, qui professa durant plusieurs 
années à Bordeaux et à Toulouse, était connu comme l'un des plus 
grands humanistes du xvi" siècle. M. Delage, professeur de première 
au lycée de Limoges, vient de nous le révéler comme poète français 
en réunissant pour la première fois six pièces françaises, odes ou son- 
nets, au total 234 vers échappés à la verve pédante de ce Limousin. 
Cette publication est accompagnée d'un savant commentaire litté- 
raire et métrique, dont les termes pondérés méritent grande con- 
sidération. A rapprocher d'une autre publication du même auteur sur 
Muret humaniste [ibid., LVj. Toutes deux complètent utilement la thèse 
de M. Ch. Dejob, déjà vieille de trente ans, sur notre personnage. 

M. F. D. aurait pu rappeler qu'un certain P. More), contrôleur 
général des finances à Montauban, traduisit en vers français les poé- 
sies latines de Muret. (Paris, Ch. Journel, 1682, pet, in-12.) 

A. Leroux. 
ANNALES DU MIDI. — XXIII. 18 



274 ANNALES DU MIDI. 

Demaktiai. (André). Le Limoges d'autrefois : vieux journaux , vieilles 
annonces, 1773- 1810. Limoges, Courrier du centre, 1910, in -8" de 
184 pages. — M. Demartial a eu l'heureuse idée de tirer des plus anciens 
journaux de Limoges tout ce qui conserve un intérêt historique : 
événements locaux, faits divers, concours et annonces de tout genre, 
polémiques, etc. C'est une source désormais facilement accessible 
pour la connaissance des idées, des préoccupations, des sentiments, 
des mœurs d'une génération qui n'est pas sans avoir « fait de grandes 
choses ». Il est seulement regrettable que l'éditeur n'ait pas introduit 
quelques annotations ni dressé un double index alphabétique du con- 
tenu si varié qu'il met à notre disposition. 

A. Leroux. 

Dumas (Aug.) et Verdie (H). Le département de la Dordogne et la 
délimitation de la région des vins de Bordeaux. Étude historique sur les 
vins de Bergerac et du pays de Nouvelle-Conquête. Montpont-sur-l'Isle, 
impr. Clément, 1910 ; in-S" de 102 pages. — La manie de réglementer 
est, en France, un phénomène historique; l'État moderne a de qui 
tenir. L'esprit du passé revit en nous ; il sévit contre la liberté du 
commerce et aussi contre plusieurs autres. De même qu'à propos du 
mouvement syndical on pourrait évoquer, mutatis mutandis, le moyen 
âge et l'ancien régime, la délimitation aujourd'hui tentée des régions 
viticoles rappelle si étroitement des prohibitions abolies, que les 
intéressés, afin d'être « délimités » à leur avantage, ont recours aux 
arguments tirés de l'histoire. C'est d'ailleurs, bien entendu, en sens 
divers et opposés. Les érudits bordelais chercheraient volontiers à 
démontrer que les vins de Bergerac et du pays de Nouvelle-Conquête 
(environs de Sainte-Foy-la-Grande, sur la Dordogne) n'ont jamais eu 
aucun droit au titre de vins de Bordeaux. Ceux de la Dordogne 
réclament, pièces en main, contre des prétentions si nuisibles aux 
viticulteurs de la région. Par le fait, où finissent les vins de Bordeaux ? 
Difficulté inextricable ! Toute solution du problème sera nécessaire- 
ment arbitraire, partant injuste, et de plus, semble -t -il, contraire à 
l'intérêt général. 

Notons cependant une différence importante entre le projet actuel 
et l'ancien état de choses, qui remonte à la domination anglaise. 
Tandis que nos législateurs prétendent protéger les vignerons borde- 
lais contre la fraude, — ou ce que l'on veut appeler de ce gros mot, 
— les rois anglais avaient visé un but moins illusoire. Ils tâchaient 
d'affermir la fidélité de leurs sujets de Guyenne en leur concédant des 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 275 

privilèges, de manière à leur permettre de vendre les produits de 
leurs vignobles plus sûrement, plus vite et plus cher que leurs voi- 
sins : défense aux gens du Haut-Pays , situé en amont de Saint- 
Macaire, sur la Garonne, d'envoyer leurs vins à Bordeaux avant la 
Saint-Martin (Languedoc) ou la Noël (Haute-Guyenne, Agenais, 
Quercy) ; car c'étaient , y compris le Bazadais et la Réole , des pays 
rebelles. 11 leur était aussi enjoint de se servir pour ce commerce de 
futailles inférieures en capacité et en résistance à celles du Bordelais, 
donc moins avantageuses, moins propres à supporter les voyages de 
long cours. En arrivant à Bordeaux, au\ Cliartrons, elles étaient 
astreintes à la marque et devaient acquitter des droits assez élevés. 

Après la conquête de la Guyenne par les rois de France , le privi- 
lège d'une part et la servitude de l'autre furent maintenus, grâce sur- 
tout il l'autorité du Parlement de Bordeaux, dont les membres possé- 
daient pour la plupart des vignes en Bordelais. Mais quel fut le sort 
réservé aux vignerons de Sainte-Foy et de Bergerac, c'est-à-dire de 
60 et de 48 paroisses , actuellement réparties entre trois départe- 
ments? Celles-ci, dont les vins s'exportaient par la Dordogne, par 
Libourne, mais aussi par les faubourgs de Bordeaux, n'avaient jamais 
été rebelles aux rois anglais, jamais traitées comme telles. C'est seu- 
lement après l'établissement de la domination française que les Bor- 
delais et leur Parlement s'efforcèrent de les exclure de toute partici- 
pation aux privilèges de la sénéchaussée de Guyenne. 

Hs n'ont réussi qu'imparfaitement. Malgré beaucoup de tracasse- 
ries, les vins contestés ont continué de descendre la Dordogne libre- 
ment et en tout temps. Depuis le premier quart du xvu* siècle, tous 
furent assujettis, à Bordeaux, seulement à la demi-marque. Enfin les 
gens de Sainte-Foy et de Bergerac purent rapprocher plus ou moins 
leurs fûts, pour la qualité du bois, des cercles, et pour la capacité, 
des barriques bordelaises : des uns aux autres, la différence était 
nulle ou faible. 

Toutefois cette différence, faible en ce qui concerne le district de 
Bergerac, va s'aggravant à son détriment durant la seconde partie du 
xvm' siècle. La jauge de sa barrique reste immuable : tOO pots ; mais 
celle de la bordelaise passe de 106 à 112. La petite jauge augmentait 
les frais généraux, puisqu'une moindre quantité de vin acquittait les 
mêmes droits, — ou plus lourds, — supportait les mêmes frais de 
transport qu'une autre, plus grande. C'est ainsi que le commerce des 
vins de Bergerac, florissant jusqu'en 1750, notamment avec la Hol- 
lande, finit par péricliter au profit du commerce de Bordeaux. Au 



276 ANNALES DU MIDI. 

contraire, le pays de Nouvelle -Conquête, ayant réussi à garder le 
libre usage de la barrique bordelaise, évite complètement cette 
déchéance. 

L'édit d'avril 1770, dû à Turgot, vient établir la liberté du com- 
merce des vins, mais pour quelques mois seulement, à cause de la 
prompte chute du ministre réformateur. 

Il ne fallut rien moins que la Révolution française pour briser 
toutes les résistances et faire triompher la liberté. Son œuvre de jus- 
tice, sur ce point et sur d'autres, est maintenant battue en brèche. 
Sous des noms et des prétextes divers , les privilèges tendent à se 
reconstituer. Ceux dont jouissaient les Bordelais leur assuraient, dit 
justement l'édit de 1770, « l'avantage de vendre leurs vins plus cher 
au préjudice des propriétaires de tous les autres vignobles des pro- 
vinces méridionales. » Tel est bien encore le but que se proposent 
leurs descendants. 

A la fin de leur intéressant travail, MM. Dumas et Verdie ont 
publié une longue pièce justificative : c'est un mémoire rédigé pour 
le pays de Nouvelle-Conquête, en 1775. 

Paul DOGNON. 



Jouve (M.). Notes sur la réunion temporaire d'Avignon à la France en 
1088. Nîmes, impr. générale, 1910; in- 8° de 21 pages. (Extrait de la 
Revue du Midi.) — Les Avignonais n'ont jamais eu grand enthou- 
siasme pour la domination pontificale. De cette vérité le présent 
opuscule fournit une preuve de plus. M. Jouve y cite des lettres de 
M"'' de Sévigné et analyse le mémorial inédit d'un consul d'Avignon, 
écrit en 1088 et 1089, durant la seconde occupation française du 
Comtat. On sait qu'il y en eut trois sous l'ancien régime : quand il 
se brouillait avec le pape, le roi, sans plus de façons, mettait la main 
sur cette partie du domaine pontifical. Les troupes de Louis XIV y 
furent reçues à merveille, ainsi que ses fonctionnaires, dont le comte 
de Grignan, nommé gouverneur. Le consul, Dominique des Laurens 
des Brantes, expose en détail les circonstances du bon accueil que lui 
firent ce grand personnage et M"'' de Grignan ; par contre, il relate en 
deux lignes la mort du pape Innocent XL — Mort prématurée au gré 
du gouverneur, qui se plaisait fort dans « ce charmant Comtat », d'un 
climat si doux, d'un revenu si honnête. Mais le nouveau pape, 
Alexandre VIII, élu en octobre 1089, était un ami de la France... et, 
dit-on, de quelques Françaises. Le Comtat lui est aussitôt restitué. 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 277 

Notre consul va porter au légat pontifical le serment de fidélité que, 
sans la moindre gêne et peut-être plus volontiers, il avait prêté au roi 
Tannée précédente. 

Paul DOGNON. 

Leroux (A.) et Rivain (C). Inventaire sommaire des Archives dépar- 
tementales de la Haute-Vienne. Archives ecclésiastiques, série G, tomel, 
Évêché de Limoges et Chambre ecclésiastique. Limoges, Ducourtieux 
et Goût, 1908 ; in-i» de xxix-316 pages. — Le fonds de l'Évêché de 
Limoges ne nous est pas parvenu intact, loin de là. 11 a subi maintes 
déprédations à diverses époques, notamment aux xvu^ et xviuc siècles, 
de la part des sieurs Vaynet et Palais, agents d'affaires de Tévêque. Ce 
qui en demeure ne saurait suffire pour retracer, dans son entier, 
l'histoire du diocèse. Ce n'en est pas moins une abondante mine de 
renseignements que plusieurs érudits ont déjà exploitée, mais qu'ils 
sont loin d'avoir épuisée. Deux cartulaires, plusieurs registres d'hom- 
mages , de nombreux terriers et quelques répertoires , sans compter 
de trop rares dossiers de pièces isolées , nous font connaître le sei- 
gneur féodal qu'a été l'évêque de Limoges au moyen âge. De même, 
des comptes de recettes et dépenses, des papiers d'affaires, etc., nous 
renseignent sur le prélat qu'il fut à une époque plus moderne. Une 
double série de registres de collations de bénéfices et de registres 
d'insinuations, l'une et l'autre presque complète, fournit les noms, 
dates et faits nécessaires pour esquisser à grands traits l'histoire du 
clergé paroissial et conventuel. Nombre de liasses renferment de 
curieux détails sur l'administration du diocèse et la vie ecclésiastique, 
principalement au xviu^ siècle. Enfin le fonds de la Chambre ecclé- 
siastique, moins éprouvé que celui de l'Évêché, contient d'excellents 
matériaux pour servir à l'histoire financière du clergé limousin. 
^. Leroux a fait précéder cet inventaire (dont il a rédigé la majeure 
partie, 774 articles sur 938) d'une compacte introduction dans 
laquelle a été mis en relief tout l'intérêt qu'il présente. 

A, Petit. 

Mathieu (G.). Essai sur les sources de l'histoire de la Corrèze pendant 
laRévolution. Paris, Champion, 1910; in-8"de 35 pages. — Travail très 
méritoire, divisé en dix parties, sur le même plan, légèrement écourté, 
que celui de M. A. Leroux pour la Haute- Vienne ; bourré de noms 
propres, de dates et de cotes qui renvoient aux différents dépôts 
d'archives départementales, communales, hospitalières, domestiques. 



278 ANNALES DU MIDI. 

nationales. Dépouillement méthodique de tous les recueils de docu- 
ments publiés ; énumération à peu près complète des écrits et travaux 
de seconde main. Quoiqu'il soit dépourvu d'une table synoptique des 
matières, ce guide est indispensable et rendra les plus grands services 
à quiconque prétend s'initier directement à l'histoire de la Corrèze 
pendant la Révolution, 

X. 

Maurat-Ballange (Albert). Une commune de la Haute-Vienne pendant 
la période révolutionnaire, 1790-95. Limoges, Ducourtieux et Goût, 
1910 ; in-8" de 61 pages. (Extrait du Bull. Soc. arch. du Limousin, lx.) 
— Étude approfondie et bien conduite de la vie publique dans la petite 
commune de Vaulry près Limoges pendant une période particulière- 
ment tragique. Les renseignement sont extraits, sans développements 
inutiles, des délibérations du conseil municipal et des débats de la 
Société populaire. Il est instructif de suivre avec l'auteur la répercus- 
sion, dans cette minuscule commune, de quelques événements du 
temps, la rapide désorganisation de l'ancien régime, la lente et pénible 
organisation du nouveau, les conflits locaux aussi âpres que dans les 
grands centres. L'existence de la Société populaire de Vaulry n'avait 
pas encore été signalée. M. Maurat-Ballange a rendu service en 
publiant intégralement le registre où étaient consignés ses débats 
(27 oct. 1793, 10 frim. an III). 

A. Leroux. 

MiRET Y Sans (J.). Notes biographiques d'En Père Salvatije y Fr. 
Bomeu Sa Bruguera ab Mostres de la Bihlia catalana rimada de la 
XIII'^ centuria {Estret del Volum de treballs del Congrès d'historia de la 
Corona d'Aragô, p. 1 47 - 7 1 ). Barcelona, 1909. — Il nous reste de Peire 
Salvatge une seule pièce qui nous a été conservée par trois manus- 
crits. M. Miret publie dix-huit lettres royales, adressées soit directe- 
ment à ce troubadour, soit à d'autres personnages officiels, mais se 
rapportant toutes à Peire Salvatge. Elles s'échelonnent de 1283 à 1287. 
Le troubadour prit part à la guerre de 1283 contre les Français et le 
roi Pierre II, dont il était le poète attitré, fit donner un salaire jour- 
nalier de quatre sous à sa femme et à ses enfants pendant la durée de 
la guerre. Un document curieux nous le montre chargé de distribuer 
l'argent aux jongleurs qui vinrent assister aux fêtes du couronnement 
d'Alphonse II de Catalogne, III d'Aragon. 11 semble qu'il ait terminé 
sa vie dans un poste d'ordre administratif. Il aurait été nommé à la 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 270 

direction d'une sorte de bureau de douanes, destiné à surveiller 
l'exportation de certaines marchandises. 

La seconde partie du mémoire de M. Miret se rapporte à Romeu 
Bruguera, poète catalan contemporain de Ramon Lull et auteur d'une 
traduction en prose des psaumes. M. Miret publie un document de 
1311 qui le concerne et, après une description du manuscrit de la 
Bible catalane que possède la bibliothèque Colombine, il donne le 
texte du livre de ïobie et quelques extraits du Psautier catalan. 

J. Anglade. 



Miret y Sans (Joaquim). Viatges del Infant En Père, fill d'En Jacme 
I, en els anys 1268 y 1269. Barcelona, Tip. L'Avenç, 1908; in-8" de 
28 pages. — Le titre de cet opuscule ne laisse pas deviner l'intérêt et 
l'importance de cette brève étude. L'auteur, qui est un chercheur 
infatigable et un excellent historien des choses de Catalogne , a 
dépouillé certains registres des archives de la couronne d'Aragon, qui 
lui ont permis de noter les dépenses journalières d'un infant en 
voyage, au xni^ siècle. On sait ce qu'il fallait tous les jours à la table 
royale, les vêtements, chaussures, etc., qu'usaient l'infant et sa 
famille (son fils, un ninh de quatre ans, usait une paire de sahatas en 
huit ou dix jours!), les faucons, éperviers , etc., qui faisaient partie 
de son équipage de choix. Un papagay mangeait de la graine de 
safran en hiver, des amandes au printemps. Ces documents, dont 
nous n'avons ici qu'un extrait, sont du plus haut intérêt pour l'his- 
toire de la « culture » et de tout ce qui de près ou de loin s'y rat- 
tache. Ils ont permis aussi de confirmer en plus d'un point la chro- 
nique de Jacme le Conquérant, dont l'authenticité est si contestée. 
Enfin, ils nous font connaître quelques détails de la vie que les trou- 
badours, — provençaux ou catalans, — menaient auprès des grands. 
Serveri de Cirone était avec l'infant à Tolède. On retrouve dans son 
Testament burlesque (1274) les noms de ses compagnons de voyage. 
Chemin faisant, M. Miret nous fait connaître le nom de quelques 
jongleurs ou troubadours qui furent en relations avec les rois ou 
infants d'Aragon de cette époque : d'après un document qu'il possède, 
l'infant fit donner en 1267, à Barcelone, cinquante sous à un jon- 
gleur appelé G. Blanc et trente sous à l'énigmatique Trobaire de Vil- 
larnaut^, que M. Miret croit inconnu des provençaUstes, mais dont il 



' M. Miret va publier incessamment quelques pièces qui probablement 
se rapportent à la famille du Trobaire de Villarnaut. 



280 ANNALES DU MIDI. 

nous reste une chanson à rimes étranges. Enfin, en 1267, se trou- 
vait également à Barcelone un jongleur nommé Paulct, qui n'est sans 
doute autre que Paulet de Marseille (Cf. notre étude sur Guiraut 
Riquier, passim). On voit quel est l'intérêt d'une étude de ce genre : 
nous souhaitons que M. Miret continue à nous donner en abondance 

de semblables documents. 

J. Anglade. 



Petit (Aug.). François de Rincon, abbé de Bénévent, 1540-52, et ses 
tentatives de réforme. Limoges, Ducourtieux et Goût, 1910; in-8" de 
25 pages. (Extr. du Bull. Soc. arch. du Limousin, LX.) — Étude instruc- 
tive qui montre une fois de plus que, s'il y eut en effet au xvi'^ siècle 
une réforme catholique, elle n'atteignit jamais son but. Rincon parut 
suspect d'hérésie , et cette suspicion suffit pour frapper d'inanité ses 
bonnes intentions. La réforme de l'abbaye de Bénévent (auj. Creuse) 
n'eut lieu qu'en 1609 sous l'action des décrets du concile de Trente 
plutôt que par consentement bénévole des intéressés, comme semble 
l'indiquer M. Petit (p. 25). L'auteur nous raconte cette histoire avec 
l'effort constant de se placer dans l'esprit de ses personnages , sous 
un style qui emprunte beaucoup de saveur aux extraits de documents 
originaux dont il est parsemé. Les lexicographes relèveront dans ces 
extraits quelques mots intéressants : exempt dans le sens de absent 
(p. 10), abstraindre pour astreindre (p. 13 et 14), habitués pour 
habillés (p. 14), solicilieux pour soucieux (p. 15), apôtres pour envoyés 
de justice (p. 18 et 23), assi-devant pour ci-devatit. 

A. Leroux. 



PoupÉ (E.). Lettres de Barras et de Fréron en missio)i dans le Midi. 
Draguignan,Latil, 1910; in-S» de ix-222 pages. — La plupart des origi- 
naux de cette correspondance appartiennent à M. le marquis de Cla- 
piers, qui a bien voulu en autoriser la publication. Elle fut adressée 
par les deux célèbres représentants du peuple en mission dans le Midi, 
de mars 1793 à février 1794, à leur ami Moyse Bayle, député des 
Bouches-du-Rhône à la Convention. Ce dernier, s'étant fâché avec 
Fréron, avait publié, pendant la réaction thermidorienne, des extraits 
des lettres de son ancien ami, qui le mirent en assez mauvaise pos- 
ture devant l'opinion. L'éditeur des lettres de Fréron et de Barras, 
M. Edmond Poupé, les a fait précéder d'un avant -propos et d'une 
introduction sur la mission de Barras et de Fréron accompagnés, 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 281 

comme leur te\te lui-même, de nombreuses notes et suivis d'éclair- 
cissements en appendice et d'une table onomastique. Ce recueil est 
d'un réel intérêt et peut aider à l'étude de plusieurs questions fort 
importantes. 11 servira d'abord aux biographes de Fréron et de Barras 
pour préciser un peu les physionomies encore indécises et fuyantes 
de ces conventionnels de marque. Peut-être permettra-t-il de rendre 
justice à leur habileté énergique, sinon à leur humanité. Il révèle 
une curieuse querelle, dont les vraies causes restent à élucider, entre 
eux et leurs collègues Ricord, Salicetti et Robespierre jeune : on se 
demande si les rapports de ce dernier auprès de son frère , alors tout- 
puissant , ne seraient pas l'une des causes de la rupture entre le dicta- 
teur et Barras et Fréron, rupture qui devait avoir pour conséquence la 
journée du 9 thermidor. — On y voit aussi ces deux dantonistes perdre, 
dans leur province éloignée, le contact avec Paris et la claire intelligence 
de la politique intérieure, si rapidement changeante, que suivait à 
Paris la Convention. ■ — Mais ce recueil est surtout instructif pour la 
connaissance du mouvement fédéraliste dans le Sud-Est. 11 y eut, 
dans cette contrée, pendant et après le conflit entre la Gironde et la 
Montagne, un obscurcissement du sens national et une recrudescence 
dangereuse du particularisme local qui, sous la double influence de 
l'aristocratie aixoise et des armateurs de Marseille, souleva presque 
toute la population contre la domination montagnarde pour s'ache- 
ver, en une progression terrible et rapide, par l'abominable trahison 
de Toulon , livré avec sa flotte aux royalistes et aux Anglo-Espagnols, 
— forfait aussi exécrable que l'atroce répression dont il fut puni par 
Barras et Fréron : 12 000 Toulonnais contraints à s'exiler, 800 pri- 
sonniers fusillés en quatre jours, toute l'infanterie de marine, adju- 
dants, sergents et soldats, passée par les armes. — Sur le siège même 
de Toulon, on glanera des détails intéressants. La reprise de cette 
ville doit être attribuée surtout, si l'on en croit Fréron, à son beau- 
frère le général La Poype, plutôt qu'à Dugommier. Bonaparte est à 
peine nommé. — Au total, très intéressante contribution à l'histoire 
générale et locale de la Révolution française. 

A. Meymer. 

PoLX (A.). L Plan d'études et programmes à l'école centrale de l'Aude. 
Carcassonne, impr. Polère, s. m. ; in-8" de 24 pages. — IL LajwUdque 
au collège (1805-1852). S. 1. n. m. ; in-S" de 18 pages. — III. Viipréfet 
•pédagogue dans l'Aude (1805-1807). Carcassonne, impr. Gabelle, 
s. m. ; in-8" de 20 pages. — Discours de distribution de prix consacrés, 



282 ANNALES DU MIDI. 

comme celui dont nous avons déjà rendu compte iCf. Annales, 
t. XXII, p. 134), H l'historique du lycée de (^arcassonne. Espérons que 
de ces essais, de forme bien française, souvent spirituels, sortira une 
histoire méthodique et complète de l'établissement en question. Inu- 
tile d'insister sur le plan d'études, très ample et ambitieux, de l'École 
centrale, — à la fin duquel M. Poux a pubUé une liste des élèves en 
l'an VIII, avec indication des cours oiiils étaient inscrits, — ou sur les 
vues politiqqes très diverses qu'exprimèrent et sans doute firent 
applaudir l'un après l'autre, entre 1803 et 1852, les orateurs officiels 
des distributions de prix. — Les idées pédagogiques du baron Trouvé, 
préfet du premier Empire, quelque raisonnables qu'elles soient en 
bien des parties, sont entrées dans le domaine du passé et de l'his- 
toire. Cet administrateur était un partisan convaincu, actif, du latin, 
du grec et du concours général : toutes études ou méthodes qui chez 
nous sont mortes ou ne valent guère mieux. 

Paul DOGNON. 



RiCAUD (L.). Un régime qui commence. Études sur les dix années de la 
Révolution dans les Hantes-Pyrénées. Tarbes, Croharé, 1911 ; gr. in-8" 
de 220 pages. — Cette brochure est la suite d'une précédente étude du 
même auteur : Un régime qui finit. Mais , plutôt que des Études sur 
dix années de la Révolution , c'est un résumé méthodique et complet 
des nombreuses et diverses opérations électorales effectuées dans le 
département des Hautes -Pyrénées depuis la réorganisation des muni- 
cipaUtés prescrite parle décret de la Constituante du 14 décembre 1789 
et par les lettres patentes du 6 juillet 1790 jusqu'à la mise en vigueur 
de la Constitution de l'an VIII, au delà de laquelle M. le chanoine Ricaud 
a jugé, fort à propos, devoir atteindre l'application du Concordat dans 
le même département. Il a fait ainsi œuvre surtout de vulgarisation 
et d'histoire locale. Les Haut- Pyrénéens pourront voir, dans ce petit 
livre, comment s'est constitué leur département, et suivre de très près 
l'adaptation à leur coin de France des Constitutions diverses et des 
règlements administratifs génér<aux établis par les assemblées révolu- 
tionnaires successives pour l'ensemble du pays : ce leur sera même un 
moyen facile et intéressant de connaître ces nombreuses lois et règle- 
ments généralement ignorés du public. Ils y retrouveront aussi avec 
plaisir des noms encore portés pour la plupart dans la contrée. Voilà 
pourquoi, — et c'est la seule lacune de ce livre, — M. L. Ricaud 
aurait peut-être bien fait d'ajouter à ses Études, suivant l'usage très 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 283 

répandu et très commode d'aujourd'hui, une table des noms propres, 
et peut-être aussi quelques détails biographiques sur les plus impor- 
tants des personnages politiques qu'il a cités. 

A. Meynier. 



Samaran (Ch.). Les indiscrétiotia de Garganello ou la vie galante en 
Avignon au XVr sii'de. Paris, Champion, 1909; in-8° de 24 pages. 
(Extr. du Mercure de France.) — Garganello, gentilhomme de Bologne, 
c'est le correspondant que le cardinal Alexandre Farnèse, légat du 
Saint-Siège à Avignon, où il ne réside presque jamais, a chargé de le 
tenir au courant de tous les incidents de la vie galante, particulière- 
ment florissante en cette ville au xv!*" siècle aussi bien, disent « quelques 
mauvaises langues », qu'au xx*". (larganello s'acquitte de sa mission à 
merveille; il est jeune, il aime à se promener « en donnant le bras 
aux dames », à manger, « à bouche-que- veux-tu, des pommes et des 
nèfles, » à se laisser « glisser en bateau sur le Rhône le matin pour 
jouir de la fraîcheur, bercé par le doux chant des rossignols ». En 
compagnie de M"" de Mondragon, il consomme « becfigues et per- 
dreaux, arrosés de petit muscat, pigeons, poulets et levreaux, vins 
délicieux très frais de leur nature... Jouissons de la vie et des plai- 
sirs, au diable les soucis et laissons faire la nature ». Bref, c'est un 
bon vivant, qui ne peut se passer de la société des dames, et l'on 
comprend dès lors qu'il soit bien renseigné, et qu'il renseigne son 
maître à souhait. Il est au courant de toutes les grossesses; les visites 
des grands, des princes de passage, leurs faits et gestes, les fêtes 
données en leur honneur, les détails de la chronique scandaleuse, il 
raconte tout avec une verve qui ne ménage personne. C'est un tableau 
fort pittoresque de la physionomie d'Avignon au xvi*' siècle que 
trace M. Samaran en reproduisant des extraits de cette correspondance 
qu'il a trouvée dans les papiers des Farnèse. 

Fr. Galabkrt. 



Saltei, (J.). Le théâtre romdin de Vaisoii. Avignon, Seguin, 1900; 
in-S" de o3 pages, 5 planches. (Extrait des Mémoires de l'Acadnnic de 
Vaucluse, 1909.) — Vaison est l'une des villes de France où l'on a 
recueilli la plus grande quantité de restes gallo-romains. Du théâtre 
antique il ne subsiste plus que quelques ruines. Mais, par uue des- 
cription très exacte des ruines apparentes et grâce à des sondages et 
aux fouilles qu'il a pcrsonnellenieiit pratiquées, M. Sautel est parvenu 



284 ANNALES DU MIDI. 

à en donner une intéressante monographie. Il a successivement étu- 
dié les dispositions extérieures et intérieures, la scène et le « pro- 
scaenium », la « cavea ». Ses observations lui permettent d'attribuer 
le monument au i""' siècle de notre ère. Ce théâtre serait donc con- 
temporain de celui d'Orange. La monographie se termine par un 
catalogue des objets ayant appartenu à l'édifice. On sait qu'une belle 
réplique du Diadumène de Polyclète a été trouvée en 1 865 dans le fossé 
qui sépare le mur de scène de la « cavea » ; elle est reproduite pi. V. 

H. Graillot. 



PUBLICATIONS NOUVELLES 



Bérett.v (A.). Monographie de la Drôme. Solution de problèmes histo- 
riques. L'île et le Delta de Polybe retrouvés; le véritable itinéraire 
suivi par Annibal du Rhône au\ Alpes, et Dictionnaire étymologique 
des peuples anciens du Dauphiné, des montagnes, cours d'eau, com- 
munes du département de la Drôme. Lyon, Georges, 1911 ; in- 8° de 
338 p. avec cartes et gr. 

BoNN.vFos (Baron dk). Notice historique sur le château de Lamothe, 
commune de Calvinet (Cantal), 1322-1910. Aurillac, imp. moderne, 
1910; in-8° de 31 p. 

Bry (M.-J.). Les vigueries de Provence. Aperçu de leur histoire 
jusqu'à la fin du xvi" siècle; leur organisation et leur rôle aux xvii" et 
xviu" siècles, d'après les archives de la viguerie d'Aix. Paris, Picard, 
1910; gr. in-S" de xiii-464 p. avec carte et fac-similé. 

Capeille (Abbé J.). Dictionnaire des biographies roussillonnaises, 
2e fasc. D-K. Perpignan, Cornet, 1910; in-4" à 2 col., p. 149-292. 

Catalogue général de la librairie française, continuation de l'ouvrage 
d'Otto LoRENz. Tome XX (Table des matières des t. XVIII et XIX, 1900- 
1905). Rédigé par D. Jordell; 2" fasc. : Eifel-Morale. Paris, Jordell, 
1910; in-8<* à 3 col. , p. 241 à 480. 

Catalogue général des livres imprimés de la Bibliothèque nationale. 
Auteurs. T. 42 : Dript-Duchemin de Villiers. Paris, imp. nationale, 
1910; in-8% col. 1 à 1262. 

Celier (L.). Les dataires du xv'^ siècle et les origines de la daterie 
apostolique. Paris, Fontemoing, 1910; in- 8" de 181 p. (Bibl. des éc. 
fr. d'Athènes et de Rome, fasc. 103). 

Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, p. p. Dom 
F. Cabrui.. Fasc. 22. Cella-Cénobitisme. Paris, Letouzey et Ané , 1910; 
gr. in-8" à 2 roi. , col. 2881 à 3168 avec grav. et planches. 

Documents linguistiques du midi de la France, recueillis et annotés 
avec glossaires et cartes, p. p. P. Meyer. L Ain, Basses-Alpes, Hautes- 
Alpes, Alpes-Maritimes. Paris, Champion, 1909. 

Ferran (E.). Le vieux Pamiers (Pamiers avant l'occupation romaine; 
Pamiers sous la domination romaine; les anciens lacs de Pamiers; 
la navigation sur l'Ariège et le commerce des vins à Pamiers aux 
xiii' et XIV'' siècles). Foix, imp. Fra, 1910; in- 8" de 18 p. 

Frémont (R. de). Les doléances financières du Tiers-Ktat du Périgord 
en 1789 , d'après les cahiers rédigés par les paroisses en vue des États 
généraux. Bordeaux, imp. Cadoret, 1910; in-8° de 178 p. 



286 ANNALES DU MIDI. 

Gazei. (H.)- I-es anciens ouvriers papetiers d'Auvergne. Clernionl- 
Ferrand, imp. A. Duniont, 1910; in-S" de 285 p. 

Généalogie de la maison de Lordat. Extr. du tome XI des Archives 
généalogiques et historiques de la noblesse de France, p. p. I.aink. 
Toulouse, Privât, 1910; in -8° de 43 p. avec armoiries. 

Giron (L.) Les peintures murales du département de la Haute-Loire 
(du xi'' au xviii" siècle). Paris, Leroux, 1911; in-fol. de xii-112 p. 
avec grav. et planches. 

Hansy (Th. de). Notes concernant la communauté de Rimont et les 
délibérations de son conseil poUtique de 1754 à 1789 d'après les pro- 
cès-verbaux de ces délibérations conservés aux archives de la commune. 
Foix, imp. Lafont de Sentenac, 1910; in -8» de 77 p. 

Inventaire sommaire des documents manuscrits contenus dans la 
collection Chartre de Cangé au département des imprimés de la Bibho- 
thèque nationale, par M. Prévost. Paris, Champion, 1910;in-8"de240p. 

Jaurgain (J. Dii). Troisvilles, d'Artagnan et les trois mousquetaires, 
nouv. édit. Paris, Champion, 1910; petit in-8'' de viu-275 p. 

Jean XXII (1316-1334). Lettres communes analysées d'après les 
registres dits d'Avignon et du Vatican, par G. Mollat, H ''-12'' fasc, 
t. V; 13" fasc, t. VI. Paris, Fontemoing, 1907-1910; in-4o, p. p. 129- 
468, 1-312. 

JouLiN (L.). Les âges protohistoriques dans le sud de la France et dans 
la péninsule hispanique. Paris, Leroux, 1910; in-8" de 101 p. et carte 
(Extr. delà Revue archéologique, 1910, t. II). 

Labat (L.). Le drame de la rue des Filatiers (1761). Jean Calas. 
Son procès, sa mémoire défendue par Voltaire et par la sœur Anne- 
JuUe (de la Visitation). Toulouse, Privât; Paris, Picard, 1910; in -8" 
de 110 p. 

Lami (S.). Dictionnaire des sculpteurs de l'École française au xviii^ 
siècle; t. II. Paris, Champion, 1910; gr. in-8'' de 415 p. 

Landry (A.). Essai économique sur les mutations des monnaies dans 
l'ancienne France, de Philippe le Bel à Charles VII. Paris, Champion, 
1910; in-8° de xvii-228 p. [Bibl. Éc. des Hautes -Études, fasc. 125). 

Lasteyrie (R. de) et A. Vidier. Bibliographie annuelle des travaux 
historiques et archéologiques publiés par les sociétés savantes de la 
France, 1906-1907. Paris, Leroux, 1909; in -4° de 269 p. 

Le livre d'or de quelque 6 000 familles du Velay , Auvergne, 
Gévaudan, Forez, Vivarais, Languedoc, etc. historique, héraldique, 
généalogique et archéologique, avec la liste des membres de l'assem- 
blée générale des Trois ordres du Vivarais .., p. p. Nobirllus. T. I. 
Lyon, Brun, 1910; in-4° de xm-847 p. avec grav. 

Lettres de Louis XI, p. p. J. Vaesen et E. Charavay. T. XI, préface, 
itinéraire et tables, par J. Vaesen et B. de Mandrot. Paris, Laurens, 
1909; in-8'' de ix-339 p. 



PUBLICATIONS NOUVELLES. 287 

Maignien (E.). Cataloguf des livros et manuscrits du fonds dau- 
phinois de la bibliothèque municipale de Grenoble. T. II, 2" partie. 
Grenoble, inip. Allier, 1910; in-8° de vii-232 p. 

Meaudrede Lai'ouade. Les premiers acronautes bordelais (1783-99). 
Bordeaux, imp. Gounouilhou, 1910; in-4'' de 64 p. avec grav. 

MiQUET (F.). Recherches sur les familles des émigranls savoyards 
fi.\és en France avant 1860. Annecy, imp. Abry, 1910; in-8" de 108 p. 

Monuments et mémoires publiés par l'Académie des inscriptions 
et belles-lettres sous la direction do G. Perrot et R de Lasteyrie, avec 
le concours de P. Jamot. T. XVII, t" fasc. Paris, Leroux, 1910; 
gr. in-4°, p. 125-285 [Fondation Eug. Piot). 

NicoLAÏ (A.). Histoire de la carte à jouer en Guienne, avec une étude 
préface sur les maîtres -cartiers en Guyenne. Bordeaux, Féret, 1911 ; 
in- 4" oblong de lxvii-133 p. avec fac. sim., flg. et planches. 

Paris (G.). Mélanges de littérature française du moyen âge, p. p. 
M. Roques, 1''' partie : la littérature française au moyen âge; l'épopée, 
le roman. Paris, Champion, 1910; in -8" de 336 p. 

Passerat (g.). Étude sur les cartes des côtes de Poitou et de Sain- 
tonge antérieures aux levés du xix" siècle. Niort, imp. Clouzot, 1910 ; 
in-8" de 178 p. avec fig. fac-sim. 

Paulet (Abbé L.). La primatiale, ou monographie historique et des- 
criptive de la basilique Saint-ïrophime d'Arles, avec la collaboration, 
pour les documents, de E. Fassin. Bergerac, imp. Castanet, 1910; 
in-8'' de 159 p. 

Pélissier (L.-G.). Un collaborateur provencnl de Montfaucon. Paris, 
Champion, 1910; in-i" de 13 p. (Extr. des Mélanges Châtelain.) 

Plantadis (J.). L'agitation autonomiste de Guyenne et le mouvement 
fédéraliste des Girondins en Limousin (1787-1793). Tulle, imp. 
Crauffon, 1908; in -8" de 197 p. 

Poésies complètes du troubadour Marcabru , p. p. J. M. L. Dejeanne , 
i'" série, t. Xll. Toulouse, Privât, 1909, petit in-8o de xii-299 p. 
{Bibl. méridionale). 

Procès -verbaux des comités d'agriculture et de commerce de la 
Constituante, de la Législative et de la Convention, p. p. F. Gerbaux 
et C. SciiMiDT. T. IV : Convention (2'' partie). Paris, Leroux, 1910; 
in-8" de xvin-813 p. [Collection de doc. inédits sur l'histoire économique 
de la Révolution française). 

Recherches sur la ville et sur l'église de Rayonne. Manuscrit du 
chanoine René Veillet, p. p. l'abbé V. Dibarrat et l'abbé J.-B. Dara- 
NATz. T. I"'". Pau, Lafon et Rehaut; Bayonne, Lasserre, 1910; in -4" 
de cviii-587 p. 

Recueil des actes du Comité de Salut public avec la correspondance 
officielle des représentants en mission et le Registre du Conseil exé- 
cutif provisoire, p. p. F. -A. Aui.abd, t. XX, 1" février 1795- 
11 mars 1795 (13 pluviôse-21 ventôse an III). Paris, l,eroux, 1910; 
gr. in- 8" de 843 p. 



288 ANNALES DU MIDI. 

Recueil des actes du Directoire exécutif (Procès -verbaux, arrêtés, 
instructions, lettres et actes divers), p. p. A. Debidour. T. ler : il bru- 
maire- 30 ventùse an IV. Paris, Leroux, 1910; in -4" de xxiv-807 p. 

Recueil des actes de Henri II, roi d'Angleterre et duc de Normandie, 
concernant les provinces françaises et les affaires de France, publié 
sous la direction de d'Arbois de Jubainville, par L. Delisle. Paris, 
imp. nationale, 1909; in-4" de 574 p. et atlas in-folio de 8 p. et 30 pi. 

Régné (J.). Amauri II, vicomte de Narbonne (1260?-1328). Sa jeu- 
nesse et ses expéditions. Son gouvernement. Son administration. 
Narbonne, imp. Gaillard, 1910; in-8" de 505 p. 

Remize (F.). Saint Privât, martyr, évoque du Gévaudan, in^ siècle. 
Mende, M"'= Pensier-Magne-Solignac, 1910; in-S" de 440 p. avec grav. 

Rey (Dr. E.). La cathédrale S' Etienne de Cahors. Six siècles d'évo- 
lution architecturale. Cahors, Girma, 1910; petit in-8" de 56 p. 
avec fig. 

Saint-Pjul-Trois-Châteaux pendant la Révolution. Journal d'un 
bourgeois de cette ville, p. p. le chanoine Jules Chevalier. Valence, 
imp. Céas, 1910; gr. in- 8° de 380 p. 

S.mnt-Pern (baron de). Preuves pour servir à l'histoire généalogique 
de la maison de Saint- Pern. T. II. Bergerac, imp. Castanet, 1910; 
in-i" de 759 p. et fac.-sim. 

ScniFF (M.). La fille d'alliance de Montaigne, Marie de Gournay. 
Essai suivi de 1' « Égalité des hommes et des femmes » et du « Grief 
des dames « avec des variantes , des notes , des appendices et un por- 
trait. Paris, Champion, 1910; in- 16 de 155 p. (Bibl. littéraire de la 
Renaissance, T'^ série, t. X.) 

Sestier (J.). La vallée du Graisivaudan. Rive gauche de l'Isère et région 
d'Allevard. Grenoble, Drevet, 1910; in- 16 de 184 p. [Bibl. hist. du 
Dauphiné. ) 

Taine (h.). Les origines de la France contemporaine. Index général 
des 11 vol. Paris, Hachette, 1910; in- 16 de 140 p. 

Vachon (m.). La Renaissance française. L'Architecture nationale. 
Les grands maîtres maçons. Paris, Flammarion, 1910; in-4o (jg ix_ 
365 p. et grav. 

ViNDRY (F.). Les Parlementaires français au xvi^ siècle. T. L'', 2" fasc. : 
Parlements d'Aix (réimpression), Rouen, Rennes, Turin. T. II, 
1"'' fasc. : Parlement de Bordeaux. Paris, Champion, 1910; 2 vol. 
in-80 de 375 et 132-xxxvi p. 

Weulersse (g.). Les manuscrits économiques de François Quesnay 
et du marquis de Mirabeau aux Archives nationales (M. 778 à M. 785). 
Inventaire, extraits et notes. Paris, Gauthier, 1910; in-8'' de vii- 
152 p. 

Le Gérant, Éd. PRIVAT. 



LE"T1IEZAUR"I)EPMEDEC0RBIAN. 



Cette petite encyclopédie scientifique, qui porte le titre 
ambitieux de « Trésor », est loin d'être un chef-d'œuvre lit- 
téraire. Son auteur pouvait savoir — du moins il s'en vante — 
une foule de choses; il en est une, cependant, qu'il ignorait 
complètement : à savoir, l'art d'écrire. Son style est d'une 
platitude et d'une banalité désespérantes; il fallait, au reste, 
qu'il manquât au plus haut degré de sens esthétique pour 
s'aviser de composer sur une rime unique un poème de plus 
de 500 vers. 

Cet auteur a été dénommé par tous les érudits Peire de 
Corliiac, à l'exemple de Crescimbeni^ Telle est la leçon que 
donne le ms. D {incîpit et v. 11); mais la leçon Corhian se 
lit dans L {incipit et explicit : corbian; v. 11 : corbiaw) et 
dans R {incipit : corbian; v. 11 : corbia). La forme Corbian^ 
appartenant à des manuscrits de famille différente, doit donc 
être préférée-. 

De cet auteur, nous savons d'abord par lui-même qu'il 
avait étudié à Orléans (v. 263); Bartsch a découvert, de plus, 

1. Storia délia volgar poesia, II, 204. Crescimbeni nous fait connaître, 
au reste, la variante « Peire de Corbian ». 

2. Les rubriques de la chanson pieuse conservée sous son nom (voy. 
Bartsch-Koschwilz, Chrest., p. 231) autorisent la même conclusion; seul, 
le ms. I (qui est ordinairement d'accord avec D) donne corbiac, R a cor- 
bian, C corbia (ces dcaix niss. sont au reste très voisins); la leçon décou- 
verte à Bamberg et récemment publiée par M. Herlet [Zeitsch. fur rom. 
Phil. XXII, 2-19) n'a pas de rubrique. D fait suivre la chanson au texte 
du / hezanr, sans nom d'auteur. Voyez Mussafia, Del cod. est. dans les 
« Sitzungsberichte » de Vienne, 1867, p. 400. — Il y a des localités du nom 
de Corbiac dans la Corrèze et le Lot-et-Garonne, du nom de Corbian dans 
l'Hérault. La langue du poème ne nous apprend rien de précis sur la 
patrie de l'auteur. 

ANNALES DU MIDI. — XXIII 19 



200 A. .TKANROV ET G. BEBTOXI. 

qu'il était l'oncle du troubadour Aimeric deBelenoi\donton 
possède une chanson se rapportant aux années 1240-1^. Cette 
parenté nous autorise à placer, comme l'a fait Bartsch'*, la 
composition du Thezaur dans la première moitié du xiii« siè- 
cle, mais évidemment plus près de 1250 que de 1200*. 

L'auteur devait être « clerc », puisqu'il s'intitule « maître » 
et savoir le latin ; autrement, la composition d'un pareil ou- 
vrage à cette date lui eût été impossible ^ Il semble résulter 
toutefois de deux vers de sa chanson (7-8) qu'il écrivait moins 
aisément cette langue que le roman. 

Les trois manuscrits qui nous ont conservé le Thezam^^ se 
partagent très nettement en deux familles. D et L sont appa- 
rentés assez étroitement' ; toutefois, ils diffèrent en quelques 
détails et chacun d'eux présente des vers qui lui sont pro- 
pres. Quant à la rédaction de R, elle est radicalement diffé- 
rente et se caractérise par de très longues et nombreuses 
interpolations. Ces interpolations ont été exécutées maladroi- 
tement : leur auteur n'a même pas pris la peine de les rac- 
corder, et parfois la suture ne s'est pas faite sans dommage 
pour la syntaxe^. L'interpolateur s'est surtout donné car- 
rière dans les morceaux d'histoire sacrée ou profane, c'est-à- 
dire dans la première partie et vers la fin du poème ; à l'égard 
des développements scientifiques, il a usé d'une discrétion 
relative, qu'il faut sans doute expliquer par le sentiment de 

1. Jahrhuch far rom. nndengl. Literatiir, IV, 230. 

2. Bartsch, Verz., 9. 1. Cf. Diez, Leben, 1" éd., p. rm. 

3. Grundriss, p. 52. 

4. La présence du Thezaur dans le ms. D ne signifie pas grand'chose 
à cet égard, la date de, lx!54, que porte ce nis., pouvant être celle de l'ori- 
ginal (Voy. Bertoni, dans Annales du Midi, XIX, 241). 

.5. Cf. ce qu'il dit de ses talents de poète en langue vulgaire à la fin de 
son ouvrage (V. 505-7). 

6. D (Modène nouv. cote : R, 4, 4), fol. 813 a ; L (Vat. 3206), fol. 126 b ; iî 
(B. N. 22543), fol. 120 b. 

7. Ils présentent quelques fautes communes assurées, par ex. (v. 7) : 
estec pour estei ou estes. V. la note à ce vers. De même au v. 12 lo 
(be R) et au v. 272 pes {ponh R) ; mais, dans nombre de cao, les diver- 
gences de détail sont assez sensibles. 

8. Le vers (127), notamment, se présente tout à fait hors de propos et 
inlcrrompt le sens et la plirase. V. la note à ce vers. Cf. aussi les vers 
186 et (412). 



LE " THEZAUR " DE PEIRE DE CORBIAN. 291 

son ignorance. Cet interpolateur est un écrivain plus pitoyable 
encore que maître Pierre; celui-ci s'était déjà permis un cer- 
tain nombre de néologismes d'une formation assez contes- 
table; son continuateur a pris avec la langue bien plus de 
libertés encore'; les axa^ abondent dans les deux morceaux ^ 

L'interpolation parait sensiblement postérieure au noyau 
primitif; la terminaison ia (dans 5m, les imparfaits et con- 
ditionnels) est disyllabique dans la rédaction primitive ■'^; 
l'interpolateur, bien qu'il pratique souvent, lui aussi, la dié- 
rèse, se permet également la synérèse dans des cas assez 
nombreux : seiHas (94), iria (504), auria (505)*, etc. Une 
autre particularité de cet interpolateur est de se servir de 
pas pour la négation : (196) non es pas den crezens. On 
trouve aussi le pour lo, article déf. (153), (384), (102, 103), 
(476), etc., ce qui est peut-être un trait dialectal du copiste 
de R. 

Raynouard a dépouillé la version de R pour le Lexique 
roman^ où elle est souvent citée, et il a, en outre, inséré 
55 vers de cette version (v. 9 ss., 525 ss., de la présente édi- 
tion) au t. V (p. 310) du Choix de Poésies. En 1829, Galvani 
publia une grande partie du poème d'après le ms. de Mo- 
dène^ En 1859 enfin, le D^" Sachs, le célèbre compilateur 
des dictionnaires bien connus, publia complètement le texte 
de R avec de nombreuses variantes de D (empruntées àGal- 

1. Parmi les particularités les plus ordinaires de la langue des deux 
auteurs, il faut signaler l'emploi de participes présents en ens, même au 
cas régime (132), fl67), 169, f317j, et celui de gérondifs, également en ens, 
précédés de la préposition eu, qui sont traités comme des locutions 
adverbiales : en ferens, 136, en ligens, 197, etc. Cf. 152, 272, 477 (801), 
C405), etc. 

2. C'est ce qui explique l'étendue relativement considérable de notre 
Glossaire; il n'était pas sans intérêt de constater qu'un certain nombre 
de mots relevés dans les Lexiques proviennent de ce texte, dont la langue 
est fort impure. Ce Glossaire pourra avoir, en outre, quelque intérêt pour 
l'étude des mots savants et pour celle de la formation des adverbes. Nous 
marquons d'un astérisque les mots ou acceptions qui manquent à Ray- 
nouard et à Levy. 

3. Un séria du v. 465 se laisse corriger facilement en sera (fut.). 

4. A noter surtout le v. (95) lntraria[s'\ n'en ifern on estarias dolens. 

5. Osservazioni sulla poesia dei trovatori , etc., Modena, 1829, 
p. 821-36. 



292 A. JEANROY ET G. BERTONI. 

vani)*. Bartsch enfin en a donné 67 vers dans le Proven- 
zalisches Lesebuch^ et 110 dans les diverses éditions de 
la Ghrestomathie', d'après les trois manuscrits. 

On trouvera ici, dans le texte ou les notes, tout ce que don- 
nent les manuscrits. Les interpolations de R sont entre cro- 
chets, en caractères plus petits, et les vers en sont numé- 
rotés spécialement (entre parenthèses*;; les vers qui man- 
quent à Jî et se trouvent dans D et L, ou seulement dans l'un 
de ces ms., sont imprimés entre parenthèses, en caractères 
ordinaires. 

Quand R est d'accord avec l'un des autres mss., c'est 
naturellement celte leçon que nous adoptons. Quand R est 
en opposition avec B et L, il n'y a pas de raison intrinsèque 
de préférer l'un de ces manuscrits à l'autre; nous nous ré- 
glons alors sur le sens. Quant à la'graphie, nous adoptons, en 
général, celle de R {nh, Ih pour ill^ inn) ; quand il faut opter 
entre D et L, nous donnons la préférence au premier. 

Nous espérons donner un texte lisible de la plus grande 
partie du poème; nous avouons néanmoins que, dans les 
morceaux purement scientifiques il reste bien des passages 
de sens douteux; nous avons alors laissé subsister le texte 
tel qu'il résultait de la comparaison des manuscrits. N'étant 
pas sûrs que l'auteur, et surtout l'interpolateur, se sont tou- 
jours entendus eux-mêmes, il nous a paru qu'il y aurait 
encore plus de naïveté que de présomption à vouloir amélio- 
rer leur œuvre; nous livrons donc leur texte, tel que les 
manuscrits nous l'ont transmis, à ceux qu'intéresse l'histoire 



1. Le Trésor de Pierre de Corbiac en vers provençaux, etc., dans 
le Progranirn der Saldernsclien Realschule. Braiidenburg, 1859; in-4° de 
46 pages. Nous ne savons où Sachs a vu (p. .3) que le Trésor se trouve 
aussi « au ms. CLXVI de la Bibliothèque de Florence » (sic). L'auteur 
aura fait confusion avec le ms. de Rome (L). Son édition est malheureuse. 
Bartsch lui consacra un compte rendu dans le Jahrb. cit., IV, '^30; mais 
Bartsch, non plus, ne put pas profiter de quelques variantes précieuses 
conservées par les autres mss. 

2. Elberfeld, 1855, p. 1-19-51 (ce sont les v. 393-463 de notre édition). 

3. 4» éd. 1880, col. 214-18; éd. Koschwitz, col. 234-40 (ce sont les v. 418- 
521 de notre édition). 

4. De même, au Glossaire, les renvois à R sont faits entre parenthèses. 



LE " THEZAUR " DE PEIRE DE CORBIAN. 293 

des sciences — ou mieux de la vulgarisation scientifique — 

au moyen ;îge'. 

A. Jeanroy et G. Bertoni. 



TEXTE 



El nom de Jesu Christ, qu'es nostre salvamens, 

[E de sancta Maria, don el près naissemens, 
Que la vertut del cel me sia cossolamens 
Que ia negus no sia en nii [delir] podens] 

(5) Si m'escouta la cortz e Dieus m'en es cossens, 
Voill far saber als savis co soi de sen manens. 

[E mostrarai lur o aissi perfiechamens, 
Car ieu no mentiria per aur ni per argen.] 

Si tôt no m'ai grans terras ni grans eretamens, 
(Ghastels ni bores ni villas ni autres chasamens,) 
(10) Aur ni argen ni céda, mas mon cors solamens, 
No cuges per tôt so que m'estei paubramens. 
Tais pot aver mil marcs noill va tan richamens. 
Sim demandas qui soi, ni don, ni de cals genz, 



1. On sait que M. Oh.-V. Langlois vient de consacrer à ce sujet inté- 
ressant un volume, où l'on trouvera, comme on pouvait s'y attendre, beau- 
coup de nouveau {La connaissance de la nature et du monde au moyen- 
âge, Paris, 1911); mais on n'y lit que quelques lignes sur le Thezaur. 
Ce dédain est malheureusement justifié. 

1 El] E D ; nom] non L ; qu'es) que L; saluame7iz D (ce ms. a toujours 
-enz à la finale. L a -entz, sauf dans le v. 1, où nous avons -enz.) 
(4) delir n'est pas très satisfaisant; manquent deux syll. dans le vers. — 
2 Escouta] escota R; cossenz] cons. D, cos. L. — 3 Voill far] Farai R: 
als] al D; sahis L; co)i sui D; seu] cen D. — 4 m'ai] ai R; grans] 
g>-a7i L; ni] ne L. — 5 ni bores] «e bore L; ni] ne DL (uilas L); ne 
autres chassam. L (casam. D). Ce vers manque dans le ms. R. — ni] 
ne. \j; ni coda] ne sedas L ; nias] mny R. Ce vers manque dans le ms. D. 
— 7 no c] Nous cuielz R, no cutyes L; so] cho L; qieti estec p. L, 
que mestec paubremenz D, quem ane malamens R. Deux corrections se 
présentent à l'esprit : estes ou estei. Nous préférons cotte dernière à 
cause de la « consecutio temporum » (cuges est prés comme estei = estia. 
Appel, Chrest.^, !26, :29); mais la première aussi est possibe. — Spot] pod 
L; mil], m. R (marcx RL ; noll DR; va] vai DL; ricam. DR. — 9 deman- 
dasz L ; soi] son D; ni] «e L ; cals] qals L. — 



294 A. JEANROY ET G. BERTONI. 

10 Maistre Peire ai nom e fon mos naissemens 

(lô) De Corbian, on ai mos frairs e mos parens. 

[El mielhs de ino linlmtge et de mos bevolens.] 
Mas rendas son be pauchas, mas cortezi' e sens 
Me fai entrels plus pros viure honoradamens, 
E cals que sia paubre ni li an malamens, 

15 (20) leu com ries e gualbartz m'estau seguramens, 
Qu'eu m'ai un rie Tesaur amassât mal traens, 
Quez es plus precios, plus cars e plus valens 
Que peiras preciosas ni fis aurs ni argens. 
Ja laire no s'en meta en grans espiamens, 

20 (25) Que nom pot esser toutz ni emblatz furtilmens. 
Ges nol puesc perdre vius, neis can serai morens, 
Ni ja no mermara, anz er tostemps creissens. 
Qui plus en met on dona e l'espan largamens, 
El creis e multiplia plus aondosamens. 

25 (30) Qui vol aquest thesaur vezer apertamens, 
Obra los oillz del cor e veial en auzens : 
Gest thesaur es sciensa de mainz essenhamens. 
Eu non la puesc ges tota mostrar ben claramens 
En aital estorbier, mais assomadamens 

30 (35) Eu puesc de senglas causas tochar un pauc breumens. 

10 Peire] P. R; naiscem. L. — 11 A corhiac D; de corhia R; fraires 
mos RL. — 12 be] lo DL, vtot R, paiicas RD ; mais L; cortesi D, 
corteszia L. — 13 Mi D ; fan D; entrels] entres D; plus pros]p' R {pros 
manque R), onratz L; moth R ; onradamens L, hotidamenz D. — 14 que] 
^■uiL; ni] ne L;li an] lestée D. — 15 ricx R, richs L; gaillartz L. Le 
ms. D lit : Jeu son pros e gaillarz e uiu ries e manens. — 16 m'ai] 
nai R; mal traens] m. traze7is R, clars egentz L. — 17 Quez] Que DR, 
ez \j\pus (p') R;pressws D; plus c. e. pi. val.] que fis aurs ?ii arge>iz D. 
— 18 Manque dans le ms. D. — 19 s'en] se L. — 20 touz n. emblaz D. — 
21. Ni non lo perdrai uius D; Nuol (sic) puosc ges perdre uios L; 
Jes R, uieus R. — 22 mermara] mermera L; ansz L. — 28 en m ] 
enue7i L, ne met R ; on] en D, o L ; dona] da L ; olespan L. — 24 Cr iss 
L; multiplica D ;j3M5R; aondoz D. — 25 aiquest L; tresaur L; ueszerL. 
Dans le ms. L le vers est précédé d'un signe de paragraphe. — 26 obrals 
huells R; tieszal L; augentz L. — 27 tresaur L; essiencia D, essien- 
cha L. mainz] motz R, rnanz D, maintz L; enseignam, ess. DL. — 
28 Mas non lus J);Jes R; demostra.r be clarmefisH; be mostrar a las 
getitz L. — 29 estorber h; Aisei tost en desopte mas 'R;asom. D. — 30 leu 
puesc de cascun traire A. p. bveuetameiis ; un pauc toch. D; brie- 
menz L. — 



LE " THEZAUR " DE PEIRE DE CORBIAN. 295 

De Dieu mou tolz sabers^ Salomos n'es guirens, 
De Dieu mou doncs îo mieus e de Dieu lo comens. 

leu ai ferma crezensa e sai certanamens, 
Quel sainz Pair' el sainz Fils el sainz Espiramens 

3^ (•10) Aquestas très Personas son us Dieus solamens. 
Si cou cera e pables el fuecs d'entr'els issens 
Gestas très res ensemble son us ciris ardens : 
Très noms e très personas puesc dire pluralmens, 
Mas un Dieu, un Senhor ador singularmens, 

40 (45) Ço es us Dieus, us Senhers, so's Reis omnipotens, 
Que anc non comenset, ans es comensamens 
E fis de totas res que no an finamens. 
(Aquest sobeirans Seigners qu'es us Dieus veramens 
Criet .X. ordes dangels preclars e resplandens, 

45 Qu'el fes de se conoisser alegres e jauzens, 

(5<J) Se lauzar, se servir e far sos mandamens; 

Mais lo sobeirans ordes, que fo plus bels e gens, 
Celui trobet orgoillz ez enveia noisens, 
Ques cuget egalar ab Dieu comunalmens; 

50 En eis l'ora queil venc cel outracuidamens, 

(55) Perdet sa gran beutat e fon del cel chazens, 

31 toz DR; sabers] saher R, bon cenz D,- salamons D. — 32 doncx R, 
donc L; es doncs lo mieus D. — 33 creeticha L; e sai] es aichi R; 
certamanens R; sert. D. — 34 sans R, sanz D; fil Li {filz D); aspi- 
rame7is R. — 35 u d. L. — 36 Si col sera mecha R; si co>ï pabels 
esera D; d'entrels] dentrams D, dintre R; iss.] eiss. L, ichens R. — 

37 Ses toz très 7ioms ensemble D; ense.mbla L; co>i un ciris L. — 

38 ieu dir D. — 39 Mais L; et uns seigners D; adhor R; singulal- 
nienz D. — 40 Cest es D; cos iin dieu cos u senhor lu; so 's] so es R, 
cos L, us D. — 41 Qanc R, a7ich L ; comenchet L; ansz L ; comench. L. 

— 42 fis] fi7i DL,- que no an finan finnmenz D, qanch no hac finementz L 
e que an a/înamens R. — 43 Ce vers manque dans L et R. — 44 Pois 
fesz desz ordres L ; Crehec R. — 45 quels R. Los D, fes] fe R (fesz L)- 

— 46 Ce lauzar e D, Si l. e L; e pe)' so maiormenz D; e per çomeissa- 
rnentz L. A noter que les vers 45-46 sont intervertis dans les trois mss. 
On ne pourrait respecter l'ordre des mss. qu'à la condition d'admettre 
qu'il manque un vers entre 44 et 43, ce qui nous paraît fort improbable. 

— 47 Mns 1); sobreira?ih, sobiras R; ordres L; que fo] quera D, qi 
fa L. — 48 Sellui D, Aquel R; trobet trobet D; orgoill D; enueia eno- 
seni I); trobet ergulhos neci e se nozes R. — 49 cntget L, ciiiet R; 
engalar R; cominabnens R. — 50 Eneissora que u. D. en lora que H 
u. R; cel] sos D (sel R) ; oltr. L, otr. R. —51 Perdec L; belintz L; fo 
L chaszentz L (cas. D caz. R). — 



296 A. JEANROY ET G. BERTONI. 

Oribles et escurs e nègres e pudens. 

[E cazec en ifern laïns preondamens. 

D'aqui fon reys e princeps de mot grans marrimens, 

E a[n]c pueys joy(a) non ae, mais penas e tiirmens.] 
(60) E no vole nostre Senher que'n sia penedens ; 

Mais el fermet los autres aisi durablamens, 
55 Que negus no pot far peccatz ni falliimens. 

Per ço que d'aquel ordre fos fatz restauramens, 

Creet Dieus quant li plac los qatre elemens : 
(65) Lo cel, l'aer, la terra e la raar eissamens : 

La terra fes redonda e 'stabla fermamens, 
60 Gui ceing e clau la mar mudabla e brujens. 

L'aer q'es plus soptils es ces dos enclauzens, 

El cel enclau los très tôt entegradamens. 
(70) Pueis fes soleil e luna ez estellas luzens, 

Auzels, peissons e beslias de mainz deguisamens. 

[Establi nueg e jorn ben e ginhozamens 

Com hom pauzes son cors e dormis bonamens ; 

Lo jorn per afanar, la nueg per pauzamens. 

(75) La nueg donet lumeyras, las estelas luzens, 
Ez al jorn lo solelli, qu'es clars e resplandens. 
Premier fetz lo dimenge, so sabetz veramens, 
Pueys fe lo lus el mars el mercres eyssamens, 
Jous, venres e dissapte, c'a juzieus es colens, 

(80) E car fon primeyrans, dimenge certamens, 
Colem lo nos après, c'a Dieu es onramens]. 

65 E plantet Paradis de bels arbres florens. 



52 Or7\ R; eoscurs L. — 53 E non uol nostres seingners D: que 'n] 
quel ne R. — 54 Mas D; durablemetis L. — 55 pod L; peccat h; 
faill DL. —56 Per ço que] E per ço (so D) L. manque que L; Apres 
car R ; fos fatz] fon fach R ifaz) D; restauramens] trabucamens R. — 
57 Dieus crehec R (criet D): li] lui L; qatres L. — 58 Fuec et aer e 
terra D ; lair L; e la màr] e la mars L, e layga R. — 59 fesz reonda L; 
stabla] stabli L. — 60 La cal enclau la mar R, seing D ; la mars L ; mou- 
àbla e hruzens R, moabla L; bruenz D. — 61 Laires L; q'es] que R; 
sotils D; pus suptils R; es ces dos e.] es dels dos enclauçenz D, en- 
clauenz L. es cestz dos e. R. —62 enclau] enclaus DR; très] totz R; tôt] 
si R, tôt si D ; entegrametis D. — 63 fetz R fesz L (toujours pour fes dans 
L; estelas R [et DR); lusenz DL. — 64 Peissons auzels D; aucels L; 
mainz] mayiz D, viaintz L, motz R; deguis.] deuisamentz L, desguisa- 
mens R. — 65 darbres mot bons egenz D, albres R. flur R. — (77) sabetz] 
sabêz R. — 



LE " THEZAl'H " DE PEIRE DE GORIUAN. 297 

E qant de totas res fon faitz lo creamens, 
Formet de Imio terre, tôt derairanamens, 

(85) Adam que fes senhor de totas res vivens. 
E mes l'en Paradis, que fo bels e olenz, 
70 (E fes lo adormir soavet, dousamenz). 

Trais l'una de las costas, mentre qu'era dormenz, 
Don fes Eva sa femna, quel fos consolamens. 
Qant los ac abdos faitz, si lor dis franchamens : 

(90) « Adam, » dis nostre Senher, « aujas mos mandamens ; 

[E so q'eu te dirai serat castiamens : 
Car ieu t'ai gen format e levât de niens, 
Tu non deves passar los meus comandamens. 
Car, si tu o fazias, sérias ne penedens, 
(95) Intraria[s] n'en ifern on estarias dolens. 

Et ieu vuelli te far don que er ricx veramens.] 

75 Trastotas creaturas farai a ti servens, 

E tu sias a mi tot(z) sol(s) obediens. 

Dels autres frutz tu manja abandonadamens, 
(100) Mas no manjes d'aquest; que si 'n passas las dens, 

Ja not faillira piieis ira ni marrimens. » 

[Can d'aqui se parti le reys omnipotens, 

Apres venc le diables que's mes en la serpens, 

Et amonestet Eva, près sos acordamens 
(105) E trobet la mot frevol e de leugiers talens. 

« Aujas que te dirai, so li dis la serpens, 

Saps tu doncx per quet fes Dieu los defendemens? » 

— « Ieu no, sol respon Eva, ni cals es sos talens ». 

— « Dieus no vol que tu sias pX^'Js ab lui engalmens; 



66 cant D can R; falh L; criam. D. — 67 Fetz de limo de terra "R, 
terra aussi dans L (dans ce ms. limo est illisible) ; dei)rmame)U3 L 
[derr. D). — 68 que] oui L; seignor D, seinho)' L. — 69 Mes lo en R; que 
fon bel et o. D, qe fo bels e nolentz L, que fo mot bel e gens R. — 
70 Ce vers manque dans L et R. — 71 Près. i. R, E trais li una costa 
del laiz tôt endio'menz H; E t.; dels costas L. — 72 fetz eua sa fenma 
R. f. c] fos consolens R. — 73 Cant los ac fagz amdos D; si lor] ellur 
D, alor L. — 74 seignerD seinh. L. — 75 farai a ti] f. a te L, uoill qet 
sion D. — 76 Ê tu seras a me L. — 77 iu manque nianujas L; dels 
autres friitz. t. m. abandoadamens R. — 78 que] car R; sin] sit L. 
— 77-78 Mas del frug daquest arbre not pi-enga ia talcnz — Mas dels 
autres frutz mania tôt aotidozamenz — Mas non niangar daquest que 
sin passes las denz., D; manjes] manjues L. — 79 Ja pueys R; pueis] 
m,ais L. — (109) ms. pas. — 



298 A. .lEANROY ET G. BERTONT. 

(110) Mais sapchas, si tu rnanjas del frug, sertanamens 
Tu sabras tôt cant es, bes e mais issamens. 
Vols tu que t'en dévale d'aquels pus avinens? » 
— « ieu be, so dis Eva, que près m'en es talens. » 
El el li'n abatet mot voluntieyramens. 

(llf)) E cant ela los tenc, près (ne de) los pus avinens, 
E portât n'az Adam e fetz li ses prezens : 
« Doncx be sap Dieus per que nos fes defendemens 
No manjassen del frucli ni 'n acsem dins las dens. 
Adam, so li dis Eva, aiijas [donc] e m'entens : 

(120) Si tu manjas del fruch, sapchas ben veramens 
Que nos serem ab Dieu essems cominalmens, 
Car totz bes e totz mais el sap sertanamens. 
Nos sabem ne tan pauc que so es dreitz niens, 
Mais pueis ne sabrem pro, que be y so crezens. 

(125) Manjatz ne per [ni']amor, faretz que avinens, 
Et ieu manjarai ne, per la vostr'eyssamens. » 
Qu'el fec Eva sa femna e ad el la serpens. 
Et cant el n'ac manjat, conoc sos falhimens 
E près se a plorar mot engoyssozamens : 

(130) « Allas t mal ai obrat, frach ai los mandamens 
D'aquel Senhor qiTe[m] fetz em formet de niens, 
E comprarai o car, segon mos essiens, 
Qu'ieu perdrai totz mos bes et totz mos cazamens ; 
Perdrai mas heretatz e mos bos tenemens, 

(133) Irai m'en caitivier, com caitius e dolens. » 
E '1 diables [se] n'anet, jilegres e jauzens. 
Et el renias ploran mot doloirozamens. 
E venc lo Rey del cel far sos razonamens : 
« Adanz, dis nostre Senher, as frach mos mandamens. » 

(140) — « ieu, so ditz Adanz, de que soj mot dolens, 

E fetz m'o faire Eva. •>•> — « Don[c] m'o di gentihnens, 
Femna, per c 'o fezist? » — « Car m'o dis la serpens. » 

— « E per que lo creziest? » — « Car soj de frevol sens. 

— « Tu n'auras gazardo, que t'aj en covineiis 
(145) Que tu enfantaras mot perilhozamens 

Et ab paor de mort et ab grans espavens, 
E trairas hi pus mal que nulha res vivena ; 



(122) el sap] e. es. — (127) Ce vers, qui ne signifie rien ici, est emprunté 
à la rédaction primitive (phis bas, 81). Le copiste deR(ou bien le copiste 
d'un ascendant de R) parait avoir eu sous les yeux un ms. avec les ad- 
jonctions écrites dansles marges. Il les a incorporées parfois maladroi- 
tement. Voir aussi l'interpolation aux vv. (426) -(429). — (141) di] dis. — 



LE " THEZAUU " DE PEIRE DE CORBIAN. 299 

Auras de tos efans iras e pessaniens, 
Estaras en soplec d'orne certanamens, 
(150) Tu e totas las autras ses totz calumpnjamens. » 
Adam estet iratz mot vergonhozamens.] 

80 (Adam manget del frug pels amonestamens 

Queill fes Eva sa femna e a leis la serpens). 
E car a son Senhor fon deshobediens, 
Gazanhet n'a sos obs e a tos sos siguens, 
Trebalhs e caitiviers e penas e turmens, 

85 (155) E perdet Paradis vergonhos e dolens. 

[E visquet en est segle après mot longamens. 

Et ac filhs e [acj filhas bêlas et avinens, 

E sofric caut e frech, ira» e pessaniens, 

Dolors e malautias, trebals e marrimens. 
(160) E pueys cant d'Adam fon lo sieu[s] tre&passamens, 

El intret en infern ins en los focx ardens ; 

.V. meli ans lai estec, c'anc jor non fon falhens. 

Cane non lai vi clartat de que estes jauzens, 

Tro Dieu[s] lo vole rezemer de son sanc dignamens, 
(165) E dissendet en terra e'n venc mot humelmens 
, En una sancta Verge, don el près naisemens. 

Aisi col solelh intra pel veire resplandens, 

Que nol romp nil pesseja ni non pot valer mens, 

Intret sans Esperitz mot ben e douzamens 
(170) En la sancta pieusela ses tôt corrompemens. 

Maria, maire Dieu, la'n apelo las jens, 

Porta de Paradis e via dels crezens. 

Aqui près carn humana, so sabem veramens, 

Que anc res non [i] perdet de sos senhoramens, 
(175) Ni sa grans deitat[z] non poc pas valer mens, 

Car Dieus es e Dieus era e Dieu[s] er veramens, 

Que anc no comenset ni aura fenimens. 

E pueys can ad el plac que fos homs carnalmens, 

Anet ab sos apostols e preziquet las gens. 
(180) E so que dis ad els dis a nos eyssamens, 

Co nos podem salvar c'us non sia perdens. 
Pueis fon près e liatz, batutz aunidamens 
E levatz en la cros a penas e turmens ; 

La,s mas n'ac claveladas e sos pes issamens 

80 frucx L. — 81 Qiœl D; lei D. — 82 Senhor] sei. L, fatorD; fo L. — 
83 Guasaiyiiet D, Guaagnhet L; son o. D. —84 Trebals D, TrebfiiU L. 
— (167) col] ms. cornai R. — (108) romp] corromp (cor ex|ionctii(') R. — 
(17yj apostols] apestols R. — 



300 A. JEANROY ET G. BERTONI. 

(185) E foritz de la lansa mot greu e mortalmens 

E coi-onatz d'espinas ab mot grans aunimens 

Et escampet son sanc per nostres salvamens 

Et anet ad ifern per deslieurar sas jens 

E pessejet las portas mot afortidamens, 
(190) Cane res non li fes tornas, aco fon ben del mens. 

De laïns trais Adam et Eva issamens 

E los sanctes profetas e totz sos bevolens, 

Mes los en son repaus mot be et dossamens; 

E can tôt o ac fach adhordenadamens, 
(195) Rezurzi al ters jorn com Dieus omnipotens. 

E qui aiso non ci'e non es pas ben crezens. 

Mai[s] ieu ja, si Dieu platz, no serai negligens, 

Ans sai be en mon cor e o cre veramens 

Que Dieu[sJ lo rey del cel mi formet de niens 
(200) E vole que j'eu nasques e yisques lialmens. 

E yeu pree li, sil platz, quem sia defendens 

Que ja negus nom puesqu[a] esser [en re] nozens 

Et ieu ai li grans gracias car ne soj be sabens.] 
D'aiquel jorn primairan, tro qu'a uei qu'es presens, 

Sai totas las estorias, c'us motz non es falhens : 
(205) L^ï^s s'ieu las vos dizia aiehi curadamens, 

Nous auria dig de dos ans totz vertens ; 

Car qui una paraula mante trop longamens, 

Torna tost ad enueg e layso s'en las jens. 

P[er]o de sum e sum vos o dirai breumens.] 
(210) De Caïm com ausis Abel feunessamens, 

D'Enoc cui Dieu raubi c'anc pueys non fon parvens, 
90 De Noe con fes l'archa gent e maistralmens 

On gandic si ochaus de las aigas plovens, 

[Can rompero las fons d'abis preondamens 

86 D'aiquel] Que del R, daisel D; i. primairan] jor pi-emerain L, i. 
enaiiant D; tro qu'a uei] tro aqiiel H.trosqa oj L, trosel diiei D. — 

87 estoi)-as D, yst. L, faillenz DL. — 88 feunezamens'R. — 89 cui] que R : 
ane] an D. Ce vers manque dans L. V. Ge?ièse, V, 24, « quia tulit eum 
deus ». — 90 eon] que R; ge7i maistradamenz D, gent e maistrable- 
mentz L. — 91 gandic] guéri DL si] se RL; ochaus] oitaus L ochens D; 
on ne comprend pas bien ce que vent dire ici l'auteur. Peut-être faut-il 
corriger ochaus en chascus"! (Genèse VII, 1 : « oninis domus »). En tout 
cas, plutôt que octavus, il faudrait septetius (Genèse, VII, 4 : c< postdies 
septem ego pluam super terram »). Alors, on pourrait songer à une cor- 
rection de ce genre : en sept (ou och, oit) dias ; mais, somme toute, nous 
préférons conserver le texte tel qu'il est donné par les mss.; plovens] 
correns R. — 



LE " THEZAUR " DE PEIRE DE CORBIAN. 301 

(215) Et issiro las aiguas e periro las gens, 

Que anc ptiech ni montanha non fo apareyssens], 

D'Eber e del lignatge tôt assembladainens, 
Ans que fosson partitz, con feron autamens 
La Tor de Babilonia c'al sel par ateinhens, 
95 (220) Per so que d'els fos fatz tos temps remerabramens. 
Mais l'obra que fazion fon a Dieu desplazens, 
E det lui" tauz lenguatges e tanz entendemens 
Qu'anc launa masnada no fon l'autr'entendens. 
D'Abraam sai con fon eissemples dels crezens 
100 (225) Con vole d'Ysac son fil far sacrifiamens, 

[Tro l'angel lo li tolc e li dis dossamens : 
<i Dieus a vist ton coratge e tos bos pessamens, 
E no vol que ausizas ton efan malamens. 
Te, vec te de que tassas holocaust netamens. » 
(235) E det li un aret don fetz a Deu prezens.] 

De Jacob sai eu be per qals sosplantamens 
Ac la beneïsson els aprimairamens, 
[Per cocel de Eebecca la emblet malamens 
A son fraire Esaû, que i era entendens,] 

(235) E de SOS doze fils los multiplicamens, 

Que feron en Egypte on foron longamens, 
105 E con los en traisseron Aarons e Moysens, 

Quant ac gastat la terra l'angels percussiens. 

[L'angel[s] celestial[s] fetz saber a lae gens 
(240) A los filhs d'I[s]rael a totz coniinalmens 



92 D'Eber] de ber D; de betli R; ess. R. — 93 que] quilh R; fosso L par- 
tit D. — 94 cal cel apar atenhens R, cal sel fon ateingenz D, par atai- 
gnenz L. Quoique par (au présent) soit un peu singulier, cette le<;on 
est encore préférable à celle de D ; elle est au reste appuyée par deux 
mss. — 95 del fos fag R; Po'cho que totz temps foss dels faich r. 
L; q. t. t. dels fos fatz r. D. — 96 fazian R {faszion h); fo L, des- 
plasz L. — 97 lor L; tanzj tant D, ta h. tans R. — 98 rnaisnada L, 
fo L. — 99 sai eu be co uisquet humïlmens — E que fon bos issam- 
plis e en bes en Dieu o'ezens R; Babr. s. (saj L) que {co L) fon (fo L) 
eissemples (eissamples L) e uia d. cr. D. — 100 con] cant D; Ysach 
L, Isaac D; so L; E co uolc de so filh far sacrificamens R. — 
101 E de lacob sai ieu p. D; cal DR; suppl. D. — 102 beneicho L, 
bénédiction R; els] ela L, nils R. — lOS fillz L; muUiplia-inentz L. 
— 101 fero], foro L. — 105 E corn daquils traisse)-o>i R, e con si los 
en trais. D; traissero L. — 106 gastatz L; las terras D; langles per- 
çue. L. — 



302 A. .TEANROY ET G. BERTONI. 

C'anesson vas Socotli abandonadamens, 

Vas lay on l'auzirion traslotz cominalmens, 

Car aqui deu esser lo lur deslieurainens, 

Et ilh crozeron l'en, so atrobani ligens, 
(245) E tengron tug leii lai on era Moyzens 

E Aaron[s] sos fraires, que fon capdelamens ; 

E can foron essems, els foro mot grans gens. 

Passon pueitz e montanhas e terras issamens 

Et issiron d'Egypte tug acordadamens 
(250) E passeron la mar ses totz navejamens, 

Cane lur pe nos molhec ni n'agron espavens ; 

E cant foron tuch d'otra, c'anc negus non fon mens, 

Faraos los seguia après feunesamens, 

E li siey cavayer cascus iradamens; 
(255) Adoncx se claus la mar ai tan enteiramens 

Que ja noj conogratz on era departens. 

Faraos lai remas, c'anc pueis non fon issens, 

E sels qu'eron ab el, c'anc non fon us parvens.] 

(E passeron Mar Roja a pes issucamens 
On neget Faraos, quels era perseguens.) 
Prozom fo Moyses, c'ab Dieu facialmens 
110 (260) Parlet cant el li det la lei els mandamens, 

E cant plac Dieu que fos lo sieus trespassamens, 
Sebelic l'ab los angels aissi privadamens 
Que negus hom no sap on es sos monimens. 
E sai de Jozue con intret baudamens 
115 (265) En la terra promessa per grans afortimens; 

[Que lai menet grans hostz et aduys tan grans gensj 

Que de .XXXI. rei[s] conques los tenemens. 
Dois fo e dans e perda e grans destardamens 



(241) ms. uas lo corn. Nous corrigeons : Socoth. Cf. Exode, XII, IV, 
37 : « Profecti sunt lilii Israël de Ramessa in Socoth , sexcenta fere 
milia peditum. » Voir toutefois Gloss. s. coni. — 108 neguet D; Fa- 
mols D,' persigiienz D. — 107 'tnàr ruia D; pe D; esiiqamentz L. — 
— 109 Prodhom. L, Proshoiv D; Moices D; fass. D, faciamentz L. — 
110 eslidet L — 111 Dieu] a ihesu R, domredieii; que fos manque D; lo 
sieus] sos R; trapass. D. — 112 Sebelic] Seheli R; el lomes D; l'ab] 
ab L; los] sos L; aissi] que nichi R. — 111 fioms R; sanp R; Cape- 
7ias sap nuls horn D, Nulz ho)n del mott no sap; es] foti D. — 
115 baultam. L. — 115 En la t. pr.] Terra prornission L; promessab gr. 
R; gran L; aff. L. — 116 conques] oncqiies R; casamenz D. — 



LE " THEZAUR " DE PEIRE DE CORBIAN. 303 

Al pobol de sa mort; mais après longamens 
(270) Judas al) Simeon fon liir capdelamens. 
120 Cest près Jheriisalem tost e leugeramens 

Jafaj 6 Ascalona e autres bastimens. 

Apres cestui fol pobols tan fols e negligens 
Per que Dieus lo tornet en grans reprochamens, 
(275) G'al rei Aiglon fo sers lonc temps forsadamens. 
125 Mais Haot l'esquerriers l'aucis secretamens, 

Ab semblan de parlar e de penre convens. 

De Jael sai eu be con feri duramens 
Lo duc de Madian ab un maill sus las dens, 
(280) De Sanguar que'n aucis ab un vomier dos cens; 
130 De Gedeon sai be los dos esproamens 

De la lana mulhada en l'aer espandens : 
Cest venquet qatre princes pelsDieu comandamens 
E tan grans gens ab els non es azismamens, 
(285) Ab très cenz jovencels ses plus d'ajostamens 
l'85 Ab corns et ab lanternas ses autres ferramens; 

De Samson lo crenut que venquet en ferens 
Ab una gauta d'ase mil pagans en fugens, 



118 dansz L;perdoa R; destarçam. L, reti-azemens R. — 118 poble L; 
rnortz h; mas D; 119 Don Judas macahieu fon R; lors foch L. — 

120 cest] Sel D ; yer. L ; leug.] leuieutauienz D, leugeyr. R. — 121 Jafai] 
Sesaria D, Acre R; e autres] els autres D, edracids L. — 123 Aprop 
aquest R; Apress L poples L, bobols D; fol R. — 122 Dieu L; los DR. 
On pouvait accepter los, en admettant une construction ad sensum. — 

121 Aglon L; fon D; soffers L; loncx R. fonch L. — 125 Haot] aost D, 
aooz L; loqarres L, les cariers D; certa)iamenz R. — 126 seniblanz D., 
se. L — 127 E sai degezabel D ; ferich L. — 128 sus las] sobrels DL. — 
129 Saain L; sanguar R; que'n'] com D; ausis D; uomier] mortier R, 
uomers L ; desz L. Le Liber Judicum, III, 31, dit ; « Sex centuin. » L'au- 
teur se fiant à sa mémoire n'a pas toujours recouru directement à la 
Bible. — 130 E sai degedeon D (Jedeon L). — 131 aer] aira R; dolar 
las en laer so fo granz sacramenz U; de geleaus en lair ço fo grantz 
sagramentz L. Cf. dans la chanson à la Vierge du même auteur : « vos 
etz... la toizos de la lana — « ques moillot dins la sec' aire. » Bartsch- 
Koschwitz, Chrest., 233. — 132 Sel D ; pri^iceps R; pels] }yer D, pel R. 
— 133 tant de gens D, grant gent L; non fon peresmamenz D, non er 
près esaïametiz L. — 134 ce^it L; plus]^H5 L; auistamens R. — 135 a. lan- 
ternas] abuzinas D. — 130 Sampson R ; cremut DR ; qui uench L, con D ; 
e ferens R. — 137 asne L, pajans L, pages R; efug. R. — 



304 A. JEANROY ET G. HERTONI. 

Pueis l'afollet sa femna per mais decebemens; 
(îi90) De Ruth, la maire Ubeth, con veziadamens 
140 Se colguet ab Bolioth a sos pes humelmens : 

E sai be per que fo de leis trabuchamens, 
Car anc a sos dos fils no fes cbastiamens. 
Miels fes Samuels, que drechurieyramens 
(295) Jutget lo pobol Dieu e visquet saintamens, 
145 Mais anc tan no i poc dire defugimens 

No fezes de Saûl rei per elejimens. 
E can d'aquel rei fo cridatz sos banimens, 
Donc aucis Golias Davitz lo combatens 
(3U0) Ab très peiras de fonda ses autres garnimens. 

[Que las li mes el front totas très e ferens, 
E pueys trais li la lenga per tal qu'el fos guirens ; 
Tôt per cocelli de l'angel lai trais d'efra las dens 
Mes la en son carnier acocelhadamens 
(305) Et ac li pueys ben obs, segon mos essiens.] 

150 E cant ac de Saul Dieus près sos venjamens, 

El fon reis e profeta dignes, a Dieu plazens : 

[E fetz tôt lo psalteri, so sabem yeramens, 
Que non a clergu'el mon, si ben es sapiens, 
Que no y trobe que dir tro a dos ans vertens 
Si vol seguir las glozas e totz los argumens.] 

De son fil Absalon con mori en pendens, 

[De so filh Absalon vos diraj issamens 
Co fo ni co obret, cals fo sos fenimens ; 
Guerreiav' ab son paire, et aco folamens, 
(315) Ac l'un jorn assautat sols escaridamens. 

E cant el se tornava tost e vivass(eir)amens. 
Passava per un bosc en son caval correns 



138 Puois L; molher R; matis D, mal L; des. D. — 139 De rim D; 
Be rub L; obeth R; can R; veciad. R. — 141 fon de lui trab. D; de li 
lo trab. R. — 142 fes] fetz R. fesz L.— USeillz L; fetzK, fesz h;dre- 
churablemenz L. — l^Ujuiet D; pople L; saiame.nz D, lialmens R. — 
145 710 li pogron R, i^o lur poc D. On peut hésiter ici entre Iw de D 
e i de L; mais i est appuyé par R. — 146 Quel no fes L. Ce vers man- 
que dans D. — 147 E cant fon daquel r. D; aiquel L; cridut DR; lo 
bandim. R. — 148 E ac mort G. R; Dauid DR; lo] le L. — 149 de fon- 
das L. — 150 hag L ; près dieu D , dieu près L ; so uengame^itz L. — 
151 El fesz L; de d. L. — 152 con] gui L. — 153 le reys R; qui L. — 
(310) tro] ms. pro. — 



LE " THEZAUR " DE PEIRE DE CORBIAN. 305 

El sien pcl(s) foron {^ran, lonc e saur o luzons 
E l'aura nionet los entrenatz autaniens, 
(320) Lasso s'en una branca mot afortidamens 
El caval passet s'en et el renias pendens, 
E David ploret lo mot angoissozamens : 
« Absolon, nieu filh bol, mot soi per vos dolensi »] 

E del rei Salomoii que tan fo sapiens 
(8-') Ane honi a lui en terra no n'ac egalameriz. 
155 Car el fes tenipl' a Dieu els bels aornamens. 

Aurs e argens e'voris i fo plus largamens 
Qu'estanlis ni ploms no es entre nos plus vilmens. 
Nabucodonosor, lo mais el destruens, 
(330) Ac tôt aquel aver e'n fon ries e manens. 
160 En trop cauzas ves Dieu fo mot desconoissens, 

Mais Dieus s'en venguetbe de lui mirablemens. 
Que set ans fo salvatges con bos herba paissens, 
Pueis cobret el sa forma e vi sos vengamens, 
(335) Don Daniels li dis los ponhs els erramens. 
165 De Roboam sai ieu per cals bobansamens 

Perdet los onze trips, tan parlet follamens. 
Dels autres reis après séria longamens, 
Quel règnes fon partitz en dos devizamens. 
(340) E no ni'oblida ges d'Helias lo bistens 
170 Con l'en portet tôt viu us cars de fuoc ardens, 

154 Quah nuill home en terra no hoy L; Can negun rey del mon n. R. 
— 155 Ca el D; Qel fesz L; templo domini D, tewpluin domini L; 
adhorn. R. — 156 Caurs DR; argent L; 'voris] iieire D, yuoris L; foron 
lai largamens. — 157 Que stanz D, staing L; nei^lomb L; es] fo)i DR; 
plus] p' R. — 158 els mais el destrujentz L. — 159 ricx R, richs L. — 
160 Vers écrit, dans D, en marge. On lit seulement : En trop... desconoi- 
sentz; L : Entro qas tamps quel fo de dieu desconoisce7iz. — 161 Mai R, 
mas D. s'en] se L; mirabl.] e)itie;/)'ame?is R. — 163 ansz L; biious R; 
paiscenz L. — 1G2 Pois L; forma] forsa R; iiic L; sos ueng.] sos son- 
pergnamenz D, soiiiumens R. — 164 Daniel DR, los pes D; los pess L; 
err.J ixarramens D. — YHh robas L; saj Jeu be L; Esai ben derrobam; 
bob.] fol iiananiens R, bobanchamenzh. — 166 El jye)'det D, perdec L 
traps L; des tribs D; folam. R. — 167 aullres L; reys R; longamens] 
loncx conmtamentz L, loncv contamens R. Les ms. R et L ayant loncx, 
cette forme devrait être accueillie. Seulement, il faudrait alors admettre 
la synérèse séria, ce que Peire évite. Nous acceptons donc la leçon de D. 
— 168 regnhes L; fo L; deuizemeiis D. — 169 moblidoL; d'IL] Helias; 
lo bistens] tebistenz D, tresuitens R. — 170 Lo cal ne p. R, Cui enporl. 
L. tôt uiuj tôt uio L, uieu R; ufi cars L; focs L. — 

A.NNALES DU MIDI. — XXIIJ- 20 



306 A. jeanroy et g. bertoxi. 

Heliseus sos descipols a cui laisset sos cens, 
Nil profeta Ysaias que totz los autres vens, 
Ni Ezechiels que dis escurs e planamens, 

(345) [E sai de Daniel co obret netauiens, 

Qu'era tozetz efans e de mot grans jovens, 
May Dieu l'ac espirat per qu'era de bos sens. 
El escapet Suzanna de mort et de tormens, 
Molher de Joachim qu'era ben sapiens, 

(350) Cocelh de Babilonia e bos capdelamens ; 

E dona bona [e] sancta, de bos captenemens, 
Et amava ben Dieu, tenen sos mandamens, 
E Dieus fetz lui honor, le reys omnipotens, 
Que cujeron l'aucire li duy vielh descrezens 

(355) Car no volia far los lurs malvais talens, 

Jutgeron la a mort per lur fais jutgamens. 
Daniel l'an guéri pel Dieu(s) comandamens, 
Qu'el los arrazonet, auzen las autras jens, 
Trobet los messorguiers amdos e de mal sens, 

(360) Els mezeys guazanlieron com aguesson tormens, 
Car lapidât en foron ben drechurieiramens, 
Car avian jutjada la dona falsamens.] 
(Ren non profetizeron qu'eu non sia sabens.) 
175 E sai de Jheremias per que fetz los lamens; 

D'Esdras no soi ieu ges del tôt desovenens 

(365) Gon ditz ni con obret religiosamens ; 
De Job e de Tobias con foron paciens; 
D'Ester ni de Judith los sieus galiainens ; 
180 De Judas Machabieu, dels fraires eissamens, 

Que feron grans bataillas als pagans mescrezens. 

(370) Nous poiria nientaure ne dire jornalmens 
Los caps de las estorias ni los ateiramens. 



171 Nelisieus R, Ni eleus L; deciples L; desipols D, dise. R; sens 
LR. — 172 nel L; izaias DR; qui L; los manque L. — 173 Zechiel R, 
echiel D; esciir R; aplan. L, espl. D. — 174 Ce vers manque dans L 
etR. — (351) bona [e] sancta] 6» sca R. — \lh yeremias L; fesz L; loslam.] 
parlamens R, los laim. L. — 176 Desdras] dels deszdracx L; non say 
ieu ges R; de tôt démens issens R. — 177 diss L; obrec L; rell. L. — 
178 Tobias] Thomas R; paciensj sapiens R. Les vers 175-178 manquent 
dans D. — 179 Ni daster ne douidi L ; iiiditz D ; los] dels D. — 180 Maq. 
D, machabeu L; ne del fraire L, de sos fraire R; viss. D. — 181 Con 
D; grans DL; bataillas DL; ab paians descrezens D. — 182 Non DL; 
porion sol L. — 183 cabs L; estoiras L ; ne h; aterr. R. — 



LE "• THEZAUR " DE PEIRE DE CORBIAN. 307 

Mais en totz cetz bos homes, de qu'eu sui mentavens, 
185 Avia lo diables grans poestadimens, 

[Que totz lioms que anava a sos defenimens 
(375) Diables los prenia et aquo malamens, 

Menavals n'az iferii ins en los focx ardens 

Ab colbs et ab coladas et ab grans aunimens, 

Ab burcx et ab empenchas lach et aunidamons 

E gitaval[s] el foc, qu'es mot mal e cozens. 
(380) Laïns avia be de mot grans pessamens 

E de plors e de lagremas e de motz espavens. 

E laïns s'en intret Aarons e Moysens, 

Davit e Jeremias, senes totz fallimens, 

E le rey Salamos, que tant fon sapiens, 
(385) E trastotz los prophetas qu'en Dieu ei'o crezens. 

Negus non escapava, ni paubres ni manens, 

Que trastotz no passesson ins per aquels tormens. 

Intravon en tenebras et en encurzimens 

Et estavon laïns a mot grans pessamens. 
(390) Laïns no fer solelhs ni fay esclarzimens, 

Ni laïns non a seti mais de carbos ardens, 

Laïns a tal pudor que non es ismamens. 

Que non es hom carnals que, si'n era sentens, 

Jamais negun condug agues d'efra las dens ; 
(395) Cors non o pot pessar, tant es greu lo tormens, 

Boca non pot parlar los grans doloyramens : 

Per qu'ieu nom viieil auzar ni m'en pren lunhs talens. 

Ans prec (a) Dieu e sos angels m'en sia defendens. 

Mot es orros l'ostal e nègres e pudens; 
(400) Negus hom non lay intra que no'n sia dolens, 

Ni pus er de laïns non estara gauzens. , 

E si vos demandatz con soi ieu sapiens, 

Per santas escripturas, que no son pas mentens. 

Qu'en porton guerentias en qu'ieu suj be crezens, 
(405) E sans Johans Baptista lay intret eyssamens, 

C'aportet lo messatge que fon ricx e valens : 

«Novelas vos aport, don serem tug jauzens, 

Que Jhesu Crist venra ab grans afortimens 



184 Mas D; Al L, ses D; que dit ai m. L, quieti nos soi m. R. — 185 le 
d. D, lo deahles L, lo manque dans R; gratis e pozest. R, grant enpoest. 
L. — (380) ms. avial. — (397) nom vueil] ms. no met. Une correction 
nous parait nécessaire, mais vueil ne nous satisfait pas beaucoup. En 
tout cas, vueil est meilleur que met. Quant à la signification de auzar, 
v. au <i Gloss. » s. V. — (398) e] cap R. — (402) Corn R. — 



308 A. JEANROY ET G. BEl^TOXI. 

E deslieiirara n[o]s, so sapchatz veramens. » 
(410) Et ilh leveron tucli, los vieillis, cominalmens 
Sus amon vas lo cel ab grans gracias l'endens.] 

186 E cant plac Dieu que fos nostre deliuramens, 

[Can nostre [SenherJ vi los apoderamens, 
C'avian li diable ni los senhoramens, 
(415) Regardât se als sieus mot piatozamens 
Et ac ne pietat, merce e chauziraens : 
Aparelhet co fos nostres deslieuramens.] 

Trames son fil en terra naisser temporalmens 
D'una Virgina sanctaper annunciamens. 
(A.donc fon Dieus e hom tôt asembladamens), 
190 (420) E parec entre nos toi manifestaniens, 

[Et anet per lo mon com autr'om carnalmens], 

E sofri fams e setz e penas e tormens, 
E preziquet al pobol e mostret drechamens 
La via de vertat els endoctrinamens 
(425) E fes en mantas guizas miracles bels e gens. 

186 E cant plac domredieu D; e manque L. — \^1 naistreh, naisset R. 

— 188 De una sancta uirgina L, De una sancta uerge R. — 189 fo, 
home L. Ce vers manque dans R. — 190 Aparec R; manefestamentz L. 

— 191. Ce vers manque dans D; soffric L; fam. e sec com autrom 
charnalmenz . — \'è2 preciqet D, predicJtet L; pople L; dreitamenz L, 
sertamenz D. — 193 vertatz L; adoctrinamenz D. — 194 E fetz en 
motas R, E fesz en maingtas giszas L. 

(.4 suivre.) 



l\TEIU)ICTIOi\, EN 1728, DE LA TOIE 

MACHINE imÈE DANS LES DIOCÈSES DE CASTRES ET DE LAVAUR 

POUR APPRÊTER LES ÉTOFFES 1, 



L'intervention de la loi en matière industrielle a souvent 
des répercussions inattendues et prolongées. C'est surtout 
dans ces sortes d'alïaires que le législateur doit s'entourer de 
toutes les garanties et s'efforcer de ne pas sacrifier les inté- 
rêts généraux à de mesquines considérations locales ou acci- 
dentelles. 

La malencontreuse initiative d'an inspecteur au début du 
XYiii^ siècle, a retardé de près de cent ans l'emploi dans l'in- 
dustrie textile d'une machine aujourd'hui généralement usi- 
tée, et qui rend les plus grands services à la fabrication des 
étoffes. 

Il est vrai de dire que la conception de l'industrie, à cette 
époque, était très différente de celle de nos jours. La régle- 
mentation à outrance imposée par Colbert et consolidée par 
une foule d'ordonnances depuis ce grand ministre visait plu- 
tôt la perfection du produit manufacturé que le développe- 
ment de la production et l'abaissement des prix de vente. Il 
était donc naturel que l'apparition d'une machinedevînt sus- 
pecte aux fonctionnaires chargés d'appliquer ces règlements. 
Le premier grief qu'ils lui feront sera son « irresponsabilité ». 
Le mot n'est pas dans les procès- verbaux et dans les rap- 
ports, mais on sent l'idée ancrée chez ceux qui les rédigent. 
Ils accusent de toutes les malfaçons « la force de l'eau » et 

1. Arch. de l'ilérfiiilt, Fo>ids de l'une. Intend. de LcDignedoc, C. 2128, 
213.J. 2235. 2341, 2133 et 25U0. 



310 HENRY TOURNIER. 

n'incriminent pas une minute l'lial)ileté, pourtant sujette à 
des défaillances, du conducteur qui dirige cette force. 

L'appareil dont il sera question dans les pages qui vont 
suivre est la première machine mue par un moteur hydrau- 
lique qui ait fait son apparition dans l'industrie textile ' et la 
vieille cité manufacturière de Mazamet peut être fière à 
juste titre de lui avoir donné le jour. Aussi, allons-nous voir 
se poser à son sujet, au début du xvine siècle, tout le pro- 
blème du machinisme, avec les conséquences sociales et éco- 
nomiques qu'il comporte. 

Les esprits n'étaient pas mûrs pour accepter, même en 
partie, une telle révolution économique. Il fallait auparavant 
changer la mentalité humaine; il fallait remplacer la consti- 
tution communautaire des corporations, les minutieuses ré- 
glementations de la fabrique et du commerce par le régime 
de l'individualisme et de la libre concurrence; il fallait les 
grands bouleversements de 1789. Certainement, les modestes 
facturiers mazamétains de 1728 ne se rendirent pas très bien 
compte des forces sociales contre lesquelles ils avaient k 
lutter; ils se bornèrent, aussi résignés qu'inconscients, à 
s'incliner devant une ordonnance de l'intendant et renon- 
cèrent à leur machine. Si nous devons les saluer comme des 
précurseurs, nous n'oublierons pas qu'il fallut l'affranchisse- 
ment dû à l'époque contemporaine pour donner à la première 
cité industrielle de notre Midi l'essor qui l'a conduite à 
l'apogée où nous la voyons. 

Avant que l'usage de la machine nouvelle se fût étendu 
hors de la région, l'apprêt des étoffes recommença donc 
d'être fait à la main : solution qui exigeait six fois plus de 
temps, beaucoup plus de fatigue physique pour l'ouvrier et 
une moindre dépense d'intelligence, qui ne lui procurait 
qu'un salaire très inférieur, tout en élevant beaucoup le 
prix de revient de l'étoffe, et dont les seuls avantages étaient 
d'exiger l'emploi d'un plus grand nombre de bras et de pei- 

1. Les moulins-foulons ne pouvaient, à cette époque, être considér£S 
comme des machines; car ils utilisaient l'eau des rivières plutôt comme 
auxiliaire de travail que comme force motrice. 



INTERDICTION, EN 1728, DE LA. TONNE. 311 

mettre que le travail lut coufié à des compagnons moins 
habiles. 

Mais il est temps de passer à l'examen des faits qui se dé- 
roulèrent en 1728. 

Dans les premiers jours de mars de cette année-hi, 
M. Charles Huréde La Chapelle, inspecteur pour le roi des 
manufactures et du commerce de la province de Languedoc 
au département de Carcassonne, effectuait une tournée d'ins- 
pection dans les villes de Mazamet et de Labruguière, au 
diocèse de Lavaur, qui dépendaient de son département. 

Dans la seconde de ces villes, il reçut les plaintes de cer- 
tains fabricants contre les tondeurs et pareurs de la contrée, 
qui se servaient depuis quelque temps pour garnir les étoffes 
d'une machine appelée « tonne ». 

Le garnissage est l'opération qui consiste à soulever, au 
moyen de chardons, les fibres du tissu, nprès que celui-ci a 
été foulé, et à les peigner dans le sens de la chaîne pour 
donner de la douceur et du moelleux à l'étoffe. Jusque-là, 
cette opération s'effectuait à la main au moyen de cardes en 
bois sur lesquelles étaient fixés les chardons. Deux ouvriers, 
placés à droite et à gauche de la pièce, promenaient ces cardes 
sur toute la longueur du tissu préalablement mouillé et sus- 
pendu à une barre de bois, appelée j^erc/^e, fixée au plafond 
de la salle. 

L'inspecteur, naturellement défiant à l'égard d'une in- 
novation dont il n'avait jamais entendu parler, réunit le 
10 mars dans l'hôtel de ville de Labruguière les principaux 
fabricants. 

La séance fut tenue en sa présence et par devant M^ Jean 
Astruc, maire et premier consul de la dite ville. Furent as- 
semblés : les sieurs Pierre Alquier, Pierre Roucayrol et 
Pierre Roiianet, jui'és-gardes' ; les sieurs Guillaume et Jean 

1. Los jurés-gardes, nomiiu'S cliaquo année par le corps des fabricants, 
étaient chargés de veiller à l'applicalion des règlements de la fabrique, 
de marquer du plomb de la jurande toutes les pièces d'èlofl'es fabriquées 
dans leur ressort et de seconder de toutes façons les ins{iecteurs des manu- 
factures dans leurs fonctions. — Un autre juré-garde, Jean Cardaillac, est 
porté absent. 



312 HEXRY TOURNIER. 

Fabres, Raymond Cardaillac, Jean Montaud, André Maigne, 
François Senlenac, Jean Rouanet, Jacques Maslianes et 
Philippe Gourdon, fabricants, faisant la plus grande partie 
des fabricants de cette ville. 

Aussitôt la séance ouverte, les jurés-gardes représentent 
que « quoyque anciennement les marchandises de leur 
« facture, consistant en cadis et frizons estroits et larges*, 
« ne feussent travaillées et garnyes qu'cà la main et à la 
« perche, néanmoins certains pareurs et foulonneurs se sont 
« avisés depuis certaines années de garnir lesdites étoffes à 
« la tonne, qui est une machine de la grosseur d'un muyd 
« en rond, sur laquelle les pareurs y attachent des chardons; 
« ce quy est très pernicieux à la bonne qualité de ces étoffes 
« et les déprétie à la vente. Laquelle tonne ou machine n'agit 
« qu'à force d'eau- et arrache la laine et le corps des dites 
« étoffes, au lieu que celles quy se garnissent à la main, 
« comme il se pratique dans toutes les factu7^es de ce 
« royaume ^, sont ménagées avec plus d'ordre et les mar- 
« chandises en sont plus belles et meilleures. Ce qu'ayant 
« esté autrefois reconnu par feu M&'' Daguesseau, intendant 
« de cette province*, sur les représentations quy luy en fu- 
« rent faictes l'année 1680 par les fabricans, il donna ordon- 
« nance par laquelle la tonne fut deffendûe et il auroit or- 
« donné que les dites étoffes ne se garniroient d'envers ny 
« de droict qu'à la main et à la perche, » 

Toute l'affaire se trouve en germe dans ce rapport des 
jurés-gardes de Labruguière du 10 mars 1728. 

Ds ajoutaient, en outre, que, quelques « sollicitations que 
« les fabricans ayent faites à certain desdits pareurs pour 
« qu'il se conformât comme font les autres quy ne s'en ser- 
« vent point et quy n'en ont point dans leurs foulons, et les 

1. Chaque ville avait son genre de fabrication déterminé par les régle- 
mens royaux de fabrique. 

2. C'est-à-dire par la force d'une chute hydraulique, ainsi que ce sera 
mieux expliqué plus loin. 

3. C'est nous qui soulignons. 

4. Henri Daguesseau, maître des requêtes, intendant de Languedoc de 
1675 à 1686. 



INTERDICTION, EN 1728, DE LA TONNE. 313 

« travaille comme ceux-cy quy garnissent à la main, ils n'ont 
« pu empêcher que ce pareur n'ayt continué. 

« C'est le sujet pour lequel cette assemblée est faicte, affin 
* qu'il plaise audit sienr inspecteur et aux maire et con- 
« suis, juges des manufactures, d'y pourvoir, pour éviter à 
« l'advenir un pareil inconvénient. 

a Sur quoy, les voix recueillies et le tout meurement 
'< examiné par le dit sieur inspecteur, qui s'est transporté 
« dans les moulins où sont les dites machines et tonnes, a 
« esté délibéré unanimement, de l'avis même de M. l'inspec- 
« teur, que pour le bien et le soutien de cette manufacture, 
« lesdittes tonnes et machines seront al)attues et qu'il est 
« faict deflfence auxdits pareurs et foulonneurs de s'en 
« servir à l'advenir sous quelque prétexte que ce soit et 
« qu'il leur sera enjoint et ordonné qu'ils ne pourront garnir 
tt désormais ny d'envers ny d'endroit lesdites étotïes qu'à 
« la main, à peine de 30 livres d'amende et de plus grande 
« peine au cas de récidive et de désobéissance, estant au 
« surplus délibéré .que Ms"" de Bernage de Saint-Maurice, 
« intendant de cette province, sera très humblement supplié 
a d'authorizer et homologuer la présente délibération et 
« qu'en conséquence, elle sera exécutée, nonobstant opposi- 
tt tion ou appellation quelconques, l'assemblée ayant prié le 
« dit bieur De La Chapelle, inspecteur, de vouloir bien se 
a charger auprès de mondit Ss^ intendant de l'homologation 
a de laditte délibération, ce qu'il a gracieusement accepté. » 

Suivent les signatures. 

Il est à remarquer que cette plainte des jurés- gardes de 
Labruguière se produisait au lendemain des assemblées 
générales du commerce du 14 janvier 1728, à Carcassonne, 
et du 8 mars 1728, à Castres'. Or, à aucune de ces deux 



1. Ces assemblées du commerce, instituées par arrêt du Conseil du 
roi du 18 mars 1727 et convoquées par ordonnance do l'intendant du 
Languedoc du 15 septembre 1727, se tenaient sous la présidence du maire, 
au chef-lieu du département de l'inspection des manufactures. 

Toutes les communautés de fabricants du département y étaient repré- 
sentées par des députés. 

L'inspecteur des manufactures présentait un rapport; les diverses 



314 HRNRY TOT^RNIER. 

assemblées, il ne fut question des méfaits de la « tonne »; 
son usage donnait satisfaction aux fabricants qui l'em- 
ployaient, comme nous le verrons plus loin. 

Il est vrai que la communauté de Labruguière n'envoya 
pas de députés à l'assemblée de Garcassonne, qui était celle 
de son chef-lieu '. 

Cependant, pour obtenir de l'intendant l'interdiction du 
garnissage à la tonne et triompher des op])Ositions que l'on 
pouvait prévoir, il fallait un document constatant officielle- 
ment les inconvénients de cette machine. 

Les quatre jurés-gardes de Labruguière dressèrent donc le 
10 avril suivant un procès-verbal de saisie écrasant pour 
la malheureuse tonne. Ils visitèrent ce jour-là les moulins- 
foulons de leur ville et les boutiques des fabricants, à savoir 
les foulons de MatTre, de Bernard Mariéjouls, maître foulon- 
neur, et Pierre Gau, aussi maître foulonneur. 

Ils saisiientau foulon du dit Mariéjouls une pièce de fri- 
zon^ appartenant au sieur Chaussât, marchand du lieu d'Es- 

députations le discutaient en ce qui les concernait et présentaient leurs 
observations et leurs propositions. Les procès-verbaux étaient adressés à 
l'intendant. Celui-ci les communiquait à l'inspecteur général de la pro- 
vince pour rédiger son rapport et aux députés du commerce de la 
province, qui se réunissaient tous les ans, en avril, au chef-lieu de 
l'intendance. 

L'ordonnance portait que ces assemblées auraient lieu en janvier. Les 
fabricants de la région de Castres obtinrent de l'intendant que leur réu- 
nion serait retardée au mois de mars, à cause des foires de Montagnac 
qui se tenaient en janvier et auxquelles la i)lupart d'entre eux se 
rendaient. 

1. Peut-être celte absence était-elle justifiée par la neige et l'état des 
routes de la Montagne-Noire à cette époque de l'année. Mazamet y était 
pourtant représenté par Pierre Prades, Moize Puget, Pierre-Antoine 
Calas et Jacques Gabaude, fabricants, ces deux derniers jurés-gardes de 
Mazamet et Hautpoulois. 

Nous voyons que, l'année suivante, l'assemblée fut renvoyée au mois 
de mars (le 4), « à cause du mauvais temps quy empêche les députés de 
« s'y rendre au mois de janvier ». 

2. « Les frizons larges non croisés quy se fabriquent à Castres, à 
Labruguière et autres lieux circonvoisins seront composés avec les mêmes 
laines que les frizons croisés, suivant l'art, x cy-dessus (laines-mères de 
Carcassonne, Narbonne, du Roussillon et autres de pareille qualité), et 
auront en chaîne 44 portées de 32 fils chacune, faisant 1,408 fils, compris 
ceux des lisières quy seront chacun de 4 fils blancs au milieu de 4 fils de 



INTERDICTION, EN 1728, DE LA TONNE. 315 

« coussens, gastée en plusieurs endroicts par la force de la 
tonne ». 

Ils saisirent également une autre piècedefrizon « vêlée^ ». 
dans la boutique de Maslianes, maître tisserand ; chez Pierre 
Beaux, pareur, deux pièces « fort gastées » et enfin « sur 
l'indication qui nous a esté faicte », chez le sieur Louis 
Caville, quatre pièces de frizons, non marquées de plomb, 
achetées, et « fort g-astées par la force de la tonne ^ ». 

Qu'était-ce donc exactement que la « tonne » et comment 
s'était implanté dans la région l'usage'de cette machine, 
« fait d'autant plus singulier qu'il n'y a, dit un inspecteur, 
que le diocèze de Lavaur et celui de Castres où il y en 
ait ^ » ? 

La tonne tirait son nom d'un cylindre ou tambour en 
bois « de la grosseur d'un muyd en rond »; l'inspecteur dit 
même dans sa lettre « de deux muyds » ; il est probable qu'il 
veut dire de deux muyds placés bout à bout : ce qui donne- 
rait la largeur de la machine. Ce tambour, supporté par un 
bâti, était tapissé extérieurement de chardons et actionné 
par un engrenage' qui recevait le mouvement d'une roue 
hydraulique. Le mode d'attache des chardons n'est indiqué 
par aucun document^; mais il est dit qu'à ce tambour était 



laine bleue, dont seront aussy tramés les entrebas. Ladite chaîne sera 
passée dans dos lames et rôts d'une aune et demie, pour lesdites étoffes 
avoir, au sortir du métier, la largeur d'une aune et demie moins 4 pouces 
et celle d'une aune au retour du foulon, y compris les lisières; le tout à 
peine de confiscation et de 20 liv. d'amende pour chaque contravention. » 
(Art. XI de l'arrêt du Conseil d'État du 10 septembre 1750.) 

1. On dit qu'une pièce est « vèlée -n lorsque, par suite d'un garnissage 
exagéré, le tissu est éclairci et manque tout à fait de solidité. 

2. C'étaient des pièces qui avaient été achetées au rabais par suite de 
l'avarie signalée et qui, par conséquent, n'avaient pas été présentées aux 
jurés-gardes pour recevoir la marque de plomb de la jurande. 

3. Lettre de l'inspecteur Huré de La Chapelle à M. de Lamarque, 
inspecteur général de la province, du H mai 1728. 

4. Dans les garnisseuses mécaniques actuelles, qui ne sont autres que 
la tonne avec quelques perfectionnements de détail, le diamètre du tam- 
bour a été réduit à 0"'60 environ et les chardons sont encastrés dans des 
cadres de fer appelés lames, larges de 0"" 12 environ et de la même lon- 
gueur que le tambour; on fixe au moyen de courroies et d'attaches 
métalliques les lames sur toute la circonférence du tambour. 



B16 HENRY TOURNIER. 

jointe « une autre machine qui tient les étoiFes tendues et 
« alongées sur un rouleau, à mesure qu'elles passent sur 
« cette tonne' ». 

Les tonnes firent leur première apparition à Mazamet, 
sans que nous puissions préciser à quelle date; les fabricants 
de ce lieu déclarent dans l'enquête « qu'il y a un tems im- 
« mémorial que les tonnes sont en usage dans cette manu- 
« facture », et leur emploi y avait sa raison d'être plus que 
partout ailleurs. En effet, la spécialité de Mazamet fut, dès 
les premières années du xviii" siècle, le cordelat, sorte d'é- 
toffe très forte et très serrée au tissage, qui avait un envers 
et un endroit dont l'apprêt était différent^. 

L'envers comportait un seul garnissage, après le dégrais- 
sage de l'étoffe et avant l'opération du foulon, qui caillait le 
poil déjà soulevé. L'endroit était reconnaissable à son duvet 
molletonné, obtenu par un second garnissage après le foulon. 
Les fabricants ne se faisaient pas faute, malgré les défenses 
formelles édictées par les règlements des manufactures, 
d'introduire dans les cordelats les laines grossières et très 
longues du Levant, appelées Salonique, Panorme, etc., ainsi 
qu'en font foi de nombreux procès-verbaux des inspecteurs 
et des jurés-gardes. Le garnissage des cordelats était donc 
très long et très pénible à effectuer à la main ; en outre, 
comme c'étaient les tondeurs ou pareurs qui garnissaient les 
étoffes, celles-ci devaient être portées, après le tissage, au 
foulon pour être lavées et dégraissées, de là chez le pareur 
pour recevoir l'envers, rapportées ensuite au moulin pour le 
foulage et enfin, de nouveau, chez le pareur pour le garnis- 
sage final. Ce va-et-vient incommodait autant les divers ou- 



1. Actuellement, ces rouleaux, qui sont au nombre de trois, règlent 
l'opération, en permettant d'approcher plus ou moins le tissu du con- 
tact des chardons. 

2. « Les cordelats étroits auront 28 portées de 32 fils chacune passées 
dans des lames et rôts de 4 pans, mesure de Montpellier, faisant 5 sixièmes 
d'aune, mesure de Paris, pour revenir au retour du foulon à la largeur 
de demi-aune de ladite mesure, avec les lisières. » (Art. 1" de l'arrêt du 
Conseil d'État du roi du 1" février 1716, réglant la composition des 
étoffes appelées cordelats qui se fabriquent à la province de Languedoc.) 



INTERDICTION, EN \72S, DE LA TONNE. 317 

vriers qui refTectuaient que le fabricant, dont la marchan- 
dise risquait de se détériorer au cours des nombreux trajets. 
L'usage s'établit donc de donner l'envers, ou, comme on di- 
sait, d'enverser les cordelats dans les foulons, ce qui sup- 
primait un voyage d'aller et retour, et c'est ainsi que les fou- 
lonneurs qui avaient à leur disposition des chutes d'eau et 
des roues hydrauliques pour actionner leurs maillets furent 
amenés à construire des tonnes, qui leur permettaient d'ap- 
prêter ces grosses étoffes bien plus vite et avec bien moins 
de fatigue qu'à force de bras. D'abord employées exclusive- 
ment par les maîtres foulonneurs pour les envers, les tonnes 
furent peu à peu adoptées aussi pour le garnissage final et 
les pareurs ne tardèrent pas à les préférer au travail à la 
perche. 

Cette évolution se fit d'autant plus facilement que l'ou- 
vrage était très abondant à cette époque à Mazamet : les pa- 
reurs n'y pouvaient suffire. En 1728, l'usage de la tonne 
s'était répandu dans toute la région, notamment h Boissezon, 
Gambounès, Brassac, F^abruguière, etc.; mais les avantages 
de son emploi n'étaient pas les mêmes pour toutes les fabri- 
cations, et les étoffes légères, notamment les frizons non 
croisés et les flanelles de Labruguière, y couraient des ris- 
ques; elles exigeaient des opérateurs très capables. Le 
maître foulonneur de cette ville à propos duquel fut soulevé 
l'incident manquait sans doute d'expérience, et la mala- 
dresse d'un ouvrier fut la cause, ou plutôt le prétexte, de la 
suppression de l'outil. 

Il importait à l'inspecteur, pour provoquer une mesure 
générale de l'intendant, d'obtenir l'avis favorable des fabri- 
cants de Mazamet qui pouvaient avoir, eux aussi, à se plain- 
dre de la tonne. Le 23 avril, M. Huré de La Chapelle écrit 
aux gardes-jurés de cette ville pour leur signaler la délibé- 
ration de Labruguière et leur enjoindre de consulter leur 
communauté. 

En conséquence, Pierre Antoine Galas et Jacques Gabaude, 
gardes-jurés de Mazamet et Hautpoulois, convo(iuent une 
assemblée et lui exposent que riuspecteur leur « donne 



318 HENRY TOURNIER. 

« à connoistre qu'il serait important pour le bleu de cette 
« fabrique de supprimer et destruire les tonnes, à cause du 
« mauvais usage des pareurs quy garnissent entièrement les 
t étoffes tant à l'envers qu'au droict, ce qui est pernicieux 
« et préjudiciable à notre marchandise, et requièrent les fa- 
« bricans présens de prendre des résolutions convenables ». 

Mais ici, nous sommes dans la patrie de la tonne, et l'as- 
semblée est unanime à en réclamer le maintien, « tout au 
« moins pour donner l'envers aux cordelats quy sont croisés 
« et ont beaucoup de force pour résister; ce même envers 
« est plus beau et plus uny de beaucoup qu'à la brasse et 
« fait un très beau effet. » Voilà, constatées en 1728, la supé- 
riorité du travail à la machine sur le travail à la main, sa 
régularité' sa perfection ; mais nous allons voir souligné un 
autre avantage du machinisme : 

« D'ailleurs, ajoute l'assemblée, s'il falloit faire garnir à 
« la main les étotfes quy se fabriquent dans cette jurande, 
« on ne trouveroit qu'avec peine les ouvriers pour cella, et 
« donneroit mesme un très grand retardement à la vente des 
« marchandises par les longueurs que cella enlraineroil^.. 



1. Dans le premier semestre de 1728, il y avait à Mazamet 140 fabri- 
cants, 224 métiers à tisser pour cordelats et redins et 4 métiers pour draps 
blancs en grande largeur (1 aune 1/4). 11 s'était fabriqué dans ce semes- 
tre : 119 pièces de cordelats larges, 1,315 de cordelats étroits, 48 de frizons 
étroits, 111 de cordelats sans lisières, 83 de draps blancs, 135 de revèches 
ou bavettes et 55 de molletons. Les prix de vente avaient un peu baissé 
depuis le semestre précédent : les cordelats larges se vendaient 3 liv. 5 s. 
la canne au lieu de 3 liv. 16 s. en 1727; les cordelats étroits même prix, 
2 liv. 18 s. ; les cordelats sans lisières, 2 liv. au lieu de 2 liv. 6 s. ; les 
molletons, 3 liv. 13 s. au lieu de 3 liv. 11 s. ; les revèches, 2 liv. 13 s. au 
lieu de 2 liv. 14 s.; les frizons larges, 3 liv. 3 s. au lieu de 3 liv. 4 s.; 
ceux étroits au même prix, 2 liv. ; les cadis croisés, 2 liv. 15 s. au lieu de 
2 liv. 13 s. 

Dans le même semestre, Labruguière possédait 20 fabricants et seule- 
ment 20 métiers battants ; il ne s'y était fabriqué que 100 pièces de cadis 
croisés, 200 pièces de frizons étroits et 21 de frizons larges. 

( État des manufactures de draperies et autres étoffes de laine fabri- 
quées dans l'étendue de l'inspection du département de Carcassonne pen- 
dant les six premiers mois de l'année 1728, dressé par M. Huré de La 
Chapelle, inspecteur des manufactures.) 

On voit la différence d'importance des deux centres d'industrie qui se 
déclaraient l'un pour, l'autre contre l'emploi de la machine. 



INTERDICTION, EN 1728, DE LA. TONNE. 3l9 

« Tous les marchands qui acheptent des cordelats sont 
« très contents et satisfaicts de lamarchandize. » 

Voilà un argument probant pour 1 époque, toute la régle- 
mentation visant à donner satisfaction au consommateur. 
Puis vient la réponse à l'attaque de l'assemblée de Labru- 
guière : 

« Il n'en est pas de même des frizons et autres marchan- 
« dises qu'on fabrique à Labruguière et ailleurs, parce que 
« ces étotîes sont unies et plénières et non croisées et par 
« conséquend sont fort minces et déliées et n'ont pas la force 
« de résister à la tonne, quy très souvent les mest à lam- 
« beaux et hors d'état de vente. Et en soutenant l'ordre et 
« l'uzage naturel de ses tonnes pour la jurande de Mazamef, 
« les délibérans sont persuadés que monsieur De La Gha- 
« pelle voudra bien les faire subsister et maintenir pour tra- 
« vailler l'envers des cordelats, avec cette loy et condition 
« que d'aujourd'huy en avant, aucun pareur du département 
« de cette jurande ne pourra, soubs peine d'amende et con- 
« fiscation des marchandises, donner aucun travail à la 
« tonne que tant seulement l'envers et non autre chose, et 
« que tous les autres travaux seront faits par la main de 
< l'ouvrier. Tous les délibérans, tant pour eux que pour les 
« maîtres pareurs absants, se soumettent d'exécuter de 
« poinct en poinct cette délibération et de ne point l'enfrein- 
« dre directement ny indirectement, soubs peine de cent li- 
« vres d'amende et confiscation des cordelats et autres mar- 
« chandises *. » 

L'important était de sauver les tonnes de la destruction ; 
une fois acceptées, en invoquant l'apprêt de l'envers, il serait 
bien difficile à M. l'inspecteur de s'assurer qu'elles ne ser- 
vaient que dans ce cas, et les garnissages continueraient à se 
donner comme on en avait l'habitude dans la fabrique de 
Mazamet. 

Cependant l'affaire suivait son cours. Le 14 mai, M. Huré 

1. Le procès-verbal ne porte pas la date exacte de celte réunion qui 
eut lieu entre les 23 avril et 14 mai, sans doute à l'hôtel de ville de 
Mazamet. 



320 HENRY TOURNIER. 

de La Chapelle, de retour à Garcassonne, sa résidence habi- 
tuelle, adresse un premier rapport sur la question à l'inten- 
dant par la voie de son chef hiérarchique, M. de Lamarcpie, 
inspecteur général des manufactures de la province de Lan- 
guedoc au bureau de Montpellier, et le 19 mai, le dit sieur 
de Lamarque transmet ce rapport à Me'' l'intendant Basile 
de Bernage de Saint -Maurice, avec ses observations et les 
pièces à l'appui, c'est-à-dire les délibérations des fabricants 
de Labruguière et de Mazametet les procès-verbaux de saisie 
des jurés-gardes de la première de ces deux communautés. 

Le rapport de M. de La Chapelle est trop intéressant pour 
que nous n'en donnions pas les passages principaux. 

Après avoir rappelé qu'il fit prendre, le 10 mars, à Labru- 
guière, la délibération annexée^ « pour obliger les tondeurs 
« à garnir les frizons et les cadis à la perche et à la main, 
« comme il se pratique dans tous les lieux de fabrique du 
€ royaume, et non avec une des plus indignes et des plus 
« pernicieuses machines quy se soient jamais inventées », il 
donne la description de la tonne et énumère ses inconvé- 
nients, en rappelant que Me' Daguesseau l'avait interdite 
en 1680. 

« Les tondeurs qui se servent de ce pernicieux instrument 
« y trouvent leur compte et voudroient bien en soutenir 
« l'uzage; elle leur épargne la nourriture et les gages des 
« compagnons qu'ils seroient obligés de tenir pour garnir à 
« la main. Les bons facturiers connaisseurs et entendus, qui 
« payent les travaux ce qu'ils valent, ne demandent pas mieux 
« que l'uzage de cette tonne soit aboly. Mais les ygnorans et 
« les avides d'un gain sordide sont du parti contraire, parce 
« qu'ils trouvent au moïen de cette machine quelques dou- 
« ceurs dans le prix des travaux. » 

Le rapport ne peut passer sous silence la délibération des 
fabricaï)ts de Mazamet, si favorable à l'emploi de la tonne 
pour qui tient compte de leur désir de ne pas déplaire à leur 



1. L'inspecteur l'evendique nettement dans son rapport l'initiative de la 
campagne menée conti'e la nouvelle machine. 



INTERDICTION, EN 1728, DE LA TONNE, 321 

inspecteur; mais il le commente de manière à en changer 

presque les conclusions. 

€ J'écrivis, à ce sujet, aux jurés-gardes de Mazamet, le 
23« avril dernier, en leur signalant la délibération de 
Labruguière. Ils prirent par ma lettre une délibération 
dont il résulte qu'ils sont indéterminés là-dessus...; ils 
semblent combattus entre l'avidité et le désir de bien tra- 
vailler...; ils se laissent entraîner par un gain sordide 
d'une petite épargne qu'ils feront sur les travaux de garnir 
à la tonne au lieu de la perche, se flattant que leurs cor- 
delats sont assez forts pour résister aux assauts que cet 
instrument leur livre. Ils se flattent que l'ouvrier garnira 
les envers à la tonne et l'endroit à la main; mais l'ouvrier 
travaille autant la nuit que le jour\ et le facturier ne sera 
pas toujours présent dans le moulin à foulon et sera trompé, 
et le commerce aussy. Et quand bien même la machine de 
la tonne feroit l'ouvrage aussy égallement et aussy pru- 
demment que la main de l'homme, le roy ne protège les 
manufactures de son royaume que pour procurer le bien 
de ses sujets; cette machine semble s'opposer aux désirs 
de Sa Majesté là-dessus; elle empêche un grand nombre de 
personnes de gagner leur vie et d'apprendre un métier, quy 

est celuy de tondre et garnir les étoffes 

« Vous êtes. Monseigneur, le père et le protecteur des 
manufactures et du commerce dans cette province; c'est 
pourquoy je vous supplye très humblement de vouloir 
ordonner que toutes les tonnes quy se trouveront dans 
les moulins à foulons du diocèze, servant à enverser ou 
garnir soit draps et toutes sortes d'étoffes, seront abattiies 
et brisées, à la diligence des inspecteur et jurés-gardes, 
trois jours après l'ordonnance, sous peine de cinquante 
livres d'amende. » 
Ce rapport de l'inspecteur de Carcassonne soulève déjà, 

en 1728, les graves problèmes économiques et sociaux qui se 



1. Preuve officielle de l'activité qui régnait pendant cette période dans 
les fabriques de Mazamet. 

ANNALES DU MIDI. — XXIII 21 



323 HRNRY TOURNIER. 

posent encore à présent. Sans entrer dans le détail, nous ne 
pouvons point ne pas remarquer combien il est inutile que 
l'ouvrier continue à apprendre un métier manuel, quand tout 
le monde, et lui surtout, aurait avantage à l'avènement de la 
machine. 

Répétons en etïet que, seule, en décuplant le rendement 
du manœuvre et la production de la marchandise, celle-ci 
permet et de réduire les prix de revient, et d'élever le salaire 
de l'ouvrier, et de diminuer sa fatigue. 

Au point de vue de la perfection du travail, on ne peut que 
sourire des craintes du prudent inspecteur, lorsqu'on voit les 
apprêts donnés par les « tonnes » actuelles, à deux tambours 
et à quatre contacts de l'élofîe avec le chardon. 

M. de Lamarque, en transmettant les pièces de l'affaire à 
l'intendant, estime « qu'avant de rien statuer sur une affaire 
aussy importante », il y a lieu de rechercher l'ordonnance de 
Ms'' Daguesseau, de 1680, et de voir si elle n'a pas été rap- 
portée depuis. Après cela, il faudra communiquer le dossier 
au sieur Barbara de LaBeloterie de Boissezon, subdélégué à 
Castres, et le prier de « confférer avec les fabriquans les plus 
« zellés et les plus entendus de la ville de Castres, Mazamet 
« et Labruguière, pour savoir si, elTectivemenl, l'uzage de la 
« tonne est aussy pernicieux qu'on le prétend ». 

En marge de ce rapport, l'intendant, ou son secrétaire, a 
inscrit la mention suivante : « Écrire en conformité de cet 
« avis à M^" de La Beloterie, lui marquer de faire rechercher 
« l'ordonnance rendue en 1680 par Ms^ Daguesseau^ et celles 
« rendues depuis, conférer sur le fond du sujet avec les fabri- 
« quans les plus entendus et transmettre leur avis. Commu- 
« niquer à M'' de La Chapelle, — 25 may 1728. » 

Labruguière et Mazamet, étant dans le diocèse de Lavaur 
et dans le département des manufactures de Garcassonne, 
n'avaient aucun rapport officiel avec Castres; il est donc un 
peu surprenant que ce soit le subdélégué de ce diocèse qui 



1. L'ordonnance de 1680 n'avait sans doute pas été retrouvée aux 
Archives de l'Intendance, oii nous l'avons vainement cherchée nous-même. 



INTERDICTION, EN 1728, DE LA TONNE. 323 

ait été chargé de l'enquête; mais l'éloignement des deux 
chefs- lieux de la région visée, l'emploi de la tonne dans cer- 
taines fabriques du dépnrtement de Castres telles que Bois- 
sezon d'Augmontel, Cambounès et Brassac, enfin la proxi- 
mité et la facilité des communications avec Castres parurent 
sans doute des raisons suffisantes à cette décision. 

Conformément aux instructions reçues, M'' de La Beloterie 
fait rechercher l'ordonnance de Daguesseau ou toute autre 
concernant les tonnes. Un certificat du S'' Azaïs, greffier de 
l'hôtel de ville de Castres, du 8 juin 1728, affirme qu'il n'a rien 
été trouvé à ce sujet. 

Le même jour, 8 juin, l'avis des marchands facturiers de 
frizons et cadis de Labruguière est apporté à M. de La Belo- 
terie par les sieurs Pierre Alquier, garde-juré, et Jacques 
F'abre, fils de Guillaume, fabricant, dûment convoqués. Natu- 
rellement, les promoteurs de cette campagne s'élèvent éner- 
giquement contre les méfaits de la tonne et en demandent 
la destruction. 

A la suite de cette audience, le subdélégué de Castres 
reçoit « les sieurs Pierre-Antoine Calas, juré-garde de la 
« manufacture de Mazamet et Hautpoulois, et Jean Sabatier, 
« fabricant, députés du corps des marchands dudit Mazamet, 
« convoqués par ordre de M'' le subdélégué, du 7 courant, 
« pour supprimer et détruire les tonnes ». 

Bref, on leur annonce la suppression comme déjà décidée 
en principe : une résistance opiniâtre pourrait leur attirer 
des ennuis. Aussi, les industriels mazamétains, qui ont tou- 
jours craint d'être en opposition avec les pouvoirs publics, 
vont-ils changer d'avis, quoique bien à regret. Les députés 
rappellent la délibération unanime des fabricants; ils main- 
tiennent que « lesdits cordelats peuvent par leur force résis- 
« ter à la tonne,... qu'à la main, l'opération traînera plus en 
« longueur »; mais ils concluent humblement : « Pour oster 
« tout soubçon pour l'antier apprêt du garnissage quy se 
« pourroit faire à la tonne et pour le bien et maintient du 
« bon ordre de ladite fabrique, notre avis est que lesdites 
« tonnes soient abolies et détruites. » 



324 HENRY TOURNIER. 

Le 11 juin, c'est le tour des fabricants de Castres ; leur déli- 
bération, signée Fournès, greffier, conclut également à l'in- 
terdiction. 

Le lendemain, M. de La Beloterie transmet ces trois consul- 
tations et le certificat du S'" Azaïs à Ms'^ l'intendant, en y joi- 
gnant un Mémoire du 11 juin, dressé par le sieur Fournes, 
« un des plus habilles commerçans que nous ayons peut estre 
« dans le haut Languedoc ». Il ajoute que « presque tous les 
« pareurs et foulonneurs de ce païs se servent depuis quelque 
« tems de cette machine appelée tonne, pour garnir les étof- 
« fes quy s'y fabriquent ». Quant à l'ordonnance rendue en 
1680 par M^"" Daguesseau, ni les facturiers de Labruguière, ni 
lui-même n'ont pu la retrouver, malgré leurs recherches. 11 
est d'ailleurs possible que l'ordonnance n'ait existé que dans 
l'imagination des jurés-gardes de Labruguière. 

Le Mémoire du S'' Fournes, cité plus haut, dénote chez son 
auteur» une vive intelligence et expose la question dans tous 
ses détails. Il porte, d'après son titre même, « sur ce quy a 
« donné occasion à l'introduction et uzage de la tonne pour 
« garnir les étoffes et de l'abus quy en résulte par l'uzage 
« pernicieux qu'on en a faict jusques à présent ». 

Après avoir très clairement décrit la répartition normale 
du travail entre les foulonneurs et les tondeurs ou pareurs, 
« dans les villes où il y a des fabriques », l'auteur explique 
« que, « lorsqu'ils ont une certaine quantité de marchandises 
« à apprêter, surtout à la veille des foires, il faut aux pareurs 
« quatre ou six hommes, si dans la boutique il y a trois per- 
t ches pour travailler. 

« Ces tondeurs, voyant qu'il leur falloit beaucoup de per- 

< sonnes pour tirer le poil aux étoffes, pour en épargner la 

< dépens'^, se sont avisés de prendre les moulins-foulons, de 
« fouler eux-mêmes les étoffes et leur donner aussy les au- 
« très apprêts nécessaires de leurs mains. Pour supprimer 
« les personnes qu'ils tiennent pour les ayder à garnir les 

1. C'est sûrement le sieur David Fournes, marchand de la ville de 
Castres, qui avait été député de sa communauté à l'assemblée générale 
du commerce tenue le 8 mars 1728 en cette ville. (V. plus haut.) 



INTERDICTION, EN 1728, DE LA TONNE. 325 

« étoffes, ils ont inventé la tonne, machine que la force de 
« l'eau fait tourner et quy dans un tour fait plus de travail 
« à garnir les étoffes que ne font six hommes à les garnir à 
« la main et à la perche ^ » 

Les tondeurs y trouvent un grand profit, puisque « deux 
« hommes avec l'aide de cette machine peuvent gagner au- 
« tant que douze personnes quy seroient occupées à garnir 
« à la main. » 

Aussi n'ont-ils regardé qu'à leur intérêt, et « pour faire 
« goûter l'uzage de cette tonne aux fabriquans qui cher- 
« client à épargner quehjue chose, ils ont diminué le prix de 
« l'apprest des pièces d'étoffes. Cette petite douceur qu'ont 
€ trouvé les fabriquans dans l'apprest a fait qu'ils n'ont pas 
• fait les attentions convenables au préjudice que cause 
t cette machine dans l'apprest des marchandizes ». 

Il reconnaît qu'il y a des qualités de tissus « quy, estant 
« fortes, pourroient résister à la vérité plus que celles quy 
« ne le sont pas » ; cependant on les y passe toutes, et lors- 
que les pièces sont abîmées, les tondeurs ne se font pas scru- 
pule de les plier comme si elles étaient bonnes, « elles fabri- 
« cans les ayant vendues sont subjects à recevoir des repro- 
« ches de leurs correspondans et faire des rabais sur leurs 
« marchandizes par les deffectuosités quy se trouvent dans 
« les pièces, et très souvent à reprendre les marchandizes ». 

Il rend hommage au zèle de M. de La Chapelle et adopte 
ses conclusions concernant la destruction de ces machines. 
Puis vient une remarque qui se vérifie encore de nos jours : 

« Mais, il y a de plus encore à observer que le rouleau quy 
« tient la pièce d'étoffe tendue et que la tonne tire sa force 
« de l'eau, cela la fait allonger plus que l'apprest à la 
« main. » 

En outre, il peut arriver que, le chardon n'étant pas placé 



1. Cette explication complète celle que nous donnions plus haut, visant 
l'usage d'enverser les cordolats, basée sur la délibération des niarcliands 
facturiers de Mazamet. Le négociant de Castres, qui connaît peu, sans 
doute, la fabrication de Mazamet, ne se fonde que sur ce qu'il a pu voir 
dans sa propre ville. 



326 HENRY TOURNIER. 

sur la tonne d'une façon très régulière, le garnissage ne soit 
pasparlaitement uni'; et lorsque la marchandise vient de la 
teinture pour recevoir à la frisure son dernier apprêt, l'opé- 
ration ne peut pas se bien effectuer; cette observation ne 
concerne que les frizons, spécialité de Labruguière. 

Le sieur Fournes conclut donc à la destruction et à l'inter- 
diction des tonnes; mais, sachant que son Mémoire est des- 
tiné à M?"" l'intendant, il en profite pour demander en même 
temps « qu'il soit fait défences aux tondeurs et pareurs de 
« tendre, crocheter et tirer à la rame les pièces d'étofïes 
« qu'on attache très souvent de chaque bout pour les faire 
« allonger ». Lorsque les marchands achètent ces pièces et 
les mettent en teinture, elles perdent tout ce qu'elles avaient 
gagné à la rame, c'est-à-dire « quatre, six et huit pans par 
« pièces et quelquefois plus, ce quy a donné très souvent 
et occasion aux marchands éloignés des autres provinces et 
« aux étrangers d'en porter des plaintes à monsieur le con- 
« trolleur général, prédécesseur de celuy d'aujourd'huy ». 

Ainsi se termine ce rapport, que l'on sent rédigé par un 
notable marchand, mais non par un fabricant, qui aurait sans 
doute été moins sévère pour des procédés industriels fort 
avantageux. 

Désormais, le dossier est complet; le voilà parvenu aux 
mains de l'intendant; l'affaire va suivre sa marche adminis- 
trative. Remarquons, en passant, combien elle avait été 
soigneusement étudiée et avec quelle célérité — du 10 mars 
au 12 juin — surtout si l'on tient compte de la lenteur des 
moyens de communication à cette époque et des nombreux 
intérêts en jeu. Le 8 juillet 1728, l'inspecteur général, M. de 
Lamarque, a adressé à M. de Montferrier, syndic général de 
la province de Languedoc, son rapport concluant à la des- 
truction des tonnes et à la rédaction d'une ordonnance qui 
en interdise l'emploi à l'avenir. En marge de ce rapport, 
M. de Montferrier a, de son côté, rédigé les considérants qui 

1. Il serait facile de répondre que cet inconvénient est encore plus fré- 
quent avec le garnissage à la main, qui donne un travail bien plus irré- 
gulier par suite de la fatigue ou de la négligence des ouvriers. 



INTERDICTION, EX 1728, DE LA TONNE. 327- 

devront précéder rordoiinance, et le tout a été transmis à 
M. de Beriinge de Saint-Maurice, intendant. Notons cepen- 
dant que le procès- verbal de l'inspection eflectuée à Mazamet 
le même jour, 8 juillet, par M. de La Chapelle, « assisté du 
« S'' Barbara, troisième consul de la ville, et des sieurs Ga- 
« baude et Calas, jurés-gardes », restait muet sur la ques- 
tion des tonnes et de leurs méfaits. 

L'aiïaire eut son écho jusqu'à Versailles. Le 22 juillet, 
M. Le Pelletier, contrôleur général des finances*, avisé 
directement par lettre de M. de La Chapelle^, écrivait à ce 
sujet à M. de Bernage. Il le prie de faire une enquête sur 
la tonne « auprès des syndics de la province et des plus 
« habilles négocians et de lui marquer ensuite ce quy doit 
« être faict pour le bien et l'avantage de nos manufactures ». 
En même temps, il s'étonne que cette machine ne soit usitée 
que dans deux diocèses. 

Le 31 juillet, l'intendant de Languedoc répond h M. Le 
Pelletier. Sa lettre renferme une expédition de l'ordonnance 
qu'il vient de signer le 25 dudit mois. La voici telle qu'elle 
figure, sous forme d'imprimé, aux Archives de l'ancienne 
Intendance de Languedoc : 

Ordonnance qui défe?id Viizage d'une machine appelée lontie 
et ordonne que les étoffes seront garnies à la main sur la 
perche avec le chardon. 

Da ;^5 juillet 1728. 

Louis Basile de Bernage, chevalier, seigneur de Saint-Maurice, 
Vaux, Chassy et autres lieux, conseiller du roy en ses Conseils, 

1. M»'' Le Pelletier des Forts, conseiller d'État ordinaire et au Conseil 
royal, et contrôleur général des finances, membre du Conseil des Dépè- 
ches, avait dans son ressort le déi)artement des manufactures. [Alma- 
nach royal pour l'aniiée 1728.) 

2. M. Hiiré de La Chapelle, qui jiaraît n'avoir pas eu beaucoup do 
sympatiiie iiour hi fabrique do Mazamet, s'exprime ainsi sur ce centre 
d'industrie dans un rapport du 29 août 1728 : « Chaque facturier du côté 
« de France se pique, avec raison, d'avoir tous leurs ouvriers qu'ils 
« peuvent avoir dans la maison, au moins les drousseurs et les tisse- 
» rands; on est ici dans un goût contraire, on les éloigne tant qu'on 
« peut, disaut que c'est un trop grand embarras, et que cola sent l'hiiille; 
<i on peut juger, de là, de la capacité de la plupart des fabriquans. » 
La statistique, citée plus haut, dressée par le même inspecteur, la même 



328 HENRY TOURNIRR. 

maître des Requêtes ordinaires en son Hôlel, grand croix de 
l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, intendant de justice, 
police et finances en la province de Languedoc. 

Veii les Mémoires à nous présentés parles marchands-facturiers 
des étoffes qui se fabriquent dans les diocèses de Castres et La- 
vaur, contenant qu'au préjudice de l'ordonnance rendue par M. Da- 
guesseau, l'année 1680, les pareurs et foulonneurs entreprennent 
de se servir d'une macliine appelée tonne pour garnir et coucher 
le poil desdites étoffes , ce qui est absolument contraire au bien 
du commerce ; 

Veû aussy l'avis des inspecteurs des manufactures et celuy du 
sieur de Montferrier, syndic général de la province; 

Nous ordonnons qu'à la diligence des consuls des villes et lieux 
des diocèzes de Castres et de Lavaur, lesdites machines appelées 
tonnes seront détruites, avec déffences à tous fabriquans, ton- 
deurs et foulonneurs d'en faire construire de nouvelles à peine de 
1000 livres d'amende et de punition corporelle; 

Enjoignons auxdits fabriquans et tondeurs de faire garnir et 
coucher à l'avenir le poil de toutes les étoffes qui leur seront portées 
sortant du foulon à la main sur la perche avec le chardon et leur 
faisons déffence de se servir ny d'avoir dans leurs maisons des 
cardes de fer pour garnir et coucher le poil desdites étoffes, à peyne 
de 30 livres d'amende pour chaque contravention ; 

Faisons pareillement déffences à tous les fabriquans, tondeurs 
et pareurs, foulonneurs et autres ouvriers de tirer les étoffes soit à 
la rame, soit avec des crochets ou en les attachant par chaque 
bout pour les faire allonger, à payne de confiscation desdites mar- 
chandizes et de 100 livres d'amende ; 

Enjoignons aux inspecteurs des manufactures et à nos subdélé- 
gués dans lesdits diocèzes de Castres et de Lavaur de tenir la 
main à l'exécution de la présente ordonnance. 

Fait à Beaucaire, le 35 juillet 1728. 

Signé : De Bernage. 
et plus bas : Par Monseigneur : Jourdan, collationné. 

année, vient heureusement attester, d'une façon mathématique autant 
qu'officielle, l'importance dès cette époque de la fabrique de Mazamet, et 
par conséquent la « capacité » de ses industriels. 



INTERDICTION, EN 1728, DE LA TONNE. 329 

Le contrôleur général, par lettre du 31 décembre, datée de 
Versailles, approuve rordonnance, et le 18 janvier 1729, le 
Conseil d'État, afin de rendre la prohibition générale à toute 
la France, promulgue un arrêt réglementant l'apprêt des 
étotïes. La tonne ne s'y trouve pas mentionnée nominative- 
ment, mais il est ordonné que les foulonniers, tondeurs et 
pareurs seront tenus de se servir de chardons pour garnir et 
coucher le poil des draps et autres étoffes de laine, « avec 
deffense d'y employer des cardes de fer, ny quelqu'autre 
machine que ce soit ». 

L'article LUI des Règlemens généraux des Manufactures 
du mois d'août 1669 est rappelé; il spécifiait : « ... Ne pour- 
€ ront les tondeurs se servir de cardes [de fer] pour coucher 
« lesdits draps et serges, ny en tenir en leurs maisons, mais 
« se serviront de chardons, à peine de douze livres d'amende 
« pour chacune contravention. » 

Les infractions à cet arrêt seront punies de la confiscation 
de la marchandise et des cardes ou machines, de 200 livres 
d'amende et de l'interdiction de la maîtrise pour toujours. 

Le 5 mars 1729, M. de Bernage rendait l'arrêt exécutoire 
dans toute l'étendue de sa généralité. 

La veille s'était ouverte à Garcassonne, sous la présidence 
de M. de Murât, premier consul, maire, l'assemblée géné- 
rale du commerce de 1729. Le sieur Jean Sabatié, député de 
la communauté des fabricants de Mazamet, y signale la crise 
qui sévit sur la fabrication des cordelats et des molletons, 
par suite de la concurrence nouvelle des manufactures de la 
Savoie et de la Catalogne; mais il n'est pas question de 
l'abolition des tonnes*. 

L'assemblée de Castres s'en entretient au contraire. Elle 
commence le 3 mars, sous la présidence de noble J.-J. de 
Milhau, sieur de Gourjade, maire, en présence des sieurs 
J.-J. Rion, second consul, et Claude Carbon, inspecteur des 
manufactures au département de Castres. Lecture est donnée 
du rapport de cet inspecteur. Après avoir signalé « une dimi- 

1. Labruguière n'avait pas envoyé de députés. 



330 HKNRY TOURNIEK. 

« nution considérable sur toutes les étoifes qui se fabri(]uent 
« dans la présente ville et dans les montagnes, due à la 
.< misère du temps et à la rareté des espèces qui, retenant 
« la consommation des étoffes qu'ils ont accoutumé de fabri- 
(( quer, met les fabricans hors d'état de continuer leurs fabri- 
« ques », il indique qu'il a fait détruire dans son départe- 
« ment toutes les machines appelées tonnes, servant à 
« garnir les cordelats », et qu'il a expressément recom- 
mandé à ceux qui s'en servaient de ne pas les rétablir. 

A la discussion de ce rapport, les sieurs Jacques Hue et 
Jean Maraval, députés de Boissezon d'Augmontel ', Pierre 
Guy et Jacques Bardy, députés de Brassac, Pierre Guilhot 
et Jean Maynadier, députés de Cambounès. s'élèvent énergi- 
quement contre une destruction qui leur est très préjudicia- 
ble, car c'est « ce quy a donné lieu à tous les fabricans de 
(( faire garnir les cordelats à bras, ce quy dégoutte l'ache- 
« teur. Il est vrai que cette machine est trop forte pour ser- 
« vir à l'usage des frizons, flanelles et autres étoffes sembla- 
« blés ; mais le cordelat, quy est tissé d'une filasse grossière, 
« ne sauroit être bien garny sans le secours de cette machine, 
« et si l'on ne la rétablit, la fabrication des cordelats est en 
« danger de tomber- ». 

1. D'après les considérants de l'arrêt du Conseil d'État, du 1" fé- 
vrier 1716, réglementant la fabrication des cordelats, c'est à Boissezon 
que furent fabriquées les premières pièces de ce tissu. Elles furent pré- 
sentées à la foire de Pézenas de 1714 par les sieurs La Boubée et Escande, 
marchands facturiers du lieu de Boissezon d'Augmontel, et, sur le rap- 
port du sieur Paignon, inspecteur des manufactures de Montpellier, 
l'administration préleva sur ces pièces des morceaux de demi-aune "qui 
furent conservés pour servir « d'échantillons, matrice et de modèle pour 
« ceux quy seront fabriqués à l'avenir ». 

2. Il nous paraît probable que les fabricants de Boissezon et lieux 
voisins étaient ici les porte-paroles des foulonneurs, tondeurs et pareurs 
de Mazamet, avec lesquels ils avaient d'étroites relations et qui, remar- 
quons-le, n'avaient jamais été consultés au cours de l'enquête, leur avis 
étant prévu. En effet, le 9 janvier 1728, les sieurs Landes, premier consul; 
Auge, consul; Gabeaude et Calas, gardes-jurés; P. Prades, J. Cordes, 
D. (îordes, M. Loubyès, J. Estrabaut et Seignes, notables fabricants, tous 
de Mazamet, se plaignent que les pareurs acceptent des pièces d'étoffes 
des petits factuiùers des villages voisins, telles qu'elles viennent du 
métier à tisser. 

Ces pièces sont de qualité inférieure « de plus de 10 sols par canne » ; 



INTERDICTION, EN 1728, DE LA TONNE. 331 

Les tonnes ne furent pas rétablies; mais le procès-verbal 
de cette assemblée ayant été transmis, suivant la règle, à 
l'intendant, fut communiqué au conseil des députés du 
commerce de la province, réuni à Montpellier le 25 avril 17S9. 

Voici leur avis sur la question : 

« Les députés conviennent que les cordelats sont de gros- 
« ses étoffes, donnant de la peine à tirer le poil, mais ils ne 
« croyent pourtant pas qu'on ne puisse les bien garnir à 
« force de bras avec des chardons; cependant, pour avoir 
M une plus grande connoissance de la chose et ne pas rejet- 
« ter les représentations de ces fabricans sans en être par- 
« faitement instruits, ils estiment qu'il convient de charger 
« M^^"" l'intendant d'ordonner à son subdélégué d'entendre à 
« cet égard les principaux fabricans, les marchands quy font 
« le débit de ces étotfes, avec l'inspecteur du département, 
« de dresser son procès-verbal de leurs dires, de faire faire 
« même des épreuves, et de le renvoyer avec son avis, pour 
« estre ordonné ce qu'il conviendra au bien de cette fabri- 
« que. » 

Assurément, c'était là de l'eau bénite de cour, car l'enquête 



cependant, après les avoir foulées et apprêtées, les dits pareurs les font 
marquer de la marque de certains fabricants de Mazamet, qui sont d'ac- 
cord avec eux, et cela déprécie le bon renom de la fabrique de cette ville. 
Les signataires demandent aussi une surveillance sévère des petits fabri- 
cants et des pareurs de Mazamet et Hautpoulois, « pour empêcher qu'à 
v l'avenir, ils ne puissent prévariquer ainsi qu'ils le font journellement 
« dans les aunages des marchandises,... ce dont les acheteurs se plai- 
« gnent avec raison ». A cet effet, ils réclament de l'intendant la création 
de deux maîtres mesureurs jurés dans la facture de Mazamet, pour 
auner les étoffes, « privativement aux maîtres pareurs et sous les gages 
« quy conviendront ». 

Ces plaintes se trouvent insérées en marge d'un Mémoire qui fut pré- 
senté à l'intendant, le 3 juin 1727, sur le commerce et les manufactures 
de Languedoc, par Jean Méjanelle, marchand de Nimes. Ce Mémoire 
remarquable fut jugé d'un tel intérêt qu'il fut imprimé et adressé par 
M. de Bernage aux inspecteurs et à toutes les communautés de fabrique 
de la province pour qu'ils y joignissent leurs observations. 

Le paragraphe sur les cordelats de Mazamet s'exprimait ainsi : « Celte 
« qualité en général est fort bonne, mais la Rivière de Gènes et lo IMé- 
tt mont, qui en faisoient la plus grande consommation, n'en tirent plus; 
« cette marchandise se consomme presque toute du côté de liordeaux 
« pour porter au Canada. » 



833 HENRY TOURNIER. 

ne fut pas rouverte : elle était du reste inutile après celle de 
l'année précédente, qui avait conclu à l'unanimité, — officiel- 
lement du moins, — à la suppression des machines. 

Les tonnes restèrent défendues et le garnissage se iit 
exclusivement à la main pendant plus d'un siècle encore. Les 
garnisseuses mécaniques apportées à Mazamet vers 1840 
venaient de Carcassonne, où l'industrie était alors très pros- 
père; elles étaient d'invention anglaise et avaient été intro- 
duites en France par un mécanicien de Paris nommé Dou- 
glas ^ 

Le mot même de tonne avait complètement disparu, et 
lorsque nous l'avons prononcé devant des pareurs octogénai- 
res, il n'a rien évoqué dans leur mémoire. Il a subsisté 
cependant dans le nom d'une des anciennes rues de Maza- 
met, dont personne n'aurait pu dire l'origine. Située sur la 
rive gauche de l'Arnette, à laquelle elle est parallèle, la rue 
de la Tonne communique par la ruelle des Lombards, avec 
la rue Ed. Baibey, qui est la Grand'rue du xix« siècle, et la 
rue des Tenders, du xviii*. Sur l'emplacement de celle-ci, 
c'est-à-dire en dehors des fossés, se trouvaient, comme le 
nom l'indique, les rames où l'on tendait les étoffes, autre 
opération du ressort des pareurs, interdite également par 
l'ordonnance du 25 juillet 1728. 

Henry Tournier. 



1. Renseignement communiqué par M. Dantzer, professeur au Conser- 
vatoire national des Arts et Métiers. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS 



A PROPOS DE « L IMPERATRICE » DE MONTPELLIER. 

M. Stronski, parlant récemment^ de la princesse byzan- 
tine qui a épousé Guillaume VIII, de Montpellier (1172-1202), 
la désigne comme étant « Eudoxie, fille du célèbre empereur 
deConstantinople, Manuel Gomnène » (1143 1180). Il s'étonne 
que M. Anglade ait exprimé ^ un doute sur l'identité de cette 
Eudoxie. Et, ce doute s'autorisant surtout de ce que les By- 
zantins ne connaissent pas cette fille de l'empereur Manuel 
Comnène, il affirme que ce silence « ne prouve rien ». Il re- 
connaît pourtant qu' « on est peut-être aulorisé » parla « à 
discuter tout au plus le degré de parenté » qui existait entre 
la femme de Guillaume VIII de Montpellier et l'empereur 
Manuel Comnène. 

Puisqu'il admet cette discussion, il ne s'étonnera pas de 
la rencontrer ici. avec le regret qu'il ait si nettement affirmé, 
dans son texte, une parenté qui, dans sa noie, lui a semblé 
légitimement contestable. 

Elle a, du reste, été contestée bien avant M. Anglade', car 
les historiens de Byzance n'ont pas pu laisser les amis des 
troubadours doter l'empereur Manuel Comnène d'une fille. 



1. Stanislaw Stronski, Le Troubadour Folquet de Marseille; Cracovie ^ 
1910, p. 153 et 154. 

2. Joseph Anglade, Les Troubadours ; Paris, 1908, p. 314. 
;i Du Cange, FamiUae byzantinae ; Paris, 1680, p. 181-185. 



884 ANNALES DU MIDI. 

par ailleurs inconnue et qu'on traita si mal en Occident*, 
sans demander de cette parenté des preuves péremptoires. 

On ne les a jamais fournies. Et l'opinion, affirmée à nou- 
veau par M. Stronski avec]une grande énergie, n'est pas soli- 
dement établie. Elle repose surtout sur le témoignage du roi 
Jacques d'Aragon 2, dont la chronique a paru à de bons juges 
d'une authenticité douteuse 3. En affirmant que la femme de 
Guillaume VIII de Montpellier était fille de l'empereur 
Manuel Comnène, il est en désaccord avec son contemporain 
Guillaume de Puylaurens*, pour qui elle n'était que la nièce 
du même empereur. Je ne prétendrai pas qu'ils se sont trom- 
pés tous les deux et que leur souveraine byzantine n'était 
pas de la famille impériale des Gomnènes; car je ne pourrais 
pas établir scientifiquement cette négation, et je ne veux pas 
me lancer à mon tour dans les affirmations hasardées. Mais, 
puisqu'ils ne sont pas d'accord, il faut bien que l'un des deux 
se soit trompé. Dans cette alternative, M. Stronski a fait son 
choix : il condamne délibérément Guillaume de Puylaurens 
et il n'en veut croire sur ce point que le roi Jacques d'Ara- 
gon. Mais il établit sa confiance en lui sur des arguments 
dont la valeur est discutable. 

Ce sont : une lettre d'Innocent IIP à Guillaume de Mont- 
pellier, datée de 1202, où cette princesse est traitée de qua- 
dam noMli Grœca; — un acte de 1207, connu par un regis- 
tre" et par un résumé', où elle est dite « impératrice » ; — 
l'habitude des Troubadours de la qualifier emperairis . 

Le premier de ces documents, issu de la chancellerie pon- 
tificale, ne parle pas d'Eudoxie comme d'une princesse im- 
périale de Constantinople. « TTne noble grecque » n'est pas 

1. Voyez le très intéressant résumé de son histoire par Achille Luchaire, 
dans la Revue bleue de janvier 1908, p. 41. 

2. Mort en 1276 ; ch. I de sa Chronique. 

3. Morel Fatio, in Grundriss der romanischen Philologie, II, 2, 
p. 118. 

4. Mort très âgé en 1272 ; Rec. Hist. Fr. XIX, 201. 

.^». Delisle, Les Registres d'Innocent III, 1885, p. 86-87. 

6. Dans Gariel, Sei'ies p)-aesulum Magalonensium , Toulouse, 1665, 
p. 278. 

7. Archives de Montpellier, 1895, sqq., I, 14. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 335 

torcément la fille, ni même la parente de l'empereur. Ces 
termes de la lettre du Pape, loin de renforcer l'affirmation 
de Jacques d'Aragon, se prêteraient beaucoup mieux à la 
combattre. 

L'acte de 1207 est plus précis, puisqu'il traite Eudoxie 
d'impératrice. Ce titre paraît conforme à la coutume qu'on 
avait alors de donner à une princesse le titre porté par son 
père ou par sa famille' ; il est aussi la conséquence du titre 
grec que devait porter cette Byzantine en arrivant dans le 
pays^et qu'il était difficile à des Latins de traduire autre- 
ment que par le mot impériale ou impératrice. Pour le rédac- 
teur de cet acte, comme pour les Troubadours, Eudoxie a été 
impératrice, c'est-à-dire une iille de la famille impériale de 
Byzance. De ce titre, on peut donc inférer, si l'on veut, 
qu'elle descendait d'un empereur ; mais il ne permet pas de 
préciser si elle était la lille ou la petite fille d'un empereur 
quelconque, encore moins nous autorise-t-il à la déclarer lille 
ou nièce d'un empereur particulier. Il ne peut vraiment nous 
aider à choisir entre l'afiirmation du roi Jacques d'Aragon et 
celle de Guillaume de Puylaurens. 

Dans cet embarras, il est naturel de recourir aux Byzan- 
tins pour aboutir à une solution. Or, ils ignorent la femme 
de Guillaume VIII de Montpellier. Dire, comme M. Stronski, 
que « cela ne prouve rien » est bientôt fait. Encore faudrait-il 
se demander pourquoi des savants comme Du Gange ont 
pensé différemment. 

L'histoire byzantine, il est vrai, n'a pas mentionné toutes 
les princesses impériales mariées en Occident. Elle a notam- 
ment ignoré l'existence de l'impératrice Théophano, femme 
de l'empereur Otton II (mort en 983), que les Occidentaux 
disent être la fille de l'empereur Romain IP. Mais cette prin- 

1. Exemples donnés par Stronski, Folquet, p. 154. 

2. Les princes et les princesses de la famille impériale étaient tous dé- 
corés, au xii" siècle, d'un titre formé avec un des composés du mot 
otSaffTiî, qui est, pour les Latins, la traduction grecque du titre d'Atcguste 
dans le sens d'empereur. 

3. Mort en 963. Voyez Schlumberger, L'Épopée bi/zantinc, 1, 18%, 
p. 10:M91. 



336 ANNALES DU MIDI. 

cesse a vécu en un temps où l'on éprouvait à Gonstantinople 
une vive indignation contre les mariages des Byzantines avec 
les rois d'Occident. C'étaient, pour l'opinion, de honteuses 
mésalliances que la politique pouvait bien amener et excu- 
ser, mais dont il valait mieux taire l'existence. On les igno- 
rait de parti pris dans les livres destinés à faire connaître 
l'histoire du présent aux générations à venir. 

Ce raisonnement ne vaut rien lorsqu'il s'agit de Manuel 
Comnène et des siens. Par les historiens, par les poésies de 
cour, nous connaissons la chronique de sa famille et de sa 
vie privée ; on nous en a dit tous les scandales et toutes les 
petitesses; on nous a dit aussi quels enfants il eut de ses 
deux femmes, quand ils naquirent et quel fut leur sort. Or, 
il n'y a point parmi eux de fille qui ait pu épouser quelqu'un 
en 1174 ou en 1181 ^ En outre, Manuel et ses contemporains 
n'ont pas fait mystère de leurs unions avec des femmes lati- 
nes. Manuel s'est marié deux fois, et chaque fois avec une 
princesse latirje. Il a mené pendant tout son règne des négo- 
ciations multiples et acharnées pour marier ses enfants, ses 
neveux, ses nièces et ses autres parents dans les familles 
princières chrétiennes d'Europe et de l'Orient latin. Là-des- 
sus, nous avons de nombreux témoignages d'origine byzan 
tine qu'on trouvera véunis da.nsKii]^hen\ Die abencllàndische 
Politih Kaiser Manuels (Diss. Strasbourg, 1881), p. 111. Il 
n'y est pas dit un mot de cette « impératrice ». C'est déjà sin- 
gulier s'il s'agit d'une parente très proche de Manuel. C'est 
inacceptable si cette « impératrice » est sa fille. 

Enfin, l'engouement certain des Occidentaux pour Manuel 
Comnène, dont ils ont admiré le caractère chevaleresque; le 
désir de paraître avoir contracté une alliance avec lui, tout 
comme le roi Louis VII et le marquis de Montferrat; les 
négociations qui ont dû être effectivement menées avec lui 
pour le mariage d'Eudoxie en 1174; voilà de quoi expliquer 
comment le nom de Manuel Comnène a été très vite lié à 



1. Sa fille Marie a épousé le marquis de Montferrat en 1178; son autre 
fille était morte à quatre ans. 



MELANGES ET DOCUMENTS. àô / 

celui de « l'impératrice » dans la famille et dans le pays de 
son mari. 

Pourtant, si le témoignage de Jacques d'Aragon était tout 
à fait contemporain d'Eudoxie; s'il était complètement isolé 
en Occident ou en parfaite conformité avec les autres témoi- 
gnages occidentaux, il faudrait bien admettre que ce silence 
des Byzantins, pour inexplicable qu'il soit, ne « prouve rien » 
contre l'existence d'Eudoxie, lille de Manuel. Mais, dès que 
cette filiation même est précisément mise en question par 
des témoignages occidentaux contemporains de celui de Jac- 
ques d'Aragon, le silence des Byzantins n'est plus sans 
valeur. Il confirme l'assertion de ceux qui n'ont pas fait de 
« l'impératrice » la fille de Manuel : il nous donne une raison 
nouvelle de contester sur ce point le témoignage de Jacques 
d'Aragon. 

En résumé : 

1° « L'impératrice » de Montpellier fut une princesse byzan- 
tine. 

2° La lettre d'Innocent III, rapprochée du témoignage de 
Guillaume de Puylaurens, nous incline à croire qu'elle fut 
nièce de Manuel Gomnène. Du Gange (Familiae Bijzanti- 
nae, p. 185) la croit fille d'Isaac, frère de Manuel. 

3° Nous n'avons pas le droit de voir en elle, avec le roi 
Jacques d'Aragon, son petit-fils, une fille de Manuel Gom- 
nène. Gar, avant lui, le pape Innocent III, et, de son temps, 
Guillaume de Puylaurens, moins intéressés que lui à rehaus- 
ser l'éclat de la maison de Montpellier, n'ont connu cette 
princesse, le pape, que comme une noble grecque, Guillaume 
comme la nièce de Manuel. En outre, les Byzantins ne con- 
naissent à Manuel que deux filles qui n'ont pu être ni l'une 
ni l'autre l'impératrice de Montpellier, et ils n'ont pas cata- 
logué ce mariage dans la liste, pourtant fort longue, qu'ils 
ont dressée des unions de ce genre voulues et multipliées par 
l'empereur Manuel Gomnène ^ J. Laurent. 

1. [Honoré Bouche, ChorograpJde et Histoire de Provence (Aix, ](iG4, 
2 vol. in-f"), raconte l'aventure de la fille d'Emmanuel Comnène (II, 158), 
mais sans citer la source de son récit. Le récit est-il dans Zurita, que 
Bouche connaît, et l'a-t-il pris là? — J. Anglade.] 

A.NNALES DU MIDI. — XXIII- 23 



338 ANNALES DU MIDI. 



II 



NOTE SUR LES DERNIERS TROUBADOURS A LA COUR DE RODEZ. 

Le troubadour Berenguier Tropel nous est connu par deux 
pièces médiocres qui se trouvent dans le ms. f. Elles ont été 
publiées par M. Paul Meyer. Elles accusent, dit l'éditeur, 
« tant par la faiblesse du style que par certaines particula- 
rités de la langue, les dernières années du xm« siècle, sinon 
le commencement du xivei. » Je crois que le nom de ce trou- 
badour se retrouve dans deux textes du xiii« siècle, publiés 
par MM Baillaud et Verlaguet^, La première fois, il appa- 
raît comme témoin dans un texte de 1275 (confirmation des 
privilèges du Bourg parle comte Henri IP). La seconde fois, 
il est cité en bonne place parmi les bourgeois du Bourg de 
Rodez qui se sont portés caution, pour le comte Henri H, de 
la somme de 7,000 livres, moins vingt sols tournois, qu'il 
devait à plusieurs marchands de Cordes*. 

Il est probable que nous avons affaire ici au troubadour 
du ms. f. Il y a eu, à la fin du xiii^ siècle, à la cour des com- 
tes de Rodez, une sorte d'école poétique dont nous connais- 
sons bien les tendances. Les deux pièces de Berenger Tropel 
appartiennent à la poésie bourgeoise du temps. Les conseils 
pratiques abondent dans la première, et la seconde est une 
série de plaintes sur l'amour, qui n'ont rien de bien original. 
Mais le peu d'originalité de cet auteur ne doit pas nous faire 



1. Les Derniers Troubadours de la Provence, p. 102. 

2. Coutumes et Privilèges du Rouergue, Toulouse, 1910, 2 vol. in-S". 
l^Bibl. mérid., 2' série, t. IX.] Les textes en langue vulgaire sont très 
nombreux et paraissent publiés avec beaucoup de soin. 

3. T. I, p. 110. 

4. Le nom est, la première fois, Berenger Tropel, la seconde, Beren- 
guer Tropell. Jean de Nostredame. dans la liste des poètes provençaux 
que l'on trouvera dans l'édition Cliabanean, p. 175, l'appelle Berenguier 
Troppel. Nostredame le marque d'un N, indiquant par là qu'il était dans 
son ciiansonnier, c'est-à-dire dans f . 

Sur l'École de Rodez et sur ses tendances, cf. notre étude sur Le trou- 
badour Guiraut Riquier. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 389 

oublier Tintérêt qu'il y a à pouvoir ajouter un nom de plus 
à cette école de Rodez, qui a précédé l'école de Toulouse, et 
chez laquelle les tendances de cette dernière se trouvent déjà 
en germe. 

Les textes publiés par MM. Baillaud et Verlaguet nous font 
connaître aussi deux autres personnages, que nous connais- 
sions par ailleurs et en partie par les poésies de Guiraut 
Riquier. On sait que celui qu'on a appelé « le dernier trou- 
badour » a été un des familiers du comte Henri II, en même 
temps que Folquet de Lunel, Guillem de Mur, Serveri de 
Girone, etc. Dans une de ses tensons, il discute avec le comte 
plazens (Henri II) et le seigneur Austorc ciel Boy, en leur 
demandant pourquoi ils ont laissé partir de la cour du comte 
Guillem de Mur, qui était un compagnon si gai. Or, cet 
Austoix ciel Boy se rencontre plusieurs fois dans les docu- 
ments de Rodez. Il est témoin en même temps que le trou- 
badour Berenger Tropel, dans l'acte de J27.5 : il y est qualifié 
de cavalier'^. Nous le retrouvons dans un autre acte de la 
même année ^. 

Enfin, un autre nom intéressant pour l'histoire littéraire 
est celui de Peire d'Estanh. Il est choisi comme juge d'une 
tenson entre le comte Henri, En Marques (sans doute de 
Ccmillac), et Guiraut Riquier^ : 

E prec Pleire] cVEstanli que dreg en dia. 

Son jugement nous a été conservé : il se compose de huit 
vers, qui sont sans doute de Guiraut Riquier lui-même. 

Ce Peire d'Estanh paraît avoir joui d'une grande faveur à 
la cour de Rodez. Il est qualifié de clericus dans un texte 
de 1275"*. Il fut choisi par Hugues III comme exécuteur testa- 
mentaire (en même temps que Fredol de Folhaquier). C'est 
à ce titre qu'il apparaît dans des actes de 1278, 1279 ^ Nous 

1. Coutumes el Privilèges du Rouergue, I, p. 1U9. 

2. P. 112. 

3. Ed. PfalY, p. '2m. 

4. Coutuiiies et Privilèges, I, p. 17. 

5. Ibid., p. 113, 116. 



340 AXNALES DU MlUI. 

le retrouvons dans un texte de 1280, où il est encore cité en 
même temps que Frédol de Folhaqiiier, chanoine de Mende ". 
Nous n'avons pas trouvé de mention postérieure*. 

J. Anglade. 



III 



PRIÈRES ET CÉRÉMONIES CONTRE LA PESTE AU XV^ SIÈCLE. 

La peste ravage aujourd'hui certaines parties de l'Asie, 
comme, au moyen âge et pendant les temps modernes, elle 
ravagea l'Europe. La dévastation rapide des villes de la 
Mandchourie n'est pas d'ailleurs sans causer quelque inquié- 
tude aux peuples occidentaux. 

La peste fut, en efTet, le fléau le plus redoutable parmi 
tous ceux que connurent nos ancêtres. Et si l'on fouille nos 
archives anciennes, ou simplement si l'on feuillette les in- 
ventaires qui en ont été dressés, on est frappé de la fréquence 
des mentions qui y sont faites de son apparition et de ses 
ravages. 

On admet que, de 1453 à 1460, la peste bubonique a fait 
périr plus de vingt-cinq mlllious de personnes sur les cent 
millions qui peuplaient alors l'Europe. C'est pendant le 
xv® siècle que le terrible mal parait avoir sévi le plus violem- 
ment. 

On devine aisément à quelles terreurs devaient être en 
proie les populations sur lesquelles il s'abattait. 

L'etïroi était d'autant plus grand qu'on ignorait et les 
causes et les modes de propagation du fléau. 

On restait complètement impuissant devant ses attaques. 
Les documents nous apprennent qu'aux premières nouvelles 
de l'apparition de la peste dans une région, on faisait bonne 



1. Coutumes et Privilèges, II, p. 74 et suivantes. 

2. La publiciition prochaine des poésies inédites du troubadour catalan 
Serveri de Girone nous fournira, sans doute, l'occasion de revenir sur 
Henri II et l'École de Rodez. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 341 

garde aux portes des villes non atteintes, pour en défendre 
rigoureusement l'accès aux étrangers. 

C'était à peu près tout. 

La contagion était soudaine. Aussi la peste apparaissait- 
elle réellement aux populations comme une calamité en- 
voyée par Dieu. Contre ce fléau, seules des prières et des 
cérémonies spéciales pouvaient donc avoir quelque effica- 
cité. 

C'est ce qu'attestent les textes du xv^ siècle que je publie 
ci -dessous. Je les ai relevés dans un vieux cartulaire que 
possède encore la mairie de Saint-Antonin, en Tarn-et- 
Garonne. Ce vénérable manuscrit, orné d'intéressantes enlu- 
minures, écrit par un habile copiste, renferme un certain 
nombre de relations concernant des inondations, des pas- 
sages de troupes, des événements historiques d'époques 
di.verses, des cérémonies, etc. Il rappelle beaucoup, par sa 
disposition générale, le Libre ferrât de Cordes. 

Jean Donat. 

Afiuest traylat fo trames a Savragossa de la revelacion sego que 
apai- (lejotz et es causa provada, car de paeys que foro dichas las 
ti-es niessas, segon que jotz [es] ditz, negu no hi es mort deaquela 
malautiu. Et après es vengut en l'holoza et es mes en obra am 
granda dévotion et am granda(s) procession et tantost foc passada 
la mort. Causa provada es. 

En miraculum. 

En Italia avia liun monestiede nionchas de S^a Elizaljet, onavia 
gran cop de monchas et en pauc de lems tolas moriron, sino nna 
de Sta Vida. Aquesta dona, can vi la terra fort dospolliada per la 
gran moitaliUit que hi era, fetz oratio a la vei-gis Maria que li 
nvelec per que Nostre SSo'' trametia aquesta cruzel peslilencia 
sobre crestias. Et en aquela hora, per la granda dévotion de la 
dicha Sta dona, l;i Iicnezeila vergis sagrada mayre de Dieu li a[)a- 
rec et va li dire : Sapias que lo meu filh aquesta sentoncia criizel 

ha donada sobre tota gen et niorian tanlas que non romanaron 

sin:j la doizena part de la gen del poble; et adoncas la dona mou- 
cha va dire a la ))eneizela vergis Maria se era deguna causa per 
que fetzes cessar la dicha pestilencia. Et la bezeita [sic) vergis 



342 ANNALES DU MIDI. 

Maria respondec : Tu diras al poble crestia que fasson cantar très 
mesas en très jorns que comensa Lux fulgebil, que es la segonda 
messa de Nadal am comoracion de St Sebastia et de S'a Anastazia, 
et tolz los homes e donas e enfans tengan uua candela alucada en 
la ma can se diran las très mesas, et que en aqnels très jorns de- 
junen totz aquels que son de estât de cofessar et que sian en lo 
loc on se diran las très messas. Et la mort et la pestilencia tan- 
tost cessara, e si la mort no lii es, non hi vendra ponhla sentencia 
cruzel ni la pestilencia. 

Et la moucha, ausida la resposla de la Vergis Maria, fo mot 
alegra et aquey meteis se complit so que desus es dich per tota 
aquela terra. Et ho fe assaber la dicha moucha per.autras diverd- 
sas partidas on era la dicha pestilencia. Et tantost complit so que 
desus es dich, lo mal va sessar. 

Causa privada es. 

Lo capela deu dire aquesta oracion après que auran profertdes- 
tintamen, ses cocha mas d'apas, per so que los homes e las donas 
la digo como lo capela : 

« Senher Dieu J Hu x p s t, poderos Redemptor, misericordious, 
augatz nos peccadors, que tenen de aquesta tribulacion, senhor, 
tu que dises : No voli la mort del pecador, mas que se convertisca 
et que viva e se cofesse de totz sos pecatz, e que se emende, supli- 
quy te, SS', que per aquela amor que tu as a la sacrada Vergis 
Maria, mayre tua, et per los meritz del benezeite martir saut Sa- 
bastia* et per madona sauta Anastazia, que d'aquesta lempesta 
que so vossas, andrax et correpcion de sanc, nos vuelhas gardar, 
per tal que, can de aquest segle pertiren, que nos menés amplazer 
et am alegre, en la tua St» companhia et que sia[n] dignes de in- 
trar en lo teu cor angelical davan la tua divinal magestat. 
Amen. » 

Et après, totz aquels que ausiran la messa, digon très paters 
nostres et très ave Alarias, ad honor de la S'a Trinitat et de la 
benezeita vergis Maria, et aysso fach, no cal aver par (1. paor?) 
de aquesta malautia. 

Aquestas très messas se devo dire sus l'alba del jorn en ayclii 
coma se dizon lo jorn de Nadal. 

(Archives de Saint-Antonin. — Registre AA'i, f° 14, v). 

1. En marge : « Et de moss. sant Anthony, nostre patro. « 



:méla.nges et documents. 343 



L'an MIIIIc XXXII couret pcr tôt lo pays cnizel pestilencia do 
vossos e de mal caut, c morit gran poble; empero per la gratia de 
J h 11 X p s t en aquest loc non avia ponli et la viala ac la copia de 
las causas desus, et en décembre foro dichas lasmessas et compli- 
das las causas desus en la forma que dessus manda que sia dich, 
et a las processions (|ue fasiun per viala, avia gran poble, car cascu 
la seguia volenties, et ausit las mesas etdejunet per so que Dieu 
nos gardes de aquesta pestilencia. 



L'an INIIIIIcLXXIIII morion gran cop de gens en esta viala de 

mal caut et de prionses, e hi avia gran R de gens malautes, e 

vessen que tanfas gens morion e ne avia de malautes, los SS»" 
Cossols, en lo mes de julhet, lei'o dire huna messa al haular de 
Moss. Sant Anthony e vodero Iota la viala e lo pople a Dieu, a la 
vergis Maria e a Mess. Sant Anthony et a Moss. Sant Sebastia c a 
Madona Santa Anna, am hun siry de VI liv., que ardira cascun 
dimenche cant se diran las messas de poble et la messa mage, e lo 
dich siry dévia esse davan l'autar de Mossor Sant Anthony per tal 
que Dieus e la Vergis Maria fes sessa la dita malautia. 

(Archives de Saint-Antonin. — Registre AA*, f» 15, v°). 



IV 

l'.vssiette de l'aide votée par les états de chinox (1428) 
dans le diocèse de toulouse. 

On sait que les États de Languedoil et ceux de Langue- 
doc se réunirent à Ghinon, en septembre 1428. Les États de 
Languedoil ne se prolongèrent guère au delà du 6 octobre, 
nmais ceux de Languedoc se trouvaient encore auprès du roi 
au début de novembre. Ceux-ci lui accordèrent une aide 
de 150,000 livres 1 tournois, qui fut répartie entre les divers 
diocèses du Languedoc. 

\. Sur ces fitats, voir Antoine Thomas, dans le Cabinet historique 
de 1878 (Paris, Picard;, 24' année, 2" série, t. II. Documents : son étude 



d44 ANNALES DT' MIDI. 

La Colleclion Morin-Pons renferme précisément un docu- 
ment relatifs l'assiette du diocèse de Toulouse. Ce document 
est curieux à plus d'un titre. Il nous indique exactement 
les villages et les localités faisant alors partie de la viguerie 
de Toulouse, de la jugerie de Verdun-sur-Garonne, de la 
jugerie de Villelongue, de celle de Lauraguais et de celle 
de Rivière. Il nous apprend que divers lieux étaient deve- 
nus inhabités : La Salvetat Sant-Gily, Lo Clusel ('viguerie), 
< Yila Audac » (jugerie de Villelongue), Malvesy, p]spanès 
(jugerie de Lauraguais); il nous rappelle que Tournay, au 
diocèse de Tarbes, avait coutume de contribuer avec les 
localités du diocèse de Toulouse. 

Les habitants de la ville de Toulouse furent taxés à 
9,110 livres; ceux de la viguerie à 1,123 livres, 10 sous; 
ceux de la jugerie de Verdun à 888 livres, 10 sous; ceux 
de VillelonguH, à 895 livres, 10 sous; ceux du Lauraguais, 
à 2,812 livres; la jugerie de Rivière, à 274 livres; entin, 
Tournay, à 9 livres; au total, 13,989 livres. Celte réparti- 
tion était l'œuvre de l' « assiette », « petite assemblée repré- 
sentative » qui existait dans chaque diocèse de Languedoc. 
Quant à la répartition de l'impôt entre les diocèses, on sait 
que celle-ci était l'œuvre des États'. 



sur Les États-Généraux sous Charles VII; Élude chronologique 
d'après des documents inédits, pages 167-169, et notre Étude sur les 
Relations de la Commune de Lyon avec Charles VII et Louis XI 
(1417-1483). Lyon (Rey).- Paris (Picard), 1909; gr. in-8», p. 6.5-69. 

Le chiffre voté fut de 2ù(),0(X) iivres (.ô<XJ,0(KJ — 3(X),(XjO) pour le Langue- 
doc, mais celui-ci dut obtenir une diminution de ô(),(M) livres. Ce point 
est intéressant à noter. 

Voir également Antoine Thomas, Le Midi et les États-Généraux sous 
Charles VII, W article {Annales du Midi, t. IV, n» 13, janvier lHir^, p. 1 
et suiv. ; 9-1.3). 

Par suite d'une lacune dans les registres de Toulouse (8 janvier 1428- 
11 janvier 1129), on ne sait rien sur les élections, mais on sait, par un 
texte du 11 janvier 1429, que Toulouse avait nommé Guillaume-Pierre 
Pagese, Pierre Astorg, .Jean Ysalguier et Bertrand de Malhac comme 
députés aux États de Tours. (Ces États avaient d'abord été convoqués 
à Tours (p. 11-12.) 

1. Voir, à ce sujet, Petit-Dutaillis, Histoire de France, t. IV, ii. Paris, 
Hachette, 1902, pet. in-4», p. 246. 

.Sur le diocèse civil de Toulouse après Louis XI, voir le savant travail 



MÉLANGES ET WXJUMEXTS- â45 

Bibliothèt^ne municipale de Ljoil — Collection de chartes légoée 
par M Henry Morin-Pons. en cours de classemeot et d'inren- 
taire. 

Swr parchemin : 

La sieta de tota la dios&eza d'nn ayde de cl» livres tomes oc- 
tragatz a Chinon, en novembre mcccc xxvni' {Au dos du 6* foUo^. 

[Toi. 1 r"]. Los senhos capitols et babitaas de la Tila de Tho- 

losa. — is^cx liTTés. 

La Tigaria. 

p,-,rt^'_ i TT'Tji ] — Plas-ensa'. Iïxxtttt ]. — «[llonhals*, tI"^ ] — 

d'Au^s^é Mùliiiier ; Histoire p^nemle de Languedoc, t. XII '.■'•■'' 
Géogi'<Kphie adniiniitruiive du Languedoc, p. ;^V347. 

Sur la rigTierie de ToTil-ouse, xoir id.. j.. -cSi. A Tiest, elle «tait s-: : - 
de la JBgerie de Villel&Egae j«ar le Girou, aff aeat de la Garoime: 1-. 
rie de YiUeloDgTîe (p. 3:jS; aTaât lâ^J tiloiû. de loa^ sur 9 à 'S 
E^epTiis 1317, elle ccm prenait des localités faisaiiî panie de* 
Moniauban. Toulon&e ei LaTam. D h't âTaiî pas de îîeiQ ;. 
(p. 157). On ne coriLiiaiî pas l'origine de ce nom qiii parait -■ :. 

vocable de Castelsarrasin ^il y axait an âjrcMdia.C!9aikê de V 
(V. Rossignol, Académie d<t Legisl<xtiori d^e Taulouie, de . . r 

touchait an Tarn, an Tesson, an Tesconneî- à l'Ag^onî et âia TïtG-zt ;. : 
la Garonne la limitait au sud-ouest, depuis Saïnt-JoTy ■ç^'^r-r^. 

Sur celle de Lauraguais. xoir p. ocS-S34- EUe ;- - 

de Toulouse, Laraur. Saint-Papoul et Mirepoiî. A ■ - : 

â la Garonne * jusqu'à Cintegabelle^ et "a. FH-as yiawi4a««i-»k'ê»i-; 
Mazères). 

Sur la jugerie de Verdun, toit p. :?5l-:>35. Elle dêf«eBdail ■:- 
de Montauban. Lombex, Toulouse, Leetoure et Au'cfc- A Pé- 
chait la Garonne (confluent du Tarn à Tabbaye de la Capelle, ^«ics Mej- 
ville). Plus tard, elle devint le pays de EâTière-Terdiaii- 

SoT celle de Rivière, voir p. 33-'>-c36. Elle lire soai nom dm ps: - 
Rivière, sur la Garonne i,vaint-Gaudeiis à Saint-Bertrami-de-Oôniiti:- - - 
EUe défiendait des dîc«oèses de Comminges, Lombez, Taifes, Aœ<ài «* 
Toulouse- Snr le diocèse e^jçlesiastiqu't de Toulouse, voir id.. p. 15S-139. 

1. An début du foL 1. à une époque tout, â Tait modensie, on a èciît 
ceci à Tencre rouge, en langue du pays : « la tieta de Uitia la dirnssez^i 
d'un ayde de c!" fiiuts odtrajaits a Chitt'SH, en «.ûrr<e«».%ire M^oPCixTinî, 
ligtml siita et de^esio foc ba^hadki a B<ernat VtHhas, necederar par- 
ti et Jjr en la dita diueesa de Tholos^a. pmrîida et deresidm per wiLas 
er l'jx, en la forma et mtutiejfra qu* s'ettseelt. » 

2. Poriet Haute-Garonne; arr. et cant. <de Tooloase. près de Cognanxi). 

3. Plaisance-du-Toach (Haate-Garonne ; arr. de TonSoiase: csjbiL de \jr 
guevini. qu'il ne faat pas oonf<H»dTe axec Plai^uïCie da Gers. 

■L Cagnaux > Haute-Garonne : arr. et canî. de Toulouse i. 



346 ANNALES DU MIDI. 

Vilanova', xxiiir 1. -- La Salvetat Sant Gily^, inhahilable, nichil. 

— Pibrac^, Ixvi 1. — Blnnliac*, cxi 1. — Colonies*, Ixxviii 1. — 
Corna Barriel ", xxx 1. — Fenolhet', xxiiii 1. — Aussona •', 
xlviir 1. 

[Fol. 1 V]. La bastida Costansa^ et Caslillio^o, m 1. — Mons^i, 
XVIII 1. — Florentin, xxvii 1. — Dregmilh^', xxiiii 1. — Puech 
Aiiriolai*,xiil. — Agresnelhaiâ. xixl. xs. — Lo Pujon^,xxviiil.xS' 

— Torna fuelha^^, xviii 1. — Lo CluseP», inhabitable, nichil. — 
Oronsac^9, vi 1. — Ganhac^o, xv 1. — Vielha Tholosa^i, xv 1. — 
Garatentorn 22, vir 1. x s. — Reniga^s, vi 1. — Pueg Boniu^*, 
xxvii 1. — Sant Lop2», xxvii 1. 

1. Villeneuve-les-Cugnaux (Haute-Garonne; arr. et cant. de Muret), 
qu'il ne faut pas confondre avec Villeneuve-de-Rivière (Haute-Garonne; 
arr. et cant. de Saint-Gaudens). 

2. La Salvelat-Saint-Gilles (Haute-Garonne; arr. de Toulouse; cant. de 
Léguevin). 

.3. Pibrac (Haute-Garonne; arr. de Toulouse; cant. de Léguevin). 

4. Blagnac (Haute-Garonne: arr. et cant. de Toulouse). 

5. Coloiniès-Lasplanes (Haute-Garonne; arr. et cant. de Toulouse). 

6. Cornebarieu (Haute-Garonne; arr. et cant. de Toulouse). 

7. Fenouillet (Haute-Garonne; arr. et cant. de Toulouse, près de Saint- 
Jory). 

8. Aussonne (Haute-Garonne; arr. de Toulouse; cant. de Grenade-sur- 
Garonne). 

9. La Bastide-Constance (entre Peclibonnieu et Montberon ; arr. et cant. 
de Toulouse); — V. Carte de Cassini, n° 38, au nord-est de Peclibonnieu. 

10. Sans doute, Castillon (Haute-Garonne; arr. et cant. de Toulouse: 
comm. de Peclibonnieu (V. Carte de Cassini : Peclibonieu). 

11. Mons (Haute-Garonne: arr. et cant. de Toulouse). 

12. Flourens (Haute-Garonne; arr. et cant. de Toulouse). 

13. Dreniil-Lafage (Haute-Garonne; arr. et cant. de Toulouse). 

1-1. Sans doute, localité voisine de Montauriol (V. plus bas Montauriol). 

15. Sans doute, Grefueil (Carte de Cassini), aujourd'hui Aigrefeuille 
(arr. de Villefranche-de-Lauraguais, cant. de Lanta). 

16. Le Pujol. Il y en a deux dans l'arr. de Villefranche-de-Lauraguais : 
1» comni. d'Escalquens, cant. de Montgiscard ; 2" cant. de Lanta, comm. 
de Sainte-Foy-d'Aigrefeuille. C'est de ce dernier qu'il s'agit. 

17. Tournefeuille (Haute-Garonne; arr. et cant. de Toulouse). 

18. LeCluseK?) 

19. Corronsac (Haute-Garonne; arr. de Yillefranclie-de-Lauraguais , 
cant. de Montgiscard). 

20. Gagnac (Haute-Garonne; arr. et cant. de Toulouse, près de S'-Jory). 

21. Vieille-Toulouse (Haute-Gar.: arr. de Toulouse; cant. de Castanet). 

22. Gratentour (Haute-Garonne; arr. de Toulouse; cant. de Fronton). 

23. Nous n'avons pas trouvé dans la région de Toulouse d'autre nom 
ressemblant à celui-là que celui de Rebigue (Haute-Garonne; arr. et cant. 
de Toulouse). 

24. Pechbonnieu (carte de Cassini: Pechbomeu), (Haute-Garonne; arr. 
et cant. de Toulouse, près de Montberon.) 

25. Saint-Loup (Haute-Garonne; arr. et cant. de Toulouse), qu'il ne faut 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 347 

[Fol. 2 fo]. Camevilai, x 1. x s. — L'Abeja2, xliii 1. x .s. — 
Bauzela^, ix 1. x s. — Cislanet*, x c vi 1. — Falgorda^, xxx 1. — 
Ramonvila6, xxxi 1. x s. — Coyrans^, xv 1. — Pueg Busca^, 
un 1. X s. — Mont Auriol», un 1. x s. — Escalquenei» {sic), xlv 1. 

La Jutgnria de Verdu'^'^. 

Graiia(la»2^ vii'-xx 1. — Verdu, cxlv 1. x s.— Lo mas Garnieri^, 
xxxiii 1. 

[Fol. 2v°.] La Jugaria de Vila longa. 

Sanl Rastizi**, ix 1. — Pompinha*', xxiiii 1. — Frontonhi^, Ix 1. 
— OrguelhïT, xxi 1. — Sant Jorii», xviii 1.— Vila nova^s, 1 1. x s.— 



pas confondre avec Saint-Loup (Haute-Garonne; arr. de Saint-Gaudens; 
cant. de Boulogne-sur-Gesse). 

1. Gameville (Saint-Orens de Ganieville, arr. de Toulouse, cant. de Cas- 
tanet). [Commun, de M. Galabert.] 

2. Labège (Haute Garonne; arr. de Toulouse; cant. de Castanet). 

3. Bauzelle (rive gauche de la Garonne), au sud-est d'Aussonne. 

4. Castanet (Haute-Garonne; ch.-l. de cant. de l'arr. de Toulouse). 

5. Aujourd'hui Croix-Falgarde (Haute-Garonne; arr. de Toulouse; 
cant. de Castanet). 

6. Ramonville-Saint-Agne (Haute-Garonne; arr. et cant. de Toulouse). 

7. Anciennement, Gouirans, près de la Garonne (rive droite), au sud 
de Falgarde (V. Carte de Cassini), aujourd'hui Goyrans (Haute-Garonne; 
arr. de Toulouse; cant. de Castanet). 

8. Pechbusque (Haute-Garonne; arr. de Toulouse; cant. de Castanet). 

9. Montauriol (Haute-Garonne; comm. de Uremil-Lafago et Montau- 
riol; arr. et cant. de Toulouse. Il y en a un aussi dans la comm. de 
Villemur, sur le Tarn, qui est un ch.-l. de cant. de l'arr. de Toulouse). 

10. Escalquens (Haute-Garonne; arr. de Villefranche-de-Lauraguais; 
cant. de Montgiscai'd). 

H. Verdun-sur-Garonne (Tarn-et-Garonne; ch.-l. de cant. de l'arr. de 
Castelsarrasin). 

12. Grenade-sur-Garonne (Haute-Garonne; ch.-l. de cant. de l'arr. de 
Toulouse). 

13. Mas Grenier (Tarn-et-Garonne; arr. de Castelsarrasin: cant. de 
Verdun-sur-Garonne). 

14. Saint-Rustice (Haute-Garonne; arr. de Toulouse; cant. de Fronton)- 

15. Pompignan-le-Franc (Tarn-et-Garonne; arr.de Castelsarrasin ; cant. 
de Grisolles). 

10. Frontou (Haute-Garonne; ch.-l. de cant. de l'arr. de Toulouse). 

17. Orgueil (Tarn-et-Garonne; arr. de Castelsarrasin; can.de Grisolles). 

18. Saint-Jory (Haute-Garonne; arr. de Toulouse; cant. de Fronton). 

19. Villeneuve-les-Bouloc (Haute-Garonne; arr. de Toulouse; cant. de 
Fronton), et non Villoneuve-les-Cugnaux (arr. et cant. de !Muret). 



348 ANNALES DU MIDI. 

Bonloci, XXX 1. — Castelnau d'Eslrechas Fons^, Ix 1. — Sant Sal- 
vador 3, XX 1. — Montjoyre^, xxr 1. — Vaquies^, xxvii 1. — 
Paulliac^, XXII I. — Sepel', ix 1, — Gargatz»^ x 1. — Grisolas^, 
Ixvi 1. 

[Fol. 3 r"]. Garrig- (luecli 10, xxviil. — Gimilh", xii 1. — Ranhie- 
ras'2^ xlvj 1. X s. — Sant Soiiiplisii^, mclxx 1. — Ondas*^, vi 1. — 
Vila Audac*5,nichil. — Vasiis'^, xvl. — Vilaries^^^ xvi 1.x s. 

La Julgaria de Lauragues. 
Auriacis^ iii'xl 1. — Sant Jolia^^, m'xxv 1. — Le Cabaniel^f, 
XXX 1. — Nogaret 2i,xxiiii 1. — SantGermier22et Esquilas^î, xxiiiil. 
— Sessalas^*, xxi 1. 

1. Bouloc (Haute-Garonne; arr. de Toulouse; cant. de Fronton). 

2. Castelnau-d'Estrétefonds (Haute-Garonne; arr. de Toulouse; cant, 
de Fronton). 

3. Saint-Saiiveur (Hante-Garonne; arr. de Toulouse; cant. de Fronton). 

4. Moiitjoiro (Haute-Garonne; arr. de Toulouse; cant. de Fronton). 

5. Vacquiers (Haute-Garonne; arr. de Toulouse, cant. de Fronton). 

<). Paulhac (Haute-Garonne; arr. de Toulouse; cant. de Montastruc). 

7. Cépet (Haute Garonne; arr. de Toulouse; cant. de Fronton). 

8. Gargas (Haute-Garonne; arr. de Toulouse; cant. de Fronton). 

9. Grisolles (Tarn-etGaronne; ch.-l.de cant.de l'arr. de Gastelsarrasin). 

10. Garidech (Haute-Garonne; arr. de Toulouse; cant. de Montastruc). 

11. Gcmil (Haute-Garonne; arr. de Toulouse, cant. de Montastruc). 

12. Bannières, au sud de Moncabrier, à l'ouest de Viviers (Tarn; arr. 
et cant, de Lavaur). 

13. Sans doute, Saint-Sulpice-de-la-Pointe, au sud est de Mezens, aujour- 
d'hui la Pointe-Saint-Sulpice (Tarn; arr. et cant. de Lavaur). 

14. Ondes (Haute-Garonne; arr. de Toulouse; cant. de Fronton). 

15. Sans doute, Villaudric (Haute-Garonne; arr. de Toulouse; cant. de 
Fronton). 

16. Bazas, au sud-est de Villariès, aujourd'hui Bazus (Haute-Garonne; 
ai-r. de Toulouse; cant. de Montastruc-la- Conseillère). 

17. Villariès (Haute-Garonne; arr. de Toulouse; cant. de Fronton). 

18. Auriac (Haute-Garonne; arr. de Villefriinche de-Lauraguais; cant. 
de Caraman). 

19. Saint-Julia-de Gracapon (Haute-Garonne: arr. de Villefrauche-de- 
Lauragiiais, cant. de Revel). 

20. Le Cabanial (Haute-Garonne; arr. de Villefranche-de-Lauraguais: 
cant. de Caraman, près d'Auriac). 

21. Nogaret (Haute-Garonne; arr. de Villefranche-de-Lauraguais; cant. 
de Revel). 

22. Saint-Germier (Haute-Garonne; arr. et cant de Villefranche-de-Lau- 
raguais). 

23. Esquilles (Haute-Garonne; arr., cant. et conim. de Villefranche-de- 
Lauraguais), 

24. Cessâtes, au sud de Saint- Gennier (V. Carte de Cassini); arr. et cant. 
de Villefranche-de-Lauraguais. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 349 

[Fol. 3 yoj. Morvilai, xxiiii 1. — llomenx.2, xxxi 1. x s. — 
Bunliac^ ix 1. — Vilola*, xit 1. — PresivilaS, xxiiii 1. — Laular^, 
im>^>^x 1. — Odartz'', xxxiii l. — Vila Franqua*, m^' Ix 1. — Gar- 
dog9, cxxxv 1. — Vilanovelaio et Godorvila", cxxvi 1. — Mont- 
galhart»2, cvin 1. — IManrelmont", xviii 1. — Peyrenxi^, xv I. — 
Sant Vincensis, xxr 1. — Les Gansi^, Ixxv !.. — Totenx^', 

XXXIII 1. 

[Fol. 4 r°]. Vasiega*8^ ii<: Ixx 1. — Sant Roma^^, xxxix 1. — 
Moiillaur2o, Ixiir 1. — Yssus^i, xxvii 1. — Auranha^a, xxx 1. — 

1. Mourvilles-Haates (Haute-Garonne; arr. de Villefranclie-de-Laura- 
guais; cant. de Revel), qu'il ne faut pas confondre avec Mourvilles-Basses 
{id., cant. de Caraman) et Maureville (cant. de Caraman). 

2. Roumens (Haute-Garonne; arr. de Villefranche-de-Lauraguais ; cant. 
de Revel). 

3. Brugnac (Haute-Garonne; arr. de Villefranche-de-Lauraguais; cant. 
de Lanta; comm. de Tarabel). 

4. Villèle (Haute-Garonne; arr. de Toulouse; cant. de Grenade-sur- 
Garonne; comm. de Merville). 

5. Préserville (Haute-Garonne; arr. de Villefranche-de-Lauraguais; 
cant. de Lanta). 

6. Lanta (Haute-Garonne; ch.l. de cant. de l'arr. de Villefranche-de- 
Lauraguais). 

7. Odars (Haute-Garonne; arr. de Villefranchô-de-Lauraguais; cant. 
de Montgiscard). 

8. Villefranche-de-Lauraguais (ch.-l. d'arr. de la Haute-Garonne). 

9. Gardouch (Haute-Gar.; arr. et cant. de Villefranche-de-Lauraguais). 

10. Villonouvelle (Haute-Garonne; arr. et cant. de Villefranche-de-Lau- 
raguais). 

11. Goudourville (près Villefranche et Villenouvelle), cité par M. Ros- 
chach dans un travail manuscrit dont une copie est à la bibliothèque de 
Toulouse. (Commun.de M. Galabert.) 

12. Montgaillard (Haute-Garonne; arr. et cant. de Villefranche-de-Lau- 
raguais). 

13. Mauremont (Haute-Garonne; arr. et cant. de Villefranche-de-Lau- 
raguais). 

14. Peyrens, au sud-ouest de Mauremont (Voir la Carte de Cassini). 

15. Saint-Vincent (Haute Garonne; arr. et cant. de V^illefranche-de-Lau- 
raguais). 

16. Est-ce un des Cammas (Cf. Les Cammazes) de la région? (Commun, 
de M. Galabert.) 

17. Toutens (Haute-Garonne; arr. de Villefranche-de-Lauraguais; cant. 
do Caraman). 

18. ]3azièges (Haute-Garonne; arr. de Villefranche-de-Lauraguais; cant. 
de Montgiscard). 

19. Saint-Rome (Haute-Gar.; arr. et cant. de Villefranche de-Lauraguais). 

20. Montlaur (Haute-Gar.; arr. et cant. de Villefranche-de-Lauraguais). 
2L Issus (Haute-Garonne; arr. de Villefranche-de-Lauraguais; cant.de 

Montgiscard). 

22. Auragne (Hante-Garonne; arr. de Villefranche-de-Lauraguais; cant. 
de Nailloux). 



350 ANNALES DU MIDI. 

Nouelhas^, vi 1. — Sant Lo^ et Gaussidieyras', cviii 1. — La 
Bi'uguieyra S x 1. x s. — Val Berant*, xxvii 1. — Forqiias vals^, 
Ivii I. — La Bastida en Falgar'', x 1. x s. — Venera», xviii L — 
Mongiart», cxx L — Noalhos">, cviii L— Poses^i, vi 1. ('). — 
Sayra*2^ xxiiii 1. 

[Fol. 4v»]. Las Varenasi', II 1. — Vielha Vinha'^ xvii 1. — Mal- 
vesyi*, nichil. — Viviesi^^ yjj ]. — Pont Pertusat i'', xxx 1. — 
Jnzasi8^ XXI L — Bel eslari», x 1. x s. — Falgayrac^o, m 1. — So- 



1. Noiieilles (Haute-Garonne; arr. de Villefranche-de-Lauraguais ; 
cant. de Monigiscard). 

2. Saint-Léon (Haute-Garonne; arr. de Villefranche-de-Lauraguais; 
cant. de Nailloux). 

3. Gaussidières (Haute-Garonne; comm. de .Saint Léon; arr. de Ville- 
franche-de-Lauraguais , cant. de Nailloux). 

4. Labruyère (Haute-Garonne; arr. de Muret; cant. d'Auterive), près 
de Venerque, qu'il ne faut pas confondre avec Bruguières. 

5. Belberaud, au sud-ouest de Fourquevaux (FLaute-Garonne; arr. de 
Toulouse; cant. de Montgiscard). 

6. Fourquevaux (Haute-Garonne; arr. de Villefranche-de-Lauraguais; 
cant. de Montgiscard). 

7. Sans doute, La Bastide-Beauvoir (Haute-Garonne; arr. de Villefran- 
che-de-Lauraguais ; cant. de Montgiscard). 

8. En rouge, — sans doute Venerque (Haute Garonne; arr. de Muret; 
cant. d'Auterive). 

9. Montgeard (Haute-Garonne ; arr. de Villefranche-de-Lauraguais ; 
cant. de Nailloux). 

10. Nailloux (Haute-Garonne; ch.-l. de cant. de l'arr. de Villefranche- 
de-Lauraguais). 

11. Pouzes (Haute-Garonne; arr. de Villefranche-de-Lauraguais; cant. 
de Montgiscard). 

12. Seyre (Haute-Gai'onne; arr. de Villefranche-de-Lauraguais; cant. de 
Nailloux). 

l-S. Les Varennes (Haute-Garonne; arr. de Villefranche-de-Lauraguais; 
cant. de Montgiscard). 

14. Vieillevigne (Haute-Garonne; arr. et cant. de Villefranche-de-Laura- 
guais). 

15. Malvesie (Hante-Garonne; arr. de Saint-Gaudens; cant. de Saint- 
Bertrand). 

16; Viviés (Haute-Garonne; arr. de INIuret; cant. d'Auterive; comm. de 
Miremont). 

17. Pontpertuzat, au sud-est de Rebigue, du canton de Castanet. 

18. Juzes (Haute-Garonne; arr. de Villefranche-de-Lauraguais; cant. 
de Revel). 

19. Belesta (Haute-Garonne; arr. de Villefranche-de-Lauraguais; cant. 
de Revel). 

20. Falgairac (Haute-Garonne; arr. de Villefranche; cant. de Caraman; 
comm. de Caragoudes). 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 351 

qualhai, xii 1. — Belvezer^, xii 1. — FiO Bosqtiet^, vr 1. — Sant 
Johan* et Riu majora, xvm 1. — Spanest', nichil. — Aurinh', 
XV 1. — VarelhasS, x 1. x s. — Yssaussas 9, vi 1. — La Gardela lo, 
xlvii 1. 

[Fol. 5 ro]. La Jugaria de Rebicyra'^^. 

Sancta Fe^^, ixvi 1. — Saut Lion^*, xxi 1. — La Masqnieyra^*, 
II 1. X s. — Seysses'*, Ixiii 1. — Lo Lerin'^, Ixiii 1. ~ Sant Clari''', 
xxiiii L — Bonrepaus^s^ ix L — Blaiiquaforti^, vr L — Godor- 
vila^o, VII L X s. — Fons Sorbas^i, xir 1. 



L Soiiquailhe, indiqué dans le travail de feu M. Roschach, déjà cité. 

2. Belbèze, au sud-ouest de Montgiscard; arr. de Toulouse; cant. de 
Montgiscard). Il y a aussi un Belbèze dans l'arr. de Saint-Gaudens (cant. 
de Salies-du-Salat). 

3. Le Bosquet. — Il doit s'agir du Bosquet, situé au sud-est de 
Montgaillard, à la même latitude que Vallège. 

4. Saint-Jean (Haute-Garonne; arr. de Toulouse; cant. de Gastelmau- 
ron), qu'il ne faut pas confondre avec Saint-Jean-de-l'Herni {id., cant de 
Montastruc). 

5. Rieumajou (Haute-Garonne; arr. et cant. de Villefranche-do-Laura- 
guais). 

6. Espanès (Haute-Garonne; arr. de Villefranche-de-Lauraguais; cant. 
de Montgiscard). 

7. Aurinh (?) 

8. Il y a les Bazelles, près de Montgiscard (travail de Roschach, déjà 
cité), et Les Barelles, faubourg de Villefranche (carte d'état-major). 

9. Sans doute, Ichaussars (V. Carte de Cassini), au sud -est de 
Mauzens). 

10. Lagardelle (Haute-Garonne; arr. et cant. de Muret). 

11. Jugerie de la Rivière. — On appelle la Rivière la plaine de la Ga- 
ronne, de Montréjeau à Saint-Gaudens. 

12. Sainte-Foy-d'Algrefeuille (Haute-Garonne; arr. de Villefranche-de- 
Lauraguais; cant. de Lanta), qu'il ne faut pas confondre avec Sainte-Foy 
(Haute-Garonne; arr. de Muret; cant. de Saint-Lys). 

1.3. Saint-Léon (Haute-Garonne; arr. de Villefranche-de-Lauraguais; 
cant. de Nailloux). 

14. La Masquère (Haute-Garonne; arrond. do Muret; cant. de Saint- 
Lys). 

15. Seysses-Tolosanes (Haute-Garonne; arr. ot cant. de Muret). 

16. L'Herm (Haute Garonne; arr. et cant. de Muret). 

17. Saint-Clar (Haute-Garonne; arr. et cant. de Muret). 

18. Bonrepos (Haute-Garonne; arr. de Muret; cant. de Saint-Lys). 

19. Blanquefort (Gers; cant. de Gimont; arr. d'Auch). 

20. Gondourvlelle (Gers; arr. de Lombez; conim. etcant. do l'Isle-Jour- 
dain). 

21. Fonsorbes (Haute-Garonne; arr. de Muret; cant. de .Saint-Lys). 



352 ANNALES Dlî MlDI. 

Los cossols et habitans de la vila de Toniayi, en la dincesa de 
Tarba, losquals an aeoslumat de contribuir en la diucesa de ïho- 
losa2, X 1. 

1. Tournay (Hautes-Pyrénées; ch.-l. de cant. de l'arr. de Tarbes). 

2. On notera que Grisolas, Ixvi 1.; Vasus, xv 1.; Vilaries, xvi 1. lù s.; 
I^es Cans, Ixxvl.; Totens, xxxiii 1.; Poses, vi 1.; Sayra, xxiiu 1 ; Va- 
relhas, x 1. x s.; Yssaussas, \i ].; la Gardela, xlvii 1. ont été i-écrits 
après coup à l'encre rouge. Sans doute, ces mots étaient effacés ou omis, 
et on les a recopiés à l'aide d'un registre. — Nous remercions vivement 
M. Galabert, archiviste de Toulouse, de diverses identifications qu'il nous 
a proposées. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES 



I. R. Roger Tjssot. La Société populaire de Grenoble 
pendant la Révolution. — II. J. Balmain. Les fran- 
chises et la communauté d'Aiton (Savoie). Grenoble, 
J. Rey, 1910; 2 vol. in-8" de 216 et 212 pages. {Collection 
d'études sur l'histoire du droit et des institutions dans 
le sud-est de la France^ par un groupe de professeurs 
et d'étudiants de V Université de Gretioble.) 

Les travaux que nous signalons ici, et qui sont deux thèses de 
doctorat de la Faculté de Droit de Grenoble, forment le dt'^but 
d'une collection consacrée à l'étude des institutions et du droit du 
Dauphiné et des régions voisines (Lyonnais, Savoie, Provence). 
D'autres monographies, sur la noblesse briançonnaise, sur les 
châtelains de Savoie, sur le Parlement Maupeou à Grenoble, 
paraîtront en 1911 ou en 1912. 

I. M. Tissot a pris, pour sujet de sa thèse de doctorat es sciences 
politiques, l'étude de la Société populaire de Grenoble pendant la 
Révolution, et il a donné sur l'histoire de cette institution une 
intéressante monographie, faite de première main. En dépouillant 
les journaux grenoblois et les archives départementales et muni- 
cipales, il a pu reconstituer jour par jour la vie de cette Société, 
suppléant de son mieux à l'absence des registres des délibérations 
de la Société, qui sont perdus depuis longtemps, et dont la dispa- 
rition était déjà constatée en l'an III. 

La « Société patriotique » de Grenoble s'est fondée de bonne 
heure, bien avant la grande majorité des Sociétés du même genre 
dès la fin de novembre 1789, et elle s'est abritée, à sa naissance, 
sous l'égide du grand nom de Michel Servan. Son premier acte 
d'existence a été la réimpression d'une ouvrage de Servan, 
l'Adresse aux Amis de la Paix, qui fut placé, comme une sorte 

ANNALES DU M!D1. — XXIII 23 



354 ANNALES DU MIDI. 

de Préface, en tête du règlenient de la Société nouvelle. M. Tissot 
nous montre ce que fut la Société pendant les premières années 
de la Révolution : un groupement essentiellement bourgeois, lut- 
tant (par des discours et des articles de journaux) contre les aris- 
tocrates grenoblois de la Société pJdlanlhropique et des Amis du 
Peuple, exposé d'autre part, précisément à raison de son caractère 
modéré, aux railleries des ouvriers, des cardinaux ou boniiels 
rouges. La Société patriotique réunit dans sou sein tout ce que la 
bourgeoisie de Grenoble compte de noms marquants; elle met la 
main sur les administrations publiques; elle organise des Sociétés 
filiales de Jeunes Amis et d'Amies de la Conslilulion. Prudente 
et pratique, elle écarte les questions brûlantes; lors de la scission 
des Jacobins et des Feuillants, elle évite de prendre parti et 
déclare vouloir rester en relations avec les deux groupes rivaux. 
Brusquement, après la chute de la Gironde, au mois de juin 1793, 
cette attitude va changer. La Société qui, au mois de mars, répon- 
dait encore froidement aux appels d'Amar et de Merlino, se laisse 
conduire par Dubois-Crancé vers une politique révolutionnaire et 
jacobine. Elle entre en lutte avec les corps administratifs greno- 
blois, restés modérés. Elle contribue à l'échec des tentatives de 
fédéralisme dans l'Isère, dont M. Prudhomme retraçait récemment 
l'intéressante histoire ^ Bientôt apparaît à sa tête un agitateur 
venu du dehors, Pierre-Coriandre Chépy, agent secret du ministère 
des affaires étrangères. Il entraîne la Société par l'ardeur de sa 
parole. Il s'en sert comme d'un organe vraiment révolutionnaire; 
il en refond les règlements; il en devient le président; il l'associe 
étroitement à sa politique. Avec elle, il organise dans le Sud-Est 
la défense nationale, et la lutte soit contre les ennemis du dehors, 
soit contre les insurges de Ville Alfranchie; en même temps, il 
active la déchristianisation, et il inaugure à Grenoble le culte de 
la Raison et de la Vérité. Même après le rappel de Chépy, la 
Société continue de suivre la voie qu'il a tracée. II faut dire cepen- 
dant que la Terreur fut relativement douce à Grenoble; elle n'a 
fait dans cette ville que très peu de victimes. Pendant tout le 
printemps de 1794, la Société populaire emploie la meilleure par- 
tie de son temps à refondre ses règlements, à « s'épurer », et aussi 
à donner au peuple une instruction civique et à organiser des 
fêtes. Sur cette phase de la vie de la Société, M. Tissot aurait pu 

1. Le Fédéralisme dans l'Isère et François de Xa>ites. Grenoble, 1907. 



COMPTES RENDUS ('.RITIOUES. 355 

facilement être plus exact et plus complet. Il aurait pu utiliser 
plus largement la correspondance de Chépy, que M. Delachenal a 
publiée dans le Bulletin de l'Académie delphinale. Il aurait dû 
donner quelques éclaircissements sur certains points qui dans son 
livre restent obscurs, tels que le changement d'opinion de la 
Société en juin 1793, les motifs du rappel de Chépy eu nivôse 
an II, la substitution du culte de l'Être suprême au culte de la 
Raison, les épurations de floréal an II, auxquelles fait allusion le 
règlement additionnel du 2 prairial, publié p. 187. Enfin, M. Tis- 
sot aurait pu raconter avec plus de détails ce que furent les deux 
fêles du Printemps et de l'Être suprême, célébrées le 10 floréal et 
le 20 prairial an II, et dont les programmes furent dressés par la 
Société populaire et par François de Nantes. 

La réaction thermidorienne fut fatale à la Société. Vainement, 
toujours pratique et souple, applaudit-elle à la chute du « tyran »; 
vainement se fit-elle décerner des certificats de civisme par les 
représentants en mission et par les corps constitués du départe- 
ment. Elle subit le sort commun des Sociétés populaires. Ses der- 
nières séances eurent lieu en germinal an III. Des tentatives de 
reconstitution, en l'an IV et en l'an VII, n'eurent qu'un succès 
éphémère; M. Tissot les signale sans y insister. 

Telle est l'histoire que M. Tissot a racontée dans un style vif et 
alerte. Sans doute, à divers égards, le tableau qu'il a dressé n'est 
pas définitif; il y a des erreurs et des lacunes, qu'un dépouille- 
ment plus complet des sources, surtout des sources manuscrites, 
aurait pu faire disparaître. La liste des présidents et des secrétai- 
res de la Société est loin d'êti'e complète. M. Tissot aurait dû 
aussi rapprocher l'évolution de la Société grenobloise de celle des 
autres Sociétés populaires, dont beaucoup ont parcouru les mômes 
étapes. Tel qu'il est cependant, ce travail constitue une esquisse 
dont les traits généraux sont exacts, et dont la lecture est facile 
et agréable. De plus, M. Tissot a reproduit intégralement tous les 
règlements successifs de la Société qu'il a pu retrouver, et cette 
publication peut être fort utile. 

n. Le travail de M. Balmain a un caractère très différent de celui 
de M. Tissot. C'est une monographie locale, consciencieuse et 
complète, consacrée au petit village d'Alton, qui est situé à 
l'entrée de la Maurienne, sur un promontoire, au confluent de 
l'Isère et de l'Arc. Après avoir décrit le cadre au milieu duquel se 
place Alton, après avoir indiqué les divers hameaux dontl'ensem- 



oô6 ANNALES DU MIDI. 

ble le coni^tilue et les chemins qui les traversent, dont beaucoup 
sont tle vieux chemins du moyen i\ge, l'auteur nous donne tous 
les renseignements qu'il a pu trouver sur l'histoire de ce village, 
qui, grâce à sa position, a joué un rôle, secondaire sans doute, 
mais intéressant, dans l'histoire de la Savoie. 

La première partie de cet ouvrage concerne le moyen âge. Sauf 
la mention d'Aiton dans le fameux testament d'Abbon au profit 
de l'abbaye de Novalaise, les textes qui nous parlent d'Aiton ne 
remontent pas au delà du Xle siècle. M. Balmain étudie quelle 
est alors la situation des puissances territoriales dans la région 
d'Aiton. Nous signalerons en particulier la longue note des pa- 
ges 54 et suiv., où, après MM. de Manteyer et Rénaux, il cherche 
à préciser la condition de la Maurienne au xi» siècle, la situation 
respective de l'évêque de Maurienne et du comte de Savoie '. 
Avec MM. Baudi di Vesme et de Foras, il admet l'existence, dans 
la Val d'Isère et à l'entrée de la Maurienne, d'une puissante 
famille féodale, souche commune des maisons de Miolans, de 
La Chambre, d'Urtières, et qui, sans doute indépendante au début, 
entra dans un lien de vassalité vis-à-vis des comtes de Savoie. 
L'un des membres de cette famille, Geotïroi de Ghamoux, est, 
au xie siècle, propriétaire de l'église d'Aiton. Lors de la réaction 
ecclésiastique contre la propriété privée des églises, il cède l'église 
d'Aiton aux chanoines de Saint-Jean-de-Maurienne 2, qui, à leur 

1. Dans un acte qui se place entre le 4 juin 1039 et le 4 juin 1041, nous 
voyons l'évêque de Maurienne faire, seul et sans le consentement d'au- 
cune autorité, une donation de terres situées en Maurienne. Au contraire, 
dans un acte du 14 juin [1043], le comte Humbert aux Blanches-Mains et 
l'évèqiiede Maurienne font conjointement une autre donation, le premier 
aliénant le haut domaine, le second le domaine utile. M. de Manteyer et 
M. Rénaux en concluent que le pouvoir des comtes de Savoie s'est établi 
en Maurienne et s'est superposé à celui des évêques dans l'intervalle qui 
sépare ces deux actes : l'évêque, encore alleutier en 1039, est devenu 
en 1043 le vassal du comte. Mais M. Balmain fait observer avec raison 
que ces deux actes concernent des régions différentes. L'un est relatif à 
des biens situés dans le canton de Saint-Jean-de-Maurienne, dans un pays 
formant le domaine temporel de l'évêque, et dont celui-ci est resté seul 
maître jusqu'en 1327: c'est seulement alors que les comtes furent asso- 
ciés aux droits de propriété de l'évêque. Le second acte comprend au 
contraire des biens situés dans le canton de La Chambre, siège de la 
vicomte de Maurienne, et relevant de très bonne heure des comtes de 
Savoie. Cette explication nous paraît tout à fait plausible, quelle que soit 
d'ailleurs l'opinion que l'on admette sur l'histoire de la Maurienne au 
XI" siècle. 

2. M. Biliiet, qui a édité cet acte dans les documents publiés par l'Aca- 



COMPTES RENDUS f'.RlTIOFES. 357 

tour, on llo9, la retranslùront ;iux chanoines de Saint-Georges de 
Cevins en Tarentaise. A [larlir du xiii» siècle, les documents 
relatifs à la situation féodale d'Alton deviennent plus abondants, 
et M. Balmnin énunière avec soin les divers lîefs qui s'enclievô- 
trenf sur ce petit territoire. Leur nombre ira en augmentant; il y 
en aura 29 au wiii» siècle'. 

La charte de franchises d'Ailon, qui remonte seulement à l'an- 
née l'i5()2, forme le [loint central de l'ouvrage deM. Balmain. Cette 
charte offre un caractère particulier, qui la ditlV-rencie nettement des 
chartes de libertés accordées antérieurement à d'autres comniu- 
naulés d'habitants de la Savoie. Les franchises d'Alton se pré- 
sentent comme un rappel et, sur certains points, comme le com- 
plément d'une législation plus générale, les Staluta Sabaudie 
publiés par Amédée VIII en 1480. Leur but principal est d'arrêter 
les exactiims des châtelains et des autres officiers inférieurs de 
l'adminisli-ation. M. Balmain étudie de près les fonctions de ces 
ofticiers et leur caractère encore en partie féodal. Il montre d'ail- 
leurs que les abus et l'exploitation du paysan ont continué, 
malgré les prohibitions des statuts et des chartes, jusqu'au 
xviiie siècle. 

demie de Savoie, t. II, p. 11. le date de 1019. C'est évidemment trop tôt. 
Les renonciations des propriétaires fonciers aux églises privées ne datent 
guère que de la seconde moitié du xi« siècle. Cet acte peut se placer 
en 1057 ou en 1070 (M. Balmain penche vers l'une de ces deux dates), ou 
plus tard encore, en 1095, en 1 114 ou même en 1138. On retrouve un Siivio, 
decanus E(ho?iii, dans un autre acte du même recueil, n» 11 (p. 22), qui 
se place au début du xii* siècle, vers 1103 ou 1122. La charte de GeotTroi 
de Cliamoux pourrait donc être postérieure à la donation de la même 
église faite à Novalaise par Humbert le Renforcé (n. 52). De toute ma- 
nière, ce dernier acte est assez difficile à expliquer et à concilier avec 
les autres documents relatifs à l'église d'Alton. — Le tableau généalogique 
de la p. 63 est certainement très conjectural : il ne peut guère en être 
autrement, et les hypothè.ses de M. Balmain sont aussi vraisemblables 
que celles de M. de Foras et de M. Baudi di Vesme. 

1. Cette première partie du travail de M. Balmain se termine par quel- 
ques pages relatives aux paysans (p. 71 et suiv.). 11 est regrettable 
que l'auteur n'ait pas pu trouver de contrats d'accensement ou d'empliy- 
téose, et ait été forcé de se référer aux indications très générales don- 
nées parle Codex Fabrianus. 

2. Ce texte et ses confirmations, qui ne nous sont parvenus que par 
des copies insérées dans les registres du Sénat de Savoie (registres des 
Édits), ont été très exactement édités par M. Balmain. Mais il n'y 
avait aucune raison pour corriger artari en citciri (p. 88, note 3), 
puisque artari se renco tre dans un autre texte semblable de 1150, que 
cite M. Balmain, 



358 ANNALES DU MIDI. 

D'autres faits, d'an ordre différent, attirent l'attention sur la 
petite communauté. Alton a été le siège de plusieurs établissements 
religieux, et notamment d'un prieuré de Bénédictins dépendant 
du monastère de Saint-Michel de la Cluse. Au xve siècle, ce prieuré 
fnt donné aux évêques de Maurienne, désireux de posséder une 
résidence plus gaie et plus agréable que Saiiit-.Iean. Après une 
série de péripéties, des bulles de Nicolas V, de (lalixte III et de 
Pie II réalisèrent cette annexion; et l'on rencontre à ce sujet des 
noms illustres, celui de Louis de la Palud, cardinal de Varembon, 
celui de Guillaume d'Estouleviile, et surtout celui de Jean de 
Ségovie, qui fut l'ami et le protégé du comte Amédée VIII, devenu 
pape sous le nom de Félix V. Lorsque son protecteur dut aban- 
donner la tiare, Jean revint en Maurienne, se relira à Alton et y 
finit ses jours ^. 

M. Balmain suit enfin l'histoire d'Alton à travers les temps 
modernes. Il montre, par des récits pris directement aux sources, 
ce que fut au xviie siècle [ei au xviiie la vie de la petite commu- 
nauté : démêlés des paroissiens avec leur curé pour la réfection du 
presbytère; création de chapelles nouvelles; conflits des gens 
d'Alton avec ceux de Fréterive, au sujet des bestiaux qui paissaient 
dans les verneys de l'Isère. Enfin, Alton a vu, comme les autres 
communautés de la Val d'Isère, s'accomplir de grandes transfor- 
mations, sociales et matérielles. Ce fut d'abord l'aifranchissement 
des serfs et l'abolition des droits féodaux, en vertu de l'édit sarde 
de 1771; ce fut ensuite, au début du xix^ siècle, la réalisation d'une 
œuvre capitale, longtemps étudiée et maintes fois ajournée : l'en- 
diguement de l'Isère et de l'Arc, qui a donné aux gens d'Alton et 
des villages voisins de nouveaux terrains de culture. Une carte 

l. Il y a, dans cette histoire, quelques obscurités. La bulle de 
Pie II (1458;, publiée p. 192, mentionne deux décisions antérieures de 
Calixte III (1455-1458), l'une annexant déjà Alton à l'évèché de Maurienne 
au profit de Jean de Ségovie, l'autre confirmant cette union après la 
mort de Jean. Or, M. Balmain n'en parle pas (p. 125). Il donne quelques 
dates fautives. P. 125, note 1 : Louis de la Palud fut nommé évèque de 
Lausanne le 6 juin 1431 , puis devint évèque d'Avignon. Il fut nommé 
cardinal au titre de Sainte-Suzanne le 20 janvier 1440, au titre de Sainte- 
Anastasie le 19 décembre 1449. Il mourut le 21 septembre 1451 (Eubel, 
Hierarchia catholica, t. II, p. 9, 12, 192). — P. 127 : la promotion de Jean 
de Ségovie à l'évèché de Maurienne fut révoquée le 13 octobre 1451, et il 
fut nonnné évëque de Césarée le 26 janvier 14.53 (Ibid., p. 127 et 207). — 
P. 128 : Jean de Ségovie est mort, non pas en 1403, comme le porte l'ins- 
cription, mais en 14.58. Il faut corriger sans doute LXIII en LVIII. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 359 

d'Ailon au xviiie siècle, à laquelle vient se superposer un trans- 
parent donnant l'tMat niodorne des lieux, fait voir le progrès 
réalisé. 

Tel est, dans ses grandes lignes, le travail de M. Balmain. Il 
présente des lacunes, dont fauteur n'est pas toujours responsable : 
par exemple, tous les procès-verbaux relatifs à la vente des biens 
nationaux à Alton ont disparu. On aurait pu demander à M. Bal- 
main des renseignements complémentaires sur la géographie éco- 
nomique et « humaine », sur le sol, les cultures, l'habitation : de 
tels renseignements sont à leur place dans une monographie de 
ce genre. Mais ces lacunes ne diminuent guère la valeur de ce 
livre. Son auteur a exploré avec soin non seulement les archives 
de Chamljéry, mais celles de Turin. Ajoutons enfin qu'il a édité 
très convenablement, outre la charte d'Alton et ses confirma- 
tions, une série d'autres documents, bulles, procès-verbaux de 

notaires, etc., relatifs à cette histoire. 

Robert Caillemer. 



Jean de Jauugaix. Troisvilles, d'Artagnan et les trois 
mousquetaires. Études biog)'apliiques ci héraldiques. 
Nouvelle édition. Paris, Champion, 1910; in 8° de 275 pages. 

Réédition d'un tirage à part d'articles parus en 1883-84 dans la 
Revue de Béarn, Navarre et Landes, ces très intéressantes élu- 
des mettent en œuvre quantité de documents et de renseignements 
non seulement puisés aux sources publiques des Archives ou de 
la Bibliothèque nationales, des Archives des Basses-Pyrénées et 
des départeirients circonvoisins, mais aussi extraits d'archives 
notariales, particulières ou personnelles que M. de J. a explorées 
avec une patience infatigable, souvent récompensée par d'heu- 
reuses trouvailles qui donnent lieu aux rapprochements les plus 
inattendus. Son petit livre, hérissé au premier aspect de noms 
propres, de dates, de copies d'actes en style ad hoc, liien loin 
d'être aride et rebutant, ne cesse de piquer la curiosité du lecteur, 
mise en éveil par les noms prestigieux que rendit si populaires 
chez nous la verve bien gasconne du bon Dumas. C'est d'illustres 
Béarnais et Gascons, Troisvilles, d'Artagnan, Porthos, Athos et 
Araniis qu'il est ici question, aux noms si répandus et vulgarisés 
par le célèbre romancier que l'on s'étonne pres(pie d'apprendre 



3G0 ANNALES DU MIDI. 

que ces merveilleux personnages vécurent vraiment, non pas tels 
sans doute que Dumas les a montrés., mais non pas si différents 
dans leurs portraits, à peine flalti-s, qu'ils soient dans l'original 
méconnaissables. Et, avec une pointe d'ironie et d'humour fine- 
ment divertissante, le gentilhomme très authentique qu'est sans 
doute M. de Jaurgain nous révèle impitoj^ablement les origines 
fort bourgeoises de ces cadets de noblesse, déjà très fiers en leur 
vivant de leurs parchemins tout neufs et qui, au naïf lecteur 
d'aujourd'hui, apparaîtraient facilement comme les plus purs 
représentants d'une caste sans aucun mélange. L'impitoyable 
Avant-propos de M. de J. exécute, à titre d'exemples, deux ou 
trois de ces familles très aristocrates de prétentions, bien que très 
roturières d'origine, que la grande révolution économique consé- 
cutive à la découverte de l'Amérique poussa, avec leurs capitaux 
acquis par le commerce, à la place des familles nobles ruinées 
dont elles achetaient les terres, et avec les terres, les châteaux 
délabrés et, avec les châteaux, les chartes et les titres bientôt 
nettoyés de leur poussière séculaire et pourvus par les nouveaux 
détenteurs d'un lustre nouveau. Pour aider à cette transformation 
rapide, rien ne valait à ces pelits-fils de marchands comme d'en- 
trer dans l'une des deux compagnies de mousquetaires dont 
M. de J. expose, au chapitre ler, les origines et l'organisation, 
troupes d'élite, aussi propres au combat à pied qu'aux charges 
brillantes, descendant volontiers de leurs chevaux g7'is ou noirs, 
et laissant leurs étendards de cavaliers pour se lancer à l'assaut 
d'une place, serrés autour de leurs drapeaux de fantassins : trou- 
pes de parade, — à la parade, — héros incomparables au feu et 
bien dignes d'avoir pour capitaine de leur première compagnie le 
Roi de France en personne. L'accès de ce corps admirable fut 
ouvert aux cadets gascons et liéarnais par M. de Troisvilles ou 
Trévilles, de son premier nom Jean-Arnaud du Peyrer, fils de 
Jean, honorable bourgeois et marchand d'Oloron. La plus grande 
partie de l'ouvrage de M. de J. (p. 11 à 178) est consacrée à la 
biographie de cet étonnant soldat de fortune, favori de Louis XIII, 
puis ennemi de Mazarin qui, après de merveilleux exploits à la 
guerre, fut entraîné, pour maintenir les privilèges du comté dont 
le Roi l'avait gratifié, dans une lutte acharnée, d'abord à coups 
de procédures, puis à main armée contre ses propres compatriotes 
très jaloux de leurs privilèges locaux. 11 y a, dans le récit de ces 
dilhcultés, une révélation de mœurs et de passions de l'Ancien 



COMPTES RENDUS CRITIQI'ES. 361 

Régime qui trouble et bouleverse les notions courantes el les 
aperçus superficiels dont se contente trop souvent notre science à 
demi informée. — Après ce long et substantiel morceau, il ne reste 
plus guère de place (p. 178 à 251) pour la biogra|)hie des mous- 
quetaires eux-mêmes. Au moins apprenons-nous avec un vif 
intérêt que Clharles de Balz-Castelmore, dit d'Artagnan, ([ni arrêta 
Fouquet à Nantes et périt si glorieusement avec la moitié des 
mousquetaires gris dans la tranchée de Maëslricht, descendait 
d'Arnaud, bourgeois el marchand de Lupiac; — de môme qu'Athos, 
peut-être noble par son père, avait pour mère une du Peyrer, 
de famille roturière, et que Porlhos, de Pau, provenait d'un officier 
de cuisine de Henri IV ou d'un homme de confiance des Gaumont 
La Force, Isaac de Porteau. Seul, Henry d'Aramitz, écuy^er et 
descendant d'un abbé laïque d'Aramitz, était petit, mais vrai gen- 
tilhomme de race. Avec beaucoup d'à-propos, M. de J. a mis en 
appendice la liste complète des capitaines des deux compagnies 
de mousquetaires depuis leur création, la première en 1623, la 
seconde en 1660, jusqu'à la suppression du corps par Saint-Ger- 
main, secrétaire d'État à la guerre, en 1776 : liste où figurent tous 
les grands noms de l'ancienne France militaire et les Gascons en 
bonne place. Un autre Appendice énumère un certain nombre de 
mousquetaires béarnais ou basques attirés dans ce corps illustre 
par leur vaillance native, le besoin pressant de refaire leur for- 
tune à la pointe de l'épée et le fameux exemple d'un Troisvilles 
ou d'un d'Artagnan, partis gueux d'un manoir de la misère et 
devenus l'un lieutenant général et l'autre maréchal de camp. 
— Au total, un livre solide et d'un très vif intérêt. 

A. Meynier. 



L'abbé Valent! n Durand. Le Jansénisme au XYIII» siècle 
et Joachim Colbert, évoque de Montpellier {lG'J()1738j. 
Toulouse, Ed. Privât, 1907; in 8° de xvi-372 pages. 

Ce .loachim Colbert, évêque de Montpellier, n'était ni orateur, ni 
écrivain, ni savant, ni un administrateur éminent, ni un politique, 
ni un échantillon très rare des vertus chrétiennes ou pastorales. 
Mais il s'est rendu célèbre par la ténacité de son opposition à la 
Bulle, par son jansénisme enragé, et son histoire méritait d'être 
racontée. 



362 ANNALES DU MIDI. 

Les débuts do celte histoire en sont de beaucoup la partie la plus 
instructive. P'ils cadet de Croissy, Joachim Colbert est destiné à 
l'Eglise, c'est-à-dire à un évôché, à son enfance, le secrétariat 
d"Etat de son jière étant réservé à son frère aine Torcy. Il devient 
évêque à vingt-neuf ans. Il est alors à cent lieues de l'esprit de Port- 
Roj^al, et ni relations de famille, ni travaux théologiques, ni la 
nature de sa piété ne le portent vers le jansénisme. Il tire 50,000 1. 
de son évêché et de ses abbayes, il est âpre à les exiger, il n'a pas 
de vices et fait 900 1. d'aumônes; son revenu passe en meubles, 
en vaisselle, en livres de luxe, à faire figure d'évêque et de Colbert. 
Il y a dans sa religion deux articles qui priment de beaucoup tous 
les autres : l'épiscopat et les libertés gallicanes. Le principal est 
l'épiscopat. Il se fait des droits et de la dignité d'un évêque une 
idée immense. S'il est de tout cœur gallican et régaliste, c'est que 
le roi et ses officiers soutiennent les évoques et les grandissent 
pour les opposer au Pape. Par contre, comme les Jésuites et le 
Pape se proposent d'amoindrir l'épiscopat, il est franchement hos- 
tile au Pape et déteste les Jésuites. 

Par quelle voie ce pur gallican est-il allé aux jansénistes, naguère 
les adversaires du gallicanisme royal? C'est surtout par cette con- 
version que la vie de l'évêque Colbert est intéressante et qu'elle 
éclaire l'histoire de son temps. On a dit depuis longtemps que les 
Jésuites, à la fin du règne de Louis XIV, avaient discrédité les 
gallicans en les faistint passer pour jansénistes. Cette affirmation 
générale est exactement confirmée par l'histoire de Colbert. A peine 
arrivé dans son évêché, il cherche querelle aux Jésuites i. Un 
d'eux fut interdit, un autre dut quitter le diocèse, un troisième 
dut se rétracter. L'aft'aire fit du bruit. Le P. de La Chaise en parla 
au Roi et le Roi dit à Torcy : « On m'a dit qu'il n'y a que 
40 confesseurs dans Montpellier; c'était autrefois la méthode des 
jansénistes. » On était en 1698, quinze ans avant le moment où 
Colbert devint janséniste en elfet, si l'on peut dire qu'il le soit 
jamais devenu. 

Ce premier avis ne le rend pas plus prudent et, dans ses Confé- 
rences ecclésiastiques de l'année suivante, il fonce sur les casuis- 
tes. Dès lors, la Compagnie a l'œil sur lui. Or il eut la maladresse, 
non pas d'écrire, mais de signer avec l'auteur un ouvrage de théo- 

1. Sur cette affaire, dont M. IJnrand (p. KJ) ne dit presque rien, voir la 
Vie de Colbert, par l'abbé Gautier, p. 72, 



COMPTES RENDUS GRITIQTTES. 368 

logie, les Inslructions générales en forme de catéchisme (1702), 
de son ancien condisciple, le P. Pougeti. 11 était inévitable que 
sur quelques points discutés de tliéologie morale, le P. Pouget se 
trouvïVt d'accord avec les jansénistes : un Jésuite de Loudun, en 
chaire, taxa Colbert d'hérésie, et, en 1705, le Roi refusa de le met- 
tre dans la commission chargée d'examiner la bulle Vinea?7i; il 
ne ferait, dit-il, « pas grand peur aux jansénistes ». — On était 
alors en 1705; Taccusalion prenait de la consistance, mais elle n'en 
était pas mieux fondée, car Colbert ne fit aucune difficulté d'accep- 
ter la bulle Vlneam dès qu'il sut que le clergé de France l'avait 
reçue par voie de jugement. S'il prit alarme quand les liostilités 
commencèrent contre le livre de Quesnel, c'est qu'il savait d'où 
venait le plan de campagne, et qu'il avait été dressé contre Noailles 
et les gallicans. Et si, en 1714, il se refusa à recevoir la Bulle, 
c'est moinsparce qu'elle offensait la Doctrine de l'Eglise"^ que parce 
qu'elle attentait, en elle-même et par les formes dans lesquelles 
l'Eglise de France la recevait, aux Droits de Vépiscopat et aux 
Libertés de l'église gallicane. La même bulle reçue par voie de 
jugement, il y a toute raison de croire qu'il y aurait sousci'it. 

Mais il la rejeta. Le parti jésuite le dénonça sur les toits comme 
janséniste. Par contre, les jansénistes le complimentaient, le por- 
taient aux nues ; il se mit, pour la première fois, en correspon- 
dance avec eux. Des deux parts, on voulait absolument qu'il fiît 
janséniste, et au moins était-il déjà du parti, sinon de la secte. Il 
fut amené ainsi à étudier la doctrine, il essaya d'y prendre intérêt 

1. Ce qui prouve que Colbert n'a fait que signer, c'est : 1" que Colbert 
l'appelle « un livre qui portait mon nom » (Durand, p. 78); 2» que Pouget 
prit sur lui d'en donner, sans consulter Colbert, une réédition corrigée; 3" et 
surtout que Colbert, dans la lettre latine qui accompagne l'envoi d'un 
exemplaire au Pape, écrivait : « Perfecturn opus legicum ingetitivolup- 
tale » [Œuvres, t. III, p. 864.) II a eu plaisir à le lire quand il sortit des 
mains de Pouget. Voir encore la Vie de Colbert de 1740, p. 67. Si Col- 
bert « doit une large part de sa réputation » au Catéchisme de Montpel- 
lier, il l'a bien volée. 

'i. Il était bien forcé de protester au nom de la Doctrine de l'Eglise; le 
catéchisme de Pouget, sur quelques points, se voyait condamné par la 
bulle Unigenitus : sur la nécessité de l'amour de Dieu (Bulle Unig., pro- 
positions 44 à 50), le délai de l'absolution (Bulle 87, 88), le pouvoir des 
clefs (Bulle, 90 à m). 

Dans ses divers mémoires, comme sa Lettre ait lioi, de 1728 (Durand, 
p. 225). il traite presque uniquement du côté politique de la querelle. Kt 
lui-même dit franchement, dans sa Lettre, que gallican ou janséniste, 
c'est tout un. 



36'j ANNALES DU MIDI. 

et il crut l'avoir faite sienne. Kn lr22, il Irouvuil mauvais (jue 
l'on iniposAt, ù la Faculté de Ihéologie de Montpellier, le Formu- 
laire de 1661 qu'il avait signé lui-même, et il permeltait qu'on fît 
la distinction du Fait et du Droit. La Bulle a fait ainsi beaucoup 
plus de jansénistes quels. Fréquente Communion et les Réflexions 
morales. Clément XI et les Jésuites ont poussé en masse les galli- 
cans vers une hérésie déjà condamnée, dont ils laissaient subsis- 
ter rélii|uett<', mais dont ils élargissaient immensément la déll- 
nition. 

Depuis le moment où Colbert s'est prononcé, sa vie perd un peu 
de son intérêt. Homme de parti bien plus que théologien, il impor- 
tune ses propres amis par son intransigeance, par les défis qu'il 
jette à l'adversaire, par les censures qu'il adresse aux appelants 
qui faiblissent, par l'opposition têtue qu'il fait à tous les projets 
d'accommodement, par ses maladresses impardonnables. Il ne 
reculait pas devant le schisme; ce dont il était incapable, c'était 
d'humilier l'épiscopat en sa personne. « Le but que nous devons 
nous proposer, écrivait-il enl72.">, c'est d'exterminer la doctrine des 
Jésuites »; il ne cédait pas à moins. Toujours sûr de son droit, 
toujours provoquant, toujours claironnant, ce janséniste malgré 
lui se fût laissé rouer pour Jansénius, après avoir toutefois épuisé 
les juridictions. 11 jouissait d'ailleurs d'une autorité médiocre dans 
son parti, et faible dans son diocèse, où les appelants étaient rares. 
Etant peu redoutable, et d'ailleurs hautement apparenté, le gou- 
vernement l'épargna. Quand on saisit les revenus de son évèché, 
on lui laissa 20,000 1. de ses abbayes. Un moment, Fleuiy promit 
à Tencin qu'après le concile d'Embrun, qui allait condamner 
Soanen, on en ferait un à Narbonne pour conilamner Colbert. Mais 
le projet fut abandonné au premier prétexte. Quand on le reprit, 
parce que Colbert ne se laissait pas oublier, l'archevêque de Nar- 
bonne, effrayé par l'impopulariti! de VEmhvunade, fit entendre 
qu' (i il avait de l'honneur »: Au reste, depuis 1730, le Parlement 
était janséniste, ayant fini par faire le même chemin que Colbert. 
La condamnation de Colljert aurait été une grosse afïaire, et Fleury 
ne cherchait pas les affaires. 

Le livre de M. l'abbé Durand, que je viens de résumer un peu 
librement, apprendra quelque chose à tous ses lecteurs. Il se lit 
sans ennui. S'il y a, dans la seconde partie, de la monotonie, il 
faut considérer que la controverse traînait et que l'homme ne 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 365 

variait pas, et qu'il aurait fallu de l'habileté pour mettre en valeur 
les quelques fails notables de cet historique. L'auteur a étudié 
son sujet avec conscience et il a le mérite d'avoir voulu traiter 
un hérétique sans injustice. Il a cherché de bonne foi à compren- 
dre qu'un évêque honnête homme soit tombé dans Tliérésie et ait 
failli se résoudre au schisme déclaré. A vrai dire, il n'y a pas très 
bien réussi*. La Bulle était au centre du sujet, il fallait étudier la 
Bulle, ce Syllabus de 1713, dont« au premier abord quelques pro- 
positions firent de la peine » même aux acceptants, même à Bissy. 
Beaucoup de catholiques qui ignoraient tout de Jansénius et même 
de Quesnel se sont dit, en lisant la Bulle : Si le jansénisme est 
cela, je suis janséniste. 11 fallait être un moment entré dans leur 
pensée pour avoir le droit d'écrire sur le jansénisme au xviiie siè- 
cle. 

Il y a là une omission grave. En voici une autre, d'un genre 
différent. Les œuvres de Joachim Golbert ont été publiées à Co- 
logne, en 1740 (en trois in-quarto), par des jansénistes. M. Durand, 
qui s'est beaucoup servi de cette publication (encore qu'elle man- 
que à sa Bibliographie), devait nécessairement en étudier l'his- 
toire, et voir si les jansénistes n'avaient pas tiré Golbert à eux 
plus que de raison ou plus tôt que de raison. Il avait surtout à 
examiner la Vie de J. Colberi que l'éditeur 2 a mise en tête de son 
tome I. C'est un travail bien fait, auquel M. Durand a beaucoup 
emprunté: pourquoi ne le mentionne-t-il jamais et n'en laisse-t-il 
même pas soupçonner l'existence? Il a négligé d'ailleurs, on ne 
sait pourquoi, des indications précieuses que donnait l'ancien bio- 
graphe sur l'état des partis à Montpellier, l'hostilité des chanoines, 
la première querelle avec les Jésuites, l'affaire Bonzi, etc. Cette 
courte Vie de Colberi de 1740 reste fort instructive après qu'on 
a lu le gros livre de M. Durand. 

J'ai enfin lelevé dans ce livre des erreurs. P. 20) : ce mandement 
de Colbert est conforme au modèle donné par l'Assemblée et ne 
prouve pas grand chose sur ses sentiments. — P. 18 et p 75 : 
Colbert n'est ni l'auteur, ni l'un dos auteurs du Catéchisme de 
Montpellier, qui est l'œuvre du P. Pouget; ceci est grave, car ce 

1. P. 21 : « Le livre de Quesnel lui est si cher! » La venté est que le 
livre lui devient cher quand les Jésuites l'attaquent. 

2. Je tiens de M. Durand lui-même que cet éditeur était un abbé (iau- 
tier. M. Durand a donc fait, pour son compte personnel, rcncpiête sur lu 
publication de 1710, dont rien n'apparaît dans son livre. 



866 ANNALES DT^ MIDI. 

malencontreux catéchisme, étonnliment, sirrné, a peut-être décidé 
de la suite de sa vie. Celte erreur d'attribution a d'ailleurs donné 
à M. Durand des illusions sur les capacit(''S théologiques de son 
personnage. — P. 55 : il y a déjà plus de quatre appelants. — 
P. 89 : le bref d'avril 1667 ne condamne pas, il institue une com- 
mission. - P. 98 : Innocent X, par sa bulle de 1653. avait certai- 
nement entendu se prononcer sur le Fait comme sur le Droit; il 
dit tout net que les cinq propositions sont tirées de Jansénius. — 
P. 247 : l'Assemblée de 1682 n'a jamais eu l'idée insensée de faire 
enseigner les quatre articles dans les petites écoles i. Ces exemples 
prouvent que le travail de M. Durand ne doit être consulté qu'avec 
précaution. Il servira peut-être à attirer l'attention d'un bon éru- 
dil sur ce parti janséniste du xvirie siècle, que l'on connaît mal et 
auquel il semble bien qu'on ne rende pas justice. 

E.-Ch. Babut. 



Edouard Forestié. La Grande Peur de 1789. Montauban, 
Paul Masson, 1910; in-S» de 201 pages. 

L'objet du livre, la grande peur qui, sans motif réel, se serait 
emparée d'une partie de la France dans la seconde moitié du mois 
de juillet 1789, est intéressant, et M. Forestié a eu une idée ingé- 
nieuse et heureuse en s'efforçant de réunir tous les documents qui 
nous renseignent sur ce curieux phénomène. Il a eu raison, sem- 
ble-t-il, de ne pas croire que ce mouvement de terreur ait été 
spontané — car cette explication n'est que l'aveu déguisé d'une 
ignorance — et d'en rechercher la cause; mais il ne parait pas 
avoir suffisamment démontré que ce soient le duc d'Orléans et la 
Franc-Maçonnerie^ qui aient déterminé ce mouvement dans une 
intention de désorganisation sociale. 

Si le plan de l'ouvrage est bon, la disposition matérielle en est 
un peu défectueuse. Il n'y a presque pas de notes, et M. F. a 

1. Quelques corrections typograpliiques de chiffres : P. 99, lire assem- 
blée de 1656 (et non de 1659). — P. 125, note, lire : | 1 (et non | 6). 
— P. 147, dernière ligne, lire : 7nars 1727 (et non 1825). — P. 255, note, 
lire : 4 janvier 1716 (et non 1746). 

2. C'est à la même inspiration que M. Gautherot rattache la rédaction 
des cahiers de doléances en un article paru dans La Revue des Ques- 
tions historiques, !«"" juillet 1910, et intitulé : Les Cahiers de 1789. La 
rédactioti artificielle des doléances révolutionnaires. 



COMPTES RENDUS C.RTTTQITES. 367 

placé h la fin de son livre une bibliographie de tons les travanx 
qui y sont mentionnés. La plus grande partie de cette bibliogra- 
phie eût dû être dispersée dans des notes, et l'auteur eût pu se 
contenter d'indiquer, non pas à la fin de son volume, mais dans 
son introduction, les travaux les plus souvent cités en accompa- 
gnant cette indication d'un bref commentaire critique. Du reste, 
cette liste est insuffisante, l'auteur aj^ant, pour ainsi dire systéma- 
tiquement, ni'giigé de donner l'adresse bibliographiijue des livres. 
Elle est aussi quelquefois inexacte : il n'existe aucun ouvrage de 
M. Aulard appelé La RécohUion; le titre de l'ouvrage auquel ren- 
voie M. F. est : Histoire iiolilique de la Révolulion française . — 
Attribuer une Histoire de France à M. Lavisse est légèrement 
erroné; un ouvrage de ce nom, publié par les soins de la li- 
brairie Hachette, a été composé non par M. Lavisse, mais sous sa 
direction, et le tome IX, que M. F. a utilisé, est dû à MM. Carré, 
Sagnac et Lavisse. — Le livre de MM. Galabert et Boscus n'est 
pas intitulé : Monographie de Caussade, mais La Ville de (Jaas- 
sade. — Cette bibliographie est même parfois un peu énigmati- 
que : Le lecteur scrupuleux qui voudra vérifier toutes les affir- 
mations de M. F. sera assez embarrassé lorsqu'il aura à demander 
dans une bibliothèque publique : Le Journal d'une famille de 
tisserands de Laval, La dernière année de la province d'Auver- 
gne, et surtout X, Réfleocions sur les affaires du temps présent. 
L'indication des sources manuscrites est aussi trop peu expli- 
cite. Page 82 : par quel moyen peut-on contrôler l'exactitude d'un 
renseignement fourni par « un Mémoire manuscrit sur les événe- 
ments qui se sont passés dans cette ville (de Montauban) de 1787 
à 1799, conservé dans nos Archives particulières » ? Quelques indi- 
cations sur ce manuscrit, son auteur et sa valeur auraient été 
nécessaires. — M. F. cite à diverses reprises la correspondance 
de J.-J.-P. d'Esparbès, gouverneur de la Haute-Guyenne et du 
Béarn, qu'il a eu le bonheur de consulter, et les extraits qu'il en 
donne suffisent à prouver qu'elle est intéressante. Mais, comme les 
lecteurs de La Grande Peur n'auront très vraisemblablement pas 
le môme bonheur, et comme cette correspondance restera, peut-être 
longtemps encore, enfouie dans nn château au grand détriment de 
la science historique, on regrette que l'auteur l'ait décrite un peu 
sommairement et se soit contenté de nous faire deviner les trésors 
« inestimables » que contiennent les archives de M. Fernand de 
Greling. 



868 ANNALES DU MIDI. 

Si M. F. s'est servi de documents qui ne sont pas accessibles aux 
])rofanes, on peut se demander, par contre, s'il a consulté avec la 
même diligence ceux qui sont accessibles à tout le monde, c'est-à- 
dire ceux que contiennent les dépôts publics. On pourrait en douter 
il lire sa bibliographie, car on n'y trouve, ni du reste dans le corps 
du livre, aucun renvoi aux Archives de Tarn-et-Garonne, ni des 
départements limitrophes, non plus qu'aux Archives nationales, 
ni à aucun dépôt d'Archives communales. Il y eût cependant 
trouvé d'utiles indications. Signalons en passant, et à titre d'exem- 
ple, l'allusion que nous avons recueillie dans un registre des déli- 
bérations de Bruiiiquel à « la vive alarme qui s'est répandue dans 
tout le pays... à raison d'une troupe de brigands venus du cotté 
de Lagenois qui ravagent tout le pays^ » 

Ces quelques réserves n'empêchent pas l'ouvrage de M. Forestié 
d'être d'une lecture intéressante et agréable. Un curieux problème 
y est bien posé; nous n'osons pas ajouter avec l'auteur qu'il est 
résolu. 

R. Latoughe. 



1. Ce passage se trouve dans les délibérations du 31 juillet 1789. At'ch. 
conim. de Bruniqtiel (Tarn-et-Garonne), BB 9. 



REVUE DES PÉRIODIQUES 



PÉRIODIQUES FRANÇAIS MÉRIDIONAUX. 

Aude. 

Bulletin de la Commission archéologique de Narbonne, 
t. XI, 1910, 2« semestre, et 1911, l^'- semestre. 

P. 201-7. J. Amardel. Un dernier mot sur le monnayage de Raymond I" 
de Narbonne et sur le type Melgorien. — P. 208-33. J. Amardel. Le 
crocodile et les lettres P. P. des monnaies de Nimes. [Au lieu de la lec- 
ture pater patriae, l'auteur propose permissn principis ; c'est difficile 
à accepter.] — P. 234-80. H. Mullot et H. Sivade. Armoriai des arche- 
vêques de Narbonne. — P. 281-8. J. Yché. Le maître-autel de Saint- 
Just. — P. 289-94. J. Amardel. Découvertes archéologiques à Carsac ; 
Un épisode de la période révolutionnaire à Narbonne. — P. 295-9. 
L. Berthomieu. La Fresque de la Magliana du Musée de Narbonne. 
[Refuse, contre S. Reinach, d'admettre l'intervention de Spagna.] — 
P. 301-63. J. Régné. Amauri II, vicomte de Narbonne (1260-1328). Index. 
— P. 364-84. J. Amardel. Quelques monnaies fourrées découvertes à 
Narbonne. [Monnaies romaines.] — P. 385-408. J. Poux. Le mobilier 
de Béatrix d'Arborée, vicomtesse de Narbonne, en 1377. [Étude com- 
plète d'après le testament de Béatrix ; en appendice, des extraits du 
testament, des Archives de l'Aude.] — P. 409-34. J. Tissier. L'élection 
consulaire de 1703; satire dialoguée en dialecte narbonnais. 

Cii. L. 

Bouohes-du- Rhône. 

I. Bulletin de la Société des Amis du vieil Arles, t. VII, 
1910*. 

N" 1. P. 2-46. Abbé L. Paulet. La Primatiale ou Monographie histori- 
que et descriptive de la basilique Saint-Trophime d'Arles. [Suite et lin 

1. C'est par erreur que le dépouillement de ce Bulletin pour 1909 
[Annales, XXII, p. 510) porte : « 1" semestre ». Il s'étend, en effet, sur 
toute l'année. 

A.NNALES DU MIDI. — XXIII 2'l 



370 ANNALES DU MIDI. 

d'un travail analj'sé ici même. L'auteur étudie les peintures, les ins- 
criptions, la sacristie et le trésor, les reliques, le clocher, le cloître, 
le portail.] — P. 47-54. Abbé M. Chailan. Un grand vicaire de M" de 
Bolloy : Jean-Baptiste Giraud, prêtre d'Arles (1722-1798). [Suite d'un 
travail qui se continue dans les n»' 2, p. 82-115; 3, p. 162-2U6, et se 
termine dans le n° 4, p. 242-313. Portrait de Jean-Pierre Giraud. L'au- 
teur, avec une conscience et une vaillance des plus méritoires, explore 
le riche domaine de l'histoire religieuse d'Arles.] — P. 55-71. E. Fassin. 
Un oublié : Jean Taxil. [Ce médecin, né vers 1570, fut un Arlésien 
d'adoption. Il vantait l'eau du Rhône comme boisson, s'occupait des 
démoniaques, croyait que les escargots provoquent des névroses, à 
moins d'être « accoustrés » d'une certaine façon, estimait que les éludes 
astrologiques sont fort utiles aux médecins, et mourut vers 1640.] 
N» 2. P. 116-26. A. LiEUTAUD. Arrivée à Arles du chevalier de Guise, 
lieutenant général du roi en Pi-ovence ; sa mort, ses funérailles. [1614. 
L'entrée solennelle du chevalier eut lieu le 22 mai, et il périt le 1" juin, 
aux Baux, en mettant le feu à un des canons tirés en son honneur. 
Le canon éclata et lui ouvrit le ventre. La ville d'Arles, consternée, 
dépensa prés de 10,000 livres pour ses funérailles.] — P. 127-33. L.-H. 
Labande. [Rectification des erreurs archéologiques et historiques de 
M. l'abbé L. Paulet dans son travail sur l'église Saint-Trophime, 
analysé plus haut.] — P. 134-41. F.-N. Nicollet. Limites des terroirs 
d'Arles et des Baux au xiii« siècle. — P. 142-9. G=' de Yaquiéres. Les 
rues d'Arles. La rue de Chartrouse. [Sous la Restauration, l'adminis- 
tration de M. de Chartrouse fut éclairée et bienfaisante.. L'archéologie 
artésienne, entre autres, doit beaucoup à l'ancien maire et à l'ancien 
député.] 

N» 8. P. 207-11. A. Véran. Inscriptions découvertes dans les fouilles du 
monument antique de l'Ancien Collège, aujourd'hui le Museon Arlaten. 
[Phototypie de la plus importante de ces inscriptions. C'est une stèle 
de marbre rouge, paraissant du m" siècle, dédiée à Marcus Aurelius 
Priscus, revêtu de charges militaires inconnues : « canalicularius, 
ostiarius praefectorum praetorio , primiscrinius castrorum praeto- 
riorum ». On voit de quelle importance sont les fouilles du Palais de 
Laval.] — P. 212-31. A. d'Agnel. Bridaine en Provence. Ses prédica- 
tions à Saint-Martin d'Arles en 1734. — P. 232-7. X... Le vieil Arles. 
Hommes et choses. Le club des femmes. [La citoyenne Pliilippeau, 
impérieuse et hautaine, gouvernante de Guibert, curé constitutionnel 
de Sainte-Croix, dota la ville d'Arles, en 1792, d'un club de femmes. 
Les actes de ce club ne sont connus que par des relations contempo- 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 371 

raines, mais on a sauvé une liste des membres, incomplète du premier 
feuillet. Elle contient 602 noms. 11 y a pas mal de femmes d'ex-prètres. 
Plusieurs femmes « papistes », c'est-à-dire ayant horreur du culte 
constitutionnel et s'abstenant de fréquenter les églises officielles, furent, 
malgré la survi illance de la municipalité, saisies, fouettées, mises 
presque à nu et promenées sur des ânes. La plupart des femmes qui 
se sentaient menacées de ces mauvais traitements demandèrent leur 
affiliation au club.] — P. 238-10. A. L. Notes brèves sur la Chiffone 
d'Arles. [Cette Société de royalistes s'installa dans la maison du 
chanoine Gitïon, d'où son nom.] 
N" 4. P. 314-9. L. AuBERT. Sépultures gallo-romaines du Bas-Mouleyrès 
à Arles. [Planche. Ces tombes à iegulae furent dévastées par les 
ouvriers le jour de leur découverte. Cette barbarie habituelle des 
terrassiers est d'autant plus déplorable que le musée lapidaire d'Arles 
ne possède point d'échantillon de ce type.] — P. 320-7. A. Vér.vn. Arles 
antique. Le cirque romain. [Trois planches : plan et coupe des ruines 
du cirque découvertes en 1910 ; restauration du cirque ; plan d'Arles 
sous Constantin. Les fouilles du bassin d'évolution du canal de Mar- 
seille au Rhône ont mis au jour, quoique sur une petite étendue, 
l'hémicycle occidental du cirque, celui dans lequel doit se trouver la 
porte triomphale. Ces restes vont malheureusement être recoiiverts. 
Les substructions du cirque existent probablement encore sous le sol, 
jusqu'à la hauteur du podium, à une profondeur de 6 mètres. 11 a été 
découvert, à côté des ruines du cirque, un magnifique sarcophage et 
deux couvercles de tombeaux sculptés.] E. B. 

IL Bulletin de la Société de géographie de Marseille^ 
t. XXXII, 1908. 

P. 297-302. H. Barré. La répartition des originaires des Bouches-du- 
Rhône dans les autres départements. [60,956 individus, surtout nom- 
breux dans les départements limitrophes.] 

T. XXXIII, 1909. Néant. — T. XXXIV, 1910. 

P. 72-88, 205-25. J. F. Les voyages de Pierre Blancard, navigateur mar- 
seillais, importateur du chrysantèrae (1741-1826). [Mémoire adressé à 
l'Académie de Marseille, dans lequel il raconte avec précision ses 
voyages de 1771 à 1793 et ses observations nautiques très utiles pour 
la détermination des longitudes.] — P. 322-36. H. Barré. Impressions 
allemandes sur Marseille (1803-1851). [Notes relatives à divers voya- 
geurs.] Fr. G. 



372 ANNALES DU MIDI. 

Charente. 

Bulletin et Mémoires de la Société archéologique et his- 
torique de la Charente, 7" série, t. IX, année 1908-1909. 

Bulletin. — P. xxix-xxxv. Arrêt du Parlement du 4 mai 1781 sur diverses 
bachelleries ( = fêtes locales de Rouillac, Cellefrouin, Genac, Saint- 
Cybardeaux), p. p. G. Chauvet. — P. lv-lvi et lxvi-lxix. J. Sazerac 
DE Forge. Note sur quelques ouvrages d'Élie Vinet [1° Y Antiquité de 
Bourdeaus, 1574; 2° VArpante)'ie, 1677.] —P. lxi-lxvi.E. Biais. Notice 
sur E.-G. Chabaneau (1831-19U8). — P. lxxii. Mazière. Notice sur la 
vente du fief de Maumont par la duchesse d'Elbœuf (1709). — P. lxxiii- 
Lxxiv et xc. D. Touzaud. Le droit du seigneur, le baiser et les coutumes 
du mariage en Angoumois au xviii' siècle. — P. lxxviii. De la Marti- 
NiÈRE. Note sur Lambert, disciple de Robert d'Arbrissel et abbé de la 
Couronne (xii° siècle). — P. xoi-xciii. Abbé Legrand. Note sur la 
commanderie de Landécot (Saint-Genis-de-Blanzac) et ses terres au 
xviii» siècle. — P. cv-cvii. L. Babaud-Lacroze. Les syndics permanents 
dans les paroisses rurales au xviii* siècle. [Procès-verbal de l'installa- 
tion du syndic perpétuel de Saint-Maurice-des-Lions, 1703.] — P. cvii. 
Procès-verbal de la découverte d'une cloche à Sainte-Radégonde (23 fé- 
vrier 1780), p. p. de la Martinière. — P. cxi-oxx. Id. Chronique 
bibliographique de la Charente. 

Mémoires et documents. — P. 11-17. D. Touzaud. Les deux généraux 
Garnier de La Boissière (1705-1809; 1781-1813). [Deux biographies inté- 
ressantes avec quelques i:)ièces justificatives.] — P. 137-92. P. Mourier. 
Les ex libris angoumoisins antérieurs au xix» siècle. [Sur les amateurs 
de livres angoumoisins, surtout au xviii" siècle.] — P. 193-207. E. Biais. 
Notes sur l'hoi'logerie (et sur les horloges publiques) à Angoulême 
(depuis le xvi» siècle). [Utile et instructif travail.] — P. 208-258. Abbé 
Tricoibe. Notes généalogiques sur la familUe Fé (xvi»-xviii» siècles). — 
P. 259-96. R. Grand. Origine et importance des possessions auvergnates 
de l'abbaye de la Couronne, d'après les archives du Vatican (xii" siècle 
au XIV»). [Bon travail; l'abbaye avait une cinquantaine de possessions 
en Auvergne.] 

Huitième série, tome I, 1910. 

Bulletin. — P. xxx-xxxvi. Papillaud. Les syndics perpétuels dans la 
région de Chalais (1702-1715). [Intéressantes notes, d'après des docu- 
ments d'archives.] — P. xxxvii. Mandement du comte de Jarnac, lieute- 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 873 

liant général d'Angoumois, interdisant à deux gentilshommes do se bat- 
tre en duel (1670), p.p. de L.\. M.\rtinière. — P. xlii-xliii. D. Touzaud. 
Note sur la famille de la Eochefaton, d'après M. de Brémond d'Ars. — 
P. XLviii-Ln. D. Touzaud. La condition des questaux (mainmortables) 
du XIII' au XVI" siècle à Saint-Magne. [Suite d'une importante discussion 
antérieure.] — P. lviii-lxi. Préneuf et La Martinière. Observations 
sur une charte d'affranchissement de Saint-Cybard. — P. lxii-lxviii. 
G. Chauvet. Notice sur le comte L. de Fleury et ses travaux archéolo- 
giques [1827-1909). — P. Lxix-Lxxviii. D. Touzaud et La Martinière. 
L'affranchissement des serfs et l'arrêt du président de Nesmond ; con- 
troverse historique sur une charte de 1291. [Suite d'une discussion anté- 
rieure.] — P. Lxxviii-Lxxxiii. D. Touzaud. Notes philologiques sur le 
patois charcutais : observations sur un ouvrage d'A. Esmein. — 
P. LxxxTii-xo. G. CiiAUVET. Notice surE. Papillaud, historien de Mont- 
boyer. — P. xcii-c. G. Chauvet. A propos de la villa saintongeaise 
d'Ausone. [Aurait été voisine de Gennanicomagus = les Bouchauds.] 

— P. ciii-civ. G. Chauvet. La sculpture de l'église de Ruffec. [Uepré- 
sente Judith sur le point de tuer Ilolopherne, xiii" siècle.] — P. cv-cxvii. 
D. Touzaud. Les communautés taisibles en Angoumois autrefois et 
aujourd'hui. [Importante notice.] — P. cxxvii-cxxviii. De Montégut. 
Note sur le président de Nesmond (1553-1616). — P. cxxx-cxxxii. Abbé 
Legrand. Note sur l'emplacement do la villa d'Ausone en Saintonge. — 
P. rxxxiii-cxxxvi. Lettre du chevalier de Plamont à son père racontant 
le duel entre le comte de Eoffignac et le baron de Montalembert. [Lille, 
8 janvier 1777], p. p. de Montégut. — P. cxliv. Lettre du comte Jean 
d'Angoulême à ses conseillers des finances, 14 avril 1663, p. p. P.-E. 
Biais. [Envoi de poissons d'étang.] — P. cxlv. Lettre de Marguerite de 
Valois, reine de Navarre, à son chancelier, p. p. le même. [Juin, pas 
d'autre date.] — P. cxlvi. Lettre du duc d'Épernon au roi (3 fév. 1600), 
p. p. le MÊME. — P. cxLvii-cxLix. Lettre de Philippe de Voluire, baron de 
Ruffec, à Charles de Brémond, baron d'Ars (12 sept. 1582), p. p. M. de 
BafiMOND d'Ars, avec notice. — P. cltii. L. Babaud-Lacroze. Lettre de 
M"' de Lapardoussie (3 août 1789). [Sur la grande peur en Confolentais.J 

— P. cr,v. Abbé Legrand. Analyse du règlement des conférences ecclé- 
siastiques du diocèse do Périgueux (1733). — P. clvi-cmx. A. Richard. 
Étude sur l'origine des Corlieu. [Le plus connu est François de Corlieu, 
historien de l'Angoumois au xvr' siècle ] — P. rLxi-ri.xiir. Règlement de 
l'évêque de Périgueux pour les droits curiaux des paroisses du diocèse 
(1733), p. p. l'abbé Legrand. — P. fi.xvi-cxux. Acte capitulaire dos 
habitants d'Aubeterrc contre le sieur de Laquille, juge sénéchal, au 



374 ANNALES DU MIDI. 

sujet du feu de joie pour la convalescence du roi (3u octobre 1714), p. p. 
le D' Gaillardox. — P, clxix-plxxi. Gaillardon. L'origine de Poltrot 
de Méré. [Il aurait tiré son nom de Méré, près d'Aubeterrc.] 
Mémoires. — P. 185-203. D. ïouzaud. Deux cloclies gothiques d'Ebréon 
(xiit* siècle). [Étude générale sur les cloches et l'art campanairo en 
Angoumois.] — P. 204-23. A. et H.-R. du Vignaud. Les anciennes fran- 
chises de la paroisse de Benest (Charente). [Étude sur cette paroisse 
située autrefois en Poitou et sur ses privilèges qu'on faisait remonter 
jusqu'à Charlemagne, xv-xyiii*^ siècles.] P. B. 

Charente-Inférieure . 

I. Archives historiques de la Saintonge et de l'Awiis, 
t. XL, 1910. 

P. 1-463. Pandin de Lussaudière. Registres paroissiaux. [Conservés aux 
archives communales. M. P. de L. dépouille ceux des arrondissements 
de La Rochelle, Marennes, Rocliefort. M. Dangibeaud ceux de Saintes, 
Saint-Jean-d'Angély et Jonzac. Ils se suivent dans l'ordre alphabétique 
des paroisses, allant, en ce volume, d'Agonnay à Antignac. On y peut 
étudier les familles (généalogie, situation matérielle et morale, etc.), la 
population, le commerce même et l'industrie. Quelques-uns contiennent 
des comptes de fabriques, des notes historiques, météorologiques. Les 
documents principaux ont été publiés in extenso. Ce gros travail est 
d'un intérêt évident; mais il est à craindre qu'il n'occupe dans la col- 
lection lin bien grand nombre de volumes, au détriment d'autres pièces 

non moins ou plus intéressantes, en tout cas plus variées.] 

P. D. 

II. Bulletin de la Société de géographie de Rochefort, 
t. XXXI, 1909. 

p. 22-5. F. Arnaud. Découvertes archéologiques à Villeneuve, commune 
d'Ardillières. [Sarcophages gallo romains, dolmens.] — P. 26. La garde 
nationale à Rochefort en 1790. [Procès-verbal d'une réunion de la garde 
nationale, relatif à l'incorporation des anciennes milices bourgeoises.] 
P. 27-33. Extrait des registres du Comité de Salut public de la Conven- 
tion nationale, relatif à l'exploitation des bois propres au service de la 
Marine. [Texte de l'arrêté du 16 pluviôse an IL] — P. 189-96. G. Pois- 
son. La villa saintongeaise d'Ausone. [Indique les emplacements où il 
y aurait lieu de faire des fouilles.] — P. 197-209. Cahier des plaintes, 
doléances et pétitions du tiers-état de la ville de Rochefort-sur-Mer, 
1789. [Texte.] 



PÉRIODIOI'ES MÉRIDIONAUX. 375 

T. XXXII, 1910. 

P. 20-41, 145-r)6. L. Dklayaui:). Un ministre de la Marine. .Térôme Phêly- 
pcaux de Pontchartrain, son éducation et ses premiers emplois, sa 
visite des ports de France en 1694, 10U5 et 1G9G. [Biograj)liie détaillée de 
ce personnage. A suivre.] — P. 42-50. F. Arnaud. Excursions à l'abbayt 
de Montierneuf et à la plaine de Vaucouleur, commune de Saint-Agnant 
(Charente-Inférieure). [Détails historiiiues et archéologiques.] — P. 9.")-8. 
L. Massiou. Mémoire pour la ville de Rochefort, recueilli aux Archives 
de la Marine. [Le sieur Dulaurens, maire de Rochefort (1771-1774), sou- 
tient auprès du ministre la cause de la liberté du commerce maritime 
aux colonies.] — P. 101-4. Contribution à l'histoire de Rochefort. Pas- 
sage du prince de Joinville [1844.] — P. 165. Rien de nouveau sous le 
soleil. Une grève sous le roi Louis XV. [Document relatif à un refus de 
travail des charpentiers des Sables-d'Olonne en 1729.] — P. 165. La pre- 
mière imprimerie à Rochefort. [Fin xvii" siècle.] — P. 166-92. Table 
décennale du Bulletin.— P. 209-17. D. Morin. Monographie de la com- 
mune de Saint-Palais-sur-Mer, canton de Royat, arrondissement de 
Marennes, département de la Charente-Inférieure. [Population, com- 
merce, produits. Cite un document de 1744.] — P. 218-22. L. INIoin'kt. 
De la conscription à Rochefort en l'an XI de la République fran- 
çaise. [Procès-verbaux de quatre séances du Conseil municipal.] — 
P. 237-43. Abbé P. Lemonnier. Cavalcades et réjouissances à Roche- 
fort en 1713. [A l'occasion des traités d'Utrecht.] Fr. G. 

Creuse. 

Mémoii'es de la Société des Sciences naturelles et archéo- 
logiques de la Creuse, t. XVH, 2** parlie, 1910. 

P. 215-50. H. Delannoy. Liste des abbés de Bonlieu. [Cette liste, aussi 
complète que le permettent les documents conservés, est la seule à 
laquelle ou ilcvra désormais recourir, celles de Bonaventure de Saint- 
Amable, des Bénédictins [Gallia christicaia nova) et de l'abbé Roy- 
Pierrefitte ollVant des lacunes et des erreurs. Chemin faisant, l'auteur 
analyse les actes conservés soit en original, soit dans la copie du cartu- 
laire que nous devons à Dom Col; on regrette (ju'il n'identifie pas tou- 
jours les noms de lieux mentionnés sous des formes parfois enibarras- 
siintos. — 1'. 2411, :iu lieu de .MdldKsnc, lire Malesset, nnui de l'.iniiliedes 
seigneurs de Ciii\teius-Malvaleix.] — P. 251-51. li. Caili.et. Mandement 
de Philippe le Bel relatif au comté de la Marche (Paris, 13 février 1310). 



876 ANNALES DU MIDI. 

[Texte latin commenté verbeusement, mais mal établi, d'un acte du 
Parlement qui charge des commissaires de faire une enquête relative- 
ment à la succession de Gui de Lusignan, comte de la Marche, décédé 
en 1308. Là où l'éditeur propose de corriger Bragiaci en Brangiaci, sans 
s'expliquer autrement, il faut lire Brageriaci, car il s'agit d'Élie Rudel, 
seigneur de Bergerac. Ce qui est plus grave, c'est que l'un des préten- 
dents à la succession, Adémar de Valence, comte de Pembroke, person- 
nage bien connu, est pris par M. C. pour le procureur du roi, ce qui fausse 
tout le texte. Le nom du chantre d'Orléans, un des commissaires, n'est 
pas J. de Avyeyo, mais /. de A uxego.] — P. 255-70. 0. Pérathon. Ija 
communauté des prêtres d'Aubusson. [Article posthume. Analyse d'actes, 
depuis le commencement du xv° siècle jusqu'à la fin du xviii'.J — P. 258, 
« Fremijard, notaire et juge de la chancellerie de la Marche », lire : 
« Reitigard, notaire et Juré... ».] — P. 271-3. J. Bellet. Un poète. 
[Notice sur André Thévenot, né à la Souterraine, le 16 sept. 1800, mort 
lo 3 nov. 1862, auteur fécond, mais très médiocre (Méridionales, 1835; 
Occidentales, 1838; Apothéose de Napoléon, 1840-41; Épopée de 
l'Empire, 1843-4, etc.), qui fut en relation avec la célèbre Louise Collet, 
née Révoil.] — P. 274-5. H. Delannoy. Les tapisseries d'Aubusson. 
[Analyse de deux marchés, 1607 et 1608, publiés par M. E. Jarry dans 
le Bull, de la Soc. arch. et hist. de l'Orléanais.] — P. 276-340. Général 
Devaureix. Observations géographiques, historiques et linguistiques 
sur l'ancien pays de Combraille. [Travail d'amateur, dont la partie 
linguistique est dénuée de toute valeur scientifique.] — P. 341-4. 
L. Lacrocq. La sculpture dans la Creuse. [A suivre. Traite de deux 
morceaux qui se trouvent dans l'église d'Ahun et qui paraissent dater 
du xv° siècle, une Vierge de pitié et une Mise au tombeau. Les notices 
sont accompagnées de planches très réussies.] — P. 345-62. P. Valla- 
DEAU. Inventaire des meubles du château de Saint-Germain-Beaupré 
en 1752. [Intéressant; il y a beaucoup de tapisseries. En appendice, 
liste des portraits qui se trouvent au musée de Blois et qui proviennent 
de ce château, d'après une publication antérieure du comte Foulcault du 
Daugnon.] — P. 363-72. L. Caillet. Ordonnance inédite de Jacques II 
de Bourbon, comte de la Marche (1416-1426, vers 1419-1420). [Texte fort 
intéressant, bien publié, mais noyé dans un commentaire sans discré- 
tion. A remarquer que, par économie, le comte de la Marche réunit 
provisoirement l'office de sénéchal de la Marche à celui do gouverneur 
lieutenant général exercé par Guérin, seigneur de Brion.] — P. 369-72. 
L. Caillet. Lettres patentes de Guérin de Brion, lieutenant général de 
Jacques II de Bourbon, comte de la Marche (Montaigut-en-Combraille, 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 377 

4 mars 1421). [Nomination d'un receveur chargé de centraliser le pro- 
duit d'un impôt mis sur le comté dft la Marche pour éviter le passage 
des gens d'armes. Cet acte, commo les deux autres publiés dans le 
même fascicule par M. L. Caillet, provient de la collection Morin-Pons, 
conservée depuis peu à la Bibl. municipale de Lyon; je serais particu- 
lièrement heureux de voir paraître le catalogue détaillé de cette collec- 
tion qui a recueilli (par quelle voie?) des débris des archives du comté 
de la Marche.] — P. 373-434. G. de Fournoux La Chaze. La paroisse 
et commune de Saint-Maurice-près-Crocq, étude historique. [A suivre. 
L'auteur est docteur en droit; il explique avec beaucoup de compétence 
la situation administrative et féodale de cette ancienne paroisse et de 
sa voisine Saint-Pardoux-Darnet (que le Ministère de l'Intérieur s'obstine 
à tort à écrire d'Arfiet) sous l'ancien régime : une faible partie des 
deux paroisses était dans la Marche où elle formait la collecte dite de 
Saint-Pardoito>le-Pauvye; le reste, en Franc- Aleu, formait deux collec- 
tes rattachées à l'élection d'Evaux. Le premier chapitre de ce mémoire 
(Coup d'œil à travers le passé) peut donner lien à quelques réserves : 
il n'est pas exact que le Prince Noir se soit porté du Limousin sur 
l'Auvergne après la bataille de Poitiers, p. 377; la révolte des Crocquants 
n'a absolument rien à voir avec Crocq, malgré ce qui est dit p. 379; 
mais les deux suivants (Le territoire des deux paroisses dans la 
géogi'apliie politique de l'ancienne France; Les seigyieuries) ne 
méritent que des éloges. — P. 422, lire Yalenetz (et non Yalevetz) : il 
s'agit presque sûrement de la famille Valleiiet dont la maison est un 
des rares monuments anciens que possède la ville d'Aubusson (cf. l'art, 
que lui a consacré G. Pérathon, Mém. Soc. Creuse, xiii, 189).— 
P. 425, lire Juvé (et non Inné) : c'est un château bien connu qui a 
appartenu à la famille du célèbre Bernard Gui.] A. T. 

Oironde. 

I. Archives historiques de la Oiro7ide, t. XLIV, 1909. 

P. 1-30. Comptes de l'archevêché de Bordeaux (xiii* siècle), p. p. F. PiÉ- 
ciiAUD. [Par archiprêtrés. Avec quelques autres pièces : Fondation de 
l'hôpital de la Lande il258); transaction entre l'archevêque et la com- 
munauté de Coutures (1276), celle-ci en gascon, etc.] — P. 31-60. Rôle 
gascon d'Edouard I", 1286, p. p. Ch. Bémont. [Ces actes, au nombre de 
29, avaient été faussement attribués à Edouard II; ils viennent juste- 
ment combler une lacune dans la publication des Unies (jasco)is, car on 
n'en possédait aucun pour 12°6 (Cf. dans Annales, xx, 536, un compte 



378 ANNALES DU MIDT. 

rendu des Rôles, article où malheureusement, p. ôiU et sqq., le nom 
d'Edouard II s'est substitué à tort à celui d'Edouard I"). Ce sont des 
lettres, toutes délivrées en France, à des communautés religieuses ou 
laïques, à de grands personnages, des particuliers ; deux sont écrites en 
français (pp. 45, 53).] — P. 61-93. Comptes des recettes et dépenses du 
trésorier de la ville de Bordeaux, p. p. G. Ducaunnès-Duval. [En gas- 
con; 1501-1502. On sait ciue, dans ce genre de comptes, les dépenses ont 
plus d'intérêt que les recettes, car elles nous renseignent sur les actes 
de la ville, dont chacun était suivi de frais; mais ici, il ne s'agit que de 
menus frais, d'intérêt assez mince. J — P. 94-202. Arrêts du Parlement 
de Guienne concernant l'histoire des débuts de la Eéforme dans le res- 
sort de ce Parlement, p. p. H. Patry. [147 pièces, du 22 décembre 1541 
au 25 janvier 1552. Recueil d'un très grand intérêt. Il serait fort à 
souhaiter qu'on en fit un semblable pour chaque Parlement de France. 
Celui-ci contient un grand nombre de condamnations au feu.] — 
P. 203-85. Documents sur l'administration du maréchal de Matignon en 
Guienne, p. p. F. Gebelin. [30 pièces, du 24 avril 1589 au 19 avril 1594. 
Beaucoup proviennent des archives de Monaco. La dernière est un 
extrait des registres secrets du Parlement de Bordeaux, 1589-1594.] — 
P. 286-304. Liste des membres de la Cour des Aides de Guienne, p. p. 
P. Meller. [Par ordre alphabétique. De 1554 à 1557 et de 1629 jusqu'à 
la fin de l'Ancien Régime.] — P. 305-8. Lettres des consuls de Bordeaux 
aux Lyonnais, p. p. P. Courteault et L. Caillet. [Trois lettres seule- 
ment, de 1710 et 1747, assez insignifiantes.] — P. 309-38. Documents 
relatifs à trois manufactures de faïence établies ou à établir en 1762 
à Podensac, Sadirac et Lignan, dans l'ancien Bordelais, p. p. E. Labadie. 
— P. 339-54. Documents sur l'inondation de 1770, p. p. Caraman. [Relevé 
des pertes, par juridictions ; relations, lettres, etc.] — P. 355-436. Docu- 
ments siir la fortune privée au xviu» siècle, p. p. M. Nicol.u. [État des 
biens-fonds des officiers du Parlement, en vue de l'impôt du vingtième, 
et autre, des biens des officiers de la Cour des Aides (1754-1755^. Taxe 
de rachat de la capitation à imposer à certains habitants des villes de 
la généralité de Bordeaux.] — P. 437-520. Documents divers. [Bulle 
d'Adrien IV en faveur de l'abbaye de Saint-Émilion, 18 déc. 1155; Statuts 
de la confrérie de Sainte-Catherine, à Bordeaux, 1535; Arrêt du Parle- 
ment dans une alfaire de récusation de juges, 1564: Procès-verbal de 
visite du monastère des Annonciades de Bordeaux, 1575; Contrat de 
mariage d'un procureur au Parlement et de la fille d'un imprimeur, avec 
inventaires de leurs biens meubles, 1634; Requête aux vicaires généraux 
de Bazas en vue d'établir dans l'église de Pujols une confrérie du Saint- 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 379 

Sacrement; Statuts, sj-ndic de la Confrérie, 1687; Pièces de 1791-1796, 
dont plusieurs sur les paroisses et églises de Bordeaux (n»" 214, 247, 
248) conservées ou rendues au culte.] P- D. 

II. Revue des Études anciennes^ 1910. 

p. 16-20. 165-7, 260-80, 377-82. C. Jullian. Notes gallo-romaines : 
XLY. A la Gayolle. [Étude sur le sarcophage, purement chrétien, de la 
Gayolle; hypothèse sur la Gayolle, centre chrétien dès le second siècle.] 
XLvi. Notes sur Lucain, géographe, xlvii. La jeunesse de saint Martin 
à propos d'un livre récent. [Discussion approfondie de plusieurs points 
du Saint Martin d'Adolphe Régnier, date de la naissance, lieu du 
service militaire, rencontre de Martin et d'Hilaire, fondation du monas- 
tère de Ligugé.] XLvni. Le sénat des Parisiens a-t-il participé à la 
proclamation de Julien comme Auguste? [Accepte l'hypothèse, à notre 
avis insoutenable, de De Vos.] — P. 21-46. A. Bl.4nchet. Une nouvelle 
théorie relative à l'expédilion des Cimbres en Gaule : examen et réfu- 
tation. [Excellente réfutation de la tliéorie de Forrer, qui explique 
par l'expédition des Cimbres la composition du trésor de monnaies 
gauloises trouvé àTayac; ce n'est pas une épave de cette expédition, 
mais un trésor purement local de pièces émises en grande majorité 
dans la région.] — P. 47-66. L. de Vos. Le mode d'élection de Julien 
à la dignité d'empereur. [Développement d'un travail antérieur destiné 
à prouver dans l'élection de Julien le triple rôle des soldats, de l'assem- 
blée provinciale et de la curie parisienne. La discussion est habile 
et les arguments bien présentés, mais non convaincants.] — P. 67-72. 
P. CouRTEAULT. luscription chrétienne du cimetière primitif de Saint- 
Seurin à Bordeaux. [Excellente publication de cette inscription décou- 
verte par M; C] — P. 73-8. H. de Gérin-Eicakd. Le Génie du Castellum 
d'Olbia à Hyères. [Excellente étude. d'une inscription récemment décou- 
verte.] — P. 78-81. H. Ferrand. Autel de Mercure trouvé à Villette 
(Isère). — P. 83-90, 195-204, 295-308, 414-9. C. Jullian. Chronhiue 
gallo-romaine. — P. 152-3. P. Paris. Déméter, terre cuite grecque 
d'Emporium. — P. 186-8. E. Dijpr.\t. La route d' Agrippa à Avignon. 
[D'après la découverte d'une sépulture le long de cette voie.] — 
P. 189-92. J.-A. Brutails. Stèles espagnoles. — P. 218-60. E. Albkr- 
Ti.Ni. Sculptures antiques et sculptures imitées de l'antique au Musée 
provincial de Barcelone. — P. 'Î81-4. G. Radet. La race de Cro-Magnon 
en Espagne d'après M. Anton Ferrândiz. — P. 284. C. Jullian. Junon 
allaitant Hercule ? Terre cuite gallo-romaine. — P. 291-5. E. Albertini 
et C. Jullian. Stèles espagnoles. — P. 388-9. C. Jullian. Un oracle 



380 ANNALES DU MIDI. 

d'Escnlape. [Déchiffrement d'une inscription en caractères cursifs sur 
une lampe trouvée près de Mèrida.] — P. 399-410. R. ]_,izop. Quelques 
recherches sur les ruines de Lugdunum Convenarum (Saint-Bertrand 
de Comminges). Ch. L. 

Pyrénées- O rientales . 

Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées- 
Orientales,^. XLVIII, 1907. 

p. 269-319. Congrès archéologique de France tenu k Perpignan du 26 au 
31 mai 1906. [Rapports, discours, comptes rendus sommaires des 
séances et des excursions ; description succincte de monuments de 
Perpignan et du Roussillon. Résumé d'un mémoire de M. Comet sur 
les imprimeries de Perpignan (1465-1870).] — P. 321-49. D^ A. Don- 
NEZ.\N. Notes sur le vieux Perpignan. [Planches.] I. Démolition des 
remparts de la porte Saint-Martin, 1905-1906. [Découvertes archéologi- 
ques.] Eglise de Saint-Mathieu-le- Vieux, 1639. II. Hôtels et maisons 
occupés avant la Révolution par quelques anciennes familles de Per- 
pignan. [Liste par noms de rues.] — P. 368-78. J. Delpont. La sépul- 
ture définitive de Jacques III, dernier roi de Mnllorca. [Cathédrale 
de Palina-de-Mallorca.] 

Tome XLIX, 1908. 

P. 179-95. M. Pratx. En excursion : Réglello et le roc del Alarlell. 
(Planches.) [Description et notes historiques concernant cette région 
des Corbières.] — P. 197-237. Abbé J. Capkille. Précis historique sur 
la seigneurie de Llo, dans la Cerdagne française. [Notice sur les 
familles féodales qui ont possédé le flef jusqu'en 1789] — P. 239-368. 
J. Comet. L'imprimerie à Perpignan depuis les origines jusqu'à nos 
jours. [Notices biographiques d'imprimeurs, descriptions d'ouvrages, 
reproduction de gravures sur bois.] — P. 369-75. J. Delpont. Les 
Catalans de l'Alguer. [Petite région de l'île de Sardaigne conquise par 
les rois d'Aragon au xiv« siècle et oi'i est restée une population qui a 
conservé la langue et les traditions de la Catalogne. Poésies en dialecte 
de l'Alguer.] — P. 382-84. E. Lefèvrk-Pontalis. Notice nécrologique. 
[B.-J . Palustre, archiviste des Pyrénées-Orientales, mort le 18 avril 1907.] 

Tome L, 1909. 

P. 333-73. Abbé Giralt. Notice historique sur la commune de Fuilla (en 
Confient). — P. 407-18. J. Delpont. Les Roussillonnais à la conquête 
de Mallorca (1229) et d'Eyvissa (1235). [Citations de chroniques.] 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 381 

Tome LI, 1910. 

p. 1-188. Pratx. iatendnnce de Roussillon. Mémoire de Pierre Poeyda. 
vant. subdélégué général, sur la province de Eoussillon et le pays de 
Foix, etc. [La première partie a paru dans le tome XXXVII du même 
Bullethi, en 18%. Ce mémoire est un exposé de la situation économi- 
que et administrative du Roussillon et de ses annexes à la veille de 
.la Révolution. La dernière partie contient dix chapitres concernant les 
productions agricoles et naturelles, le commerce, les hôpitaux, la men- 
dicité, les conflits d'attributions entre l'intendant et le Conseil souve- 
rain, etc. Table détaillée des matières à la fin.] — P. 189-221. P. Masnou. 
Une lovée de Miquelets ou fusiliers de montagne "en Roussillon, 1744. — 
P. 222-87. Ph. ToRREiLLES. Lettres du comte d'Oms de Margarit, 
enseigne aux gardes françaises, à son père le marquis d'Oms de Tord, 
1772-1783. [Les lettres ont fourni matière à une analyse dans laquelle 
sont insérées de nombreuses citations : l'éditeur a pris dans cette 
correspondance, conservée aux archives départementales des Pyrénées- 
Orientales, les éléments propres à faire connaître les mœurs et la 
situation de la noblesse roussillonnaise, soit à Versailles, soit à Paris ; 
détails sur la vie de garnison, sur les voyages entre Paris et Perpi- 
gnan, etc.] — P. 289-360. P. Vidal. Recherches relatives à l'hisloire 
des Beaux-Arts et des Belles-Lettres en Roussillon depuis le xi" jus- 
qu'au XVII' siècle. [Suite. Voir le début au t. XXVII du Bulletin, 1885. 
Publication de textes catalans tirés des archives des Pyrénées-Orien- 
tales, concernant la construction de monuments religieux et la fabri- 
cation d'objets du culte. 42 pièces, de 1376 à 1550. Fort utile pour 
l'histoire de l'art et de l'industrie au moyen âge dans cette région. 
Notes explicatives.] — P. 36I-4U1. J. Freixe. Le passage du Perthus 
pendant la guerre des Vêpres siciliennes, I285-I295. [Récit d'événe- 
ments d'histoire locale d'après les documents imprimés.] — P. 401-12. 
P. Masnou. Note sur le rétable de la chapelle du Rosaire de l'église 
Saint-Jacques de Perpignan, 1643. [Avec planches hors texte. Texte 
catalan du contrat contenant les détails de l'œuvre.] — P. 413-5. E. Sans. 
Note sur une inscription du moyen âge. [C'est une inscription tumu- 
laire du chevalier Vilar, mort en août 1800.] — P. 417-39. M. Robin. 
Contribution à l'histoire de la Révolution de 1848 dans les Pyrénées- 
Orientales. [Détails tirés d'affiches; quelques textes sont publiés.] — 
P. 505-22. La tradition catalane. [Compte rendu de l'érection à Perpi- 
gnan d'un monument à la « tradition catalane » ; discours, poésies 
françaises et catalanes, dont l'une est l'.4i-m par E. Boixe. Notices 



382 ANNALES DU MIDI. 

rapides sur chaque homme célèbre du Roussillon dont le nom est 
inscrit sur le monument de la tradition.] F. P. 



Tarn. 

Revue du Tarn, t. XXVI, 1909. 

p. 1-13. Aug. Vidal. Un Albigeois ambassadeur de Louis XIV auprès du 
roi d'Angleterre et auprès du sultan du Maroc. [Le marquis de Saint- 
Amans, d'après une épître en vers du sieur Pezet, 1687, et d'autres 
pièces d'archives. Il s'appelait François d'Izarn, capitaine de vaisseau. 
Sa sœur Anne, vers 1700, était tombée dans la misère.] — P. 14-25, 
92-103. E. Thomas. Organisation du chapitre Saint-Pierre de Burlats. 
[Aux XVII» et xviii» siècles. Le personnel, les menses, les obits et les 
prébendes.] — P. 2G-36, 114-31, 272-86, 335-46. A. Vidal. Les vicomtes et 
la vicomte de Paulin. [Suite de ce long travail commencé en 1907, con- 
tinué en 1908. Les de Carrion de Nisas ; une transaction de 1732 leur 
livre la vicomte. Des actes intéressants, dont plusieurs sont insérés, 
permettent de suivre cette famille, à travers la Révolution, jusqu'en 
1850.] — P. 37-46, 146-62, 2.33-8, 287-96, 347-57. E. Marty. Archives des 
notaires de Rabastens. [Suite et à suivre. De 1542 à 1581. Cette publi- 
cation, qui consiste en analyses de pièces ou en textes insérés 
in extenso, est des plus utiles, surtout dans la partie afiférente aux 
guerres de religion. Elle contient des fragments de chronique, extraits 
des registres des Vinel, jeune et vieux.] — P, 58-60. E. Bécus. Des- 
cription de monnaies romaines trouvées à Carmaux. [Bronze.] Note sur 
des monnaies de Maguelone trouvées à Lacaze. [Monnaies épiscopales 
de 1263.] — P. 61-3. A. Vidal. Extraits des arrêts du Parlement de 
Toulouse. [1579-1584. Suite et à suivre.] — P. 69-83. Ch. Portal. 
Edmond Cabié, 1846-1909. [Excellente notice sur le regretté érudit, avec 
une bibliographie très complète de ses nombreux travaux.] — P. 104-13. 
A. GuiTTARD. Les origines de la ville de Castres d'après une publica- 
tion récente. [Il s'agit des Origines du monastère et de la ville de 
Castres d'après l'érudition locale et un diplôme inédit, par l'abbé 
Fénols. Albi, impr. coopér. du Sud-Ouest, 1909; in-S" de 72 pages. 
M. l'abbé F. écarte avec raison l'hypothèse de Castres camp romain; 
celle qu'il y substitue, plus admissible, manque de preuves suffisantes : 
à savoir que l'abbaye bénédictine de Bellecelle aurait en se fortifiant, 
contre les Normands par exemple, pris le nom de Castra. Elle ne le 
porte pas dans un diplôme de 819, de Louis le Débonnaire, tandis 
qu'un diplôme de Charles le Chauve, 858-863, dit : « Monasterium... 



PÉRIODIQUES MERIDIONAUX. ÔOÔ 

Bella Cella, qaod vulgo dicitur Castra. » Mais celui-ci est-il authen- 
tique?] — P. 132-40. E. Bécus. Pratiques du paganisme qui subsistent 
encore dans l'Albigeois. — P. 17'2-1. Description de monnaies du 
XVI» siècle trouvées à la Malatarié (comm. de Trévien). [500 pièces d'or 
et d'argent anglaises et francjaises.] — P. 206-16. E. Thom.'\.s. Les 
écoles de Lautroc au xvii» siècle. Collège et maîtrise. [Le collège dépen- 
dait des consuls, la maîtrise des chanoines.] — P. 217-32. A. Guittard. 
Une dispute publique contre les intrus à Albi en 1792. [Texte d'une 
lettre de Gaspard Fricou, curé de Saint-Etienne, prêtre insermenté, à 
M»'' de Bernis, « archevêque et seigneur d'Albi ». La discussion eut lieu 
à l'église des Carmes, en présence de six mille personnes, les deux 
adversaires occupant chacun une chaire. Elle porta principalement snr 
les actes de l'Assemblée constituante, accusée par B'ricou d'outrepas- 
ser ses droits, et faillit à plusieurs reprises, à ce qu'il prétend, dégénérer 
en scène de meurtre.] — P. 245-71. L. Belot. Taxile Doat. [Céramiste, 
1851-1909. Catalogue de ses œuvres.] — P. 313-24. P. Larroque. 
Recherches sur l'archéologie du canton de Villemur pendant les pério- 
des préhistorique, gauloise, romaine et barbare. [Planche.] — P. 325-34. 
E. THO.MAS. La boucherie de Lautrec au xyii" siècle. [Elle est surveillée 
par les consuls ou leurs délégués ; c'est un monopole, à prix fixé.] 

p. D. 

Var. 

Bulletin de la Société d'Études scientifigues et archéo- 
logiques de Draguignan, tome XXVII, 1908-1909. 

Procès-verbaux des séatices. — P. ix-xv. E. Poupé. Le meurtre de 
Maxime Saqui, 28 août 1792. [Né à Toulon en 1751, Maxime Saqui 
étudia le droit et fut nommé troisième député suppléant à l'Assemblée 
législative; obligé de quitter Toulon par les Jacobins de cette ville, il 
fut massacré à la Roquebrussanne le 28 août 1792 par des Toulonnais 
venus exprès pour cela.] — P. xxxviii-xliv. E. Poupé. Chansons anti- 
montagnardes. [Reproduit trois chansons composées sans doute à Mar- 
seille vers le milieu de 1793 et dirigées contre les Montagnards.] — 
P. xLvii-Liii. F. MiREUR. Les parvenus de l'enseignement sous l'An- 
cien Régime. [Cite plusieurs exemples de régents du collège de Di-agui- 
gnan qui profitèrent de leurs fonctions pour préparer leurs grades en 
droit, voire en médecine, et par là purent arriver à une situation plus 
élevée ] 

Mémoires originaux. — P. i-xx et 1-252. F. Mireur. Le Tiers-État à 
Draguignan, étude sociologique. [Avec 94 esquisses généalogiques et 



384 ANNALES DU MIDI. 

35 pages de table. En s'appuyant sur près d'une centaine de généalogies 
établies avec le plus grand soin d'après les archives départementales, 
communales et notariales, M. M. montre les progrès ou la décadence 
d'un grand nombre de familles, comment se pénétraient les différentes 
classes du tiers état de Draguignan et comment le paysan, l'artisan 
parvenaient à la bourgeoisie et réussissaient à se hisser parfois jusqu'à 
la noblesse. Les conclusions de ce travail concordent avec celles de 
Charles de Ribbe, à savoir qu'en Provence il ne fallait que peu de 
temps, moins que dans aucun autre pays, à une individualité bien douée 
pour se hisser par le négoce ou l'industrie au niveau de la classe supé- 
rieure.] — P. i-ix et 1-218. E. PoupÉ. Lettres de Barras et de Fréron 
en mission dans le Midi. [Voir plus haut, p. 280-81, un compte rendu 
analytique.] V.-L. B. 

Vienne (Haute-). 

I. Archives historiques du Limousin, série ancienne, 
t. X, 1906. 

p. i-viii et 1-402. Dernier choix de documents historiques sur le Limou- 
sin, publiés et annotés par Alfred Leroux. [Ce volume comprend : 
78 lettres diverses tirées du fonds de l'évèché de Limoges (1573-1789), 
dont deux très curieuses, relatives à Bagnères-de-Luchon (?) et à Barëges ; 
une série de documents des xvi'-xviii* siècles sur la Réforme dans la 
Marche et le Limousin; une longue procédure de 1444-45 pour les 
consuls de Limoges-château contre l'évêque ; un registre des comptes 
du receveur de l'évêque de Limoges à Saint-Léonard Q467-75) où se 
rencontre la mention désormais fameuse d'un Gargantua à la date de 
1471; quatre petites chroniques limousines, latines ou françaises des 
xv"-xviii" siècles; trois règlements de confréries des xvii'-xviii' siècles; 
une douzaine de pièces diverses, du xi" au xviii* siècle.] 

Tome XI, 1910. 

P. i-viii et 1-432. Vie du P. Charles Frémont..., par J.-B. Rochias..., p. p. 
le chanoine A. Lecler. (Voir ci-dessus un compte rendu analytique, 
p. 1.'37.) A. L. 

IL Bulletin de la Société archéologique et historique du 
Limousin, t. LIX, 1909-10. 

1" livr. P. 5-13. F. Delage. Archéologie préhistorique. [Bonne descrip- 
tion du dolmen de la Villedieu: cf. Annales, 1910, p. 560.] — P. 14-66. 
Abbé A. Lecler. Histoire de l'abbaye de Grandmont. [Suite de cette 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 385 

laborieuse compilation.] — P. 67-74. A. Dem.'^.rtial. Achat d'une charge 
de secrétaire du roi en 1779. [Etude et publication d'un document d'où 
il ressort qu'un office de ce genre, purement honorifique, coûta au béné- 
ficiaire 72,000 livres, outre 7,H0 livres de frais divers.] — P. 75-129. 
J. BouLAUD. Le livre de raison de Grégoire Benoist de Lostende, 
1677-1754. [Cf. Annales, 1910. p. 429.] — P. 130-9. P. Ducourtieux. 
Méreau du xvi" siècle et monnaies du moyen âge. — P. 140-70. 
A. Leroux. Le meurtre de l'abbé Chabrol, 1790. [Etude critique d'un 
épisode de la Eévolution à Limoges, d'après les documents du temps. 
Cf. un compte rendu dans les Annales, t. XXII, p. 376.] — P. 171-204. 
Documents et mélanges p. p. A. Petit, C. Jouhanneaud, J. Boulaud, 
P. Ducourtieux. 
2" livr. P. 205-336. L. Guibert. Tableau historique et topographique d 
Limoges. [Important fragment, retrouvé dans les papiers de l'auteur, 
d'une histoire de Limoges. Traite uniquement de la formation des trois 
villes de Limoges, de la rivalité de la cité et du château, et de la féo- 
dalité urbaine, d'après les sources.] — P. 337-66. F. Delaoe. Mélanges 
d'archéologie limousine. [Décrit le dolmen du Réneix, une urne funé- 
raire trouvée à Chàteauneuf-la-Forêt et divers objets découverts sur 
l'emplacement à' AKgHStoritiim.] — P. 366-404. Abbé A. Lecler. His- 
toire de l'abbaye de Grandmont. [Suite.] — P. 405-35. A. Demartial. 
Les émaux peints de Limoges ; les primitifs, l'école de Monvaerni. 
[Cf. Annales, 1910, p. 431.] — P. 436-87. J. Boulaud. Les deux maria- 
ges de la marquise de Mirabeau, née de Vassan. [Utile contribution à 
l'histoire de la famille Mirabeau.] — P. 488-539. R. Drouault. Le régi- 
ment de Limoges olïert par la ville â Louis XIV, 1689-99. [Etude neuve 
et fouillée, d'après des documents privés.] — P. E40-74. Abbé A. Lecler. 
La vérité sur le meurtre de Pierre Bermondet, seigneur du Boucheron. 
[Etude critique d'un épisode de l'année 1513, qui a donné lieu à beau- 
coup d'interprétations et d'affirmations erronées.] — P. 575-94. 
A. Leroux. Les Archives départementales, communales et hospita- 
lières et la Bibliothèque départementale de la Haute-Vienne, de 1898 à 
1908. [Suite et complément à la notice publiée en 1899, ibid., XLVIL] 
— P. 595-612. "*. M. le chanoine A. Lecler. [Notice biographique, suivie 
de la longue liste des publications de cet érudit limousin.] — P. 613-22. 
Chronique et mélanges par P. Ducourtieux et A. Demartial. 

A. L. 



ANNALES DU MIDI. — XXIII 



386 ANNALES DU MIDI. 

PÉRIODIQUES FRA.NÇA.IS NON MÉRIDIONAUX. 

!«. — Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, Gonip ■ 
tes rendus, 1910. 

P. 16-20. G. Lalanne. Découvertes de sculptures de l'âge du renne. [A 
Laussel dans le Sarladais.] — P. 29-31. L. Roy. Note sur l'église de 
Saint-Léonard, Haute-Vienne (chapelle Sainte-Luce).] — P. 76-87 et 
509-16. J.-C. FoRMiGÉ. Le Trophée de la Turbie. [Étude historique et 
architecturale avec plan et dessins, restitution du monument et de 
l'inscription.] — P. 106. Véran. Inscription latine du début du iip siècle 
après J.-C. trouvée à Arles.] — P. 107. J. Roman. Note sur l'usage des 
bulles de plomb comme sceaux dans le sud-est de la France. — 
P. 229-4. N. Valois. Deux nouveaux témoignages sur le procès des 
Templiers. [Tirés d'un quodlihet inédit de Jean de Pouilli et d'un texte 
déjà publié de Jacques de Thérines.] — P. 324-30. Pijoan et M. Dieu- 
lafoy. Les premières peintures de l'École catalane. [Note de M. P. sur 
des peintures murales du nord de la Catalogne; observations critiques 
de M. D.] — P. 422-38. G. Vasseur. Résultats de fouilles archéologiques 
exécutées à Marseille dans le fort Saint-Jean. [Résultats très impor- 
tants : découverte d'un nombre considérable de fragments de poteries 
grecques des vu-v siècles av. J.-C. importées de l'Ionie, de Rhodes, 
Naucratis, Corinthe, Athènes, et de poteries indigènes; existence proba- 
ble au Lacydon d'un centre indigène qui a facilité la colonisation grec- 
que au VII* siècle.] — P. 517-20. Fr.-P. Thiers. Découvertes archéolo- 
giques à Castel-Roussillon (Ruscino). [Très importantes.] — P. 765-8. 
D' Armaingaud. Les éditions des Essais de Montaigne : Le texte de 
la Vulgate. Ch. L. 

13. — Annuaire-Bulletin de la Société de V Histoire de 
France, t. XLV, 1908 et XLVI, 1909. Néant. —T. XLVII, 
1910. 

p. 213-21. G. Baouenault de Puchesse. Jeanne d'Albret et Catherine de 
Médicis (1570-1572). Lettres inédites. [Lettres copiées à Saint-Péters- 
bourg d'après un volume de la collection Dobruwski, toutes relatives à 
l'exécution dans le Midi de la paix de Saint-Germain, notamment en 
Guyenne et Béarn, et au mariage d'Henri de Navarre.] — P. 238-95. 
H. Courte.ault. Journal historique de Guillaume de Lamoignon, avocat 
général au Parlement de Paris (1713-1718). [Le « journal » est en effet 



PÉRIODIQUES NON MÉRIDIONAUX. 387 

une juxtaposition de notes quotidiennes, prises en un moment critique 
par un débutant. Ce Lamoignon, dit Blancménil, appartenait à l'illustre 
famille de hauts magistrats que l'on connaît; l'intendant de Languedoc, 
Bàville, était son oncle. Aussi fut-il chargé par le Bégent de négocier 
avec les évêques de Languedoc touchant les affaires de la bulle U)}ige- 
nitus , qu'ils refusaient d'accepter. Cette négociation ingrate, qui 
n'aboutit pas, n'est connue que par son Journal.] P. D. 

14. — Bulletin archéologique du Comité des Travaux 
historiques et scientifiques, 1909. 

p. 116-20. PI. XI. P. CouRTEAXJLT. Mosaïques gallo-romaines à Taron (Bas- 
ses-Pyrénées). [Panneau d'une riche ornementation. Un poisson d'un 
travail délicat annonce un impluvium ou un atrium.] — P. 121-3. 
F. -P. Thiers. Recherches à Castel-Roussillon (Pyrénées-Orientales). 
[Deux fragments d'inscription d'une tablette de marbre; fragments de 
cratère à figures rouges des iv-v« siècles; caj^is très décadente; nom- 
breux silos ovoïdes non maçonnés; une centaine de médailles en deux 
parts à peu près égales de médailles romaines et de médailles ibériques 
et grecques d'EmjJoriœ et A'Iticlica, du vi° siècle aux premiers empe- 
reurs romains, quelques pièces frappées par diverses cités de l'Espagne 
citérieure et presque point de médailles frappées en Gaule. M. Th. se 
propose de continuer les fouilles dans le sol jusqu'ici inexploré de l'an- 
tique Ruscino dont le plateau porta une agglomération ibère avant 
d'être une cité gallo-romaine.] — P. 124-8. PI. xii. H. de Gérin-Ricard. 
Tête de marbre du dieu Sylvain trouvée à Roquefeuil (Var). [Plus 
réduite que nature, représentant un homme âgé, mais robuste; elle 
porte une couronne de petites branches de pin, nouée par un ruban dont 
les deux bouts pendent sur la nuque. Représentation du dieu Sylvain 
protecteur des champs. Il en existait une autre, au musée d'Arles; elle 
a été détruite. Celle-ci est unique, tandis que de nombreux autels dédiés 
à ce dieu ont été trouvés en Provence jusque sur le littoral. M. de G.-R. 
restitue une inscription non encore étudiée ni décrite, mais signalée, 
depuis peu, avec quelques fautes de lecture.] — P. 177-82. Barriére- 
Flavy. Renseignements archéologiques tirés des procès-verbaux de 
visite de l'ancien diocèse de Rieux (1621-1635). [Renseignements sur les 
trésors des églises, particulièrement intéressants à une époque où les 
troubles religieux venaient à peine de s'apaiser. Les églises en avaient 
souffert quelquefois ; à Couladère, par exemple, lors de la peste, dos 
habitants du lieu avaient profité des troubles pour s'emparer du trésor. 
Il existait encore, dans de petits villages, des pièces d'orfèvrerie ayant 



388 ANNALES nu MIDI. 

échappé au pillage des églises et remontunt, en majeure partie, au 
XYi" siècle.] — P. 194-208. E. Rizot. Inventaire des mosaïques romai- 
nes inédites de Vienne, Sainte-Colombe et Saint-Romain-en-Gal. [Cer- 
taines sont représentées par des dessins, d'autres existent encore. Il en 
est enfin qui ne sont connues que par des indications non vériliées.] — 
P. '212-5. D. Peyroxy. .Sur l'âge des dessins de la grotte des Combarelles 
(Dordogne). [Les gravures sont superposées et d'âges divers. Les plus 
incisées sont aurignaciennes, quelques-unes sont solutréennes et le plus 
grand nombre sont du magdalénien inférieur et moyen.] — P. 2.^1-62. 
LV RouQUETTK. Notes sur des sépultures gallo-romaines découvertes à 
Saint-Pons, près de Nice. [Tombes de pleine terre, en tuiles, sarcopha- 
ges de pierre tendre, en plomb et un grand sarcophage.] — P. 263-71. 
R. Roger. La peinture au moyen âge dans le pays de Foix et de 
Couserans. (PL xxvi à xxviii). [Fresques de l'église d'Unac dont toutes 
les voûtes du chœur et de l'abside, ainsi que les trumeaux entre les 
fenêtres et les écoinçons, au-dessus, ont été peints. Presque tout fut 
badigeonné en 1839 par les soins du curé qui mentionna dans les regis- 
tres de la paroisse qu'il avait fait disparaître « quelques peintures du 
dernier ridicule ». Panneau à l'église d'Ax-les-Thermes.] — P. 272-6. 
PL XXIX. H. DE Gêrin-Ricard. Épitaphe carolingienne de l'église 
d'Esloublon (Basses-Alpes). [Inscription entièrement inédite dont la 
date ne peut être établie avec certitude, mais doit être placée au début 
de la période carolingienne.] — P. 338-40. F. -P. Thiers. Borne milliaire 
découverte près de Fitou (Aude). [Trouvée près de la via Domitia. 
Anépigraphe. Spécimen, d'après M. Th., des bornes que, dès la conquête 
de l'Espagne, les Romains, au témoignage de Polybe, posèrent de 
mille en mille, le long de la voie gauloise, avant d'avoir occupé défini- 
tivement la province.] A. V. 

15, — Journal des Savants, 1910. 

p. 167 80, 201-10. A. CoviLLE. Le Dauphin Charles (1338-1364). [Analyse 
du livre de R Delachenal : Histoire de Charles V, t. I-IL] — P. 193-201. 
L. Delisle. Le Trésor des Chartes. [Analyse critique, avec de nombreu- 
ses remarques intéressant le Midi, du t. V des Layettes du Trésor des 
Chartes, publié par H.-Fr. Delaborde.] — P. 481-8, 529-37. J. Guiffrey. 
Histoire de la Marine française. [Analyse de l'Histoire de la Marine 
française de Charles de la Roncière.] — P. 489-500, 537-45. Ch.-V. 
Langlois. Études sur l'administration royale du xiii» au xvi= siècle. 
[.\nalyse critique du t. III des Recherches sur divers services publics 
du Xlll' au XVII" siècle de Borrelli de Serres. Une des plus impor- 



PÉRIODIQUES NON MÉRIDIONAUX, 389 

tantes dissertations de ce livre est consacrée aux Feux en Languedoc, 

aux différents sens du mot selon les époques.] — P. 545-60. II. -Fr. 

Del.vborde. L'Empire et la rivalité de Philippe-Auguste et de Richard 

Cœur-de-Lion. [Analyse importante de V Histoire de Philippe- Auguste 

de Cartellieri : Philipp August und Richard LôwenJierz.] 

Ch. L. 

16. — Mélanges d'Archéologie et (l'Hisioi)-e de l'École 
française de Rome, 1909. 

P. 213-24. R. Michel. Les premières horloges du palais pontifical d'Avi- 
gnon ; textes inédits du xiv siècle. 

1910. 
P. 1-50. L. RoMiER. Les guerres d'Henri II et le traité de Cateau-Cambré- 
sis (1554-1559). [Étude importante d'après une source nouvelle , les 
Diarii d'Emmanuel-Philibert, de 1554 à 1559.] — P. 129-54. R. Michel. 
La défense d'Avignon sous Urbain V et Grégoire XI. [D'après des docu- 
ments des archives du Vatican et d'Avignon.] — P. 123-207. L. Romier. 
Les Vaudois et le Parlement français de Turin. [Étude curieuse sur la 
persécution des Vaudois par le Parlement français de Turin, faite avec 
des pièces des archives de Turin de 1550 à 1552.] — P. 209-56. A. de 
RouARD. Le fonds des notaires d'Orange à la Bibliothèque du Vatican. 
[Étude sommaire et inventaire de ce fonds, qui va du milieu du xiv 
à la fin du xv» siècle et qui fournira d'importants renseignements pour 
l'histoire d'Orange.] Ch. L. 

17. — Revue de l'Art chrétien^ 52« année, 5« série, 
t. V, 1909. 

p. 1-10. Dom RouLix. Œuvres de sculpture de l'abbaye de Silos. — 
P. 23-27. Mayeur. Le portail occidental de Sainte-INIarie-d'Oloron 
(Basses-Pyrénées) et son iconographie. — P. 46-7. J. de Lahondès. 
Lettre à propos d'un article antérieur sur les Armoiries Pontificales 
(blason d'Innocent VI sur une porte de l'ancien collège de Saint-Mar- 
tial, fondé à Toulouse en 1359; manteau de cheminée du collège de 
Sainte-Catherine, à Toulouse, 1614). — P. 75-9, 166-74, 359-68. Dom 
RouLiN. Les cloîtres de l'abbaye de Silos. [Influences du Midi de la 
France.] — P. 146-65, 2r/-34, 302-10, 347-58. Sanoner. La Bible racon- 
tée par les artistes du moyen âge. — P. 325-6. Germain de Médy. Les 
quatre apôtres du portail sud à Saint-.Jean-le-Vi6ux de Perpignan. — 
P. 385-6. II). La clef de voûte de Sallcs-la-Sourco (Aveyron) au musée 
de Rodez. PI. Gr. 



390 ANNALES DU MIDI. 

18. — Revue chrétienne, 4« série, 1906, t. II, et 1907. 
Néant. — 1908. 

p. 675-6. H. Dartique. Une lettre de Rabaut Saint-Étienne. [Nimes, 1788. 
Elle a pour objet la convocation des États généraux.] 

1909. 

P. 241-52, 321-31. A. Mailhet. Quelques notes sur G. Farel. [1489-1565* 
La famille du réformateur; son œuvre en Dauphiné.] R. L. 

19. — Revue des Deux-Mondes, t. LV, LYI, LVII, jan- 
vier-juin 1910. Néant. — T. LVIII, juillet-août 1910. 

p. 393-418. Correspondance d'Emile Pouvillon. [M« N. D. publie dans cet 
article les lettres que lui écrivit Em. Pouvillon, de 1891 à 1905, 
lettres qui dénotent de la part de l'auteur la sensibilité la plus 
vive.] — P. 635-68. D' E. Labat. En Gascogne. L'abandon de la terre. 
[La région étudiée, « une vingtaine de cantons », est celle dont Lectoure 
est à peu près le centre. Retrace l'évolution sociale qui, depuis un siè- 
cle, s'est produite dans la région; insiste de préférence sur l'abandon 
actuel de la terre. Étude assez générale, mais qui cependant met en 
œuvre, de façon très remarquable, les nombreuses observations person- 
nelles du D' L.] L. D. 

T. LIX, LX, sept.-déc. 1910. Néant. 

SO. — Revue des Études historiques, 1910. 

p. 131-44. 01. Faure. Le règlement du collège de Vienne en 1550. [De 
1532 à 1550, il y eut des tentatives pour organiser en cette ville l'instruc- 
tion publique sous la direction des consuls. L'ordonnance de réformation 
du collège vient à la suite. Elle est des plus détaillées et curieuses. La 
discipline qu'elle prescrit n'avait rien de la mollesse moderne : ordre 
aux écoliers de parler uniquement latin, de porter la « saincture », 
défense de blasphémer, le tout « à peine de estre irremissiblement 
fessés », etc. Point de vacances. Pourtant les journées étaient bien 
remplies. Le budget du collège, en dépense, devait s'élever à 418 livres.] 
— P. 240-68. P. DE Vaissière. Monsieur de Lordat, page du roi en la 
Petite-Écurie, cornette aux chevau-légers (1725-1765). [Originaire de 
Bram, en Languedoc, il vint à Paris en 1740. L'auteur analyse sa cor- 
respondance qui ne s'étend pas au delà de 1747.] — P. 473-513, 632-53. 
P. DE Vaissiéue. Jean Poltrot, seigneur de Méré, meurtrier de M. de 
Guise (1563). [Poltrot était natif d'Angoumois, paroisse tle Nabinaud, 
près Aubeterre (?). Il se trouvait à Paris avec le vicomte d'Aubeterre, 
en 1561, puis à Lyon avec Soubise durant le siège que celui-ci dut y sou- 
tenir, etc. Intéressant, mais peu nouveau. M. de V. fait i-essortir la 



PÉRIODIQUKS NON MÉRIDIONAUX. 391 

part de complicité morale qui reviendrait, dans cet attentat, à Soubise, 
à Coligny, à Catherine de Médicis.] P. D. 

2t. — Revue internationale de VEnseigne?nenf, t. LV 
et LYI, 1908. Néant. — T. LYII, 1909. 

p. 117-23. J. Anglade. L'enseignement de la philologie romane dans les 
Universités françaises. [État actuel, nécessité d'une réorganisation.] 

T. LYIII, 1909, et LIX, 1910. Néant. — T. LX, 1910. 

p. 1;î0-2. g. Desdevises du Dezert. Le centenaire de la Faculté des 
Lettres de Clermont-Ferrand. [Notes historiques.] — P. 153-8. J. Cor- 
cellk. L'École Centrale du département du Mont-Blanc. [Installation 
à Chanibéry en l'an II, programmes.] — P. 143-57. P. Morillot. Cente- 
naire de la Faculté des Lettres de l'Université de Grenoble. Une Faculté 
des Lettres d'aujourd'hui. [Quelques renseignements historiques.] 

Fr. G. 

88. — Revue de Paris, 16« année, t. I, janv.-févr. 1909. 

p. 5-17. P. Lebrethon. Conseils à Murât. [Publie une lettre adressée 
à Murât, alors à Milan, par son ami Agar, président du Conseil général 
du Lot, dans laquelle celui-ci l'engage à ne pas avoir d'inquiétudes, 
l'assurant qu'il a la confiance entière du Premier Consul; mais il est 
nécessaire qu'il se livre au travail, qu'il ne montre pas des préventions 
contre certaines personnes, et qu'il s'efforce de gagner l'amitié de cer- 
tains généraux; le général Lanncs pensait que Murât était trop facile 
à se laisser tromper sur ses amis.] — P. 415-35. L. de Contenson. Pour 
défendre Monaco. [Fragment des Mémoires du comte de Souvigny, 
nommé lieutenant au gouvernement de la forteresse de Monaco où le 
roi établit une garnison de 500 hommes; récit du voyage de la Cour de 
Toulouse en Provence, 1660; installation de Souvigny à Monaco où il 
passa huit ans et où il rédigea ses mémoires; texte du traité de 1641 
entre le roi de France et le prince de Monaco.] 

T. II, mars-avril 1909. Néant. — T. III, mai-juin 1909. 
P. lii2-6. G. Simon. La grâce de Barbés. [Rôle de Lamartine et de Victor 
Hugo dans cette affaire.] 

T. IV, juillet-août 1909. 

p. 254-86, 619-35. F. Caussy. Voltaire et ses curés. Lettres sur les dîmes. 
[A propos des dîmes de Ferney; il est incidemment question, dans ces 
lettres, de l'affaire Calas.] 



392 ANNALES DU MIDI. 

T. V. sept.-oct. 1909. Néant. — T. VI, nov.-déc. 1909. 

P. 105-32. L. Batiffol. Un jeune ménage royal. [Louis XIII et Anne 
d'Autriche. Efforts delà cour, du nonce et des ambassadeurs pour obte- 
nir du roi qu'il consomme le mariage; c'est le duc de Luynes qui le 
décide. Récit de la lune de miel qui suit.] — P. 861-76. H. Lapauze. Une 
vie de Poussin annotée par Ingres. [Analogie de la vie Je Poussin avec 
celle d'Ingres qui eut pour Poussin une vive admiration; notes mises 
par lui sur un exemplaire des Mémoires sur la vie de Nicolas Poussin, 
p. p. Marie Graliam en 1821.] Fr. G. 

17^ année, t. I, janv.-févr. 1910. Néant. — T. II, mars- 
avril 1910. 

P. 95-125. H. MoNOD. Montaigne après la Saint-Barthélémy. [Approuve 
pleinement et commente l'hypothèse du D'^ Armaingaud sur la part que 
Montaigne aurait eue dans la publication du Conty'un par les protes- 
tants : aucun argument, aucun fait nouveau.] 

T. III, mai-juin 1910. Néant. — T. IV, juillet-août 1910. 

P. 543-74, 825-46- Souvenirs d'un cadet en Espagne (1812-1SH), p p. le 
c' Larreguy de Civrieux. [Silvain Larreguy, cadet d'une famille d'ar- 
mateurs de Saint-Jean-de-Luz ruinés par la Révolution, fait ses études 
à Marseille, suit sa famille en Espagne, où son père est nommé en 1813 
directeur général des domaines de l'Aragon, prend part à divers com- 
bats, rentre en France en 1814.] L. D. 

T. V, VI, sept.-déc. 1910. Néant. 

S8. — Revue de synthèse historique, t. XVI, 1908. 

P. 129-63. L. Rêau. L'origine et la signification des noms géographiques. 
[Utilité de la toponymie pour l'ethnographie et l'histoire ; cite quelques 
noms méridionaux : Les villes-ponts : Brive {briva, pont en celte). 
Villes forestières : Vernot (lieu planté d'aunes ou de vergnes), Fraissi- 
net (planté de frênes). Villes thermales (Ax, Dax, Aix, Bagnères), villes 
du sel (Salies), villes minières (Largentière, Melle, de nietalLum); 
villes grecques et romaines sur la Méditerranée, villes féodales (Castel- 
nau, bastides, etc.), villes monastiques (la Réole, de Régula, noms de 
saints).] — P. 303-77. L. Villat. Les régions de la France. Le Velay. 
[Étude capitale sur l'état des travaux et questions à traiter. I. Le Velay, 
partie du haut val de Loire, Velay volcanique autour du Puy et Velay 
granitique, région de passage rattachée tantôt à la France du Nord 
(confédération des Arvernes), tantôt à la France du Sud (Languedoc); 



PÉRIODIQUES NON MÉRIDIONAUX 393 

l'industrie de la dentelle contribue A le maintenir en relations avec les 
régions voisines ; c'est « le carrefour où les influences du Nord et celles 
du Midi se trouvèrent en contact et en pénétration constante ». 

II. Étude sur les historiens du Velay : 1» jusqu'à la lin du xviii" siècle, 
historiens médiocres. Annalistes de N.-D. du Puy, précieux surtout 
par les documents qu'ils ont conservés; les chroniqueurs (Etienne Mège 
ou Médicis, 1475-15G5; Burel, 1540-1606; Jacmon, 1601-1651); érudits 
du XVIII* siècle (voyages de dom Estiennot, dom Jacques Boyer pour 
la Gallia; enquêtes de dom Vaissette, etc.); 2° xix» siècle : Arnaud, 
Mandet, Vinols, insuffisants. Au milieu du siècle, le travail historique 
commence à s'organiser : revues, sociétés, centralisation et classement 
des archives disséminées; on étudie surtout la vie ecclésiastique, très 
peu les institutions municipales; absence de répertoires bibliographi- 
ques; publications de textes, monographies {Preuves de la Maiso)i 
de Polignac), qui ont préparé l'histoire du Velay encore à faire. 

III. Résultats acquis. M. V. esquisse ici un aperçu de cette histoire 
en montrant les lacunes et points à étudier; les origines du peuple- 
ment, le Velay gallo-romain, triomphe du christianisme au vii« siècle. 
Le Velay relativement à l'abri des invasions ; aucun travail sur la 
période carolingienne ; l'époque féodale plus étudiée (la lutte entre 
l'évêque du Puy et le vicomte de Polignac est le fait dominant); on a 
les éléments de l'histoire des vicomtes, non de celle des évèques. Les 
troubadours. Rien sur la commune, sur la mainmise de la royauté, 
sur la désorganisation du monde féodal et la reconstitution de l'unité 
(xiv"-xv« siècles), guerre de Cent ans, prospérité économique (rôle des 
juifs) qui accompagne la réorganisation du pouvoir royal. Les xvp et 
XVII* siècles sont très mal connus aussi : nombreux documents sur les 
guerres religieuses et la misère qui s'ensuit, sur la prospérité écono- 
mique que rend la monarchie absolue. Les hauts plateaux et forêts 
de la région offrent une retraite aux adversaires de la Révolution, 
émigrés, prêtres de l'Ardèche et de la Lozère; les travaux scientifiques 
sur cette période se sont multipliés récemment; le xix" siècle n'a été 
l'objet d'aucun travail au point de vue politique ou économique. 
Conclusion : caractère pratique du Vellave, dérivant du sol et du cli- 
mat; ce montagnard, âpre au gain, se montre peu sensible aux idées 
politiques ou religieuses : « Le Vellave est un Normand transporté en 
pays de montagne. »] 

Tome XVII, 1908. 

p. 261-72. G. MoNOD. Michelet de 1843 à 1852. [Leçon d'ouverture du cours 
d'histoire générale et de méthode historique au collège de France.] — 



394 ANNALES DU MIDI. 

P. 309-27. J. Calmette et P. Vidal. Les régions de la France. VI. Le 
Roussillon. [A suivre. Cf., A?i>iales, t. XXII, p. 419.] 

Tome XVIII, 1909. 

P. 60-105. J. Calmette et P. Vidal. Les régions de la Franco. VI. Le 
Eoussillon. [Fin.] 

Tome XIX, 1909. Néant. — Tome XX, 1910. 

P. ^8-36. G. Hardy. Une orientation actuelle de l'histoire ecclésiastique 
du XVII* siècle, d'après un livre récent. [Le livre de M. Déjean, Ufi 
prélat indépendant au XVII' siècle : Nicolas Pavillon, évégiie 
d'Alet, 1637-77; cette histoire tend à devenir surtout une histoire des 
partis.] — P. 159-70. L. Febvre. L'humanisme chrétien, la Renaissance 
et l'Église à propos d'un ouvrage récent. [Celui de M. Imbart de la 
Tour sur les Origines de la Réforme.] — P. 171-81. P. Lacombe. 
L'appropriation privée du sol. Nouvelles études à l'occasion d'ouvrages 
récents. Les justices. [Travaux de MM. Sée, Les classes rurales et 
le régime dom,anial en France au moye)i âge, et Brutails, Études 
sur la condition des populations rurales du Roussillon au moyen 
âge, 1891.] 

Tome XXI, 1910. 

P. 117-63. P. Caron. De l'étude du gouvernement révolutionnaire. [Le 
gouvernement révolutionnaire, c'est-à-dire l'ensemble des institutions 
qui ont régi la France entre la suspension du roi Louis XVI et la 
Constitution de l'an III, assez bien connu en ce qui concerne les insti- 
tutions centrales, l'est beaucoup moins pour les institutions locales. 
L'auteur recherche le plan qu'il y aurait lieu de suivre en vue de la 
confection de monographies locales sur cette période (étude complète 
de tous les rouages administratifs dans un district). Nécessité d'abor- 
der cette étude sans préjugés religieux, politiques ou moraux. Imper- 
fection de nos connaissances sur la Terreur; se méfier des ouvrages 
antérieurs; rechercher dans chaque région l'état d'esprit de la petite 
bourgeoisie, des ouvriers, delà classe rurale.] : — P. 164-74. P. Lacombe. 
L'appropriation privée du sol; nouvelles études à l'occasion d'ouvrages 
récents. De l'origine des seigneuries. [Critique du travail de M. Bru- 
tails. Cf. plus haut.] Fr. G. 



CHRONIQUE 



L'Académie des Inscriplions et Belles-Lettres, statuant sur le 
concours des Antiquités nationales, a décerné la Ire médaille au 
colonel BoRELLi de Serres, pour les tomes II et III de ses Recher- 
ches sur les services 2}iib1ics du XlIIe au XVHe siècles ; la 2», à 
M. P. GuÉRiN, pour les vol. V à XI du Recueil des documents 
concernant le Poitou; la 4», à M. J. Régné, Atnaury IL, vicomte 
de Narbonne ; la 2e mention, à M. l'abbé Lesne, pour ses deux 
livres ; Origines des inenses dans le teyyiporel des églises et des 
moîiaslères de France et Histoire de la propriété ecclésiastique 
en -France; la 3", à M. Claude Faure, Étude sur l'administration 
et l'histoire du Comtat-Venaissin (cf. plus haut, p. 22G, un 
compte rendu critique) ; la 4e, à M. M. Boudet, Carlulaire du 
prieuré de Saint-Flour; la 5e, aux abbés Dubarat et Duranatz, 
Recherches sur la ville et sur l'église de Bayonne ; la 6e, à 
M. l'abbé J.-B. Poulbrière, Dictionnaire historique et archéolo- 
gique des paroisses du diocèse de Tulle; la ?« enfin à M. l'abbé 
Aug. Petel, Le lemple de Boulieu et ses dépendaiices. 

On voit combien riche est la moisson faite par les niéridiona- 
lisants. 



Les thèses de l'École des Chartes soutenues en janvier et février 
derniers sont au nombre de viiip:t, dont cinq seulement appar- 
tiennent, plus ou moins, à notre domaine i. 

Une thèse comme celle de M. E. Blum, Contribution à l'histoire 
de la législation hypothécaire sous l'ancien régirne, ne semble 
pus devoir nous fournir une bien large contribution. On ne voit 
pas si les coutumes méridionales ont été, sous ce rapport, étudiées 
par l'auteur. Notons seulement que l'édit de réforme de 1771 fut 

1. Positions des thèses, etc. Paris, Picard, 1911 ; in-8" de lOG payes. 



396 ANNALES DU MIDI. 

mal exécuté ou resta inexécuté en Provence, en Béarn, en Rous- 
sillon. — P. Desphas, Guillaume Gouffier, seigneur de Bomiii-el, 
amiral de France (1485-1525). Le célèbre favori de François l^r, 
l'amoureux peu transi de Marguerite de Navarre, a été lieutenant 
du roi en Guyenne et, comme tel, a dirigé la guerre en Navarre 
pour enlever ce roj'aume aux Espagnols — non sans remporter 
quelques succès. — Passé de là en Dauphiné, puis en Italie, il de- 
vait y moins réussir: on sait qu'après plusieurs défaites, il trouva 
la mort à la bataille de Pavie. — P. Fournier, Élude sitr l'admi- 
nislration d'Alfonse de Poitiers dans la Terre d'Auvergjie. 
L'origine des droits d'Alfonse sur la Terre d'Auvergne remonte au 
règne de Philippe-Auguste, qui s'empara de la plus grande partie 
des domaines des anciens comtes, et les fit gouverner par un 
connétable dès 1:308. L'auteur délimite géographiquement le do- 
maine et les droits d'Alfonse, c'est-à-dire la circonscription où 
agissait en son nom, en toutes matières, le connétable, véritable 
lieutenant du comte. Au-dessous de ce personnage, mais éloigné 
de lui et assez indépendant, était le « bailli des Montagnes », 
établi avant 1257 dans les archiprêtrés d'Aurillac, Mauriac et 
Saint-FIour. Le premier bailli fut Eustache de Beaumarchais. La 
troisième partie ti'^ite des rapports de l'administration centrale 
avec le roi et les pouvoirs locaux. Pas de conclusion générale. 11 
est probable qu'elle ne s'écarlerait guère de celle que le regretté 
x\ug. Molinier avait donnée à son étude bien connue sur l'admi- 
nistration d'Alfonse de Poitiers en Languedoc. — L. Peyhichou, 
Un essai de réforyne de la taille au XVIIIt> siècle dans la géné- 
ralité de Limoges. Un travail de ce genre peut être du plus haut 
intérêt. Tels étaient les défauts de la taille personnelle que non 
seulement les plnlosophes, les « idéologues », comme dira Napo- 
léon, mais les administrateurs eux-mêmes cherchaient les moyens 
d'y remédier. Aubert de Tourny, intendant de la généralité de Li- 
moges, a commencé la réforme, en 17.38, en édiclant un « tarif», 
plan de répartition de la taille, en faisant arpenter les parois- 
ses, etc. Turgot, ensuite, a repris et amélioré le nouveau système, 
que les « positions » de M. P., beaucoup trop brèves, conçues pres- 
que en style télégraphique, ne permettent pas de comprendre. — 
J.-Gli. Roman, Les chartes de Vordre dauphinois et provençal de 
Chalais. M. R. a été naturellement conduit à diviser son étude en 
deux parties, dont la première est l'iiistorifiue de l'ordre. Le mo- 
nastère de Chalais, fondé en 1101 par saint Hugues dans le massif 



CHRONIQUE. 397 

de la Grnnde-Chartrense, fut érigé en alibaye en liai. Il comptait 
peu lie biens, beaucoup de moines; ceux-ci éniigraient donc; ils 
allaient s'employcf dans le comté de Forcalquier, en Provence, ù 
l'œuvre de réforme que les clercs et moines viennois y avaient 
entreprise; ils colonisaient Boscaudon (diocèse d'Embrun) 
vers ll'iO, fondaient Albeval (diocèse de Grenoble). De l'union de 
Clialais avec ces deux élablissements est née la congrégation clia- 
laisienne : l'ordre suivait la règle de saint Benoît; sa « charte de 
charité » (1148) i-eproduisait celle de (Uteaux. Après quelques fon- 
dations, Ghalais même, trop pauvre, parfois mal administrée, 
faiblit dès le début du xme siècle. Mais ses filiales continuent 
d'engendrer des abbayes. L'ordre a commencé de se dissoudre à 
partir de 128G. Deux de ses membres, Boscaudon et Glausonne, 
subsistent, l'un jusqu'au xvie siècle, l'autre jusqu'au xviiifi. — La 
seconde partie est une étude diplomatique des chartes de l'ordre : 
chronologie, forme des actes, paléographie. 



Le 49e congrès des Sociétés savantes s'est tenu, cette année, à 
Caen, du 18 au 22 avril. La i)lupart des communications qui ont 
été faites sont naturellement relatives à Diistoire et à l'archéologie 
de la Normandie. Voici cependant quelques sujets qui intéressent 
notre région : 

Section d'Histoire e( de Philologie. — Brégail. La Société po- 
pulaire d'Auch et les Sociétés affiliées. 

Section d'Archéologie. — Abbé Ghaillan. Notice sur plusieurs 
monuments de la vieille abbaye de Saint-Victor de Marseille. — 
Abbé Arnaud d'Agnel. Notice sur des fragments d'un bas-relief 
du xive siècle provenant du mausolée de saint Elzéar de Sabran, 
dans la chapelle des Gordeliers d'Apt. — E. Bonnet. Table d'autel 
du xiiie siècle. [Acquise par l'Université de Montpellier en 1904.] — 
Raimbault. Document relatif à la construction du clocher des 
Auguslins d'Avignon, 1377. — D^ Gapitan. Empreintes préhistori- 
ques dans la grotte de Gargas (Haute-Garonne). 

Section de Géographie historique et descriptive. — E. Bellog. 
Recherchessur le val d'Aran et notamment sur l'idiome du pays. 
[Les noms de lieux aranais sont restés gascons.] — Gh. de La 



398 ANNALES DU MIDI 

RoNCiÈRE. Notice sur une carte })ortngaiKe dn xv" siècle découverte 
à Gap par le chanoine Guillaume. 



M. Brutails, le très distingué archiviste de la Gironde, a été 
ému d'un article publié dans le dernier numéro des Annales 
(avril, p. 274); il nous écrit à ce sujet. ]1 s'agit de l'analyse som- 
maire de l'ouvrage de MM. Dumas et Verdie sur Le déparlemenl 
de la Dordogne et la délimilaiio7i... des vins de Bordeaux. 
Question du jour! Les auteurs s'aidaient d'arguments historiques 
pour essayer de faire admettre partie au moins de la Dordogne 
dans la région des vins dont l'étiquette « Bordeaux » allait favo- 
riser la vente. L'auteur de l'article, lui, a conclu contre toute déli- 
mitation, quel que fût d'ailleurs le passé. S'il est sorti du domaine 
de l'histoire, s'il a mis le pied un instant sur le terrain, un peu 
chaud, de l'actualité, c'est qu'il ne pouvait guère éviter de laisser 
paraître son opinion : au surplus, il la plaçait sous le patronage 
de Turgot et de la Révolution française. 

M. Brutails soutient contre les gens de la Dordogne que l'em- 
ploi de la barrique bordelaise leur était interdit, — ou plutôt à 
leurs ancêtres de la « Nouvelle Conquête » — Possible! C'est un 
point de fait à débattre entre lui et MM. Dumas et Verdie, de qui 
nous nous sommes bornés à reproduire les assertions. Surtout il 
repousse « cette accusation imméritée » que les Girondins veulent 
un régime de privilège; car c'est un droit exclusif du vin de Bor- 
deaux de porter la marque « Bordeaux ». Sur ce point de droit, 
nous aurions fort à dire, tant, que nous ne dirons rien, afin de ne 
pas rentrei- dans un long débat de politique actuelle, qui n'aurait 
vraiment rien à faire avec la science historique. Contentons-nous 
de donner acte à M. Brutails de sa protestation. 



L'Union historique et archéologique du Sml-Ouest, que connais- 
sent bien nos lecteurs, ouvrira son congrès annuel le 30 juillet 
prochain, à Biarritz (trésorier du congrès, le docteur Berne, avenue 
Victoria, Biarritz). Il durera quatre jours, les 31 juillet, 1er, 3 et 
3 août, et comportera des excursions à Bayonne, Roncevaux, 
Saint-Jean-de-Luz, Fontarabie. 



CHRONIQUE. 399 



Nous recevons un excellent spécimen d'un Albufn de paléogra- 
phie et de diplomatique qui promet d'être, pour les méridiotiali- 
sants, d'un intérêt tout particulier, car il se composera exclusive- 
ment de fac-similés de tlocuments empruntés aux archives du Midi 
de la France et relatifs à son liisloire; spécifions toutefois : de la 
partie du Midi qui s'étend à l'ouest du Rhône. Les archives tou- 
lousaines seront, plus que d'autres, mises à contribution, car c'est 
à Toulouse que l'Album sera publié par MM. F.Galabeht, archi- 
viste-paléographe, et G. Lassalle, phototypiste. 

Dans cette publication les débutants trouveront l'enseignement 
dont ils ont besoin, les historiens une collection de textes intéres- 
sants. Format commode (35x50), documents nombreux, surtout 
des xiiie-xve siècles, transcription de chacun d'eux sur feuille spé- 
ciale, où seront résolues les abréviations et difficultés, actes choi- 
sis de manière à former le complément nécessaire du Ma)iuel de 
Diplomatique de Giry, voilà de quoi assurer le succès de l'entre- 
prise. 

L'Albutn est publié par souscription. Il comprendra 100 i)lan- 
ches en 10 fascicules et sera terminé en cinq ans. On souscrit 
jusqu'au 15 août prochain chez M. Lassalle, 32, rue de l'Etoile, 
Toulouse. Prix : 8 fr. 50 le fascicule; 14 fr. après la clôture de la 
souscription. 

Un groupe de félibres s'est proposé d'élever, dans la ville de 
Foix, une statue à Esclarmonde de Foix, sœur du comte Raymond- 
Roger (1188-1323). Ce personnage, dont le rôle historique n'est 
pas très détini, est le sujet de plusieurs brochures que nous signa- 
lons à nos lecteurs, sans prendre parti dans la polémique qui 
s'est élevée à propos de lui. 

L. Palauqui, Esclarmonde de Foix. Foix, impr. Lafont de 
Sentenac, in-8°, 44 p. 

J.-M. Vidal, Esclarmonde de Foix dans l'histoire et le roman. 
Toulouse, Privât. In-8o, 41 pages. [Extrait de la Revue de Gasco- 
gne, janvier 1911.] 

J.-M. Vidal. Esclarmonde de Foix dans la poésie, Rome, Tip. 
Cuggiani, in-8'', 40 pages. 

Lettre d'un critique à un de ses amis, membre du Comité 



400 ANNALES DU MIDI. 

formé pour élever un monument n Ksolarmonde de Foix. [S. L.] 
1911. [Anonyme; tirage limité à 300 exemplaires, non mis dans le 
commerce.] 



On sait que M. A. Pillet, professeur à l'Université de Breslan. 
travaille depuis longtemps h une nouvelle édition du Griindriss 
de Bartsch; cet instrument de travail indispensable à tous les 
étudiants en philologie provençale avait besoin d'être mis au 
courant. Il résulte d'une communication faite i)ar M. Pillet îi la 
« Société silésienne de civilisation nationale » que ce travail est très 
avancé et que le nouvel éditeur pense en pouvoir commencer 
bientôt l'impression. Voici quelqr.es lignes de cet article : « L'or- 
dre est en principe le même que celui de la liste du Grundriss de 
Bartsch (sauf que plusieurs numéros ont été ajoutés ou interver- 
tis); seulement, c'est un livre nouveau, beaucoup plus considéra- 
ble. Je donne pour chaque troubadour une bibliographie complète, 
autant du moins que les livres ont quelque valeur scientifique, et 
pour chaque pièce le vers initial avec les principales variantes, 
l'indication des manuscrits avec leur folio et des reproductions 
« diplomatiques », le cas échéant les différences d'attribution 
(qui m'ont particulièrement occupé), le genre auquel la poésie 
appartient, les impressions et les éditions critiques, les essais 
d'amélioration, d'explication et de datation des textes. Le tout sera 
terminé par une liste des vers initiaux de toutes les pièces (liste 
dressée par ordre de rimes) afin de rendre plus facile la recherche 
des pièces anonymes ou d'attribution fausse ï. » On ne peut que 
féliciter M. Pillet d'avoir mené à bonne fin un travail aussi impor- 
tant et aussi nécessaire. Nous espérons qu'il donnera un nouvel 
essor aux études provençales, qui se sont récemment enrichies du 
précieux petit dictionnaire d'Emile Lévy. Nous demanderons 
seulement à l'auteur de ne plus écrire Grafvon Poitou, von Foioc, 
V07% Provence, etc., et de ne pas nous obliger à chercher la 
Comtessa de Proensa à Grâfin von Provence. Ce n'est pas une 
question de patriotisme, — qui n'a rien à faire ici; — c'est une 
question de bon sens. L'article de M. Pillet comprend trois noti- 
ces intéressantes. L'une est consacrée à une nouvelle forme d'une 
chanson du comte de Poitou {Gr. 183, 11), attribuée par le ms. 
a à Bertrand de Pessars; la seconde à la rime intérieure dans 

1. Alfred Pillet, Beitrage zur Kritih der altesten Troubadours 



CHRONIQUE. 401 

Gercamon et INIarcabrun. La troisième et dernière notice contient 
des notes critiques sur le texte de Marcabrun. J. A. 



Chronique de Tarn- et- Garonne. 

Depuis la dernière chronique, due au regretté Gabié, certaines 
parties de l'histoire de Montauban et des régions qui forment 
aujourd'hui le département de Tarn-et-Garonne ont été éclairées 
grâce à quelques intéressants travaux récemment parus. Mais 
cette histoire reste encore, dans son ensemble, insuflisamment 
élucidée. 

Rien ne montre mieux l'utilité que présenteraient les travaux 
critiques sur l'histoire du Montalbanais que la lecture de la Petite 
Histoire de Quercy et de Bouergue, de MM. G. Roques et E. Rayle 
(Paris, F. Juven, s. d., 60 pages in-8o). Ge petit livre est rédigé 
suivant un bon plan; mais il contient de nombreuses erreurs, et 
il est à remarquer que, pour l'histoire de Montauban, les auteurs 
ont eu de la difficulté à se documenter : on les voit, par exemple, 
citer l'Histoire de Montauban, de Lebret (p. 26-28), un discours 
de Dumas de Rauly à la Société archéologique (p. 31). Or, le pre- 
mier de ces ouvrages est périmé; le second est dépourvu de valeur 
scientifique. On pourrait faire des remarques analogues sur 
l'Essai sur Montauban et le Tarn-et-Garon7ie, d'U. Athané 
(Montauban, G. Forestié, 1908, 421 p.), qui, au point de vue his- 
torique, n'est qu'une compilation, du reste soignée, mais qui con- 
tient d'intéressants renseignements bien présentés sur la géogra- 
phie et la vie économique du département. 

Passons maintenant aux travaux spéciaux qui ont été composés 
depuis trois ans sur l'histoire du département. Pour l'histoire 
médiévale, il convient de signaler un excellent ouvrage, dont un 
long compte rendu a paru déjà dans cette revue, La Maison 
d'Armagnac, de Ch. Samaran, quoique ce volume ne traite qu'in- 
cidemment du Tarn-et-Garonne. Accordons aussi une mention à 
un article de M. Albe sur VHérésie albigeoise et l'Inquisition en 
Quercy (extr. de la Revue d'histoire de l'Eglise de France, 
52 pages), qui est rédigé avec soin et méthode. Le petit volume de 

(Sonderabdruck aus dem 89. Jahresbericht der Schlesischen Gesellscliaft 
fur vaterl. Cultur; séance du 23 février 1911). Breslan, 1911. 

ANNALES DU MIDI. — XXIJI- 20 



402 ANNALES DU MIDI. 

M. A. Angles sur LWhbaye de Moissac (Paris, H. Laurens, s. d., 
96 pages) sera utilement consulté parles archéologues et même les 
touristes. C'est une description bien faite, mais on ne doit pas 
chercher dans cette « petite monographie » une œuvre originale 
ni définitive. 

Sur la période moderne de Thistoire montalbanaise, deux 
ouvrages, tout récents, sont à signaler. Celui de M. Daniel Benoit 
sur Les Origines de la Réforme à Montauhan (Motitauban, 
M"e Gapelle, 1910) intéresse très directement la région. Si l'auteur 
n'a pas voulu en l'écrivant se dégager de toute préoccupation 
confessionnelle, son livre n'en est que plus ému et plus attachant, 
et il y règne une suffisante impartialité. Les érudits sauront gré 
à M. Benoit d'avoir publié à la fin de son livre dix-huit pièces jus- 
tificatives d'un haut intérêt, d'autant plus qu'un grand nombre de 
ces documents, et en particulier les procès- verbaux de divers 
colloques (1562-1579), sont conservés dans des archives privées. 
La Gra7ide Peur en 1789, de M. E. Forestié, dépasse de beau- 
coup par son objet l'histoire du département de Tarn-et-Garonne. 
Il s'y rattache cependant parce que les documents principaux qui 
y sont utilisés concernent la Haute-Guyenne et surtout Montau- 
han. Nous nous contentons de signaler ici cet ouvrage dont il est 
question plus liaut (p. 36(3). Pour être complet, il faudrait signaler 
les articles parus dans le Bulletin de la Société archéologique de 
Tarn-et-Garonne et dans le Recueil de V Académie]; mais ils sont 
analysés dans une autre partie de la revue. 

Des fouilles ont été entreprises dans le parc du nouvel évêclié 
de Montauhan pour retrouver les fondements de l'ancienne église 
de Saint-Théoilard, du xive siècle; ces travaux ont abouti à 
d'intéressants résultats qui seront exposés prochainement dans le 
Bulleitn de la Société archéologique. D'avitre part, les archéo- 
logues ont tous appris, et nous nous contenterons de leur 
rappeler, la chute de la Tour de l'Horloge, dite Tour de Lhautier, 
à Montauhan, qui a eu lieu le 12 août 1910. M. E. Forestié a 
consacré à ce monument disparu une notice dans le Bulletin de 
la Société archéologique. 

En 1908 a été célébré le centenaire du département de Tarn-et- 
Garonne. Cette cérémonie a donné lieu à la publication de quel- 
ques articles sur la formation du département dans les revues et 
les journaux locaux. Le plus abondant est celui de M. E. Forestié, 
paru dans le Bulletin de la Société archéologique, et dont il 



CHRONIQUE. 403 

existe un tirage à part : La créalion du Tarn-el-Garo7ine en 1808 
et les poésies de circonstance. Nous avons essayé de compléter 
cet article en publiant dans le même bulletin quelques docu- 
ments inédits tirés des Archives nationales. A l'occasion du même 
centenaire, M. Antonin Perbosc a donné des pages choisies des 
prosateurs tarn-el-garotuiais du xixe siècle, sous le litre d'An- 
thologie d'un Centenaire (Montauban, Paul Masson, 1908, in-8o 
de 238 pages). 

Tels sont les principaux ouvrages qui ont paru depuis trois 
ans dans noire département. Ces années n'ont pas été infécondes; 
mais il est à regretter que jusqu'ici la besogne historique ait été 
poursuivie sans plan collectif et avec une critique insuffisamment 
aiguisée. Il serait utile à l'heure actuelle d'entreprendre une sé- 
vère révision des travaux antérieurs et une publication méthodique 
des textes les plus importants pour cette histoire, dont beaucoup 
sont encore inédits. Des sociétés locales, et notamment la Société 
archéologique de Tarn-et-Garonne, qui est prospère, ne pour- 
raient-elles entreprendre des publications de longue haleine — 
publications de textes et de mémoires? 

D'importants sujets s'offriraient, en effet, à l'activité des érudits. 
L'histoire de l'abbaj-e de Moissac n'a pas encore été faite d'une 
manière scientifique, non plus que celle de la collégiale de Saint- 
Antonin. Le cartulaire de Saint-Théodard, conservé aux archives 
de Tarn-et-Garonne, est resté en grande partie inédit, et il contient 
un nombre respectable d'actes du xe et du xi» siècle. M. le cha- 
noine Pottier a publié il y a vingt-deux ans une utile bibliographie 
des Chartes de Coutumes, qui pourrait être aujourd'hui augmen- 
tée; nous avons des raisons d'espérer qu'une publication et une 
étude de ces Coutumes tenteront prochainement un futur archiviste 
paléographe. Les terriers si nombreux du xve et du xvi" siècle 
mériteraient d'être examinés attentivement par ceux qui se char- 
geront de la publication d'un dictionnaire topographique du dé- 
partement; un de mes confrères, M. Barennes, se propose d'entre- 
prendre ce travail avec mon concours. Les érudits n'ont pas encore 
suffisamment exploré le fonds de l'Intendance de Montauban, 
malheureusement réparti entre les Archives du Lot et celles de 
Tarn-et-Garonne; nous croyons qu'ils y trouveraient une source 
assez précieuse de renseignements pour l'histoire politique et so- 
ciale du Quercy. L'histoire révolutionnaire de la région a fait 
l'objet de nombreuses brochures; mais on attend encore un travail 



404 ANNALES DU MIDI. 

d'ensemble sur Montaul)an peiidaiil la Révolution. Peut-être l'au- 
rons-nous sous peu. Aucun ouvrage systémaLi({ue n'a encore paru 
sur les cahiers de doléances de la région, du reste peu nombreux, 
ni sur les ventes de biens nationaux. L'initiative de publications 
sur ces deux objets reviendrait, pour ainsi dire naturellement, à 
la c:ommission départementale pour la publication <le documents 
sur riiistoire économique de la Révolution française, qui a été ra- 
rement réunie jusqu'ici. Ajoutons, pour terminer cette énuméra- 
tion, que quelques travaux de dialectologie sur les divers parlers 
de Tarn-et-Garonne seraient utiles. A cet égard, il y aurait intérêt 
à publier les premiers documents de la région écrits en langue 
vulgaire; les plus anciens datent des premières années du 
xiie siècle. 

Mais pour que ces recherches et d'autres du même genre soient 
possibles, il faut que les documents deviennent accessibles au pu- 
blic, lies Archives de Tarn-et-Garonne, depuis leur transfert au 
cours Foucault, sont d'une consultation aisée; les recherches y 
sont facilitées depuis que l'Inventaire sommaire de la série A 
(Maison d'Armagnac), précédé d'une intéressante préface due à 
M. Samaran, et le Répertoire numérique de la série Q (Domaines 
nationaux) ont été distribués. Malheureusement, quelques séries 
importantes sont encore dépourvues d'inventaires. J'ai commencé 
le classement de la série E (Titres de familles; notariat), la plus 
riche de toutes, dans l'intention d'en dresser un répertoire numé- 
rique. Jl est d'autre part nécessaire de mettre les érudits en garde 
contre l'Inventaire des séries G et H (Fonds ecclésiastiques), 
qu'ont composé Dumas de Ranly et Bourbon. Les erreurs y abon- 
dent, et on constate d'inquiétantes lacunes : j'ai retrouvé notam- 
ment aux Archives quatre bulles de papes pour la collégiale de 
Saint-Antonin, qui avaient été négligées dans le classement et 
l'inventaire de la série G; l'une d'elles est une bulle originale 
d'Urbain II. 

Il n'y a rien à ajouter à ce que M. Gabié a écrit en 1908 sur les 
Archives municipales de Montauban; la situation est restée exac- 
tement la même , c'est-à-dire déplorable. L'état des autres ar- 
chives communales du département est inégal. A Moissac, grâce 
à la curiosité intelligente du maire et de quelques habitants, les 
Archives municipales et hospitalières seront sous peu munies d'un 
inventaire qui est actuellement en cours de publication, et le 
bibliothécaire a été chargé de copier à Paris, dans la collection 



CHRONIQUE. 405 

Doat, les documents les plus importants qui concernent Moissac. 
A Castelsarrasin, au contraire, les Archives, qui contiennent ce- 
pendant de très intéressants documents et notamment des comptes 
depuis le xve siècle, n'ont pas encore été classées; l'archiviste du 
dé()nrtement a réussi, cependant, à ol)tenir de la municipalité de 
cette ville le versement aux Archives départementales de deux 
remarquables registres notariaux du xive siècle, registres trouvés 
par M. Imbert et qui ont été signalés dans la précédente chroni- 
que. En terminant, nous nous bornerons à regretter que les 
inspecteurs des Archives communales soient presque désarmés 
devant la négligence dont certaines municipalités font preuve. 

R. Latouche'. 



Chronique du Tarn. 

La dernière chronique du Tarn et de Tarnet-Garonne insérée 
dans les Annales (t. XX, p. 444-6) remonte à l'année 1908. Depuis 
lors bien des événements de toute nature se sont passés dans le 
douiaine des sciences historiques. 

11 en est de profondément regrettables. Nous avons successive- 
ment perdu le précieux collaborateur et dévoué collègue qu'était 
M. Edmond Cabié, puis l'archéologue infatigable qui ne cessa 
jusqu'à la fin de ses jours de recueillir des matériaux pour l'his- 
toire de l'art et des arts industi'iels, — j'ai nommé M. le baron de 
Rivières, — enfin M. Maurice Bastié, à qui l'on doit quelques 
études intéressantes sur Graulhet et une volumineuse Description 
du déparle^nenf dit Tarn, œuvre de vulgarisation sans doute, 
l)lutôt que d'érudition, manquant parfois d'originalité, mais com- 
mode à consulter. En prenant ici la plume que tenait si bien mon 
compatriote et ami Cabié, je ne puis que m'excuser par avance du 
moin<lre intérêt de ma chronique, qui sera d'ailleurs limitée au 
Tarn. 

AucHivKs ET Bibliothèques. — A cette heure, l'Inventaire 
sotn)naire des séries G et H des archives départementales (clei'gé 
séculier et clergé régulier) est entièrement terminé; ce volume 
paraîtra dès que les fiches des tables alphabétiques — au nombre 
d'environ 17 à 18,(»00 — auront été recopiées, après mise au point. 
Ce travail méticuleux, parfois même un peu fastidieux, exigera 
quelque temps encore. 



406 ANNALES DU MIDI. 

En attendant sa complète élaboration, on imprime l'analyse 
des documents de l'époque révolutionnaire, série L; 16 feuilles 
sont actuellement tirées, donnant la substance des délibérations 
et arrêtés des administrations départementales (Directoire et Admi- 
nistration centrale); on a entamé les actes des représentants du 
peuple en mission. 

D'autre part, deux « répertoires numériques » ont été mis en 
chantier, celui de la série Q (Domaines nationaux) et celui de la 
série M (Administration générale depuis l'an VIII). On trouvera 
dans VAnnnaire du Tarn pour 1910 un tableau des fonds consti- 
tuant la série H. 

Les archives départementales se sont d'ailleurs sensiblement 
accrues de plusieurs dons ou versements. Les bureaux de l'enre- 
gistrement qui avaient déjà envoyé à la Préfecture leurs registres 
de formalités antérieurs à 1790 se sont, en vertu d'une nouvelle 
circulaire, dessaisis de tout ce qu'ils possédaient d'analogue jus- 
qu'à la date du 1er janvier 1808. A celte collection considéra- 
ble est venue se joindre celle de minutes notariales (548 numéros) 
de l'étude Malaval intéressant la ville d'Albi et sa banlieue. Ces 
actes appartiennent en majeure partie aux xvie et xviie siècles, 
quelques fragments seulement remontent au début du xye. Moins 
volumineux, mais aussi curieux à certains égards, est le don de 
M. Soulages, qui a bien voulu céder au département un cahier 
dans lequel son père, ancien maire d'Albi et érudit aussi modeste 
que distingué, avait réuni une quantité de notes concernant les 
livres curieux de la bibliothèque Rochegude. Il s'agit là d'un re- 
levé des plus consciencieux de tous les blasons, ex-libris, ex-doiio, 
chiffres, devises, marques typographiques qu'il serait bien diffi- 
cile de refaire si l'on n'avait pas plusieurs années à consacrer, 
comme l'avait fait M. Soulages père, à l'exploration de ce fonds 
encore à peu près ignoré. Je ne citerai que pour mémoire les réin- 
tégrations opérées à la suite de la séparation des Églises et de 
l'Etat : quelques parchemins et plusieurs registres sont venus à 
cette occasion compléter tel ou tel article de la série G, mais sans 
fournir aucun renseignement nouveau. 

Quant aux archives communales, celles d'Albi ont eu la bonne 
fortune d'être enfin confiées à un gardien (ce qui ne leur était pas 
encore arrivé, malgré leur importance de premier ordre). Autre 
bonne fortune, elles ont été transportées à l'iiôtel Rochegude où. 
elles occupent une pièce spéciale à côté des bibliothèques. Désor- 



CHRONIQUE. 407 

mais le bibliothécaire en a la garde et les communique dans la 
salle de lecture. 

Cette salle de lecture est d'ailleurs très bien aménagée, éclairée 
comme il convient, chauffée quand il le faut, parfaite en un mot. 
En réunissant dans un même local, qui est l'hôtel Rochegude, les 
trois bibliotlièques : municipale, populaire et Rochegude, sans 
compter les archives communnles antérieures à 1790, la munici- 
palité albigeoise a créé une sorte de temple du travail et n'a rien 
négligé [lour le rendre séduisant. Le milieu s'y prêtait : au delà 
de l'horizon immédiat des livres de références placés à la portée 
du public, l'œil se repose sur la verdure des bosquets et des arbres 
qui entourent l'ancienne habitation de l'amiral philologue. 

Monuments historiques. — Le nombre des édifices qui, dans le 
Tarn, mériteraient d'être classés, au moins en partie, comme mo- 
numents historiques est assez élevé. A Cordes seulement la liste en 
serait assez longue. On s'est contenté, ces dernières années, d'ap- 
pliquer le bénéfice de la loi du 30 mars 1887 à la façade de la 
maison Séguier, à Cordes (1907), aux restes du château de Castel- 
nau-de-Lévis et au château des Templiers de Vaour (1909), à la 
porte dite des Ormeaux, à Cordes (1910), et à une porte de ville de 
Lescure (1911). Malheureusement le donjon de Vaour (de la 
deuxième moitié du xiie siècle) était à ce point dégradé que, six 
mois à peine après son classement, il s'etïondrait, ensevelissant 
sous ses ruines une partie du cimetière attenant. A Cordes, la 
porte des Ormeaux était loin de présenter une apparence aussi 
alarmante et l'on eût pu, avec un peu plus d'activité dans la pré- 
paration des devis de consolidation, éviter la chute d'un mur de 
façade intérieui'e. C'est par un hasard providentiel que l'on n'a eu à 
déplorer à cette occasion aucun accident de personnes. 

Des travaux de'réparation ont été entrepris ou continués à la 
mairie de Cordes, à l'archevêché et au clocher de la cathédrale 
«l'Albi, à l'église romane de Burlats, à une tourelle de la maison 
dite du Viguier, à Albi. 

D'autre jtart, par application de la loi du Odécembre 1905 sur la 
séparation des Églises et de l'État, une centaine d'objets mobiliers 
se trouvant datis les édifices cultuels ont été classés comme mo- 
numents historiques. Parmi les plus intéressants nous citerons : 
une Vierge-reliquaire des Infournats près Jouqueviel (début du 
xive siècle), — une croix processionnelle de l'église de Messenac 



4<j8 annales du midi. 

près Salvagnac (xvie siècle), — une Vierge au lis, peinture de 
Pierre Rivais, à Sorèze, — les peintures murales du clocher de 
Vieux (xive siècle), — une série de cincj panneaux du xve siècle, 
représentant les diverses phases de la Passion du Christ, à La- 
vaur, — neuf autres tableaux de Rivais, à Castres, — un saint 
Bruno, toile de Le Sueur, aussi à (Castres, — une belle statue de 
la Vierge provenant du château épiscopal de Combefa, de la fin du 
xve siècle, à Saint-Hippolyte, prés Monestiès, — un sarcophage 
du vie siècle, dit de saint Alain, à Lavaur, — un bénitier en po- 
terie de Giroussens, à Montferrier, près Ambres, — un reliquaire, 
à Vieux (xve siècle), — quantité de cloches dont la plus ancienne 
est celle de l'abbaye de Candiel (1499), transportée pendant la 
Révolution dans l'église Saint-Pierre de Gaillac. 

La Société française d'archéologie, qui était représentée dans le 
département par le baron tle Rivières, inspecteur, a choisi pour 
le remplacer dans ces fonctions M. Jean Laran, de la Bibliothèque 
nationale, ancien élève de l'École du Louvre, tandis que, en exé- 
cution du décret du 11 avril 1908, l'auteur de ces lignes était 
nommé conservateur des antiquités et objets d'art du Tarn. 

Publications diverses. — Si l'on fait abstraction des articles, 
parfois de longue haleine, qu'a publiés la Revue du Tarn et dont 
il a été ou sera rendu compte à leur place accoutumée, il reste à 
signaler quelques ouvrages intéressants. C"est d'abord, dans l'ordre 
ch)-onologique de leur publication, une étude de M. l'abbé de 
Fénols sur Les origines du monastère et de la ville de Castres 
(parue dans la Semaine religieuse du diocèse d'Albi, en 1908); 
l'auteur plaide en faveur de l'origine monastique de Castres et 
fait valoir à cette fin d'excellents arguments. M. Théodose Bessery 
a, un peu plus tard (1909), réuni dans ses Matériaux pour l'his- 
toire de Lavaur jusqu'au X V/e siècle divers articles précédem- 
ment insérés dans des journaux locaux ; il est à regretter que cet 
ouvrage très consciencieux et bien documenté ne porte aucune ré- 
férence aux sources d'information ou à la bibliographie du sujet. 
Pour l'année 1910, il y a lieu de citer : L'A /faire Sirven, par 
M. Galland, professeur à l'École pratique de Mazamet, travail mé- 
ritoire que l'Académie des Sciences de Toulouse a honoré d'une 
récompense et, à l'occasion du centenaire de Maurice de Guérin, 
le remarquable livre de M. Abel Lefranc, professeur au Collège de 
France, sur la vie et l'œuvre de notre illustre compatriote du Cayla. 



CHRONIQUE. 400 

En 1911, nous avons vu renaître VAlbia chrisliana, revue d'iiis- 
toire ecclésiastique dont la publication avait été interrompue à la 
fin de l'année 1899. Dirigé à cette heure par un jeune et sympa- 
thiqne professeur d'histoire au séminaire diocésain, INI. l'abbé de 
Lacger, ce périodique est appelé à compléter en quelque sorte son 
aîné, la. Reoue du Tai'n, et à faire, par conséquent, œuvre utile..., 
à la condition de ne pas laisser une place trop large aux questions 
d'actualité. C'est encore au clergé que nous devons le Livre verL 
de Lacaune, par M. l'abbé Gautrand, curé de Lafontasse, près 
Burlats, et Saint Stnpin, évêque de Carcassonne, par M. l'abbé 
Montagne, curé de Lasgraïsses. La première de ces publications 
est une transcription du cartulaire de Lacaune, dont l'acte le plus 
ancien remonte à l'année l'23G. Les historiens des institutions 
communales, des mœurs, de la vie économique de la région cau- 
naise et du Midi d'une façon générale trouveront là des textes 
vraiment intéressants. Il sera toutefois permis de reprocher à 
l'éditeur d'avoir admis que telles pièces émanant de la prévôté de 
Paris ou de la chancellerie pontiticale aient pu être écrites originai- 
rement dans le dialecte vulgaire de Lacaune. Il est clair que le 
copiste, auteur du cartulaire, a traduit dans ces cas du français et 
du latin en provençal. Dans sa vie de saint Stapin, M. Montagne 
s'est surtout préoccupé des miracles opéx'és par l'intercession de 
ce personnage qui n'est autre, — Aug. Molinier l'avait déjà dit, — 
qu'Etienne I^r, évêque de Carcassonne à la fin du vii'' siècle et au 
commencement du viii^. 

Purement scientifique est l'excellent volume que M. Jean Laran 
vient de consacrer à l'étude de la Cathédrale dWlbi dans la collec- 
tion des Petites Monographies des grands édifices de la France, 
publiée sous la direction d'un de nos meilleurs archéologues, 
M. Lefèvre-Pontalis. Le travail de M. Laran laisse bien loin der- 
rière lui tout ce qui avait pu être écrit jusqu'ici sur notre curieuse 
et belle église Sainte-Cécile. Les pages consacrées à la sculpture 
sont particulièrement remarquables. 

Avec le deuxième fascicule des Bouzecomptes consulaires d' A Ibi 
du XI Y f- siècle ^qM. Auguste Vidal, nous rentrons dans le domaine 
historique et plus encore philologique. Il serait oiseux de raj^peler 
quelle bonne fortune est une publication de ce genre pour les ro- 
manisants, d'autant que l'éditeur de ces documents possède à 
merveille la langue ancienne et actuelle de son pays d'origine, ce 
qui le met à même d'établir très exactement ses textes. Enfin, 



410 AXNALES DU MIDI. 

quand cette clironique sera imprimée, il aura paru uu premier 
tome d'une Bibliothèque larnaise de vulgarisation que la Société 
littéraire du Tarn a entrepris de publier avec le concours de 
MM. Cartailhac et Mengaud, de Toulouse; de MM. Laborde, INIas- 
son et Portai, d'Albi, et de M. Laran, déjà cité. Le volume dont il 
s'agit a pour titre : Historique de la région albigeoise, titre choisi 
à défaut d'un meilleur qui eût indiqué que l'objet de ce résumé 
embrassait toute l'étendue du département du Tarn, celle par con- 
séquent (à peu de chose prèsj, des trois anciens diocèses d'Albi, 
Castres et Lavaur. 

Ch. PORTAL. 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT 



Allard (P.). Saint Sidoine Apollinaire (431-489). Paris, Ga- 
balda, 1010; in-12 de 214 pages (Gollect. Les Saints). — U ne nous 
appartient pas de décider si le célèbre évêque de Clermont-Fer- 
rand a mérité ou non la sanctification. C'était un sénateur d'illustre 
famille, un haut fonctionnaire, un homme du monde avant qu'il 
devint homme d'Église, et chez lui, sous le manteau épiscopal, la 
toge a toujours passé. Il restait adulateur des puissants, de tous, 
employant son talent littéraire à prononcer successivement l'éloge 
de son heau-père, l'empereur Avitus, puis, deux uns après, celui 
de Majorien, vainqueur et successeur d'Avitus, puis celui du Goth 
Euric, un barbare qu'il redoutait. M. A. n'en exalte pas moins les 
vertus chrétiennes de son héros et d'autres mérites incontestables, 
tels que l'attachement à l'Empire, la valeur de l'écrivain: au total, 
panégyrique d'un panégyriste, dont il s'agit de justifier le titre de 
saint. P. D. 

Bert (P.). Histoire de la Révocation de VÉdit de Nantes à 
Bordeaux (1653-1715), avec préface de G. Jullian. Bordeaux, Mou- 
nastre-Picamilh, 1908; in-8o de ix-106 pages. — L'auteur a raconté 
avec modération, avec impartialité, d'après les sources manuscrites 
et imprimées, cette lamentable histoire. Il montre à son tour que 
l'auteur responsable de la Révocation fut le clergé de France ou, 
pour mieux dire, l'esprit public épris dune chimérique et d'ailleurs 
nuisible unité religieuse, intolérant, persuadé que les idées s'im- 
posent de force. Depuis, il n'a pas tellement changé. Le volume se 
compose de trois parties : L'enquête légale (1653-1680), c'est-à-dire 
l'ensemble des moyens de procédure par où, dans leurs écoles, 
dans les corporations et ailleurs, on atteignait et frappait les pro- 
testants; Les années de violence (1680-1685), où l'on passe de la 
restriction à la suppression de la liberté, notamment h la destruc- 
tion des temples; enfin. Les suites de la Révocation (1685-1715) : 



412 ANNALES DU MIDI. 

conséquences morales et économiques; les Réformés occupaient à 
Bordeaux une situation si importante que les intérêts comnierciaux 
de la ville et de la région eurent fort à soulfrir de leur